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  • há 18 horas
Au sortir de la guerre, Joseph Staline signe le pacte de Varsovie et retranche l'Europe de l'Est derrière une ligne de démarcation de milliers de kilomètres, faite de murs, miradors et barbelés, dénommé le rideau de fer, installé de 1952 à 1989. Comment a-t-il été imaginé et mis en place, par qui, pour quoi ? Alors qu'on fête cette année les 30 ans de son démantèlement, il est temps de revenir sur les motivations qui ont présidé à sa construction, son efficacité réelle et ses effets sur les hommes et les pays. Grâce à la nouvelle génération d'historiens et d'historiennes et aux milliers d'archives libérées, nous revenons sur la grande et la petite histoire de ce rideau de fer pour 3 générations d'Allemands, de Tchèques et de Polonais qui vivaient adossés à cette barrière. Même s'ils ne l'avaient pas sous leurs yeux, ces Européens de l'Est ont gardé ce rideau dans leur tête. Rideau moral, psychologique, politique. Comment l'ont-ils vécu ? Comment l'ont-ils déjoué, défié parfois ? Et comment ont-ils vécu sa disparition en quelques mois seulement ? En croisant cette « nouvelle » histoire passionnante et ces biographies tourmentées, notre documentaire va reconsidérer le bien-fondé de cette idée monumentale : couper l'Europe en deux pendant 37 ans. Avec plusieurs questions : cela aura-t-il servi à quelque chose, ou cela n'a-t-il été qu'une erreur de l'Histoire ?

Réalisé par : Franck Cuveillier, Annette Gourdon
Transcrição
00:00...
00:14Peu de temps après la guerre de 39-45,
00:17une frontière infranchissable a divisé l'Europe en deux,
00:22le rideau de fer.
00:273 800 kilomètres de palissades, de barbelés et de murs
00:31séparant l'Europe de l'Ouest du bloc de l'Est pendant 40 ans.
00:37Qui s'en souvient ?
00:39Que savons-nous, citoyens de l'Ouest,
00:41de ce que fut la vie de ceux qui, à l'Est,
00:44ont vécu de l'autre côté du rideau de fer ?
00:50Vite, avant que les derniers témoins ne disparaissent,
00:53avec les historiens qui en conservent les dernières traces,
00:57nous avons voulu savoir ce qu'il restait encore
00:59de cette cicatrice de l'Histoire.
01:17Je crois que c'est à 3 ou 4 ans
01:19que j'ai découvert qu'on vivait dans une sorte de bulle,
01:22qu'il existait un rideau de fer.
01:25J'étais à vélo avec mon père et mon frère,
01:28on est allé jusqu'à la sortie de Czeske Velenice
01:31et d'un seul coup, on a découvert,
01:34moi, j'ai réalisé pour la première fois
01:35qu'il existait un rideau de fer avec des soldats
01:39et qu'il semblait prêt à tirer,
01:40comme sur des envahisseurs,
01:42alors que nous, on s'approchait sur nos vélos.
01:44Alors pour moi, ce jour-là, ça a été une découverte horrible,
01:47choquante.
01:48Et je dois dire qu'après ça, j'ai passé plusieurs très mauvaises nuits.
01:551945.
01:57L'Allemagne nazie est vaincue.
01:59La fin de la guerre fige au milieu de l'Europe
02:03les troupes de ceux qui sont encore des alliés,
02:06russes et américains.
02:09Plusieurs conférences internationales décident
02:11du tracé des nouvelles frontières
02:12et du sort des populations.
02:15Sur l'ouest de l'Europe
02:17s'impose l'influence de l'Amérique capitaliste.
02:21À l'est, celle de la Russie communiste.
02:24Jusqu'en 1948,
02:26les populations circulent encore librement
02:28d'un côté à l'autre des frontières.
02:32C'était juste après la guerre.
02:35La frontière était la même.
02:37Les Russes sont arrivés les premiers.
02:40Ils montaient la garde
02:41et on s'entendait très bien avec eux.
02:43Une bouteille de vodka
02:44et on allait à Schöningen.
02:48Sur l'ancienne ligne de partage des vainqueurs,
02:52nous avons rendez-vous avec Gita.
02:55Née dans ce village allemand,
02:57en zone soviétique,
02:58mais travaillant comme bonne d'enfants
03:00deux kilomètres plus à l'ouest,
03:01sous contrôle américain.
03:05Transfrontalière,
03:06deux fois par jour,
03:07pendant des années.
03:09La frontière Gita,
03:10elle l'a vu naître.
03:15Ça s'est bien passé pendant des années.
03:18Tout d'un coup,
03:19j'ai voulu rentrer chez moi.
03:21Plus possible.
03:23Fermé.
03:24Bouclé.
03:26Tout s'est refermé,
03:28alors qu'on n'aurait jamais cru ça possible.
03:37Les autres ne pouvaient plus sortir.
03:40Les hommes étaient coincés dans le village.
03:42Plus le droit de se parler à plus de cinq.
03:45Les fêtes interdites.
