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  • il y a 11 heures
Avec sa fille, Laurent Joffrin, journaliste engagé à gauche, remonte aux racines de sa famille. Dans un livre, il raconte l'amitié de son père avec Jean-Marie Le Pen mais aussi l'histoire derrière cette photo où il apparaît torse nu à côté de l'ancien leader du FN. Laurent Joffrin et sa fille Pauline Delassus sont les invités de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 10 avril 2026.

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Transcription
00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h18, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:07Deux invités ce matin, Marc-Olivier.
00:09D'abord un homme de gauche qui a longtemps dirigé les rédactions de Libération et du Nouvel Obs.
00:12Il s'appelle Laurent Joffrin.
00:13Et puis sa fille, journaliste, grand reporter à la tribune dimanche, Pauline Delassue.
00:18Ensemble, ils ont enquêté sur leur famille, venu entre autres des rives du lepénisme et même du péténisme.
00:23Bonjour Laurent Joffrin.
00:24Bonjour.
00:25Bonjour Pauline Delassue.
00:26Bonjour.
00:26Comme le disait Thomas, vous racontez à quatre mains les secrets d'une famille française.
00:29scindée politiquement dans ce livre, Les Enfants Sables.
00:32Un grand-père, collabos.
00:34Un père, le pénis pour vous, Laurent Joffrin.
00:37Mais aussi une partie de la famille exemplaire dans un féminicide.
00:41Bref, un héritage costaud.
00:43On va raconter tout ça parce qu'on va raconter la France.
00:45Mais pour commencer, comment on hérite d'une telle histoire,
00:48Laurent Joffrin, Pauline Delassue, en la mettant à distance
00:51ou au contraire en la questionnant en permanence ?
00:54C'est-à-dire que je l'ai questionné dans la mesure où, à partir de l'âge de 12
00:58-13 ans,
00:59j'étais en désaccord complet avec mon père.
01:01Et on passait la plupart des repas familiaux dans une espèce d'altercation politique.
01:09Déjà à l'âge de 12-13 ans ?
01:10Oui, ça a commencé.
01:11Ça a même conduit à votre engagement très à gauche, en rejet de votre père ?
01:16Ce qui a joué beaucoup, c'est mes 68.
01:19Moi, j'avais 15 ans.
01:20J'étais jeune.
01:21Donc, j'ai rejoint les grévistes, etc.
01:22Et les valeurs de 68 étaient exactement à l'opposé de celles que j'avais reçues de mon éducation.
01:27Et elles me semblaient, évidemment, beaucoup plus chatoyantes et attirantes.
01:30Et donc, c'est ça qui a créé le divorce, si je puis dire, intellectuel, idéologique.
01:35Et vous, Pauline, un grand-père, vous, la fille de cette époque,
01:40comment on vit avec un grand-père, le péniste, et un arrière-grand-père collabo ?
01:46Alors, on vit plutôt bien au début, parce que, pareil, j'ai découvert assez tard ce passé.
01:51Et, en revanche, pareil, à 12-13 ans, j'ai compris qu'il y avait cette confrontation
01:57par les silences, en fait, qui existaient.
01:58Parce que, moi, pour ma génération, pour mes cousins, moi et mon frère,
02:02quand on était à la table, on ne parlait pas, en fait.
02:04C'est aussi ça, les enfants, ça.
02:05C'est-à-dire qu'on comprenait des choses, on savait, mais on ne nous disait pas grand-chose.
02:09Il y avait beaucoup de silences, beaucoup de secrets.
02:10Pourquoi ? Par honte ?
02:12Par peur du conflit, je pense.
02:14Oui, c'est pour éviter de transformer le repas en pugilat, quoi.
02:18Il y avait des par honte, sur certains points, très anciens de la famille, aussi.
02:22Oui, il y avait quand même des tabous.
02:23Vous nous la présentez, cette famille, rapidement, Laurent Geoffrin.
02:25Le père, d'abord.
02:26Jean-Pierre Mouchard, le pénis convaincu.
02:28Alors, c'est un enfant des colonies.
02:30Il a passé son enfance en Indochine.
02:32Sa vie s'est effondrée en 1945,
02:34quand la colonie elle-même s'est effondrée sous les coups des Japonais.
02:38Et il s'est retrouvé à Paris avec son père,
02:40qui a été éjecté de l'administration pour faire de collaboration.
02:45Il a été venu de faire vivre sa famille.
02:47Et donc, il a fait des études.
02:49Il est devenu expert comptable.
02:51Et puis, il a travaillé chez un éditeur.
02:52Il a lancé une maison d'édition.
02:53Et là, il est devenu multimillionnaire.
02:56En trois ans.
02:57Et il a tout perdu, ensuite.
02:58Et ensuite, il a tout reperdu.
02:59Moi, je n'ai pas d'héritage.
03:00Je vous le reçois tout de suite.
03:01Ça, c'est le père, lui-même, donc, fils.
03:06Son père était un émigré argentin.
03:08Enfin, il est émigré français en Argentine.
03:10Qui est revenu pendant la guerre de 1914.
