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  • il y a 5 heures
Pascal Demurger, directeur général de la Maif, signe une tribune dans Le Monde pour dénoncer le rapprochement entre les grands patrons et le parti d'extrême droite. "Une erreur tactique autant qu'une illusion politique", selon lui. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-13-avril-2026-1354640
Transcription
00:007h49, Benjamin Duhamel, vous recevez ce matin le directeur général de la Maïf.
00:04Bonjour Pascal Demurger.
00:05Bonjour Monsieur Duhamel.
00:06Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:09Vous êtes un patron régulièrement à contre-courant à l'esprit hétérodoxe.
00:12Vous aviez notamment plaidé lors du précédent budget
00:13pour que les entreprises contribuent à l'effort fiscal
00:16et vous publiez une tribune dans le monde qui va faire parler son titre
00:19pour les patrons.
00:20Le rapprochement avec l'ERN est une erreur tactique autant qu'une illusion politique.
00:24Vous y dénoncez carrément une capitulation face au Rassemblement National.
00:28Vous parlez aussi de résistance nécessaire.
00:31Pourquoi ce cri d'alarme et pourquoi ce vocabulaire guerrier, capitulation, résistance ?
00:36Vous êtes en guerre contre qui Pascal Demurger ?
00:39Alors pourquoi ce cri d'alarme ?
00:40Tout simplement parce qu'on voit depuis maintenant quelques semaines, voire quelques mois,
00:45un nombre croissant de patrons et notamment de patrons de grandes entreprises
00:49acceptés de côtoyer, d'aller dîner très fréquemment
00:54avec des dirigeants du Rassemblement National.
00:58Et en effet, vous l'avez dit, je pense que c'est à la fois une erreur tactique
01:02et une erreur sur le fond.
01:05Une erreur tactique parce qu'on voit bien ce dont les dirigeants du RN ont le plus besoin.
01:10C'est de crédibilité avec un programme économique qui est quand même relativement faible
01:15et c'est d'une forme de légitimation par le monde des affaires, par les milieux économiques.
01:21Et donc en faisant ça, les patrons en question, en réalité, font la courte échelle au Rassemblement National
01:28et l'aident dans sa recherche de légitimité.
01:32On va détailler votre argumentaire.
01:33Quand vous faites référence à ces dîners, vous parlez par exemple de ce dîner mardi dernier
01:38chez Drouan où Marine Le Pen a rencontré des patrons du CAC 40,
01:42dont l'homme le plus riche de France, Bernard Arnault.
01:45C'est par exemple de ce dîner dont vous parlez ?
01:48Ça fait partie effectivement des...
01:49Ils n'auraient pas dû y aller ?
01:51Pour moi, je pense qu'aujourd'hui, il est nécessaire que les dirigeants d'entreprise résistent
01:57et ne répondent pas favorablement aux sollicitations.
02:00On en a tous reçu depuis deux ans quasiment,
02:04des sollicitations de Rassemblement National pour rencontrer ces dirigeants.
02:07On en a tous reçu.
02:09Heureusement, la très grande majorité des patrons a refusé.
02:13Seule une minorité a accepté.
02:15Et encore une fois, je pense que c'est une erreur tactique.
02:17Mais pour bien comprendre les choses, au nom de quoi des chefs d'entreprise,
02:21des patrons du CAC 40, mettraient une sorte de cordon sanitaire
02:25entre le Rassemblement National et eux, à partir du moment où le RN est un parti
02:28qui fait 42% à l'élection présidentielle, qui a plus de 120 députés à l'Assemblée Nationale ?
02:33Faire un dîner, rencontrer Jordan Bardella et Marine Le Pen,
02:36ça ne veut pas forcément dire adhérer à leurs idées, non ?
02:38Non, et d'ailleurs, dans la majorité des cas, les dirigeants qui y participent
02:42n'adhèrent pas à leurs idées.
02:43Moi, je rencontre énormément de patrons, de dirigeants d'entreprise,
02:47de toutes tailles.