03:47Quelque chose pouvait arriver.
03:52Winston Churchill,
03:54qui a mené l'Angleterre à la victoire,
03:56s'inquiète des agissements russes
03:58en Europe de l'Est,
03:59où les communistes s'imposent par la force,
04:02en Tchécoslovaquie,
04:03en Pologne,
04:04en Hongrie,
04:04en Allemagne de l'Est.
04:06À Fulton,
04:07sur le sol américain,
04:09devant le président Truman,
04:11il glisse,
04:11dans son discours,
04:13une expression prémonitoire.
04:25« Ils ont construit les palissades
04:28et ont dit qu'on devait se protéger de l'Ouest,
04:32que c'était pour notre bien
04:33pour empêcher d'être attaqués par l'Ouest.
04:36Voilà pourquoi ils ont construit la frontière
04:38qui est devenue de plus en plus tranchante,
04:40plus dure,
04:41plus tranchante pour nous.
04:46Alors, quand le mur était là,
04:49si blanc,
04:51puis vous vous tenez devant,
04:53vous ne pouvez plus regarder par là.
04:56C'était un choc,
04:58un spectacle que je ne peux pas décrire.
05:00J'en tremble encore. »
05:03Ce qui ignore Gita est qu'une guerre froide
05:06s'est installée entre Russes et Américains
05:08à partir de 1948.
05:11Depuis mai 1952,
05:13une bande de 5 km de large
05:15sépare désormais les populations
05:17de l'Est et de l'Ouest.
05:19Un « no man's land »
05:21d'où sont chassés ceux qui y habitent,
05:23réinstallés de force au-delà des barbelés.
05:26Les contacts familiaux sont rompus.
05:30Churchill avait vu juste.
05:32Un rideau de fer est tombé sur le continent.
05:41Partout.
05:42Enfin, presque.
05:47Quelque part en Allemagne,
05:49à cheval entre les provinces
05:50de Thuringes et de Bavière,
05:52un village va subir un destin
05:53encore plus inattendu.
05:59« Le village a été divisé
06:01en deux parties par la frontière.
06:04C'était déjà le cas avant 1945.
06:08Le ruisseau qui coule
06:10constitue à la limite administrative.
06:13Mais cela n'a jamais affecté
06:15la vie des villageois d'ici.
06:17L'auberge et l'école étaient situées
06:19dans la partie Thuringes du village.
06:20Mais tous allaient à l'église
06:23du côté Bavière. »
06:27Nous avons demandé à Suzanne Burger
06:28de nous guider
06:30et nous raconter l'incroyable histoire
06:32du village de Meuth-la-Reuth.
06:35Historienne, née près d'ici,
06:37bien après le rideau de fer,
06:39Suzanne puise dans les témoignages oraux
06:41collectés de ces dizaines d'habitants
06:44aujourd'hui disparus.
06:46« Dès les années 50,
06:54des curieux venaient déjà
06:55à Meuth-la-Reuth depuis l'Ouest
06:57pour voir cette clôture faite de planches
06:59qui s'élevait à hauteur d'homme.
07:02Au cours des années suivantes,
07:04un rideau métallique fut installé,
07:06puis trois rangées de barbelies.
07:10Enfin, dans les années 60,
07:12le mur a été érigé,
07:14ce qui a donné au village son surnom
07:16de « Petit Berlin »,
07:18ce qui a attiré encore plus de monde.
07:22C'était une curiosité
07:23qu'un village soit divisé par un mur.
07:28Au milieu,
07:30il y a un fil qui court.
07:35En le heurtant,
07:36cela déclenche cette mine dormante.
07:39Et cette mine,
07:40en explosant,
07:42est capable de projeter
07:43plus de 80 éclats de métal
07:44à l'entour.
07:48Mais les villageois côté est
07:51n'étaient pas autorisés
07:52à réagir,
07:53ni à prendre contact.
07:55ou alors secrètement,
07:57en s'étant assuré
07:58que la patrouille des frontières
07:59soit passée,
08:01qu'elle ne t'ait pas aperçue
08:02à jeter un regard,
08:03faire un signe de la tête
08:04ou même agiter la main.
08:09Ils ne peuvent même pas montrer
08:10qu'ils nous reconnaissent.
08:12Non, non.
08:13Parce que c'est interdit.
08:21Quand je cueille mes poires,
08:23je vois la maison
08:23de mes cousines.
08:28Quand elles me reconnaissent,
08:30elles sortent leur mouchoir
08:31et le mettent sur le nez,
08:33comme ça.
08:35Et ça,
08:36on ne peut pas l'interdire.
08:39pour moi,
08:40c'est le signe
08:40qu'elles m'ont reconnue.
08:49De nombreux villageois
08:50de l'Est
08:51témoignent aujourd'hui
08:52combien c'était difficile
08:53pour eux.
08:55Que vont penser de nous,
08:56ceux de l'Ouest ?
08:58De quel genre d'humains
08:59avons-nous l'air ?
09:01Vous vous sentez mal
09:02parce que vous n'avez pas
09:03eu le droit de répondre
09:04à des gens
09:05qui vous adressent
09:06un signe amical.