03:12Qui s'est battu à Verdun, sous les ordres du général Pétain.
03:15Et en 1940, il a suivi le maréchal.
03:20Il était en Indochine.
03:22Comme il n'avait pas de diplôme, on lui avait dit, il faut partir dans les colonies pour avoir une
03:26profession, une carrière.
03:27Donc, il était fonctionnaire colonial en Indochine.
03:30Et donc, en 1940, il a dit, mais il faut continuer à se battre.
03:33Parce qu'il est un patriote.
03:34Et on lui a dit, mais non, le maréchal a pris le pouvoir.
03:36Donc, il faut vous dire au maréchal.
03:37Alors que dans la même famille maternelle, la mienne, la famille Michelet.
03:42Il y a eu la même scène.
03:43Mais c'était à Brive, où Edmond Michelet, qui était mon grand-oncle, a fait un trac le 17 juin
03:491940.
03:49Donc, un jour avant le général de Gaulle.
03:51Pour dire, il faut résister.
03:52Et qu'il s'est retrouvé chef de réseau, déporté à Dachau.
03:57Et en 1945, le général de Gaulle lui a demandé de devenir ministre des armées.
04:01Donc, ces deux destins, vous voyez, sont totalement symétriques.
04:05Et totalement à l'opposé l'un de l'autre.
04:08Et c'est une famille totalement déchirée en deux branches.
04:11Deux familles déchirées, mais en même temps unies quand même.
04:15Ça dit quoi de la France, ça, Pauline ?
04:16C'est deux familles très différentes et en même temps unies, d'une certaine manière.
04:21Donc, vous êtes l'héritière.
04:22Oui, ça dit que ces deux pans-là peuvent exister dans une même famille.
04:27Mais que ça crée quand ce n'est pas bien expliqué, en fait.
04:32C'est ça, vos titres, c'est les mots.
04:34Les enfants savent.
04:35On ne leur a pas dit, mais ils savent.
04:37C'est le titre du livre et c'est ça qu'on essaie de montrer.
04:40Et ce qu'on veut montrer aussi, c'est que c'est souvent les femmes qui en payent le prix.
04:45Dans cette famille, les destins de femmes sont difficiles, tragiques.
04:48Et passées sous silence, en tout cas pour la plupart.
04:52Et c'est ça que les enfants ressentent.
04:54Et c'est ce qu'on raconte.
04:55Avant de parler de Le Pen, les femmes, justement.
04:57Oui.
04:57On peut vous décrire comme féministe ?
04:59Moi ?
05:00Oui, bien sûr.
05:01Vous avez hérité de quoi ?
05:02Vous avez hérité d'une grand-mère qui s'est suicidée très tôt, d'un féminicide dans la famille.
05:08Oui.
05:09Et comment on le transforme en féministe 2026 ?
05:14On le transforme par d'autres choses.
05:15Ce n'est pas que la famille qui fait ça.
05:17Oui, mais j'imagine que c'est quand même présent.
05:18Mais comme dans beaucoup de familles, quand les femmes, sur plusieurs époques, ont été mises de côté.
05:24Ou en tout cas qu'on ne leur a pas vraiment laissé l'autonomie.
05:26Que leurs drames, leurs souffrances sont passées sous silence.
05:31Évidemment que les petites filles, et les petits-fils aussi d'ailleurs, qui en héritent, trouvent que c'est injuste
05:36et qu'il y a quelque chose à rétablir.
05:38Et ça peut fabriquer une fibre féministe, en tout cas sensible à ces sujets-là.
05:43Et qui aujourd'hui, en plus, dans toutes les familles, on a l'impression, et partout dans le monde, deviennent
05:48des sujets de société.
05:49Toute l'ambiguïté, quand même, et la richesse humaine, c'est que votre grand-père, dont on va parler avec
05:54Laurent, l'ami de Jean-Marie Le Pen, très conservateur,
05:58le regard qu'il avait sur sa petite-fille féministe, qui vit avec une femme, qui a des enfants par
06:05PMA, ça ne le dérangeait pas plus que ça.
06:07Non, ça ne le dérangeait pas plus que ça du tout, au contraire, c'est qu'il m'a donné,
06:11entre guillemets, sa bénédiction,
06:13ce que je raconte dans le livre, au moment de mourir, où il a vraiment, il voulait me dire que
06:17ça ne lui posait aucun problème,
06:18et au contraire, qu'il trouvait ça bien.
06:21Et je pense que ça tient au fait que lui-même a eu deux mères, en fait, ce qu'on
06:24raconte dans le livre,
06:25c'est que sa mère biologique est morte très, très tôt en donnant naissance à sa petite-sœur,
06:31et après, il a été élevé par une autre femme, donc lui aussi, deux mamans.
06:34Il avait totalement cette ouverture d'esprit.
06:36Que ça joue là-dessus, et qu'il n'était pas conservateur dans les mœurs.
06:39C'était des idées politiques, mais ce n'était pas sur les sujets de société.
