00:00Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter en duplex de Téhéran,
00:03alors que Cécile Collère et Jacques Paris, nos deux otages libérés,
00:06sont tout près de vous en ce moment même à la résidence de l'ambassade de France.
00:09C'est vous qui êtes allé hier devant la prison d'Evine,
00:12les accueillir là où ils étaient détenus depuis mai 2022.
00:14On a beaucoup de questions à vous poser sur les coulisses de leur libération,
00:18quand vont-ils pouvoir rentrer en France ?
00:19Mais d'abord, une question simple, Pierre Cochard,
00:22quelles nouvelles est-ce que vous pouvez nous donner ce matin
00:24après leur première nuit hors de prison ?
00:26Vous les avez vues, vous leur avez parlé,
00:28comment vont-ils, comment vont Cécile Collère et Jacques Paris ?
00:32Écoutez, on a passé la soirée d'hier soir avec eux,
00:36ils se sont réveillés après une bonne nuit ce matin.
00:40Donc moi j'avais pu leur rendre visite il y a trois semaines à peu près à la prison d'Evine
00:43et j'avais bien sûr senti leur très grande inquiétude, leur détresse.
00:49Donc de voir hier soir leur sourire, ça nous a fait du bien à tous.
00:54Donc ils sont vraiment à mes yeux en bonne santé,
00:58mais on ne peut pas se contenter de cette impression.
01:01C'est la raison pour laquelle il y a une équipe de professionnels du centre de crise du ministère
01:07qui a pris l'avion hier soir et qui sera là auprès d'eux en début d'après-midi.
01:11Donc bien sûr, j'espère qu'ils confirmeront cette impression qu'on a eue de les trouver en bonne santé physique et morale.
01:17Oui, parce qu'il y avait notamment des inquiétudes sur l'état de santé de Jacques Paris.
01:21De ce point de vue-là, vous avez été rassuré, vous êtes rassuré ?
01:25Absolument, absolument.
01:27Mais encore une fois, il faut attendre le diagnostic des médecins.
01:29Mais je les trouvais d'abord très heureux, très soulagés tous les deux par cette libération.
01:33On le comprend après trois ans et demi de détention dans des conditions difficiles.
01:38Mais donc oui, ils vont bien.
01:40Juste sur ce dîner que vous avez partagé avec eux hier soir, qu'est-ce qu'ils vous disent ?
01:45Est-ce qu'ils réalisent cette libération après 1 277 jours en détention ?
01:51Est-ce qu'ils vous parlent de leur famille, de ceux qui en France se sont mobilisés pour que l'on continue de penser à eux,
01:58pour qu'ils ne tombent pas dans l'oubli ? Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
02:03Écoutez, c'est bien sûr un changement radical, puisqu'eux ont été informés en dernière minute,
02:07en toute dernière minute de leur libération, mais c'est le soulagement qui l'emporte.
02:13Ils ont pu parler à leur famille longuement hier, ils vont continuer à le faire aujourd'hui.
02:18Ils m'ont demandé de passer un message pour dire à leur famille, mais aussi à tous ceux qui les ont soutenus en France,
02:26que sans ce soutien, ils n'auraient pas pu tenir.
02:30Parce qu'effectivement, ils étaient au courant de cette mobilisation.
02:33On les a informés aussi de ce qui se passait en France.
02:36Donc voilà, ça a été extrêmement important pour eux, ils s'en rendent compte, ils le confirment aujourd'hui.
02:41Pour le reste, ils étaient aussi très désireux de pouvoir parler,
02:45et ils n'ont pas pu parler ni entre eux ni beaucoup avec d'autres détenus au cours de ces dernières années.
02:51Donc c'était un moment bien sûr important pour eux.
02:53Et c'est important de faire passer ce message ce matin sur France Inter, monsieur l'ambassadeur.
02:57Je voudrais qu'on refasse le fil, puisque c'est vous, je le disais, qui êtes allé les chercher devant cette prison d'Evine.
03:04Cette prison d'Evine, une ville dans la ville à Téhéran.