09:08Parce qu'il nous fallait faire
09:09comme si on s'en fichait.
09:11C'était dur.
09:22Plus dur encore,
09:23dans les années 80,
09:25à l'occasion de travaux
09:26pour lesquels
09:26quelques pans de mur
09:27ont dû être retirés.
09:30Pendant quelques temps,
09:32rien n'empêchait plus
09:33le contact visuel
09:34d'un côté à l'autre
09:35des deux États.
09:37Encore plus de curieux
09:38sont venus
09:38parce qu'il leur était possible
09:40de voir sans entrave
09:41l'Allemagne de l'Est,
09:42un pays étranger.
09:45Et le mur n'étant plus là,
09:46c'était pire.
09:48Les gens se tenant
09:49devant l'ouverture,
09:50essayant d'établir
09:51le contact et...
09:53C'est sordide à dire,
09:54mais on était presque
09:55contents
09:56quand les travaux
09:57furent terminés.
10:07Si le rideau de fer
10:08a définitivement isolé
10:10les peuples européens,
10:11un dernier point de passage
10:13Est-Ouest
10:14s'offre encore
10:15aux réfugiés.
10:17Berlin.
10:18Berlin est une île
10:19au cœur de l'Allemagne
10:20de l'Est,
10:21coupée en deux.
10:23Berlin-Ouest,
10:24sous contrôle des Occidentaux,
10:25est reliée à l'Occident
10:27par la route,
10:28le rail,
10:29l'air.
10:30Berlin-Est,
10:32capitale de la République
10:33socialiste.
10:35Depuis 1945,
10:37les Alliés y ont maintenu
10:39de toute force
10:40le principe
10:41de libre circulation
10:42des citoyens berlinois
10:44à l'Ouest
10:45comme à l'Est.
10:51Berlin,
10:52dernier point de fuite
10:54dans le dispositif
10:55de 3800 kilomètres
10:56du rideau de fer.
10:57Berlin,
10:58qui exaspère le Kremlin
11:00depuis 1948,
11:02jusqu'à cette nuit
11:03du 12 au 13 août 1961.
11:15« Le Kremlin »
11:35« La construction du mur et le bouclage du secteur ouest
11:41avaient été longuement prémédité par la direction du parti est-allemand.
11:46Mais le feu vert a été donné par Moscou. »
11:52À Berlin, nous nous glissons dans l'agenda d'Axel Klaus Mayer,
11:56directeur du Mémorial du Mur, historien-chercheur, spécialiste des relations est-ouest.
12:09« La RDA avait perdu un sixième de sa population totale
12:13au moment de la construction du mur en 1961.
12:172,7 millions de personnes avaient quitté le pays, dont une grande partie par Berlin.
12:25Il était relativement aisé, depuis Berlin-Est, de passer à l'Ouest simplement en prenant le métro.
12:35Il faut reconnaître qu'il s'agissait d'un coup de maître technologique cette nuit-là
12:38pour parvenir à fermer toute la frontière du secteur ouest.
12:41Pas complètement, mais presque.
13:02Bien sûr, il y avait encore beaucoup d'évasion.
13:06Au cours de la première année du mur, au moins 26 personnes sont mortes
13:10en tentant de s'échapper d'Est en Ouest.
13:13Mais avec le temps, le système s'est amélioré.
13:18Cyniquement, le système s'améliore à mesure que les gens tentent de fuir.
13:22Et la plupart sont capturés avant leur tentative.
13:26Pas seulement parce que les installations s'améliorent,
13:29mais parce que la police secrète surveille mieux les gens.
13:46J'étais avec ma mère qui, à l'époque, était en train de cueillir des champignons.
13:51Nous sommes revenus dans l'après-midi, et il y avait du bruit partout dans la rue.
13:56Un mur a été construit à Berlin.
13:58Je dois dire que je ne savais pas quoi en penser.
14:01J'avais 15 ans.
14:02À 15 ans, je ne me sentais pas enfermé.
14:07Nous avons tous eu une enfance relativement heureuse,
14:09et toutes les questions politiques ne nous ont pas effleurés ni touchés.
14:15Les jeunes filles m'intéressaient.
14:16C'était plus important.
14:19Quand j'ai demandé à mes amis allemands de l'Est
14:21s'ils avaient dans leur famille quelqu'un ayant vécu une histoire particulière
14:25de ce côté-là du rideau de fer,
14:27ils se sont souvenus d'Ans Jürgen.
14:31Son histoire, ils n'en savaient trop rien.
14:35Dans chaque famille de l'Est, il y a un Hans Jürgen,
14:39à la biographie souvent bien enfouie.
14:45Je suis un enfant de l'après-guerre, né en 1946 à Chemnitz,
14:51qui était une grande ville industrielle, détruite à 75%.
14:58Mon enfance s'est passée dans les ruines,
15:02jusqu'à ce que je commence l'école en 1953.
15:07L'Ouest était d'une certaine façon là où la plupart des gens voulaient aller.
