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  • il y a 11 heures
Après avoir menacé huit pays européens, dont la France, de nouveaux droits de douane, Donald Trump en rajoute une couche et menace nos viticulteurs. Quelles seraient les conséquences pour l'économie européenne ? Malgré les tensions, le Fonds monétaire international prévoit une croissance mondiale stable pour 2026. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, est l'invitée de RTL Matin, depuis le Forum de Davos, en Suisse.
Regardez Face à Fogiel du 21 janvier 2026.

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Transcription
00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:02Il est 8h18 face à Fogiel l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:08Ce matin vous recevez la présidente de la Banque Centrale Européenne, c'est Christine Lagarde
00:11qui est en direct et en duplex du Forum Économique Mondial de Davos en Suisse.
00:15Bonjour Christine Lagarde.
00:17Bonjour Marc-Olivier Fogiel.
00:18Merci d'être en ligne avec nous.
00:21Davos où Donald Trump va arriver cet après-midi.
00:24Donald Trump qui brandit des surtaxes douanières à la moindre contrariété.
00:27Êtes-vous inquiète madame la patronne de la BCE ?
00:32Je crois qu'on assiste à un lever de rideau sur un nouvel ordre international
00:36et c'est pour ça que c'était important que le président Macron soit là hier,
00:40que le premier ministre canadien se soit exprimé très vigoureusement hier aussi.
00:46Mais vous, est-ce que l'économie européenne peut tenir le choc
00:48ou l'économie européenne est fragilisée par les déclarations de Donald Trump ?
00:52J'y viens.
00:54Ce nouvel ordre international doit nous amener à une révision profonde de la manière
00:57dont nous organisons notre économie en Europe,
01:01de la manière dont nous nous avons des relations avec d'autres pays dans le monde
01:04qui jouent selon les mêmes règles que nous.
01:07Aujourd'hui, quand je regarde l'économie européenne,
01:10on a une résistance des économies que nous n'attendions pas il y a seulement 6 mois.
01:14Je rappelle qu'on a une croissance qui est prévue pour la zone euro à 1,4.
01:18On a révisé à la hausse nos prévisions pour 2027 et 2028.
01:22On a une inflation maîtrisée qui, pour la zone euro, est à 2 %, moins en France puisqu'on est à 0,7.
01:28Mais donc vous dites même pas mal, Christiane Lagarde, vous dites même pas mal ?
01:30Non, je ne dis pas même pas mal parce que je pense que ça pose des questions de fonds
01:33qui vont amener à des révisions de fonds sur la manière dont on fonctionne.
01:37Donc si on regarde dans le court terme, l'immédiat effet, c'est relativement mineur.
01:45C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a un tarif douanier moyen qui a été augmenté à 12%
01:50à la suite des décisions de l'année dernière et de l'accord de juillet.
01:52Et on a aujourd'hui, si on regarde en moyenne pour la zone euro, on passerait de 12% à 15%.
02:00Donc vous nous dites clairement ce matin que vous n'êtes pas inquiète.
02:03Vous nous dites ce matin que vous n'êtes pas inquiète, Christiane Lagarde.
02:05Je sais que vous voulez me faire dire ça.
02:08Mais aujourd'hui, il faut être vraiment calme, regarder l'impact et regarder la manière
02:14dont on s'organise dans l'avenir.
02:15Aujourd'hui, dans la zone euro, on a une économie allemande qui sera plus impactée
02:19que l'économie française, par exemple, par les droits de douane.
02:22On a une inflation qui sera très légèrement affectée, probablement à la hausse.
02:27Mais comme on a une inflation maîtrisée à 1,9, l'impact sera minimal.
02:32Ce qui est beaucoup plus grave, et là je pèse mes mots, c'est le degré d'incertitude
02:38qui est créé par ces revirements constants du président Trump.
02:41Mais clairement, est-ce que vous croyez vraiment qu'il va passer à l'action,
02:45puisqu'on l'a vu souvent menacée et finalement se raviser, sur ses droits de douane,
02:49les 200% pour nos viticulteurs par exemple ?
02:52Est-ce que vous pensez qu'il va y aller ou qu'il va se raviser ?
02:56Il adopte souvent une démarche transactionnelle.
03:01C'est-à-dire qu'il négocie, donc il place la barre très haut,
03:04à des niveaux qui sont parfois complètement irréalistes,
03:08difficiles à mettre en œuvre, parfois sur des bases juridiques probablement peu sûres.
03:16Mais c'est comme ça qu'il avance.
03:18Et ensuite, il négocie, et la question que doivent se poser les Européens,
03:23c'est comment est-ce qu'on se place en face de lui ?
03:26Cette espèce de scène mondiale, est-ce qu'il faut montrer les muscles ?
03:30Ou est-ce qu'il faut adopter une attitude un peu responsable et proposer des solutions ?
03:35Justement, le fameux instrument anti-coercition proposé par le Président Macron,
03:41comparé par certains à un bazooka, est-ce qu'il faut le sortir le bazooka, Mme Lagarde ?