03:08Est-ce que vous pouvez nous raconter cette scène hier, quand vous arrivez devant les portes de la prison,
03:14récupérer, accueillir Cécile Collère et Jacques Paris ?
03:16Écoutez, on s'est rendu à la prison d'Evine, c'est au nord de Téhéran.
03:22L'ambassade se trouve plutôt au centre, donc il y a déjà un trajet important.
03:27On s'est présenté, il y a plusieurs portes à franchir et barrières,
03:31donc ça a pris un peu de temps, avec une coordination avec les autorités iraniennes.
03:36Et bien sûr, après cette attente, ils aient nuit déjà à Téhéran.
03:43Les grandes portes de la prison d'Evine se sont ouvertes et on a pu croiser le regard de Cécile et Jacques.
03:50Donc c'est évidemment un moment qu'on n'oublie pas.
03:55On fait un métier, quand on est diplomate, qui consiste à défendre les intérêts de notre pays
04:00et à s'occuper des Français dans le monde, y compris ceux quand ils sont en situation difficile.
04:07Mais bien sûr, dans ces moments-là, ça donne un sens à cette mission,
04:11qui n'est pas toujours facile à faire comprendre aux autres.
04:14Et ça nous donne le sentiment que vraiment, on est utile.
04:18Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?
04:20Les premiers mots de Cécile Collère et Jacques Paris quand ils sortent de détention ?
04:25Les premiers mots, c'était des larmes, c'était des sourires mêlés de larmes,
04:28puisqu'on s'était déjà vus et qu'on est restés quelques instants ensemble.
04:33Et puis ensuite, on est montés dans la voiture.
04:35Encore une fois, ils avaient envie de parler.
04:37Ils m'ont demandé, bien sûr, comment allait se passer la suite.
04:40Mais voilà, et quel était le programme, si j'ose dire, après cette sortie de prison.
04:47Mais vraiment, beaucoup de joie, beaucoup de joie et de soulagement de leur part.
04:51Et dans un instant, on parlera bien sûr de la suite.
04:53Juste, ils vous ont parlé des mauvais traitements qu'ils ont subis.
04:56Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, dit des conditions indignes.
04:59Et il faut dire à ceux qui nous écoutent ce matin que la prison d'Evin,
05:02c'est la quintessence de la barbarie du régime iranien.
05:06Ils ont subi des mauvais traitements, des tortures.
05:10Écoutez, trois ans et demi de détention, dont une bonne partie à l'isolement,
05:14c'est déjà en soi extrêmement difficile.
05:16Donc, ils ont bien sûr fait part de leur souffrance, parce que c'est de ça qu'il s'agit.
05:22Ça a été de longs mois de souffrance.
05:26Et la principale souffrance, m'ont-ils dit, c'est l'incertitude constante dans laquelle ils se trouvaient sur la suite,
05:32même après que je les ai rencontrés et que je leur ai, donc il y a trois semaines,
05:36évoqué des perspectives un peu plus positives.
05:39Voilà, est-ce qu'il faut y croire ou pas ?
05:40Ils ont été plusieurs fois déçus.
05:42Voilà, maintenant, ils sont dehors et donc ils sont soulagés.
05:44Ils sont dehors, monsieur l'ambassadeur, mais pas tout à fait libres pour autant,
05:48puisqu'ils sont en résidence surveillée à l'ambassade de France, en liberté conditionnelle,
05:52dit le régime iranien.
05:53Ça veut dire quoi, être en liberté conditionnelle ?
05:56Pourquoi est-ce qu'ils ne peuvent pas rentrer en France tout de suite,
05:59comme c'était le cas des précédents otages,
06:03dont on apprenait la libération et le retour vers la France quasiment immédiatement ?
06:08Écoutez, ça veut dire que dans nos discussions avec les autorités iraniennes,
06:12on a privilégié l'urgence, c'est-à-dire de les faire sortir le plus tôt possible de prison.
06:20C'est le cas aujourd'hui, ils sont en sécurité à l'ambassade de France.
