Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 8 heures
Faire vire les débats politiques dans les territoires, c’est la mission au Maroc de l’association Les Citoyens. Le but est de permettre aux habitants des zones rurales de se sentir intégrés dans la vie démocratique et de recréer du vivre-ensemble. Le Groupe SOS les accompagne dans certaines de leurs associations. Frédéric Bailly et Anace Hddan, représentants de deux organismes, en parlent à l’occasion du Sommet de la Mesure d’Impact.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Musique
00:08Le vivre ensemble, voilà ce dont on parle tout de suite dans notre édition spéciale,
00:13toujours au palais, à Diana, ici au CESE, pour ce sommet de la mesure d'impact.
00:17Vivre ensemble, c'est un sujet qui est politique, qui est démocratique, qui est même électoral.
00:21Et j'accueille mes invités Frédéric Bailly, bonjour, bienvenue.
00:25Bonjour, merci.
00:25Vous êtes le vice-président exécutif du groupe SES, qui co-organise cette journée en charge de l'international.
00:32Et Anna Sedan, bonjour.
00:35Bonjour, merci pour l'invitation.
00:36Bienvenue, directeur général de l'association Les Citoyens.
00:39Allez, je commence avec vous, c'est quoi Les Citoyens ? Vous êtes où ? Vous êtes au Maroc, c
00:42'est ça ?
00:42Oui, on est au Maroc.
00:43Donc Les Citoyens, c'est une association qu'on a fondée depuis maintenant 10 ans,
00:49en fait bientôt nos 10 ans d'existence, et qui travaille surtout sur le vivre et agir ensemble au Maroc.
00:55Et quand on parle d'agir ensemble, on parle surtout de la participation citoyenne, de l'inclusion des jeunes et
01:02des femmes,
01:03et surtout de l'action territorialisée.
01:08Et c'est surtout ça, aujourd'hui, notre champ de bataille.
01:13Vivre ensemble, Frédéric Bailly, alors ce sont deux mots qui sonnent bien ensemble.
01:19Au-delà des bons sentiments, c'est quoi ? C'est de la politique ? On est au cœur de
01:23l'action politique ?
01:23Absolument, on est au cœur de l'action politique, et vous l'avez d'ailleurs rappelé, c'est un sujet
01:29de société,
01:30c'est un sujet politique, c'est un sujet démocratique.
01:33Depuis deux ans maintenant, le groupe SOS s'est emparé de ce sujet,
01:36c'est un sujet que nous faisons vivre au quotidien dans nos mille établissements,
01:40à travers nos projets dans la santé, dans la culture, pour les seniors, pour les personnes vulnérables.
01:45Sur le volet démocratique, par exemple, nous avons, avec notre partenaire Opinion Way,
01:50publié récemment, juste avant les élections municipales, le deuxième baromètre du vivre ensemble,
01:55un chiffre, 83% des Français interrogés considéraient que le sujet du vivre ensemble
02:01était un élément qui allait compter dans leur vote au moment des municipales.
02:06Donc c'est un sujet électoral, c'est ce que je disais tout à l'heure.
02:08C'est un sujet absolument électoral, oui.
02:10Qu'est-ce que ça signifie sur la qualité du débat public, le vivre ensemble ?
02:15Parce qu'aujourd'hui, on est plutôt dans une période d'antagonisme.
02:19Je vais évidemment citer ce qui se passe à l'Assemblée nationale quasi quotidiennement,
02:23mais c'est presque une contre-offre que vous faites avec le vivre ensemble ?
02:29Je ne sais pas si c'est une contre-offre, mais en tout cas, ça nous paraît être quelque chose
02:33d'essentiel
02:34pour réussir à faire société ou à refaire société.
02:37En effet, le débat public est de plus en plus compliqué.
02:40On a du mal à accepter de ne pas être d'accord.
02:45On a du mal, et ça a été rappelé ce matin en ouverture par la première présidente de la Cour
02:51des Comptes,
02:52on a du mal à s'entendre sur des faits, et c'est un des enjeux justement de l'événement
02:57qui nous accueille aujourd'hui, que nous organisons, savoir mesurer ce qui compte
03:02et le vivre ensemble, c'est justement cette capacité à pouvoir débattre, à pouvoir faire société
03:07et à offrir à chacun et à chacune la possibilité de vivre dignement,
03:12de vivre dans son quartier, dans les territoires.