15:12Bien sûr, on a déchanté, mais à l'époque, les gens ne voulaient rien d'autre.
15:18Ils voulaient voyager, ils voulaient voir quelque chose,
15:22ils voulaient de meilleures conditions de vie.
15:24Et bien sûr, ils avaient toutes les possibilités de s'informer
15:27sur la radio et la télévision.
15:30On avait des images du monde occidental.
15:35Les autorités à l'école nous demandaient régulièrement
15:38si on écoutait la radio de l'Ouest à la maison.
15:40C'était presque comme le Troisième Reich.
15:44Vous n'aviez pas le droit d'écouter la BBC.
15:46Et on vous demandait à l'école,
15:49quel programme regardez-vous à la télévision ouest-allemande ?
15:52Quelles chaînes ?
15:54Si nous écoutions par exemple la radio américaine de Berlin,
15:57une voie du monde libre.
16:01Mais comment surveiller 30 millions de citoyens
16:05depuis l'école primaire ?
16:07Comment appréhender les fuyards avant qu'ils ne s'échappent ?
16:10Les confondre à peine l'idée de fuir leur traverse l'esprit.
16:14Les républiques socialistes adaptent pour cela
16:17une arme absolue venue de Moscou,
16:20la police secrète.
16:23La mission de la sécurité de l'État, la Stasi,
16:27était celle d'une police secrète
16:29qui veillait aux intérêts politiques du parti,
16:31y compris en veillant à ce que les habitants de la RDA restent
16:34et ne fuient pas vers l'Ouest.
16:40Roland Yann, opposant politique en Allemagne de l'Est,
16:44bête noire de la sécurité de l'État, la Stasi,
16:48surveillée, dénoncée, emprisonnée, déchue de nationalité
16:51et finalement extradée à l'Ouest,
16:52mais de retour, en conservateur des archives de la Stasi.
16:57Qui de mieux pourront décrypter la mécanique ?
17:06La Stasi a eu recours à diverses méthodes de surveillance.
17:09Bien entendu, elle a développé toutes les techniques pour cela.
17:13Fouille des appartements, surveillance vidéo, écoute.
17:18Des kilomètres de films et de bandes de surveillance
17:22sont désormais accessibles aux historiens comme aux citoyens.
17:25Une véritable cinémathèque d'espionnage,
17:28censée rendre étanche le pays.
17:42Des faits suspects étaient détectés,
17:45des indices étaient rassemblés, et voilà.
17:49On pouvait fonder nos soupçons
17:50qu'une personne s'apprêtait à fuir à l'Ouest.
17:58Ce rideau de fer a fait s'adapter les gens à cette dictature.
18:01Ce rideau de fer a fait se résigner les gens.
18:03Ce rideau de fer a fait démissionner les gens.
18:06Ils ont dû composer avec les circonstances,
18:08s'y adapter parce qu'ils ne pouvaient pas quitter le pays.
18:11Ils se sont donc souvent retirés dans une bulle privée.
18:15Ce sont là tous les effets de ce rideau de fer
18:17qui ont façonné une société sans liberté.
18:23Ah, voilà un vieil ami à moi, Wolfgang.
18:27On se connaît depuis 50 ans maintenant.
18:30Et malheureusement, il était aussi avec la sécurité de l'État
18:34et m'a espionné.
18:42On peut dire que je n'ai rien remarqué jusqu'à mon arrestation.
18:46J'avais 7 informateurs qui traînaient dans les parages
18:50et je n'en ai pas remarqué un seul.
18:52et je n'ai rien remarqué.
19:22Les policiers de l'État et de l'État vont écraser au mois d'août.
19:34Ils sont venus avec des soldats.
19:37Ils veulent tout tenir par la force.
19:40Ils veulent tout casser.
19:43Ils ont des tanks, ils ont des armes.
19:48L'onde de choc, démoralisante et terrible.
19:52Et davantage encore dans les pays de l'Est
19:55qui ne s'étaient pas révoltés,
19:57mais y avaient vu un espoir.
20:02Je n'ai écrit mes pamphlets qu'en 1968,
20:07l'année clé où les chars russes sont entrés dans Prague.
20:14C'est là où j'ai vraiment commencé à écrire.
20:17Nous, les étudiants de Chemnitz,
20:19nous sommes contre l'invasion de l'armée russe à Prague.
20:24Je les ai reprographiées
20:26et je les ai mis dans les boîtes aux lettres.
20:30C'était insensé.
20:32Vous écrivez un petit pamphlet
20:34et vous prenez quatre ans de prison.
20:37Cela montre aussi à quel point
20:38le système n'était pas sûr de lui.
20:44L'écrasement du printemps de Prague
20:47achève d'isoler définitivement
20:49400 millions d'Européens à l'Est.
20:53Désormais, il leur faut se résoudre
20:55à vivre derrière le rideau de fer.
20:58Vivre heureux, résigné, à l'abri, révolté.
21:03Depuis l'Ouest, on les plaint.
21:05Mais en réalité, qu'ont-ils vécu ?