03:47Ça relève beaucoup de la posture, mais lui, il est dans la posture.
03:52Donc, indiquer quels sont les instruments dont on dispose,
03:56faire preuve de détermination collective, être unis, déterminés,
04:02ça relève de la posture européenne nécessaire.
04:05Après, une fois que les partenaires se mettent autour de la table,
04:09une fois que le Président Trump aura redéfini sa position cet après-midi à Davos,
04:14ça permettra aux Européens de déterminer ce qu'ils font ensemble.
04:17Moi, ce qui me paraît fondamental, c'est l'unité et la détermination.
04:22Ensuite, est-ce que ça va être de la petite coopération, grande coopération,
04:26ou bien un mécanisme où on a une multipolarisation complète,
04:30où chacun avance de manière non concertée, non équilibrée,
04:37et est-ce qu'on redéfinit les équilibres mondiaux ?
04:39Ça, c'est la vraie question qui va se poser.
04:41Mais vous diriez que les États-Unis sont toujours nos alliés ou sont nos adversaires, ce matin ?
04:44Ils se comportent très bizarrement pour des alliés.
04:49Quand on est allié au sein du traité de l'Atlantique Nord,
04:54quand on a été des alliés pendant des décennies
04:57et qu'on a participé à l'histoire respective les uns des autres,
05:01menacés de s'emparer d'un territoire qui manifestement n'est pas à vendre,
05:06comme le Groenland,
05:07et agiter des restrictions tarifaires,
05:11des restrictions d'ordre divers sur le commerce international,
05:16pas vraiment faire preuve d'un comportement très « allié », entre guillemets.
05:20Vous allez le rencontrer, Donald Trump, cet après-midi, Christine Lagarde ?
05:23Je ne vais pas le rencontrer personnellement.
05:24Mon programme de la journée n'est pas complètement établi,
05:27mais je ne pense pas.
05:28En revanche, j'irai l'écouter,
05:29parce que la manière dont il s'exprimera et ce qu'il dira
05:31sera intéressante après ce qui a été dit hier par les Européens
05:35et les autres partenaires comme le Canada.
05:38Je vous repose ma question tout à l'heure.
05:40Est-ce que la patronne de la BCE est inquiète ce matin ?
05:44J'ai en alerte.
05:46On a actuellement, sur le plan monétaire,
05:49sur le plan économique, une bonne position.
05:52Sur le plan monétaire, certainement.
05:54On a une inflation maîtrisée, on a un taux d'intérêt à 2%.
05:58Je pense que cette position-là, elle est bonne.
06:03Sur le plan économique, on peut faire mieux.
06:04Sur le plan de la productivité, on peut faire mieux.
06:06Sur le plan de la maîtrise de nos finances publiques,
06:08on doit impérativement faire mieux.
06:10Ce qui m'inquiète, c'est la remise en cause de ces résultats
06:14dont on a des raisons d'être plutôt satisfait.
06:18La remise en cause par l'incertitude que fait peser Donald Trump sur le monde.
06:23Oui, parce que quand vous êtes un investisseur, quand vous êtes un employeur,
06:26quand vous prenez même la décision de souscrire un emprunt,
06:30vous avez envie de savoir quelles seront les conditions.
06:33Bien sûr.
06:34Comment vous allez vendre vos produits ?
06:36Où est-ce que vous allez sourcer vos matières premières ?
06:38S'il y a une totale incertitude permanente sur ces sujets-là,
06:42ce n'est pas bon.
06:43L'incertitude et la confiance ne font pas bon ménage.
06:45Or, la confiance, on en a besoin.
06:46Je ne suis pas inquiète, mais je suis en alerte et très attentive
06:51à la manière dont les dirigeants, dont c'est la prérogative,
06:54ce n'est pas la mienne,
06:56dont ils vont sortir de cette situation par le haut
06:59ou dans un climat d'hostilité, d'adversité.
07:02Mais est-ce que Donald Trump met aussi en péril l'économie américaine
07:06et finalement peut-être que la raison va lui être rappelée
07:09par les Etats-Unis eux-mêmes ?
07:11Parce que finalement, à jouer comme ça avec l'équilibre du monde,
07:14il fragilise l'économie américaine d'abord.
07:18Moi, j'espère que les économistes autour de lui
07:20calculent justement l'impact des tarifs douaniers sur l'inflation.
07:27Ça me paraît très important.
07:28Il est très attentif à ce que les Américains
07:29ne supportent pas la hausse des prix.
07:31Or, on a pu constater que la hausse des tarifs l'année dernière,
07:34elle a été supportée massivement par les consommateurs américains
07:37et par les importateurs américains.
07:40Et puis, je pense qu'il sera attentif également
07:41au mouvement sur les marchés financiers.
07:44Et ce qu'on a observé hier n'était pas de nature à le rassurer, j'imagine.
07:50Sur l'économie française, tout à l'heure, vous disiez
07:52qu'on peut faire mieux collectivement,
07:55notamment sur les déficits.