02:48C'est vrai aussi pour les ETI, c'est vrai aussi pour les PME.
02:52La très grande majorité des dirigeants économiques
02:55savent qu'en réalité, le programme économique du RN est funeste.
02:59Et donc, ils sont opposés à la perspective de voir le RN arriver au pouvoir.
03:06Ils savent également, d'ailleurs, combien la France aurait...
03:10La souveraineté, tout simplement, de la France, l'indépendance de la France
03:13serait remise en cause si le RN arrivait au pouvoir.
03:17Donc, il n'y a aucun doute dans mon esprit sur le fait que, oui,
03:21les dirigeants économiques éclairaient sur...
03:23Mais donc, quel est le véritable problème, alors ?
03:26Si vous dites qu'ils sont éclairés, qu'ils n'ont pas de doute sur le fait
03:28que le programme du RN serait mauvais pour la France,
03:30quel est le problème d'aller rencontrer des responsables du RN ?
03:33Le problème, c'est que quand on dirige une entreprise, on a des responsabilités,
03:37que, évidemment, symboliquement, c'est extrêmement fort.
03:42Et le problème, c'est que, oui, en faisant cela,
03:46on légitime le RN, on le banalise d'une certaine manière.
03:50On en fait un parti qui devient un parti fréquentable.
03:54La preuve, on dit avec lui.
03:55Et pour vous, Pascal Demurgé, le RN n'est pas un parti fréquentable.
04:00Quand on apprend, et c'est Lise Rosveil du service politique qui nous l'apprend,
04:03par exemple, que Jordan Bardella déjeunera lundi prochain avec le bureau exécutif du MEDEF,
04:07vous considérez que, quoi, que Patrick Martin, le MEDEF n'est pas dans son rôle ?
04:11Je pense que ça constitue effectivement une erreur.
04:15Je pense que, fondamentalement, le RN a un programme
04:21qui remet en cause quand même un certain nombre,
04:23et fortement un certain nombre de valeurs républicaines,
04:26auxquelles nous sommes évidemment tous attachés,
04:28et en particulier l'État de droit.
04:32Et l'État de droit, c'est quoi ?
04:33C'est un ensemble de règles et de procédures et d'indépendance, d'ailleurs, de la justice,
04:39qui permet précisément de préserver les plus faibles
04:43de l'excès de pouvoir de ceux qui détiennent ce pouvoir,
04:47que ce soit les politiques ou le pouvoir économique.
04:49Mais simplement, si je vous suis, si je vous écoute, Pascal Demurgé,
04:51là, vous avez un propos politique sur le Rassemblement national.
04:54Ce n'est pas un propos économique, parce qu'on entend beaucoup l'idée
04:57que l'accession du RN au pouvoir serait un problème
05:01parce que leur programme économique est, pour certains, par exemple,
05:05Bruno Retailleau dit que c'est un programme de gauche,
05:07au contraire, d'autres disent que c'est un programme à la doctrine illisible.
05:11Vous, vous n'allez pas sur l'angle économique, c'est un angle politique.
05:15Je vais aussi sur l'angle économique.
05:18Le programme du RN, alors d'abord, vous l'avez dit,
05:19il y a quand même une forme de flou dans ce programme,
05:22avec une Marine Le Pen qui est fondamentalement étatiste,
05:27historiquement étatiste, un Jordan Bardella qui est devenu,
05:30très récemment, qui s'est converti à l'ultralibéralisme.
05:33On a du mal à faire la part entre les deux.
05:37Simplement, si on regarde le programme, qu'est-ce que l'on voit ?
05:39On voit une explosion des dépenses publiques,
05:41avec, par exemple, la volonté de nationaliser les autoroutes
05:45pour plus de 50 milliards d'euros,
05:47avec, évidemment, l'abaissement de l'âge de départ à la retraite.
05:51Aujourd'hui, il semblerait que ce soit à 62 ans,
05:53il y a quelques mois, c'était encore à 60 ans.
