00:00Chaque jour, c'est Elisabeth Lévy ce matin. Bonjour Elisabeth.
00:03Bonjour Patrick, bonjour à tous.
00:05Alors, vous voulez revenir sur un sujet qui fait beaucoup de bruit,
00:08c'est l'Assemblée Nationale qui va voter aujourd'hui l'abrogation du Code Noir.
00:13Parce qu'il existait en fait toujours, en tout cas dans les écrits.
00:16Oui, alors c'est une proposition de loi qui est déposée par l'Iotte
00:20et qui est soutenue par Emmanuel Macron et par le gouvernement et par tous les partis, je crois.
00:25Enfin, en tous les cas, beaucoup de partis.
00:26Et alors, l'abrogation de ces édits royaux des XVIIe et XVIIIe siècles
00:31qui définissaient le statut des esclaves sera probablement votée à l'unanimité
00:36ou une très large majorité et on célébrera cette grande victoire.
00:40Mais une victoire sur quoi, Patrick ? Une victoire sur qui ?
00:43Car on ne sait pas, car heureusement, il n'y a pas en France de partie de l'esclavage pratique
00:49aussi inhumaine
00:50qu'elle a été longtemps universelle.
00:53Personne ne demande que le Code Noir reste dans les textes.
00:56Évidemment, positivement, alors la France, je le rappelle, n'a pas inventé l'esclavage.
00:59Elle a été l'une des premières à l'abolir, les lois de 1794 de 1848.
01:05Puis, en 2001, à le reconnaître comme crime contre l'humanité.
01:09Là aussi, nous étions les premiers.
01:10Avec sa disparition, la disparition de l'esclavage, le Code Noir est tombé en désuétude.
01:16Il était littéralement l'être morte depuis longtemps.
01:20Et depuis que la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, encore la France,
01:26a valeur constitutionnelle, il était tout simplement illégal.
01:30Abroger le Code Noir, Patrick, ça ne mange pas de pain,
01:32mais c'est prendre d'assaut une forteresse qui est déjà en ruine.
01:36C'est gratifiant, mais c'est inutile.
01:38Et c'est peut-être même, par certains aspects, problématique.
01:41Ah bah, pourquoi c'est problématique ?
01:42Alors, comment un vote consensuel peut l'être comme ça, à ce point-là ?
01:46D'abord, parce que la chasse aux textes morts, si on commence, elle n'aura jamais de fin.
01:50Moi, je ne suis pas sûr qu'on ait formellement abrogé les édits anti-juifs de Saint-Louis.
01:55Je pense que non.
01:56Et franchement, peu m'importe.
01:58Ce n'est pas ça qui explique l'antisémitisme contemporain.
02:02Cette abrogation, elle revient, à contrario, d'une certaine façon,
02:06à reconnaître que l'esclavage continue à hanter les rapports sociaux,
02:09que le code noir continuait à avoir des effets.
02:12C'est d'ailleurs la thèse des militants qui explique qu'il y a un fil continu
02:16qui va de notre inconscient éternellement esclavagiste et colonialiste
02:20au racisme systémique qui existerait en France.
02:24Les héritages de l'esclavage continuent de structurer des injustices
02:30et des discriminations contemporaines.
02:32C'est ce que disent les élus socialistes dans une tribune.
02:34Une députée de la Martinique a même expliqué qu'elle avait cherché un appartement à Paris
02:38et que c'était bien la preuve que le code noir était toujours actif.
02:43Alors, pourquoi c'est un problème ?
02:45Parce que ça introduit de ce fait une division entre les coupables éternels,
02:51des crimes réels ou supposés de leurs ancêtres,
02:54tout le monde n'a pas des ancêtres esclavalistes,
02:56donc ça c'est les blancs en fait,
02:58et les racisés qui seraient éternellement victimes
03:01car le trauma se transmet indéfiniment de génération en génération.
03:05Et d'ailleurs, la brogation ne clôt pas les revendications mémoriales,
03:09elle annonce l'étape suivante qui est celle des réparations,
03:12qui sont réclamées par la gauche, par l'ONU,
03:14qui fait une grande campagne,
03:15et Emmanuel Macron a senti le piège.
03:17Comme sa réflexion est dit-il inachevée,
03:20que fait-il ?
03:21Il a commandé un rapport.
03:23Ça c'est très français.
03:24Mais là encore Patrick,
03:25si on commence avec les réparations,
03:27où va-t-on s'arrêter ?
03:29Eh bien, on ne peut pas réparer le passé,
03:32ou alors c'est sans fin,
03:33parce que la dette ne peut jamais être éteinte.
03:35Enfin, cette mémoire,
03:37aujourd'hui, est tout de même très sélective,
03:39parce qu'on dirait que seuls les crimes de l'Occident
03:42méritent d'être ressassés.
03:43Mais alors, si l'Occident doit payer,
03:46pourquoi la Turquie ne devrait-elle pas payer
03:47pour le massacre de Thessalonique en 1430 ?
03:50Je crois que 30, je crois.
03:54Et pourquoi l'Algérie ne paierait-elle pas
03:56pour les crimes des barbaresques ?
03:57Un million d'Européens réduits en esclavage, Patrick.
04:00Ce n'était pas simplement des petites affaires.
04:04Mais voilà, les réparations,
04:06ça peut aussi ne jamais s'arrêter.
04:09Mais si les factures de l'histoire
04:11ne sont jamais soldées,
04:13eh bien, effectivement,
04:14il faut aussi présenter les nôtres.
04:16Bon, écoutez, on y reviendra tout à l'heure
04:18si vous voulez en débattre, en discuter.
04:210-826-300-300
04:22dans un instant, à 8h30,
04:26puisque l'invité politique, dans un instant,
04:28c'est Naïma Mouchouké,
04:30ministre, justement, des Outre-mer,
04:31qui reviendra sur ce sujet.
04:33Je vous propose d'y revenir tout à l'heure
04:35et puis d'y revenir aussi peut-être...
04:37Je ne sais pas si vous avez vu,
04:38il y a quand même des polémiques.
04:40On a l'air de s'inventer des polémiques
04:42autour de la météo, là.
04:43Vous avez vu, il y a des insultes
04:45concernant les présentateurs météo
04:46parce qu'ils disent qu'on est en situation
04:48en fait de canicule
04:49et que c'est rouge, etc.
04:52Ils font peur aux gens, paraît-il.
04:54Oui, alors ils font peur aux gens.
04:55Oui, mais en même temps,
04:56ils disent en fait les choses, quoi.
04:58Je ne sais pas, alors bon...
04:59Non, mais les gens deviennent fous,
05:00la chaleur rend fou, visiblement.
05:02La chaleur rend fou.
05:03Est-ce que vous trouvez, évidemment,
05:05qu'on exagère dans un sens ou dans un autre ?
05:07J'aimerais vous entendre.
05:080-826-300-300.
05:09J'aimerais vousorder��hame.
05:091-800-300.
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