00:00Donc vous avez des choses auxquelles on ne pense pas souvent, par exemple électrifier le fret routier.
00:04Les camions sont aujourd'hui dans le monde moderne beaucoup plus indispensables que les voitures.
00:08Alors les gens qui m'écoutent vont dire comment ça, lui ça lui va bien.
00:11Non, c'est beaucoup plus indispensable parce que nous on a des jambes, parce qu'on peut s'arranger avec
00:14le voisin,
00:15parce qu'on peut prendre un bus et un vélo, parce qu'on peut se lever deux heures plus tôt,
00:17ce qui va nous faire râler etc.
00:18Mais enfin on peut faire ce genre de choses.
00:21Sans camion aujourd'hui, vous n'avez pas un objet dans le studio qui arrive dans le studio,
00:25vous n'avez pas un objet chez vous qui arrive chez vous, vous n'avez pas une pomme qui arrive
00:27chez vous,
00:28enfin rien, d'accord ?
00:29Donc on fait quoi ? On électrifie les camions ?
00:30Donc il faut électrifier les camions.
00:32Il va falloir aussi faire circuler un peu moins de marchandises.
00:35Ça c'est de la décroissance ?
00:37Oui.
00:37C'est de la déconsommation ?
00:38Alors on y est déjà.
00:39Vous le savez très bien qu'on y est déjà, et on y est déjà depuis une quinzaine d'années
00:42maintenant.
00:43Mais y compris par des décisions individuelles ?
00:45C'est surtout parce qu'on n'a plus le choix.
00:47En fait quand on regarde l'approvisionnement en gaz et en pétrole conjugué de l'Europe, ça fait 15 ans
00:50que ça décline.
00:51Depuis 2007, ça décline.
00:53Donc les camions, ok.
00:55Donc les camions.
00:56Autre exemple, le chauffage.
00:58Là, on vient d'apprendre qu'il allait y avoir l'interdiction du gaz dans les constructions neuves.
01:03Ça fait longtemps que ça aurait dû être fait.
01:05Mais il faut décarboner le chauffage des habitations.
01:07Et alors ça, ça passe par deux mesures qui sont de l'isolation, pas excessive,
01:10et le changement de la chaudière quand elle est à gaz ou à fioul.
01:13Ça c'est pareil, c'est un indispensable.
01:16Une troisième mesure.
01:17L'agriculture.
01:17Alors une troisième mesure.
01:19L'agriculture, il va falloir apprendre à se passer un peu plus de combustibles fossiles.
01:24Ça veut dire par exemple diminuer les engrais.
01:25On a sorti un gros rapport il n'y a pas longtemps au chiffre project.
01:28Vous savez qu'en ce moment, on a un problème sur l'approvisionnement en pétrole,
01:30mais aussi sur l'approvisionnement en engrais.
01:32Qui viennent beaucoup du détroit d'Organ.
01:33Alors heureusement pour la France, pas trop.
01:35Pour nous, pas trop.
01:36Mais ça fait quand même monter les prix aujourd'hui.
01:39Nous, ils viennent d'Algérie, ils viennent de Norvège.
01:41Mais il y a un cours mondial.
01:43Mais il y a un cours mondial, exactement.
01:45Comme le pétrole d'ailleurs.
01:46Comme le pétrole, absolument.
01:47En réalité, la question de notre dépendante immédiate à ce pétrole-là.
01:50Le pétrole est encore plus un marché mondial que les engrais.
01:54Alors il y a quand même différentes qualités de pétrole,
01:55mais c'est quand même un grand pot commun.
01:57Et il n'y a rien de plus facile à détourner qu'un pétrolier.
01:59Enfin détourner, en tout bien, tout en heure.
02:01Mais je veux dire, un pétrolier qui va d'ici à là,
02:03vous l'achetez un peu plus cher, et paf, il va d'ici à là, ailleurs.
02:08Donc, pour finir sur les engrais,
02:10il y a des mesures qui permettent d'utiliser moins d'engrais dans l'agriculture.
02:14Par exemple, les rotations des cultures différentes.
02:16Par exemple, mettre plus de légumineuses, etc.
02:18Donc, vous avez un certain nombre de choses qu'il faut faire.
02:20Et comme je le disais tout à l'heure,
02:22il n'y a pas une mesure dont on peut vraiment se passer
02:24si on veut avoir un plan cohérent qui permette d'aller dans la bonne direction.
02:27Est-ce que vous dites, en clair, qu'on ne peut pas se passer de pétrole non plus ?
02:30C'est-à-dire qu'on est des junkies.
02:32Nous sommes des junkies.