21:08Pour comprendre tous les sentiments contradictoires
21:11qui ont animé ceux de l'autre côté,
21:14Muriel Blev, chercheuse à l'Institut
21:16pour l'étude des régimes totalitaires de Prague,
21:20arpente depuis 20 ans
21:21les rues d'une petite ville tchèque,
21:24Ceskevelinice, à la frontière de l'Autriche.
21:29Elle en a fait son laboratoire
21:31et de ses habitants, ses informateurs.
21:36Ceskevelinice est un cas très spécial
21:38parce que la ville est si près de la frontière.
21:41Déjà en 1938, on avait créé un premier exemple
21:43de barbelé pour essayer d'empêcher
21:45la Manazie d'entrer.
21:46Donc ce n'était pas leur première expérience
21:48de barbelé en fait.
21:49Il y avait quelque part dans l'inconscient collectif
21:52la notion très forte que cette rangée de barbelés
21:55elle est là pour protéger les Tchèques
21:56et non pas pour les attaquer.
22:00Ceskevelinice aurait dû être évacuée
22:03comme tous les villages situés sur la frontière même.
22:07Mais, annexée par les Allemands dès 1938
22:10et reconquis après guerre,
22:12le village est devenu une fierté nationale tchèque.
22:15Pas question de le supprimer.
22:21Ici, c'était, comme on dit,
22:23un alluvion de gens venus d'ailleurs.
22:26C'était dû à l'ouverture d'une grande usine
22:28qui a fait venir des quatre coins du pays
22:30des gens en recherche de travail
22:31et de logements bon marché.
22:33Parce qu'ici, on leur fournissait même le logement.
22:38Marcela, employée des chemins de fer tchèques.
22:42L'État fournissait une école pour les enfants,
22:45les formait.
22:46Rien n'était payant,
22:47les soins médicaux étaient gratuits,
22:49on vivait serein en quelque sorte.
22:52Il fallait suivre le mouvement,
22:54il ne fallait pas trop se démarquer.
22:56Si quelqu'un se faisait remarquer,
22:58il se faisait immédiatement taper sur des doigts.
23:06Dès lors,
23:07ses habitants et les autorités
23:09ont dû composer une vie en bordure du rideau de fer.
23:13Une vie compliquée,
23:14comme ailleurs dans le pays,
23:15mais ici, compliquée fois sans.
23:18La piscine, par exemple.
23:25Cette piscine était très appréciée des ouvriers.
23:28Elle était dans le no man's land.
23:30C'est comme si, à Berlin,
23:31on était dans l'espace plat
23:33qu'il y avait entre les deux murs.
23:34Ça paraît assez incroyable,
23:36mais il était un peu hors de question
23:38d'empêcher les ouvriers d'aller se baigner.
23:41Il y avait certes deux tours de contrôle
23:43avec des policiers en mitraillette au sommet,
23:46prêts à tirer sur quiconque essaiera de passer.
23:48Il fallait présenter sa carte d'identité
23:50ou son passeport pour rentrer dans la piscine.
23:52Il fallait venir avec le moins d'équipements possibles,
23:55parce qu'il y avait un petit sac,
23:56évidemment, rien qui puisse montrer
23:57qu'on avait l'intention de s'échapper.
23:59Et on pouvait s'approcher littéralement
24:00à deux mètres de la frontière.
24:03Tout était comme ça, en fait.
24:04Tout fonctionnait par un échange,
24:07une négociation, en fait,
24:08une certaine négociation sociale
24:09entre le régime d'un côté
24:10et la population de l'autre.
24:12Et Tchaska-Valince, c'est un excellent exemple
24:14parce que la situation est tellement particulière,
24:16parce que c'est tellement près de la frontière.
24:19Donc on voit les choses
24:20de façon peut-être plus évidente qu'ailleurs.
24:23Mais c'est un principe qui s'applique
24:25à toute la dictature communiste.
24:31Une barrière imperméable à 100% partout,
24:33ce n'est pas possible.
24:35Donc les gens réussissaient à passer.
24:38Ils profitaient de la météo
24:40du fait qu'ils connaissaient bien les conditions.
24:43Mais il y avait aussi des passeurs
24:44qui dupaient les gens,
24:45juste histoire d'obtenir leur argent
24:47avant de les dénoncer.
24:50Ils les attiraient d'une façon ou d'une autre
24:52à un endroit donné,
24:52et là, les policiers les attendaient.
24:59Je me souviens que quand j'étais petit,
25:02je passais beaucoup de temps à la gare
25:03parce que ma mère travaillait au magasin
25:05qui s'y trouvait.
25:06Et je les voyais contrôler
25:07les dessous des wagons,
25:08avec les chiens qui reniflaient
25:10et les toilettes qui étaient vérifiées
25:11à plusieurs reprises
25:12pour éviter toute évasion
25:13de la Tchécoslovaquie.
25:17Yalomir,
25:18adjoint à la mairie de Tchetskevelinitsi.
