00:00RTL Matin, Thomas Soto.
00:05Il est 8h19, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:08Souvent, Trump varie, alors que le président américain a encore fait un 180 degrés cette nuit.
00:12Vous recevez ce matin Christine O'Krent et son abécédaire, le Trump de A à Z,
00:16qui va peut-être enfin nous aider à comprendre ce que le président américain veut vraiment.
00:21Bonjour Christine O'Krent.
00:22Bonjour Marc-Olivier, bonjour à tous.
00:24On s'est couché hier soir en craignant l'âge de pierre, le retour à une civilisation écrasée en Iran,
00:30c'est ce que menaçait Trump.
00:33On se lève avec un cessez-le-feu pour 15 jours.
00:36Génie militaire Trump ou un fou qu'il faut destituer ?
00:39Ni l'un ni l'autre.
00:41Un président ivre de sa propre puissance,
00:45qui a à son service une machinerie militaire d'une puissance et d'une efficacité tout à fait remarquable.
00:52Je crois qu'on a tous été émerveillés, si j'ose dire, par les prouesses du sauvetage de ces deux
01:00aviateurs.
01:02Sauf qu'il a en face de lui une armée iranienne qui ne capitule pas,
01:06et finalement il a en face de lui un vrai adversaire.
01:09Mais c'est pour ça que Trump nous a fait un merveilleux taco.
01:13Vous savez cette expression qui en anglais veut dire Trump se déballonne toujours.
01:18Donc il s'est déballonné à son propre ultimatum.
01:22Il s'est déballonné en fait.
01:23Lequel il avait déjà repoussé trois fois.
01:26Absolument.
01:27Et donc en fait, qu'est-ce qui se passe ?
01:29Des milliers de morts, pour rien.
01:32Un des trois d'Hormuz, les Iraniens se sont rendus compte maintenant
01:35qu'ils ont véritablement un levier sur la veine jugulaire de l'économie mondiale.
01:40Donc dans les négociations, imposées manifestement par la Chine et par le Pakistan.
01:47Le Pakistan, grand pays chiite, qui joue donc les intermédiaires.
01:51Et puis Trump adore le maréchal pakistanais, la Mounir.
01:55Il dit c'est mon maréchal préféré.
01:58On ne sait pas s'il en connaît beaucoup d'autres.
02:00Mais donc, cette guerre paraît absurde.
02:04Le régime iranien, hélas, est toujours en place et manifestement radicalisé davantage encore.
02:10Il n'est pas affaibli ce matin malgré tout ?
02:13Hélas, hélas, il est toujours capable de fusiller à vue des gens qui osent manifester
02:20et qui étaient pris entre leur haine du régime et puis les bombes américaines et israéliennes qui leur tombaient dessus.
02:26Donc le régime est en place.
02:28Le détroit d'Hormuz reste fermé.
02:30Et maintenant, les Iraniens ont compris et dans les négociations, ils vont imposer un droit de péage.
02:35Absolument.
02:35Donc ce régime va s'enrichir.
02:36Et dans les négociations, il veut s'enrichir, notamment, il veut toujours enrichir l'uranium.
02:41Et ça reste, puisque c'est des propositions iranièses qui sont sur la table.
02:46Oui, probablement rédigées encore une fois par la Chine.
02:49C'est ce que Trump lui-même a déclaré cette nuit à l'agence France Presse.
02:53En disant, oui, la Chine a joué son rôle, etc.
02:56Donc en fait, c'est Xi Jinping qui impose à Trump, d'une certaine manière.
03:02Et donc, c'est le monde à l'envers.
03:04Parce que, comme toujours avec Trump, et c'est pour ça que je me suis attachée à essayer de comprendre
03:09son vocabulaire,
03:10il faut passer par ses mots.
03:11Parce que ce président américain, le 47ème, comme on dit là-bas, a totalement, il faut bien le dire,
03:20décrédibilisé la parole présidentielle ou la parole politique.