05:56En tout cas, c'est 35, 40 milliards d'euros.
05:58Donc c'est quoi, le programme du RN, ce serait une ruine pour la France ?
06:01Ah, ce serait une ruine pour la France, parce que ça veut dire quoi ?
06:03Ça veut dire, évidemment, une augmentation des taux d'intérêt.
06:06Ça veut dire, potentiellement, être sous la tutelle du FMI.
06:12Je parlais d'indépendance tout à l'heure, ça en fait partie.
06:15Dominique Seux parlait de l'énergie, de l'électrification.
06:19En refusant, le RN le refuse, d'accélérer sur la transition écologique
06:24et sur les énergies vertes, ça veut dire que l'on se condamne
06:28à rester dépendant des énergies fossiles pendant des décennies.
06:32On voit bien, avec la crise au Moyen-Orient et l'augmentation du prix du pétrole,
06:37les conséquences de cette dépendance.
06:38Pascal Demurger, est-ce qu'avec ce discours ce matin,
06:40consistant à dire, là encore, il ne faut pas les voir, il ne faut pas les banaliser,
06:43est-ce que vous ne renforcez pas le discours du RN qui dit, au fond,
06:47il y a d'un côté le système, les élites, les grands patrons,
06:51et nous, de l'autre, qui représentons le peuple ?
06:54Est-ce que vous ne leur faites pas un formidable cadeau en tenant ce discours ?
06:56Non, parce que je ne parle pas que des grands patrons,
06:59je parle d'une manière générale des dirigeants économiques,
07:01c'est-à-dire de ceux qui, au quotidien, connaissent les contraintes
07:05de la direction d'une entreprise, savent combien c'est difficile,
07:09et savent ce que, dans le programme du RN,
07:14ce qui serait funeste pour leur entreprise.
07:17Il y a un moment où je crois que les spécialistes d'un domaine
07:21ont vocation à s'exprimer, les patrons sont spécialistes,
07:25d'une certaine manière, de l'économie et de l'économie réelle,
07:27c'est eux qui la font tourner, et donc ils sont légitimes à s'exprimer,
07:30parce qu'ils sont bien placés pour mesurer le danger
07:34que constituerait leur arrivée au pouvoir.
07:36Un tout dernier mot, Pascal Demurgé, sur l'exemple qui est parfois invoqué
07:39par certains qui, au fond, considèrent comme un moindre mal
07:43l'accession du RN au pouvoir, c'est l'exemple de Giorgia Meloni,
07:46issu d'un parti néofasciste en Italie,
07:48et qui mène au pouvoir une politique pro-entreprise,
07:50qui a même décidé d'avoir recours à l'immigration
07:52pour pallier le manque de main-d'oeuvre.
07:54Vous ne croyez pas un scénario équivalent si le RN accédait au pouvoir ?
07:57Je pense qu'il y a beaucoup de différences entre le RN et Mme Meloni.
08:02Je pense par ailleurs que le miracle italien, comme on le qualifie parfois,
08:06il faut le regarder d'un tout petit peu plus près.
08:08Il a été obtenu avec un montant d'aide européenne absolument considérable,
08:14et très largement trois fois à peu près supérieur à la place de l'Italie dans l'Europe,
08:19à la taille de l'Italie au sein de l'Europe.
08:22Donc je crois qu'il faut y regarder de plus près.
08:25Par ailleurs, on a vu, et heureusement elle l'a perdue,
08:28Mme Meloni a quand même organisé un référendum sur remettant en cause l'indépendance de la justice,
08:34y compris en tant que dirigeant d'ailleurs, pas seulement en tant que citoyen.
08:38Moi je suis inquiet par ces évolutions non libérales en réalité.
08:43Merci beaucoup Pascal Demurger, patron de la Maïf,
08:46et qui lance donc cet appel à un cordon sanitaire entre le RN et les patrons.
08:50Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel, on se retrouvera pour le grand entretien.
08:53Merci d'avoir regardé cette vidéo !
08:53Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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