25:23Vous m'entendez parfois parler du fait
25:25que quelqu'un avait essayé
25:26de s'enfuir en Autriche,
25:28qu'il y avait eu des coups de feu
25:29quelque part
25:29ou que quelqu'un avait été abattu.
25:31Mais il était interdit
25:32de présenter ces informations
25:33de façon officielle.
25:35Et si c'était le cas,
25:37de toute façon,
25:37toute personne ayant tenté le coup
25:39était un ennemi d'État.
25:40Et donc,
25:41qu'il soit abattu pour l'exemple
25:43ou emprisonné,
25:44cela était présenté
25:45comme la meilleure des solutions
25:46contre ses ennemis.
25:55C'est une ville qui s'est construite
25:57autour de gens venus d'ailleurs.
25:59Des habitants
26:00véritablement autochtones,
26:02il y en a très peu.
26:03Ils ne se connaissaient pas.
26:05Tout le monde se méfiait
26:06de tout le monde.
26:09Même des gens ordinaires
26:10appelaient la sécurité.
26:12Un tel ne nous revient pas.
26:14Il y a une voiture inconnue
26:15garée devant la maison d'une telle.
26:17Mais de qui s'agit-il ?
26:18Qu'est-ce qu'il fait ?
26:21Mais ce sont les circonstances
26:23qui voulaient ça.
26:24Ils voulaient une école
26:25pour leurs enfants,
26:26un logement.
26:27Ils voulaient s'acheter une voiture.
26:29Ils voulaient partir en vacances,
26:30par exemple au lac Balaton en Hongrie.
26:34Et c'était souvent
26:35ce qui les poussait
26:36à dénoncer leurs voisins.
26:38Ou simplement
26:39pour l'achat
26:41d'une nouvelle machine à laver.
26:47Revenir,
26:48sans cesse,
26:50auprès des témoins
26:51dont la méfiance s'émousse
26:52au fil des ans
26:53et cueillir un récit
26:55jamais confessé.
26:56Telle est la méthode
26:57de Muriel Blaiv.
27:02Une méthode qui paye
27:04en cette fin d'après-midi
27:05dans la chaleur
27:06de l'atelier
27:07des frères Charvatte.
27:15Il fallait que j'aie un laissé passer
27:17et on était tout le temps
27:18surveillés par des soldats.
27:21Nous, on y allait
27:21pour faire sauter
27:22les souches et les roches
27:23et eux,
27:24ils installaient des barbelés.
27:26Les frères Charvatte,
27:28ancien ouvrier
27:28de rideaux de fer.
27:32Je me demandais tout le temps
27:33pourquoi moi,
27:34alors que ma mère
27:35était française.
27:38Moi,
27:39j'avais ce laissé-passer
27:40pour aller dans cette zone.
27:42Il avait peut-être
27:43neuf étoiles,
27:44mon laissé-passer.
27:46Et quand j'ai demandé
27:47ce que c'était,
27:48c'était un laissé-passer
27:49qui me permettait
27:50d'y aller
27:51sans être surveillé.
27:52J'avais le droit
27:53d'aller seul
27:54dans cette zone.
27:55Bon,
27:55je laissais tomber.
27:57Je ne travaillais plus,
27:58je travaillais déjà ici.
28:01Et puis un jour,
28:01j'étais au café
28:02à boire un coup
28:04et Basta,
28:05le vieux Basta,
28:06s'est assis à côté de moi.
28:08Bon,
28:09et il était saoul.
28:11Et alors,
28:11il s'est mis
28:12à me parler
28:12de ma mère,
28:13de mon père
28:14et de moi.
28:16Et moi,
28:16je le regardais
28:17et lui,
28:18il me dit,
28:19putain,
28:19tu ne sais pas pourquoi
28:20tu avais se laissé passer
28:21pour aller dans la zone.
28:24Ben,
28:25on espérait
28:25que tu t'échappes.
28:26Et moi,
28:27mais pourquoi ?
28:28Ben,
28:29pour qu'on puisse
28:29choper votre famille.
28:32Mais moi,
28:33je ne me suis jamais échappé,
28:34alors je les ai déçus.
28:35On apprenait des choses
28:37comme ça,
28:37à peu près des années.
28:39De toute façon,
28:41s'il n'avait pas été bourré,
28:42il ne m'aurait rien dit.
28:43Il m'a tout déballé,
28:44absolument tout.
28:47Ils étaient complètement certains
28:49que je prendrais
28:50mes clics et mes claques.
28:51ils croyaient me connaître.
28:53Mais que dalle !
29:01La vaste majorité des gens
29:03n'avaient pas envie de partir.
29:05Et pour la vaste majorité des gens,
29:07c'était un peu égal
29:08quel genre de régime politique
29:09qu'ils avaient
29:09tant qu'ils avaient
29:10de quoi manger,
29:12de quoi vivre,
29:12de quoi avoir une vie minimale.
29:16Donc ceux qui voulaient vraiment sortir
29:18ont beaucoup ressenti
29:21le régime communiste
29:22comme une imposition désagréable,
29:24mais la plupart n'ont.