03:14C'est un sujet éminemment territorial, le vivre ensemble.
03:16Anna Sedan, on va parler un peu de la situation au Maroc.
03:21Vous parlez parfois d'un Maroc à deux vitesses, ça veut dire quoi ça ?
03:24Et comment vous le ressentez à la hauteur, à la dimension d'une association comme la vôtre ?
03:30Aujourd'hui, le challenge au Maroc, c'est que parfois on a les indicateurs macroéconomiques
03:36qui ne se reflètent pas dans les territoires, qui ne se traduisent pas en développement humain
03:44et surtout au niveau du monde rural.
03:47Et donc on parle vraiment d'un Maroc à deux vitesses.
03:50On a tous les...
03:51Entre les grandes villes et le monde rural.
03:52On a tous les grandes villes, enfin un axe très restreint de 200 km, de Casablanca à Kinitra.
03:59Et on a une grande majorité des Marocains qui sont dans les territoires, qui se sentent invisibilisés.
04:05Et du coup, aujourd'hui, le défi, c'est comment renforcer la confiance de ces citoyens en la démocratie, en
04:15les institutions.
04:16On a mené une enquête l'année dernière auprès de plus de 200 000 citoyens et citoyennes au Maroc
04:22pour mesurer un peu le rapport à la démocratie et à la participation citoyenne.
04:27Et je peux dire que les chiffres étaient un peu alarmants.
04:3070% ne font pas confiance aux institutions et aux instances de médiation en général.
04:36Et du coup...
04:37Ils ne se sentent pas concernés par la politique d'une certaine façon.
04:39Ils ne se sentent pas concernés.
04:41Ils se sentent un peu invisibles des radars.
04:43Et du coup, ce sentiment de ne pas être visible, de ne pas être considéré,
04:47de ne pas être reconnu comme citoyen, surtout quand il s'agit des politiques publiques.
04:55Donc, ce sentiment d'isolement crée une vraie crise de confiance,
05:01ce qui remet en question le système démocratique en général.
05:04Alors ça, c'est pour le constat.
05:05Après, il y a l'action.
05:06Je crois que vous organisez des cafés citoyens, c'est ça ?
05:08Tout à fait.
05:09Comment ça marche ?
05:09Racontez-moi.
05:10Aujourd'hui, notre objectif, c'est de passer de la confrontation à la co-construction.
05:14Comment on fait ça ?
05:15C'est justement grâce à beaucoup de dialogues, de concertations citoyennes.
05:20C'est déplacer le débat formel dans des espaces informels.
05:24Donc, justement, dans les territoires, même les petits patelains les plus reculés.
05:29Et l'objectif, un, c'est d'écouter les citoyens, de rendre visibles leurs problèmes et leurs défis.
05:35Et surtout, avoir une force de proposition qui vient directement des territoires.
05:40Et après, on fait le travail de plaidoyer auprès des institutions pour que ces citoyens se sentent écoutés et pris
05:46en considération.
05:48Frédéric Bailly, le groupe SOS, vous êtes présent dans une cinquantaine de pays, c'est ça ?
05:52Absolument.
05:53Notamment au Maroc.
05:54Vous accompagnez cette association ?
05:57Oui, alors on a fait connaissance il y a quelques temps.
06:01Le groupe SOS est présent au Maroc depuis un certain nombre d'années à travers plusieurs des ONG du secteur
06:07international que je préside.
06:08Et il est vrai qu'avec les citoyens, on a une communauté de valeurs, j'allais dire, d'engagement.
06:14Et donc, on collabore aujourd'hui.
06:16On va accueillir, par exemple, un café citoyen dans un lieu que nous avons ouvert,
06:20qui est une école de formation et d'inclusion socio-professionnelle sur les métiers de la restauration,
06:26avec l'idée, là encore, de travailler ensemble à co-construire.
06:29C'est un projet qu'on a mis quatre ans à co-construire avec des acteurs associatifs,
06:34avec la puissance publique, avec des entreprises.
06:36Donc, on est complètement dans cette démarche de co-construction.
06:38On la partage.
06:39Avec le groupe SOS, c'est un géant de l'économie sociale et solidaire.
06:43Donc, vous êtes présent dans des champs d'action qui sont ultra variés.
