00:01Le petit matin Sud Radio, 5h07, Benjamin Glaze.
00:06Il est 6h38, Sud Radio, la vie en vrai face à la flambée des prix à la pompe, une auxiliaire
00:11de vie alerte.
00:11Elle alerte sur les conditions de travail dégradées de sa profession.
00:15Elle a décidé de lancer une pétition qui compte déjà plus de 55 000 signatures.
00:20Et ce matin, elle a accepté, je l'en remercie d'avance, de témoigner sur Sud Radio.
00:24Bonjour Manuela Cabo-Salard.
00:27Bonjour.
00:27Et bienvenue sur Sud Radio.
00:29Alors, vous exercez en Gironde, à Libourne, où vous êtes représentante CGT.
00:35C'est l'augmentation des prix du carburant qui a été pour vous l'élément déclencheur de cette pétition.
00:41Parce que, bien évidemment, votre voiture, c'est votre outil de travail.
00:44Vous ne pouvez pas vous en passer.
00:46Et donc, vous subissez véritablement de plein fouet cette envolée des carburants, Manuela.
00:51Oui, bien évidemment.
00:53Comme beaucoup de métiers, les routiers, les transporteurs, les ambulanciers, les infirmiers,
00:58les taxis, nous sommes confrontés à cette augmentée du coût de l'essence.
01:04Mais on parle, bien qu'on parle de ces métiers-là, bien que ces métiers-là puissent se faire entendre
01:10d'une manière différente,
01:11parce qu'ils peuvent bloquer le pays, ils peuvent faire grève.
01:15Nous, aujourd'hui, nous n'avons d'autre moyen que celui de notre voix pour nous faire entendre.
01:20Vous dites, nous refusons...
01:22Moi, je n'ai pas la possibilité.
01:23Oui.
01:24Pardon ?
01:24Oui, vous n'avez pas la possibilité, en l'occurrence, de faire grève, puisque, eh bien, vous êtes...
01:29Parce qu'on vous attend, quoi, de toute façon.
01:32Les personnes que vous aidez vous attendent.
01:33Si moi, je m'arrête aujourd'hui, ça aura un impact sur mes collègues, qui vont assurer à ma place
01:40les interventions,
01:42et ça aura aussi un impact sur les personnes dont je m'occupe.
01:46Parce que si ce n'est pas moi, ça ne sera pas forcément exactement les mêmes horaires,
01:51pour la simple raison, c'est que mes collègues aussi, ils ont leur travail à faire.
01:54Et ça aura aussi un impact, parce que ce n'est pas forcément tout à fait la même manière de
02:02travailler.
02:02Vous dites, nous refusons de payer pour travailler.
02:08C'est fort ce que vous dites là, c'est ce que vous dites dans votre pétition.
02:12Aujourd'hui, vous en êtes là, travailler, vous coûte de l'argent ?
02:17À partir du moment où nos dirigeants peuvent se permettre de nous envoyer travailler à des distances assez grandes de
02:29chez nous.
02:30Par exemple, il faut savoir que les trajets, on a des indemnités kilométriques.
02:35Mais les indemnités kilométriques ne couvrent que les interventions interclients, les déplacements interclients.
02:42Moi, quand j'embauche et quand je débauche, comme dans beaucoup de métiers,
02:47ces kilomètres-là, ils ne sont pas indemnisés.
02:50Et ça, ça pose un problème, forcément, quand on a, comme en ce moment, cette flambée des prix des carburants.
02:56Est-ce que l'inquiétude que vous avez, et ce surplus, finalement, d'argent que vous devez dépenser,
03:04est-ce que ça fait que vous avez déjà pensé un jour à changer de métier, là, depuis ?
03:08Alors, voilà, cette pétition que vous avez décidé de lancer, j'imagine.
03:12Voilà, c'était un coup de gueule, d'une certaine manière.
03:15Oui, mais effectivement, à partir du moment où on a des conditions de travail dégradées,
03:20parce qu'on nous réduit de plus en plus la durée des interventions,
03:24en nous augmentant de plus en plus les tâches,
03:27on a des secteurs géographiques qui sont de plus en plus grands,
03:31puisqu'aujourd'hui, on peut très bien faire 50 kilomètres pour une heure d'intervention.