29:43qui ont peur d'être dénoncés
29:49ou d'avoir à dénoncer.
29:50à ceux qui ne se consolent pas
29:52des révolutions manquées,
29:54à ceux qui espèrent un passeport,
29:55un visa depuis des années.
29:58Que leur reste-t-il ?
30:00Fuir.
30:01Franchir le rideau de fer
30:02à n'importe quel prix.
30:04Comme Stibor,
30:06Iréna,
30:07Miroslav,
30:08qui ont longtemps gardé secret
30:10le récit de leur fuite.
30:11Par honte
30:12ou par pudeur,
30:13comment leur est venue
30:15cette envie de fuir ?
30:28La première fois
30:29que j'en ai pris conscience,
30:30c'était quand je jouais au volet
30:32dans l'équipe des juniors.
30:34On est allés en Italie.
30:38Quand on a passé la frontière
30:40avec l'Autriche,
30:41j'ai eu l'impression
30:42que l'herbe était plus verte
30:43et que les gens
30:45étaient plus décontractés.
30:47Je trouvais tout plus joyeux,
30:49pas aussi gris
30:50qu'en Tchécoslovaquie.
30:53Ce que j'aimais,
30:54c'était la joie
30:55dans les yeux des joueuses.
30:57Ils appellent ça
30:58de l'enthousiasme.
31:08Mon engouement pour l'Amérique
31:09m'a conduit
31:11à vouloir suivre
31:11un entraînement de pilote
31:13dans l'armée tchécoslovaque
31:15pour partir à l'ouest
31:16par les airs.
31:19C'était mon projet.
31:22En 1953,
31:24j'ai passé les examens
31:26de l'Académie d'aviation de Prague
31:27et j'ai été reconnu
31:29comme pilote.
31:35Mais comme bien évidemment,
31:37j'avais tenu des propos politiques
31:39à l'école,
31:41je n'ai pas été inclus
31:42parmi le personnel de bord,
31:45mais on m'a proposé
31:46de devenir spécialiste aérien
31:48au sol.
31:55Et donc,
31:56j'ai décidé
31:57si je ne peux pas passer
31:59par les airs,
31:59je le ferai à pied.
32:07Mon père a décidé
32:08de passer en famille
32:10en Yougoslavie
32:11et nous sommes allés
32:12au poste de Louni
32:13où on émettait
32:14les passeports.
32:17Mon père et ma mère
32:18sont entrés à l'intérieur
32:19pour les récupérer
32:20et ils n'ont pu avoir
32:22que ceux pour ma mère,
32:24ses soeurs
32:24et sa nièce.
32:26Pas pour nous,
32:27mon père et mes frères.
32:29il disait
32:29qu'on pourrait voyager
32:30l'année suivante.
32:32Mon père s'est fâché.
32:33Il a pris l'employé
32:34par le col,
32:35l'a jeté contre le mur
32:36et a dit
32:38« Salopards de communistes,
32:39je vais me barrer. »
32:41Il est monté
32:41dans la voiture
32:42et on est parti.
32:52« Je connaissais très bien
32:55la région de Vranov
32:57et un ami et moi
32:58avons donc décidé
33:00de nous y rendre.
33:01Et sous prétexte
33:03d'un petit boulot
33:04dans une ferme d'État,
33:06nous avons pu
33:07pendant 14 jours
33:08travailler tout proche
33:09de la clôture
33:10en barbelé
33:10et y observer
33:12les déplacements
33:13des gardes.
33:16Il y avait
33:16des miradors,
33:17bien évidemment,
33:18qui étaient parfois occupés
33:19et à certains endroits,
33:22c'était une clôture
33:24à haute tension.
33:28La frontière,
33:29disposée également
33:30d'une zone
33:30à vue
33:31entièrement défréchée.
33:38Un soldat est arrivé.
33:40Il a glissé la tête
33:41dans la voiture
33:41et nous a demandé
33:42si on avait des passeports.
33:44Mon père lui a montré
33:45les passeports
33:45qu'on lui avait donnés,
33:46c'est-à-dire
33:47ceux de ma mère
33:48et de ma sœur.
33:49Et le soldat a dit
33:50« C'est bon,
33:51c'est bon,
33:51je vais vous donner
33:52100 couronnes
33:53et s'il vous plaît,
33:54quand vous reviendrez,
33:55vous reviendrez dimanche,
33:56rapportez-moi du chocolat. »
33:58Le deuxième soldat,
33:59l'autre poste,
34:00a commencé à demander
34:01en criant ce qui se passait
34:02et pourquoi ça prenait
34:02tant de temps.
34:04On a passé la première
34:05et la deuxième barrière
34:06et près de la troisième,
34:07mon père a arrêté la voiture.
34:09Mais avant qu'on arrive jusque-là,
34:10il nous avait déjà dit
34:11ce qu'il fallait faire,
34:12descendre
34:13et s'approcher
34:13de la dernière barrière.
34:19On dormait là-bas
34:20et on jouait des matchs
34:21amicaux contre la Hollande.