03:23Puisque pour lui, les faits n'existent pas.
03:26Les faits, c'est l'une des dimensions alternatives.
03:31Mais ça, c'est vu d'ici, vu de là-bas.
03:32Son opinion publique là-bas.
03:35Elle dit quoi, à votre avis, ce matin, de cette capitulation, d'une certaine manière, à vous écouter ?
03:39Alors là, il est encore très tôt sur la côte Est, et encore plus la côte Ouest, et même au
03:46milieu.
03:47C'est au milieu des Etats-Unis que vous avez le socle magas.
03:50Mais il capitule parce que l'opinion publique est critique.
03:53Et ce matin, à votre avis, elle va lui être favorable ?
03:56Ou finalement, on va lui dire tout ça pour ça ?
04:00Non, parce que comme d'habitude, Trump, d'abord, il ne cesse d'être en campagne électorale.
04:05Quand il poste ses messages avec des majuscules, plein de points d'exclamation et cinq mots de vocabulaire.
04:10Il s'adresse à son socle électoral.
04:13Et il dit, c'est une immense victoire.
04:15Et il le croit.
04:16Les derniers sondages prouvent qu'évidemment, le coût de l'essence à la pompe, ça, ça fait très mal.
04:23L'inflation, ça fait très mal.
04:25Les problèmes du logement, ça fait très mal.
04:27L'opinion, dans son ensemble, à 60% estime que ce mandat, ce second mandat, est défavorable à une majorité
04:37d'Américains.
04:37Mais le socle magas reste extraordinairement fidèle à Trump, qui s'adresse sans arrêt, encore une fois, à ses électeurs.
04:46Mais ce socle, il est important ou alors il s'effiloche ?
04:49Alors, il se fragmente un peu.
04:52Il y avait une élection partielle très intéressante hier, dans une circonscription qui était détenue par une maga forcenée qui
05:02avait rompu avec Trump.
05:05Et là, les démocrates ont fait une percée.
05:07Ils n'ont pas gagné, mais ils ont fait une percée.
05:08Donc, on voit une fragilisation.
05:10Mais le socle, et c'est la force de Trump, depuis maintenant dix ans, depuis la campagne de 2015, il
05:19a compris cette Amérique-là que le Parti démocrate en particulier avait complètement abandonné.
05:26Et quand on parle de destitution, ça peut exister ou pas du tout ? Puisque même chez les magas, c
05:31'est plus tabou.
05:33Non, mais la destitution, oui, elle existe.
05:35Il y a un amendement dans la Constitution des Etats-Unis qui prévoit une procédure de ce qu'ils appellent
05:42là-bas l'impeachment.
05:43C'est ce qui menaçait Nixon, mais qui avait eu...
05:48La bonne idée de démissionner avant que la procédure ne se déclenche.
05:51Et là, il y a évidemment, parmi les critiques de Trump, de plus en plus de gens qui disent
05:58« Mais regardez, ce type est déséquilibré.
06:01Il n'est pas mentalement apte à rester l'homme le plus puissant du monde. »
06:07Il dit lui-même « Je suis l'homme le plus puissant du monde, je peux tout faire. »
06:11De là à ce que cette procédure soit déclenchée, je crois qu'il y a encore pas mal...
06:15Il y a encore trois ans avec Trump, mais des élections de mi-mandat en novembre.
06:20Trois ans, il aura 83 ans.
06:22Ce problème mental que certains pointent, vous, vous parlez de stratégie, il s'adresse à sa base.
06:28Est-ce qu'il a un problème mental ?
06:30Il a, en tout cas, par rapport au réel et par rapport au fait,
06:36comment dire cela poliment, une forme d'approximation...
06:39Oui, mais ça pète une stratégie.
06:41Ça pète une stratégie et ce monde parallèle, au contraire.
06:45Arrêtons les grands mots.
06:46S'il y a un mot qui ne convient pas à Trump, c'est le mot stratégie.
