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  • il y a 5 mois
Immigration, insécurité, " wokisme " : la France est-elle vraiment au bord de la guerre civile ? Deux auteurs publient leur enquête sur ce que pensent vraiment les Français, et affirment que le pays est moins déchiré qu'on le dit. Nicolas Prissette, responsable des pages Opinions de la Tribune Dimanche et fondateur du média fondamental.fr, et Emmanuel Rivière, politologue et consultant spécialiste de l'opinion sont les invités de RTL Matin. Ils publient "La guerre civile n'aura pas lieu" (Robert Laffont).
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Stéphane Carpentier du 24 avril 2026.

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Transcription
00:00Stéphane Carpentier, RTL Matin.
00:03Merci de nous rejoindre 7h43, les invités de RTL Matin en ce 24 avril sont les auteurs d'un livre
00:08passionnant publié chez Robert Laffont.
00:10La guerre civile n'aura pas lieu, près de 300 pages pour en finir avec la vision d'un pays,
00:15le nôtre, d'un pays déchiré.
00:18Bonjour Nicolas Prissette, créateur du média en ligne fondamental.fr à la tête des pages Opinion de la Tribune Dimanche.
00:25J'allume également Emmanuel Rivière enseignant à Science.
00:28Bonjour.
00:28Ça fait plus de 30 ans que vous étudiez l'opinion, cofondateur d'une agence spécialisée dans la lutte contre
00:33la désinformation, c'est la War Room.
00:36300 pages ou presque donc d'enquêtes, d'opinions décortiquées, de discours politiques analysés, d'un pays scruté sous toutes
00:43les coutures
00:43qui vous permettent de nous dire ce matin que notre pays finalement ne va pas si mal.
00:48Oui parce qu'on a la vision dans les débats médiatico-politiques d'un pays qui serait fracturé, déchiré, incapable
00:55de s'entendre sur les grands sujets,
00:57voire prêts à en découdre.
01:00Et cette vision catastrophiste s'est développée ces dernières années dans le débat politique.
01:05Elle conduit la sphère politique elle-même à prendre, nous semble-t-il, de très mauvaises décisions,
01:12en tout cas d'avoir de très mauvaises réflexions sur ce qu'il faudrait faire pour le pays.
01:16On est dans une forme de surenchère permanente, on le voit sur beaucoup de débats.
01:21Et il nous a semblé, c'est ce qu'on avait voulu savoir ou comprendre au début quand on a
01:25travaillé sur ce livre,
01:26il nous a semblé que ce n'était pas la réalité.
01:28Et on a creusé, on a regardé les chiffres, on a étudié la France, on a regardé l'histoire,
01:33et on a constaté qu'effectivement on était un pays où il y avait beaucoup plus de cohésion que ce
01:38qu'on disait,
01:38et beaucoup plus d'aspiration, on va dire, au consensus, où à la recherche de solutions partagées,
01:43et que le débat politique qu'on voit aujourd'hui, très polarisé aux extrêmes,
01:47n'est pas du tout celui qu'il y a dans la société, en tout cas il ne reflète pas
01:50la société.
01:51C'est pour ça qu'on a le sentiment inverse, Emmanuel Rivière, c'est pour tout ça ?
01:55Oui, c'est parce qu'on a ce bain permanent, cette espèce de manie d'aller baptiser toutes les différences,
02:04toutes les divergences du nom de fracture, et comme s'il y avait une spécificité française,
02:09comme s'on était plus divisés que nos voisins, ce n'est pas le cas en fait,
02:12ce n'est pas ce que disent les enquêtes internationales,
02:14comme si on était plus morcelés, plus fracturés qu'avant.
02:17C'est vraiment très difficile de trouver une période de l'histoire de France
02:20où on a eu moins de débats, moins d'affrontements,
02:23et il y a quelque chose, effectivement, dans ce retournement accusatoire,
02:30c'est-à-dire qu'on a aujourd'hui un spectacle politique,
02:34et notamment une Assemblée nationale,
02:35où on a augmenté le niveau de violence, d'agressivité, de fragmentation,
02:40et une tendance du monde politique à dire,
02:43oui mais c'est le reflet de la société française.
02:45En fait, ce que démontre notre travail, c'est que c'est l'inverse en fait,
02:49c'est qu'il y a une tendance au contraire à polariser à l'excès
02:54une société qui est précisément en train de se détourner du monde politique
02:58parce qu'elle le juge trop violent et incapable de réaliser les compromis qui seraient nécessaires.
03:03Votre livre, votre travail dont vous parlez, c'est l'antithèse de l'archipélisation,
03:07celle de Jérôme Fourquet.
03:08On peut rappeler aux auditeurs ce que c'est l'archipélisation ?
03:11L'archipel français, c'est un livre de Jérôme Fourquet
03:14qui a dépeint la France, en tout cas c'était son sous-titre,
03:16comme une nation divisée.