02:33On découvre qu'on est très accro
02:34et que sur un horizon de quelques années,
02:37il n'y a rien à faire.
02:38C'est incompressible.
02:39Alors, c'est ce que je disais tout à l'heure.
02:42Je leur dis, décarboner, c'est conserver quelque chose
02:44qui ressemble au monde qui nous entoure
02:46en supprimant ce qui a permis son avènement.
02:48C'est évidemment extrêmement difficile.
02:51Et le pétrole, aujourd'hui, il est partout autour de nous.
02:53Et il faut rappeler qu'un tiers de chaque baril n'est pas brûlé.
02:55il se retrouve dans vos vêtements,
02:57il se retrouve dans les emballages alimentaires,
02:59il se retrouve dans la construction,
03:02il se retrouve dans les machines industrielles,
03:03il se retrouve dans les machines domestiques,
03:05enfin, dans les moquettes.
03:07Non, je m'interroge.
03:08C'est vrai qu'il y a des mesures comme ça
03:10dont on sait qu'on a les technologies.
03:12Elles sont accessibles, elles sont disponibles.
03:13Les pompes à chaleur, les chaudières électriques
03:15dans les usines, etc.
03:17C'est là, c'est des technologies matures
03:19qu'on n'arrive pas non plus.
03:20L'électrification de l'industrie,
03:23elle stagne depuis 20 ans.
03:25On n'a pas progressé.
03:26Et est-ce qu'on n'a pas, justement,
03:27un problème de prix, de signal prix ?
03:30Est-ce qu'on peut continuer,
03:31enfin, espérer faire des avancées
03:35alors que le prix de l'électricité
03:37est quand même assez élevé
03:39et va encore augmenter
03:40du fait de l'augmentation de nouvelles capacités ?
03:43Jean-Marc Jean-Commissier.
03:44Alors, les prix réels de tout et n'importe quoi
03:46ont baissé grâce aux combustibles fossiles.
03:48Si je prends une chemise ou une table,
03:50c'est-à-dire des objets qui existaient
03:51il y a un siècle,
03:52ou un siècle et demi,
03:53on va dire qu'ils valent aujourd'hui
03:54quelques dizaines de fois moins cher
03:55en termes réels
03:56que ce qu'il valait il y a un siècle et demi.
03:56Et là, ça, c'est grâce au pétrole ?
03:57Et ça, c'est grâce aux combustibles fossiles
03:58d'une manière générale.
04:02Donc, les technologies existent, oui,
04:05mais effectivement,
04:05elles sont souvent plus chères.
04:07Non, mais le prix de l'électricité elle-même ?
04:09C'est plus large que ça.
04:11D'une manière générale,
04:13dans le rapport Pisani-Mafouz,
04:15vous aviez une conclusion globale
04:16qui était décarbonée,
04:17ça sera inflationniste.
04:19Et effectivement, décarbonée,
04:20ça sera inflationniste.
04:21Votre confrère Jean-Marc Vittori
04:22avait publié il y a quelques années
04:23une tribune dans laquelle il expliquait
04:25décarbonée, c'est comme un effort de guerre.
04:26C'est-à-dire que c'est de l'investissement
04:27pas productif.
04:29Mais nécessaire à long terme.
04:31Il faut le prendre comme une énorme prime d'assurance
04:32que de toute façon,
04:33il vaut mieux payer que pas payer
04:34parce que si on ne paye pas la prime d'assurance,
04:36on va payer les dégâts
04:37et ça sera encore pire.
04:37Jean-Marc Jancovici,
04:38une question politique
04:39dans la réaction que l'on voit aujourd'hui
04:41des politiques, je veux dire,
04:43à la crise,
04:43il y a une partie des politiques
04:45qui veulent aider tous ceux
04:47qui ont besoin de leur voiture
04:48à court terme.
04:50L'ERN veut baisser les taxes,
04:51LFI veut bloquer les prix.
04:53Est-ce que vous considérez
04:54qu'à court terme,
04:55c'est acceptable ?
04:56Non, c'est deux mauvaises mesures.
04:57Enfin, bloquer les prix
04:58ou baisser les taxes.
05:00D'abord, ça profite autant à vous
05:01quand vous partez en vacances
05:02qu'au SMICAR
05:03qui a vraiment besoin de sa voiture.
05:04Donc, c'est une mesure
05:05qui n'est pas ciblée.
05:07D'accord ?
05:08La deuxième chose,
05:11c'est que c'est une subvention
05:13oui, et puis au bourgeois
05:14qui a un gros 4x4.