06:48La jeunesse, les seniors, la santé, l'écologie.
06:51Comment vous faites de se vivre ensemble ?
06:53Là, c'est quoi ? C'est une sorte de colonne vertébrale ?
06:57Oui, c'est un fil rouge.
06:58C'est clairement un fil rouge.
06:59Le vivre ensemble, comme je vous le disais préalablement,
07:02il se déploie au quotidien, il se déploie dans nos établissements, dans les territoires.
07:07On est un acteur très territorial, comme le sont les citoyens au Maroc.
07:11On a une présence dans l'ensemble des régions de France.
07:14Et on essaie vraiment d'agir au plus près des besoins,
07:18dans ces différents champs que vous venez de citer,
07:20dans la culture, dans la transition écologique, dans la santé,
07:22en proposant des solutions et en faisant en sorte que chacune et chacun
07:25se sente véritablement justement citoyen.
07:27Il y a des pays où c'est plus compliqué, parce que tout simplement,
07:31le contexte géopolitique fait que, je ne sais pas,
07:34la guerre est sur place ou aux portes du pays, à la frontière.
07:38Bien sûr, il y a même des pays dans lesquels on ne peut plus opérer.
07:41Le groupe SOS a opéré historiquement pendant de nombreuses années au Mali.
07:45Et on a été invité, il y a quelques années, par les autorités,
07:48à quitter le Mali comme l'ensemble des opérateurs français.
07:51Donc on ne peut pas travailler partout.
07:54En plus, c'est vrai que nous, on n'est pas un acteur de l'humanitaire et de l'urgence,
07:57on est plutôt un acteur du développement.
07:59Et ce développement, il se fait nécessairement en partenariat
08:02avec à la fois la société civile, bien entendu,
08:04mais aussi avec les pouvoirs publics.
08:05Donc on ne peut pas intervenir dans un pays dans lequel on ne serait pas les bienvenus.
08:09Néanmoins, même dans des pays où on est accueilli ou toléré,
08:14parfois, il faut quand même un petit peu...
08:16Je veux des coudes.
08:17Je veux des coudes pour se faire une place, bien sûr.
08:19Oui, effectivement.
08:19On fait un constat depuis quelques mois, même quelques années,
08:25une grosse année, on va dire, d'une baisse des financements pour le monde associatif.
08:30Est-ce que c'est vrai aussi pour vous ?
08:32Est-ce que c'est vrai d'une manière générale aussi au Maroc ?
08:34Et quel impact sur cette ambition commune de développer le vivre ensemble ?
08:41Je pense qu'aujourd'hui, le vrai défi du secteur associatif en général,
08:45partout dans le monde, c'est le modèle économique des associations.
08:49Je pense que le modèle économique tel qu'il est maintenant,
08:53je pense qu'il est en train de se remettre en question.
08:55Il faut se professionnaliser ou aller vers une économie sociale et solidaire un peu plus de privée ?
09:00D'ailleurs, on a mené une discussion avec le groupe SOS,
09:03justement, pour réfléchir autour d'un nouveau modèle économique de l'association Les Citoyens.
09:07Les associations marocaines sont très contraintes au sujet du financement,
09:14surtout avec tout ce qui se passe avec la crise de l'USID.
09:18Une grande partie des associations marocaines a été fondée parfois.
09:23Oui, c'est vraiment une décision de Donald Trump.
09:25Les budgets de l'USID qui sont coupés et des effets directs.
09:30Et d'où l'intérêt aujourd'hui de travailler sur la mesure de l'impact des associations,
09:34de l'action associative au Maroc et ailleurs pour qu'on puisse justement remettre en question
09:39les modèles économiques traditionnels basés sur les financements, les cotisations et parfois l'aide publique.
09:47Parce que dans des pays comme le Maroc, l'aide publique peut être un défi de plus
09:53parce qu'il y a un risque de récupération politique, il y a plusieurs enjeux qui rentrent dans le jeu.
09:59Et du coup, oui, c'est un défi très présent et auquel nous réfléchissons chaque jour.
10:06Frédéric Bailly, est-ce que ça veut dire que le groupe SOS vient au soutien ?
10:11C'est-à-dire qu'à la fois, il y a des associations, il y a des entreprises au sein
10:14du groupe SOS.
10:14Donc cette baisse des financements, vous la ressentez vous aussi.