03:19C'était la naissance d'une nation divisée
03:22et qui tendait à montrer sur la base de travaux
03:25qui n'étaient pas d'ailleurs ceux de Jérôme Fourquet
03:27mais il s'est fondé sur ceux d'Emmanuel Todd
03:31pour expliquer que finalement la société ne tenait plus, en quelque sorte,
03:35parce qu'on aurait les uns et les autres
03:38des comportements socio-culturels, des modes de consommation
03:41tellement divergents, différents les uns des autres
03:43qu'on ne ferait plus société.
03:44Nous, ce qu'on démontre, alors cette vision-là,
03:47elle s'est ancrée dans les débats politiques depuis plusieurs années
03:51et c'est ce que je disais tout à l'heure,
03:55elle a conquis les cerveaux
03:56et elle nous empêche de réfléchir autrement.
04:00Nous, ce qu'on a montré très rapidement dans le livre,
04:01parce qu'on le démontre dès l'introduction du livre,
04:04c'est que cette vision-là est fausse et qu'elle est dangereuse.
04:06Et on montre très rapidement, dès les premières pages,
04:09qu'au contraire, on a des indicateurs statistiques
04:12qui montrent que les Français constituent bel et bien une société unie.
04:16C'est-à-dire qu'on vit ensemble aujourd'hui ?
04:18Oui, bien sûr, quand on demande aux gens
04:20« Est-ce que vous vous sentez inséré dans la société ? »
04:21Vous avez plus de 90% qui répondent « Oui ».
04:25Il y a d'autres enquêtes où les questions sont posées un peu différemment,
04:27mais ça revient à la même conclusion.
04:29Et quand on demande aux gens
04:30« Est-ce que vous vous sentez appartenir à une autre forme de communauté ? »
04:34« Est-ce que l'identité nationale n'est pas votre identité ? »
04:37Là, on trouve seulement, grosso modo, 7% des gens.
04:39Donc une minorité, l'archipel français, c'est 7% des gens.
04:42Pardon de vous dire,
04:43ce n'est pas un peu le pays des bisounos que vous nous décrivez là,
04:46parce qu'il y a de la violence quand même au quotidien dans notre pays.
04:48C'est une réalité. On a les réseaux sociaux qui nous pourrissent un peu la vie.
04:51Il y a des professeurs qui sont assassinés,
04:53il y a des gamins qui se suicident,
04:54il y a des faits divers partout.
04:56Il y a des faits divers partout, il y en a toujours eu.
04:58C'est vrai que nous, on va nous reprocher
05:01d'avoir une espèce de froideur,
05:04de ne pas donner
05:05assez de place
05:06à l'émotion légitime
05:08que se suicident tout ça.
05:09Mais il y a une statistique en matière de criminalité
05:13qui est à peu près la seule
05:14qui soit stable.
05:15Ce sont les homicides.
05:17Aujourd'hui, il y a presque deux fois moins d'homicides
05:19qu'il y a 30 ans.
05:21Donc, on a raison
05:23de s'émouvoir de chaque homicide,
05:25mais d'une certaine manière,
05:26c'est presque une forme d'intolérance à la violence
05:28à laquelle on est en train d'assister.
05:31Et tant mieux.
05:32Mais il y a les réseaux sociaux, comme vous le dites.
05:33Il y a d'ailleurs une réalité technique.
05:36C'est que tous les faits de violence, maintenant, sont documentés
05:38parce qu'il y a une caméra qui traîne,
05:39c'est celle de nos téléphones portables.
05:41Donc, on en parle trop, c'est ça que vous dites.
05:42Je ne sais pas si on en parle trop ou pas assez.
05:44Par contre, on a tort de dire
05:45que c'est plus qu'avant
05:47et de laisser entendre
05:49que la France, ce serait
05:53un coupe-gorge permanent.
05:54Il y a un autre exemple
05:55qui nous tient un peu à cœur,
05:57qui est très symptomatique, en fait,
05:58de cette manière dont on se déprime collectivement.
06:00C'est de raconter que les Français
06:02seraient fâchés avec le travail.
06:03Il y a à peu près un an,
06:04François Bayrou disait
06:05qu'il faut réconcilier les Français avec le travail.
06:08Les gens qui nous écoutent,
06:09c'est ce que démontrent nos travaux,
06:12ils sont attachés au travail.
06:13Ils pensent que c'est important de travailler.
06:15Les Français sont plus persuadés
06:17que les Allemands, par exemple,
06:18que c'est important de travailler dur
06:20pour réussir dans la vie.
06:21Mais si vous dites à ces gens
06:22qui nous écoutent
06:23que tous les autres ne pensent pas comme eux,
06:25c'est extrêmement déprimant.
06:26C'est même dévitalisant.
06:28Se dire, moi, je pense que le travail,
06:29le mérite, c'est important.
06:30Mais les enquêtes montrent qu'en France,
06:31les Français pensent que le travail,
06:33le mérite, c'est important.
06:34Simplement, on passe leur temps à leur dire
06:36que vous êtes des fainéants.
06:37Ils ne sont pas fainéants.
06:38Ah non, ils ne sont pas fainéants.
06:39Après, le monde du travail évolue tellement vite
06:41que ce serait très compliqué de penser
06:43qu'on peut rentrer aujourd'hui
06:44dans le monde du travail
06:45avec le même état d'esprit,
06:46les mêmes aspirations,
06:47les mêmes attentes
06:48qu'il y a 30 ans ou 60 ans.