05:16Je n'ai pas de gros 4x4,
05:17mais je vous laisse...
05:19J'ai dit au bourgeois...
05:20Non, mais en général,
05:20vous me prie.
05:21La dernière fois,
05:21vous m'avez pris sur les Kinder,
05:24mais allez-y.
05:24Je n'ai qu'un vélo, vous savez.
05:25Je suis venu ici
05:26avec des intentions extrêmement pures.
05:28Et il n'est même pas électrique.
05:30Allez-y.
05:31La deuxième chose,
05:32c'est que ça constitue
05:33une subvention indirecte
05:34aux pays producteurs
05:36puisque, en fait,
05:37le choc est un transfert d'argent
05:38de la France vers les autres.
05:39C'est en ça que la taxe
05:40est un recyclage national.
05:42Donc, celle-là,
05:42elle ne nous appauvrit pas.
05:44Alors que le choc,
05:45lui, nous appauvrit
05:45puisque c'est un transfert d'argent
05:47vers l'étranger.
05:48Donc, mauvaise mesure.
05:48Donc, mauvaise mesure.
05:50Et puis, la troisième raison
05:51pour laquelle c'est une mauvaise mesure,
05:52c'est qu'ensuite,
05:53vous ne reviendrez pas en arrière.
05:54Donc, en réalité,
05:55ces deux mesures-là,
05:57baisse des taxes du RN
05:57et blocage des prix du RFI,
05:59ça dit aux gens
06:00qu'on doit continuer
06:01à pouvoir utiliser l'essence.
06:03Exactement.
06:03Et le dernier point,
06:04c'est que ça envoie le signal
06:06qu'en ce moment,
06:06c'est juste un mauvais moment
06:07à passer.
06:08Et ça n'envoie pas le signal
06:10qu'on est en train
06:11de changer de monde
06:11et que dans le monde...
06:12Ce n'est pas que ponctuel.
06:13Et que quand mes enfants
06:14auront mon âge,
06:15il y aura beaucoup moins
06:16de pétrole et de gaz
06:17disponibles dans ce pays
06:18de toute façon.
06:19Sur ce sujet-là,
06:19vous nous abandonnez
06:20quand même un peu
06:21en race campagne
06:22sur le financement.
06:24C'est-à-dire que
06:24la volonté, c'est bien,
06:25mais concrètement,
06:26tous ces gens,
06:27on leur dit quoi
06:28sur les 10 000 euros
06:29pour la chaudière ?
06:30Si j'ai encore 3 minutes,
06:31je peux le dire.
06:32Normalement, 30 secondes.
06:33Allez-y.
06:34Je vais revenir en arrière
06:35pour ça.
06:36Le bouclier tarifaire
06:38au moment de la guerre
06:39en Ukraine
06:40a coûté 70 milliards
06:41aux finances publiques.
06:42Avec 70 milliards,
06:44on aurait pu payer
06:457 millions de primes
06:46à 10 000 euros
06:47pour que les gens
06:47achètent des voitures électriques.
06:497 millions.
06:50Alors évidemment,
06:50on ne les aurait pas faites
06:51parce qu'on n'aurait pas été
06:52capables de les fabriquer
06:53en temps réel.
06:54Mais c'est pour dire
06:55l'ordre de grandeur
06:56des sommes en jeu
06:56quand on commence
06:57à subventionner
06:58le prix de l'énergie
06:59permet par ailleurs
07:00de faire des choses
07:01qui règlent définitivement
07:02le problème.
07:03Et moi,
07:03je préférerais aujourd'hui
07:04qu'on annonce fermement
07:05aux 2 ou 3 millions
07:07de ménages français
07:08qui gagnent moins de temps
07:09et qui font plus de temps
07:11de kilomètres par an,
07:12d'ici 3 ans,
07:145 ans,
07:14on va vous payer
07:15une voiture électrique,
07:16on va vous en payer
07:16la moitié, etc.
07:17Je préférerais qu'on prenne
07:18ce genre d'engagement.
07:19Et quand vous savez
07:20que même si la solution
07:22n'est pas pour tout de suite,
07:23on ne vous a pas oublié
07:24et qu'on va faire
07:25quelque chose pour vous,
07:26je pense que vous avez déjà
07:27quand même fait un grand pas
07:28pour les gens
07:29qui effectivement
07:29sont dans une situation
07:30dans laquelle ils peuvent
07:31difficilement faire autrement.
07:32Merci Jean-Marc Jancovici
07:33d'avoir été avec nous ce matin.
07:35Merci à tous les 4.
07:36Je rappelle que vous êtes
07:37le président de Chiffre Project.
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