10:19Et donc j'imagine qu'on vous interroge sur quoi ?
10:22Sur votre capacité à prendre le relais de ce que l'argent public finançait auparavant ?
10:26Comment ça se passe ?
10:27Oui, ça nous interroge déjà nous dans nos propres modèles.
10:29On a 12 ONG et on doit penser, comme l'a dit très justement Anas, à de nouveaux modèles économiques.
10:36On parle beaucoup d'hybridation des modèles.
10:37Alors c'est quelque chose qui n'est pas nouveau pour nous.
10:39On n'a pas attendu la baisse des financements publics, en tout cas de la baisse de l'APD, de
10:44l'aide publique au développement,
10:45pour s'interroger sur l'évolution de nos modèles.
10:47C'est vrai que là, ça nous oblige à accélérer un petit peu.
10:50On ne finance pas nous-mêmes d'autres associations ONG.
10:53En revanche, on les accompagne dans la réflexion sur leurs modèles.
10:56On a par exemple là monté un nouveau dispositif qu'on est en train de mettre en place avec un
11:01projet pilote sur une de nos ONG
11:03et qui a vocation ensuite à être proposé à d'autres ONG au-delà du groupe SOS,
11:07qui est une sorte de studio d'hybridation des modèles.
11:09Un peu comme on a dans le monde des startups, des startups studios,
11:13on essaye d'appliquer les mêmes méthodes au monde des associations et des ONG
11:18pour être capable de penser les modèles en étant moins dépendant des financements publics.
11:22Ça veut dire que vous êtes en train d'essayer de dupliquer le modèle du groupe SOS le plus possible
11:28et un peu partout dans le monde, c'est ça ?
11:29Oui, alors ça c'est vrai que c'est un peu notre cheval de bataille depuis un certain nombre d
11:34'années.
11:34On a signé un partenariat stratégique avec l'Agence française de développement justement
11:37pour promouvoir ce modèle français de l'économie sociale et solidaire
11:41qui est, je pense qu'on peut le dire sans forfanterie,
11:44un modèle qui fait référence en Europe et à travers le monde,
11:48qui est un modèle très inclusif dans lequel on trouve y compris des entreprises privées,
11:52des entreprises de capitaux, mais avec cette volonté d'avoir un impact social.
11:56Et en fait, au groupe SOS, depuis longtemps, on considère que les statuts ne font pas la vertu
12:01et qu'il faut prendre le meilleur de ces deux mondes, entre guillemets,
12:05qui parfois s'opposent, le monde des entreprises qui serait, pour les associations,
12:10considérées comme non vertueux parce que motivées par le capital
12:16et puis un monde qui serait soi-disant vertueux, qui serait celui des associations.
12:19En réalité, il y a du bon à prendre de chaque côté
12:21et il faut trouver justement cette bonne voie de passage entre les deux.
12:26Ça veut dire que vous, concrètement, vous pourriez faire évoluer le modèle de votre association,
12:31vous y réfléchissez précisément, ou c'est d'une maire générale au Maroc que cette réflexion se fait ?
12:35Tout à fait. Là, maintenant, on travaille sur les deux,
12:37à la fois notre modèle en tant qu'association
12:40et aussi pour les associations que nous accompagnons dans les territoires.
12:44Il faut dire aujourd'hui qu'il y a un Maroc à deux vitesses,
12:48même au niveau des associations au Maroc.
12:50Donc, on a des associations qui créent un vrai impact sans le savoir,
12:56surtout dans les territoires.
12:57Et du coup, aujourd'hui, on a tout un travail qu'on fait avec les dynamiques territoriales,
13:02un travail de cartographie, d'amplification d'impact social et aussi de mesures d'impact
13:08qui va peut-être nous aider par la suite à devenir un observatoire
13:13des émergences ou des dynamiques de changement au Maroc
13:16qui va par la suite nous permettre de nous positionner en tant qu'acteur
13:20qui fait du conseil et du coup, monétiser l'action associative
13:25et le service que nous mettons en place.
13:28Merci beaucoup pour promouvoir le vivre ensemble.
13:30Merci à tous les deux.
13:31Bon sommet de la mesure d'impact.
13:33Notre émission spéciale continue.
13:34Je reçois tout de suite la haute commissaire à l'enfance, Sarah El Haïry.
Commentaires

Recommandations