07:57On sort d'une très longue séquence budgétaire.
08:01Est-ce que cette longue séquence budgétaire d'incertitude en France
08:05a fragilisé l'économie française ?
08:08La longue séquence budgétaire et l'incertitude en matière budgétaire
08:15n'a certainement pas participé à l'enthousiasme,
08:23à l'investissement, aux conditions de la confiance.
08:26Vous savez, moi je regarde les chiffres aujourd'hui.
08:29Dans la zone euro, on a une croissance moyenne de 1,4.
08:33La croissance en France, elle n'est pas tout à fait de la moitié,
08:38mais elle est de 0,8 pour mémoire.
08:41Donc on le paye cher.
08:42Et finalement, si on arrive à un déficit,
08:44et ce n'est même pas sûr de 5%,
08:45c'est encore très lourd, non ?
08:47On peut beaucoup mieux faire, non ?
08:50On doit beaucoup mieux faire.
08:51Moi, je regarde la trajectoire,
08:52parce qu'il ne faut pas se polariser totalement sur une année ou un exercice.
08:56La trajectoire, c'est quoi ?
08:57C'est 5,8 ? 5,4 ? 5 ?
09:00Il faut le tenir, bien entendu,
09:02parce que ce sont des engagements que prend le gouvernement vis-à-vis des Français,
09:06pas seulement vis-à-vis de l'Europe,
09:07vis-à-vis des Français, vis-à-vis des générations futures.
09:09Et puis, il faut continuer sur cette trajectoire.
09:12C'est ça aussi que retiennent les marchés.
09:13C'est la capacité d'un gouvernement, quel qu'il soit,
09:16à maîtriser sa dépense publique.
09:18Donc, quand on dit, je reviendrai sous la barre des 3% à telle échéance,
09:22il faut démontrer au fil de l'eau, chaque année,
09:24qu'on va être capable de délivrer.
09:26On délivre, et c'est les grandes entreprises qui payent.
09:29Finalement, vous avez vu la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises.
09:32Est-ce que c'est la solution, Madame Lagarde ?
09:34Je ne vais pas m'exprimer sur le sujet, Marc-Olivier,
09:37parce que ça, ça relève de la décision des gouvernements,
09:40du contexte politique dans lequel ils interviennent.
09:43Moi, je suis obligée de regarder les trajectoires de finances publiques,
09:48la nature de l'investissement, extrêmement important.
09:51C'est-à-dire que si le déficit qui se creuse éventuellement,
09:56ou qui diminue, permet de financer la dépense publique utile,
10:01c'est-à-dire de financer la défense,
10:04de financer la lutte contre le changement climatique,
10:07de financer la transition énergétique,
10:09de financer la digitalisation des économies,
10:11qui sont structurantes et de nature à améliorer la productivité,
10:16ça, c'est important pour nous, parce qu'on regarde l'efficacité.
10:18Et donc là-dessus, notre budget, vous le jugez comment, Christine Lagarde, là-dessus ?
10:22Une fois de plus, je ne vais pas me prononcer sur la manière dont la dépense a été réduite ou pas,
10:28et dont elle le sera,
10:30sur la manière dont la charge fiscale supplémentaire a été dirigée vers les uns ou les autres.
10:37Ça, ça relève de la décision politique.
10:39Moi, je suis un organe bancaire.
10:42Je veille à l'euro.
10:43Je m'assure de ce que la stabilité des prix existe,
10:46qu'au moins ça, ça soit un élément de stabilité certain.
10:49Et on fera en sorte que ça le soit.
10:52Pour conclure, tout à l'heure, vous irez donc assister au discours de Donald Trump.
10:58Si vous aviez un message à lui passer, ça serait lequel ?
11:02Ça serait de considérer que ce qui est bon pour l'Amérique n'est pas forcément bon pour le monde,
11:11qu'on doit s'écouter les uns les autres et travailler en coopération.
11:15Je ne suis pas sûre que ce soit la direction dans laquelle son administration s'engage.
11:19Et ce que je crois, c'est que les autres pays doivent rassembler leurs forces.
11:24Je vais vous citer juste un élément.
11:27Aujourd'hui, on râle contre les droits de douane supplémentaires qui sont annoncés.
11:30Mais si on regarde chez nous, à l'intérieur de notre marché européen,
11:34entre la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne,
11:37on s'inflige tout seul des droits de douane qui sont largement supérieurs
11:41à ce dont on parle à propos des Etats-Unis.
11:44Parce qu'on met des barrières, parce qu'on met des licences supplémentaires,
11:48parce qu'on subordonne telle ou telle activité à telle ou telle autorisation.
11:52On est formidables. On est les champions en la matière.
11:54Si on éliminait ça, on serait beaucoup plus forts.
11:57Merci d'avoir été en ligne de Davos avec nous, Christine Lagarde,
12:00la présidente de la Banque Centrale Européenne sur RTL.
12:03Merci à vous.
12:04Merci.
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