06:43Vous, Jean-Marie Le Pen, vous l'avez connu professionnellement,
06:46mais vous l'avez connu aussi, Laurent Geoffrin, personnellement, à travers ce père,
06:50et vous pointez son obsession antisémite, quand même, d'une certaine manière.
06:53Ah, c'est ça qui m'a frappé.
06:55Un jour, mon père me dit, voilà, je fais une croisière, moi j'aime bien la voile,
06:58donc il me dit, ben oui, je peux venir, et il m'y émeut, mais il y aura Le Pen.
07:02Alors, c'était en 1980, il y a 46 ans.
07:04Ce n'était pas Le Pen, il n'était pas ce qu'il est devenu.
07:08C'était un groupuscule nostalgique de l'Algérie française et de Pétain.
07:14Donc vous y allez par curiosité journalistique, c'est ce que vous nous dites.
07:16Parce qu'il y a cette fameuse photo, vous êtes torse nu à côté de lui,
07:18qu'on vous ressort tout le temps dès que vous faites un papier anti-RN.
07:21Ou anti-RN ou anti-LFI.
07:23Pour vous montrer une espèce de connivence entre vous et Jean-Marie Le Pen,
07:26c'est vrai que vous êtes tous les deux torse nu, la photo n'est pas, j'allais dire, pas
07:29flatteuse d'une certaine manière.
07:31On vous la ressort, mais vous l'expliquez.
07:33C'est la moindre, parce que moi je suis rentré au Parti Socialiste en 1971, la photo a été prise
07:37en 1980.
07:38Donc en gros, ça faisait 8 ans que j'étais militant socialiste, même responsable,
07:42parce que j'étais secrétaire des jeunesses socialistes.
07:45Donc vous y allez avec cette curiosité.
07:48Mais donc là, sur cette croisière, l'antisémitisme était ultra présent.
07:51C'est ça, ça m'a servi beaucoup ensuite.
07:53Parce qu'après, vous savez, il y a eu les dérapages dits antisémites Le Pen,
07:58le durafour crématoire, le point de détail de l'histoire sur les chambres à gaz.
08:03Les gens disaient que c'était un dérapage.
08:04Moi, je savais que ce n'était pas du tout un dérapage.
08:05Parce que par exemple, Jean-Marie Le Pen lisait le témoignage d'un rescapé des camps de concentration nazis.
08:10Et vous racontez que pour lui, ce témoignage sentait le trucage à plein nez.
08:13On en était là quand même.
08:15C'est la première fois que je l'ai vu, il sortait avec ce bouquin de sa cabine.
08:18Et il s'assoit et il dit, ça c'est bidon, ça c'est pas vrai, c'est pas possible.
08:22Et c'était un négationniste.
08:25Négationniste qui comptait les juifs.
08:26Il les comptait, avec cette manie de recenser dans tout le groupe du pouvoir journalistique, intellectuel, politique.
08:31Il les comptait quoi.
08:32Et qu'il sortait d'un repas, enfin, il le racontait.
08:36Et il sortait d'un repas et il disait, bon j'en ai compté trois.
08:39C'est des obsessions qu'il a gardées jusqu'à la fin de sa vie.
08:41Parce que pour le livre, j'ai été le rencontrer.
08:42J'allais vous le dire, oui.
08:44Vraiment à la fin de sa vie, chez lui.
08:47Et il avait toujours la même hargne contre mon père.
08:52Toujours la même amitié pour mon grand-père.
08:54Qui s'était détaché de lui sur la fin de sa vie.
08:56Qui à la fin de sa vie ne voulait plus le voir.
08:57Mais lui, Jean-Marie Le Pen, m'a dit en tout cas plusieurs fois à quel point il avait compté
09:02dans sa vie.
09:02À quel point ils étaient proches.
09:04À quel point il était triste justement de ne plus l'avoir vu à la fin.
09:07Et il gardait les mêmes obsessions.
09:11Obsessions aujourd'hui pour conclure que le RN n'a plus ?
09:15Alors, dans le fond des cœurs, je ne sais pas.
09:17Il n'en parle plus en tout cas.
09:18En tout cas, aujourd'hui, on ne les associe plus du tout à ça.
09:22Et même, ils sont très proches d'Israël.
09:25Et enfin, ils s'en sont très détachés, non ?
09:28Comme vous vous êtes détachés de votre père, non ?
09:31En apparence.
09:32En apparence.
09:33C'est vrai qu'il n'y a plus du tout les dérapages que Le Pen.
09:36Les dérapages, entre guillemets, que Le Pen pouvait commettre.
09:39Sauf parmi certains des députés, parfois.
09:41Mais sur les marges, dans les franges, et au fond des cœurs, je ne sais pas.
09:46Merci beaucoup.
09:47Les enfants savent.
09:48Pauline Delassue, Laurent Geoffrin, chez Grasset.
09:51Histoire de famille, histoire de la France.
09:53Merci beaucoup.
09:53Merci à vous.
09:54Merci à vous.
09:55Merci Marc-Olivier.
09:55On se retrouvera évidemment lundi pour Face à la France.
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