06:50Il n'en a pas.
06:50Même quand on dit stratégie du fou, certains observateurs parlent de stratégie du fou
06:54pour aller très loin dans la menace, pour forcer l'adversaire à céder.
06:57Ça, c'est pour faire malin.
06:58Il y a toujours des gens qui veulent faire malin.
07:00Ils disent « Oh, mais vous n'avez pas compris, c'est un génie, le flou ! »
07:05Alors il fait exprès de dire une chose, et puis son contraire.
07:08Non ! C'est un homme qui se décrit lui-même comme un businessman.
07:12Il l'a encore dit dans sa conférence de presse de lundi.
07:15Et ce qu'on néglige, c'est aussi un homme qui est un producteur de télé.
07:20Et vous savez ce que ça veut dire.
07:22Le spectacle toujours.
07:23Il a fait 14 ans de télé-réalité.
07:26C'est le spectacle.
07:27Suite au prochain épisode, je vous laisse en haleine.
07:30Vous allez voir ce que je vous réserve.
07:32Et ça va être formidable, parce que je suis le meilleur.
07:35C'est ça, Trump.
07:36Et il faut qu'il soit toujours au centre de l'attention.
07:39C'était le cas d'abord dans l'immobilier.
07:42C'était le cas dans la télé-réalité.
07:43Maintenant, il est au centre de l'attention planétaire.
07:46Et avec, il faut bien dire, les dégâts économiques pour le monde entier.
07:52Et déjà chez nous, quand on essaie de trouver de l'essence.
07:56Ou plutôt du diesel.
07:58C'est le feu de 15 jours.
08:00Négociation au Pakistan.
08:02Il peut encore tout se passer pendant ces 15 jours.
08:04Le Trump que vous avez décrypté, il est capable d'aller en avant, en arrière.
08:09Ces 15 jours, ce n'est pas du tout stabilisé.
08:11On peut repartir en guerre ?
08:13Déjà, il envoie J.D. Vance négocier.
08:17Déjà, ce n'est pas pique-et-ploque.
08:19Donc, Wittkopf et son gendre Kuchner.
08:24Déjà, bon, mais Vance, il vient d'où Vance ?
08:27Il vient de Budapest, où il a été soutenir Orban, lequel est un allié objectif de Vladimir Poutine.
08:34Donc, on est quand même dans le grand n'importe quoi.
08:36On va voir ce que Vance va sortir.
08:39Vance ne voulait pas d'opération militaire hors des Etats-Unis.
08:42Donc, on peut penser qu'il ne va qu'àmer le jeu.
08:44Il avait été extrêmement réservé, c'est le moins qu'on puisse dire, puisque lui, il fait campagne pour la
08:50succession et qu'évidemment, il cultive à son tour ce socle Maga.
08:54Mais il faut bien voir que ces négociations, puisqu'on est dans une guerre de l'information, mais de tous
09:00côtés, quand vous regardez les communiqués de Téhéran, de ce régime pourri, qu'est-ce qu'ils disent ?
09:04Ils disent, mais on a gagné ! On a gagné, on a toujours le stock d'uranium enrichi, on a
09:10la main sur le détroit d'Hormuz, et bien évidemment, on va installer un péage, et comme ça, on va
09:15pouvoir reconstruire.
09:16Et il y a déjà une brèche, c'est Israël, Netanyahou, qui dit, ah mais moi, le Liban, je continue.
09:22Et il continue à vider le Sud-Liban de sa population, et là aussi, des milliers de déplacés, et des
09:30centaines de morts.
09:32Merci de ce décryptage, toujours passionnant, Christine Ockrent, je rappelle le dernier livre, Le Trump, de A à Z, aux
09:37éditions de Noël.
09:38Merci beaucoup, Christine.
09:39Et on n'en est qu'au début de l'alphabet, visiblement.
09:41Merci beaucoup, Christine Ockrent.
09:42Merci beaucoup.
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