03:35Si vous faites 50 kilomètres pour une heure d'intervention,
03:38au prix de l'essence,
03:40et sur le fait qu'on n'ait payé que au SMIC,
03:44vous travaillez à perte.
03:46Vous avez adressé votre pétition directement à Sébastien Lecornu, le Premier ministre.
03:51Est-ce que vous savez s'il l'a lu,
03:54ou est-ce que vous avez le cabinet du Premier ministre qui vous a joint ?
04:00Non, non, je n'ai aucun retour.
04:02Je n'ai aucun retour.
04:05Et je l'ai adressé au Premier ministre,
04:07parce qu'en fait,
04:09ce n'est pas simplement...
04:13Le coup de l'essence,
04:14c'est la petite goutte qui a fait déborder le vase.
04:17Mais c'est notre métier,
04:18dans sa globalité,
04:20qu'il faut revoir.
04:21Parce qu'à longueur de journée,
04:22on dit,
04:23vous êtes un professionnel essentiel.
04:25Oui, mais, en fait,
04:28il faut savoir que 90% des gens qui travaillent dans ce métier,
04:31c'est des femmes.
04:33Beaucoup de ces femmes vont travailler à temps partiel
04:35pour pouvoir composer avec la vie de famille
04:37et la vie professionnelle.
04:39Beaucoup des salariés de cette branche
04:44le font par passion.
04:46Mais certains le font parce qu'ils n'ont aucun bagage
04:49et que c'est le seul travail qui s'offrait à eux.
04:53Métier essentiel,
04:55mais pas ou mal considéré.
04:59Voilà.
04:59Peu considéré,
05:00avec beaucoup de contraintes.
05:03Alors,
05:03c'est vrai que
05:04les gens qui travaillent dans le gré à gré,
05:07c'est-à-dire que les gens qui sont
05:09directement,
05:10ils font directement leur contrat
05:11avec la personne aidée,
05:14peuvent avoir de meilleurs revenus.
05:16Parce qu'il n'y a pas d'intermédiaire.
05:19C'est eux qui fixent eux-mêmes
05:22la distance qu'ils se permettent de faire.
05:26C'est eux qui fixent le prix.
05:29Moi, en 2022,
05:30j'avais du gré à gré
05:32où j'étais payée 18 euros de l'heure.
05:35Et en même temps,
05:36dans mon entreprise,
05:37j'étais payée à 11 euros,
05:4050 ou 60.
05:41Brut.
05:42Vous allez continuer à l'exercer,
05:44ce métier d'auxiliaire de vie ?
05:47Alors, je vais continuer à l'exercer
05:49parce que c'est un métier que j'aime.
05:52Moi, quand je rentre le soir chez moi,
05:55je suis fière d'avoir rendu la vie plus simple
05:58à une personne dont je m'occupe.
06:02Mais par contre,
06:02je ne suis pas fière des conditions
06:04dans lesquelles je l'exerçais.
06:05Ça, c'est une évidence.
06:07Parce que le fait qu'on nous réduise
06:09la durée des interventions,
06:10ça veut dire qu'une personne
06:13pour laquelle vous aviez une heure et demie
06:15pour un lever et un aide au repas,
06:18maintenant, vous allez avoir une heure.
06:20Donc, du coup,
06:22vous risquez de faire de la maltraitance
06:24en allant un peu plus vite dans vos gestes,
06:27en ne lui laissant pas le temps.
06:29On ne doit pas faire les choses
06:30à la place des gens.
06:31On doit essayer de maintenir leur autonomie
06:34en leur permettant de faire
06:36beaucoup de choses par eux-mêmes.
06:38Quand vous arrivez,
06:40vous regardez votre montre
06:40et que vous dites
06:41« Non, là, ça ne va pas être possible.
06:43Je ne peux pas lui laisser le temps de manger.
06:44Il faut que je lui mette dans la bouche. »
06:48Merci d'avoir accepté de témoigner ce matin
06:49sur Sud Radio,
06:50à Manuela Cabot-Salard.
06:52On peut retrouver votre pétition en ligne
06:53sur la plateforme change.org.
06:56Elle s'appelle « Aux du carburant.
06:57Nous refusons de payer pour travailler. »
06:59Merci.
07:00Vous êtes, je le rappelle,
07:01du côté de Libourne, en Gironde.
07:03Bonne journée à vous et bon courage.
07:05Bonne journée à tout le monde.
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