06:50Mais les jeunes qu'on interroge aujourd'hui,
06:52quand on leur demande
06:53ce que c'est réussir dans la vie,
06:55c'est d'abord et avant tout
06:57trouver un travail,
06:58faire quelque chose d'utile,
07:00subvenir aux besoins de ses proches,
07:02pouvoir savoir les situations matérielles
07:04de s'entraider les uns et les autres.
07:05Et on a inventé, par exemple,
07:07le mythe de la grande démission
07:08qui, lui aussi,
07:09ne tient pas la route statistiquement.
07:11Au moment où on en parlait,
07:12on était à un sommet
07:13du travail salarié en France.
07:14Mais dire aux Français
07:15qu'il faut vous réconcilier
07:17avec le travail,
07:17je trouve que c'est très dévalorisant.
07:19C'est un peu méprisant aussi.
07:20Alors, ces Français
07:21qui ne vivent pas ensemble,
07:22mais côte à côte,
07:23c'est la grande théorie.
07:24Ils se retrouvent dans quoi, finalement ?
07:26Qu'est-ce qui fait plaisir ?
07:27Qu'est-ce qui les rassemble ?
07:28Ce qu'on a vécu, par exemple,
07:29pendant les Jeux Olympiques,
07:30ça, c'était positif
07:31et ça fait du bien ?
07:32Oui, bien sûr.
07:32Ou c'est trop caricatural, non ?
07:35Ah non, non,
07:35ce n'est pas du tout caricatural.
07:37Mais c'est vrai que c'est exceptionnel
07:38parce que ça n'arrive qu'une fois.
07:40Mais si le pays était divisé,
07:42si on se détestait les uns et les autres,
07:44on ne ferait pas la fête ensemble.
07:46Donc, on a eu un mouvement
07:48pendant les Jeux Olympiques,
07:49mais on peut aussi parler
07:49d'autres éléments
07:53pendant les Jeux Olympiques
07:53où les gens se sont retrouvés
07:55derrière les athlètes français
07:56olympiques, paralympiques.
07:58Et c'est, si vous voulez,
08:00comme le disait un sociologue,
08:01que ça montre qu'on fait nation.
08:04On est capable de se mettre
08:05derrière le drapeau,
08:06derrière le maillot tricolore
08:08et de se rassembler.
08:10Mais au-delà de ça,
08:11on voit aussi
08:12que tous les grands rendez-vous
08:15socio-culturels
08:16ou les habitudes
08:20de la société française
08:21sont toujours là.
08:22Quand un film fait un carton au cinéma,
08:25ça fait toujours 10 millions d'entrées.
08:28On a toujours les mêmes rituels
08:30et les mêmes façons
08:31de sociabiliser
08:32à travers l'apéro.
08:34Et là, je prends des exemples
08:34qui sont un peu triviaux.
08:35Mais quand on regarde
08:36dans les enquêtes statistiques,
08:37les valeurs qui sont partagées,
08:38les valeurs qui sont partagées
08:40entre les générations,
08:41on voit aujourd'hui
08:42qu'il y a beaucoup plus d'unité
08:43entre les parents,
08:44les enfants,
08:45les grands-parents
08:46qu'il n'y en avait
08:47il y a 50 ans.
08:48On pouvait, là pour le coup,
08:50être particulièrement divisé,
08:51notamment sur les questions de mœurs.
08:53Ça n'est plus le cas aujourd'hui.
08:54Aujourd'hui, il y a une unité
08:55et un consensus
08:57autour de certaines valeurs,
08:58comme on évoquait le travail
08:59à l'instant.
09:00On peut parler aussi
09:01du mérite,
09:01de la famille.
09:02On a ces ferments
09:05de consensus
09:05qui sont très largement
09:07partagés
09:07par toutes les générations.
09:08Donc on a
09:08tous les éléments de preuve
09:10pour dire que,
09:11oui, il y a bien
09:11une société française
09:12qui partage beaucoup de choses
09:14et qui est beaucoup plus
09:15unie et solidaire
09:16qu'on le dit.
09:17Et je le reprécise
09:18parce que
09:19vous avez posé la question tout à l'heure,
09:20mais on ne masque
09:21dans le livre
09:22aucune des difficultés
09:23et aucun des enjeux.
09:25On ne nous repeint pas
09:25le pays en rose.
09:26On dit qu'il y a plein
09:26de difficultés à affronter,
09:28évidemment,
09:28mais la manière
09:29de les affronter,
09:29ce n'est pas la même
09:30si on se dit
09:30qu'on est en capacité
09:31de discuter
09:33que si on est déchiré,
09:34évidemment.
09:34Allez, on a envie d'y croire.
09:35Merci à tous les deux.
09:36Nicolas Prisset,
09:37Emmanuel Rivière,
09:37c'est à lire
09:38et comme ça,
09:38vous faites votre avis
09:39à l'issue de tout ça.
09:40La guerre civile
09:40n'aura pas lieu
09:41aux éditions...
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