06:23Je rappelle que c'est un territoire français, l'enceinte de l'ambassade,
06:26et que nous continuons des efforts, les discussions se poursuivent
06:29avec les autorités iraniennes pour aboutir à leur retour en France.
06:34Donc on a cette étape, mais je dirais quand même que l'essentiel est acquis.
06:38Ils sont maintenant encore une fois en sécurité et entourés par nous-mêmes
06:44et par les équipes qui vont venir de France.
06:46L'essentiel est acquis, mais qu'est-ce qu'il reste pour qu'ils puissent retrouver leur famille en France ?
06:51Pourquoi ? Quels sont les freins encore à leur libération totale ?
06:55Écoutez, je ne peux pas, vous le comprendrez, rentrer dans les détails.
06:59Ce que je peux vous dire, c'est qu'on y travaille très activement,
07:05mais la discrétion, comme ça a été le cas pendant les mois passés,
07:11en ce moment encore, est indispensable.
07:13Simplement pour que nos auditeurs puissent comprendre là encore ce qui se joue,
07:16c'est une question de jours, de semaines, de mois,
07:21pour qu'ils puissent retrouver leur famille en France ?
07:23Je ne peux pas vous le dire à ce stade.
07:27Pour nous, le plus vite sera le mieux.
07:29C'est ce que nous disons aux autorités iraniennes.
07:31Mais ça peut prendre du temps.
07:34Ça peut durer quelques jours, peut-être un peu plus,
07:38mais je ne peux pas m'engager sur ce point-là.
07:41Quelques jours, peut-être un peu plus, voilà ce que vous nous dites.
07:43Ce matin, évidemment, monsieur l'ambassadeur,
07:45se pose la question de ce que la France a concédé au régime iranien
07:48pour obtenir leur sortie de prison,
07:49puisqu'on imagine que tout cela ne s'est pas fait, évidemment, gratuitement, si j'ose dire.
07:52Est-ce qu'il y a des contreparties ?
07:54Est-ce que des détenus iraniens en France vont être libérés
07:58ou ont été libérés pour obtenir la sortie de prison de Cécile Collère et Jacques Paris ?
08:03Écoutez, sur ce point non plus, je ne peux pas vous en dire davantage.
08:08C'est la discrétion qui s'impose.
08:11C'est une condition d'efficacité.
08:12Ce que je peux vous dire, c'est que le point où nous en sommes aujourd'hui,
08:16c'est le résultat du choix qui a été fait
08:18de maintenir les canaux de communication ouverts avec les autorités iraniennes.
08:22C'est ce qui a été fait avec Constance par le président de la République,
08:25qui est à peu près le seul chef d'État occidental à s'être entretenu aussi souvent
08:29avec le président Pézéchkihan.
08:31C'est ce qu'a fait notre ministre en étant en contact régulier
08:34avec son homologue Abbas Arachie.
08:37Et c'est aussi le message que nous, on a envoyé
08:39en maintenant ouverte notre ambassade à Téhéran,
08:42y compris pendant les frappes israéliennes-américaines.
08:46Donc voilà, ce message a compté.
08:47Mais c'est-à-dire que monsieur l'ambassadeur, rapidement,
08:50ce qui se passe là, c'est un signe de réchauffement
08:52entre la France et l'Iran ?
08:54C'est comme ça que vous interprétez ce qui est en train de se passer ?
08:57Moi, quand je suis arrivé ici, mon message a été de dire
09:01qu'ils ne pourront pas avoir de relation normale
09:04tant que nos compatriotes seront toujours détenus.
09:08Donc, ils sont aujourd'hui à l'ambassade.
09:11Lorsqu'ils seront sur le territoire français,
09:13effectivement, ça ouvrira une possibilité
09:15de renouer des relations normales avec ce pays.
09:19Merci infiniment, Pierre Cochard, ambassadeur de France en Iran,
09:23d'être venu nous parler sur France Inter
09:25et d'avoir aussi transmis ce message de Cécile Collère et Jacques Paris
09:27qui remercie ceux qui les ont soutenus
09:29pendant ces plus de trois ans de détention.
09:31Merci.
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