34:23Et le dernier jour,
34:25quand on nous a laissé
34:26faire quelques achats,
34:29on devait toujours
34:29y aller au moins à trois.
34:31Et quand on rentrait,
34:32il fallait toujours
34:33rédiger un rapport,
34:34dire avec qui on avait parlé,
34:36qui on avait rencontré.
34:38Et donc nous,
34:39on avait toujours peur
34:40de parler avec les gens du pays.
34:44Je n'avais pris qu'un tout petit sac
34:45dans lequel j'avais mis mon passeport
34:47et sans marque.
34:48Et quand les filles
34:49sont allées au magasin,
34:50je leur ai dit
34:50que ce magasin ne me plaisait pas
34:52et que je les attendrais
34:53dans un autre magasin.
34:55Et je suis allée à la gare.
34:57J'ai été surprise
34:58de voir que les trains
34:58étaient à l'heure.
35:00quand on m'a dit
35:01au guichet
35:02que le train pour Amsterdam
35:03partait dans une minute,
35:04j'ai fait les yeux ronds
35:05parce qu'une minute,
35:06ce n'était pas possible
35:07en Tchéquie.
35:08Les trains avaient toujours
35:08du retard,
35:09toujours.
35:17Il y avait à proximité
35:19de ces barbelés
35:21un affût surélevé
35:22comme pour les chasseurs
35:23et nous en avons utilisé
35:26l'échelle.
35:28Je suis grimpé en haut,
35:30j'ai fait tomber l'échelle
35:31d'un coup de pied
35:31et nous l'avons installée
35:34sur le poteau
35:35à cause du courant
35:36à haute tension.
35:38Nous avons sauté
35:40par-dessus la clôture.
35:42Bien sûr,
35:43cela n'était pas tout.
35:44Il nous fallait traverser
35:46la zone défrichée.
35:48Des céréales poussaient
35:49à proximité.
35:52Donc, nous avons rampé
35:54comme des soldats
35:55jusqu'à la frontière
35:55autrichienne.
35:57Et là,
35:58nous sommes tombés
35:59sur des paysans autrichiens
36:00du village de Riggersburg
36:04qui nous ont dit
36:05dans le plus grand calme
36:06« Faites comme si vous
36:08travailliez au champ
36:09pour nous. »
36:18Quand on est arrivé
36:19près du garde,
36:20on a vu que le galonné,
36:22l'officier,
36:22avait sorti son arme.
36:24Je le vois faire,
36:24je regarde l'arme
36:25et à ce moment-là,
36:27mon père se retourne
36:27et il dit
36:28« Maintenant ! »
36:31Évidemment,
36:32mon père s'est mis
36:32à courir.
36:33Tous les autres aussi,
36:34en passant sous la barrière,
36:36de l'autre côté.
36:37Et les deux soldats
36:38qui étaient les plus prêts
36:39ont commencé
36:39à tirer sur la famille.
36:42Moi,
36:42je suis resté debout
36:43près de l'officier
36:43qui me tenait par l'épaule.
36:46Mon frère Karel
36:47avait reçu une balle
36:47dans la cuisse
36:48et il était tombé.
36:49Là-bas,
36:50il se cachait
36:50derrière une voiture
36:51qui prenait des balles.
36:53et moi,
36:55ils m'ont ramené.
37:02Là-bas,
37:02j'ai regardé
37:03les grandes vitrines
37:04avec les filles derrière
37:05et je me disais
37:06« Ça,
37:07c'est pas la Hollande,
37:08ça peut pas être la Hollande »
37:10et je me disais
37:11« J'ai fait le pas,
37:12je peux plus revenir en arrière. »
37:14Je me rendais compte
37:15que je ne pourrais jamais
37:16revenir en arrière.
37:17Je suis allée
37:18au poste de police.
37:19Là-bas,
37:20un policier était assis
37:21les pieds sur la table.
37:23Il était très gentil,
37:24il se balançait
37:25et il se disait
37:26« Encore un touriste ».
37:28Je lui ai donné
37:28mon passeport
37:29et je lui ai dit
37:30« Je suis une immigrante,
37:32je ne vais pas retourner là-bas ».
37:41Nous sommes donc arrivés
37:42à Vienne sans problème
37:43et nous y avons demandé
37:44l'asile politique.
37:49Ils m'ont mis
37:49dans un orphelinat
37:50à Vodnani.
37:53Là-bas,
37:54j'étais un orphelin
37:54parmi d'autres
37:55et la première semaine
37:57où j'étais à l'école,
37:59un monsieur est venu me voir
38:00et m'a dit
38:01que j'allais retrouver
38:02ma famille.
38:04On m'a emmené
38:05dans une voiture
38:06et on m'a emmené
38:07loin de l'aéroport
38:08dans les champs,
38:10les champs de blé.
38:12Et là-bas,
38:13il y avait une limousine
38:14avec dedans
38:14mon père et ma mère
38:15qui m'ont accueilli.
38:17Évidemment,
38:18c'était formidable.
38:20Ensuite,
38:20j'ai appris
38:20tout ce qui s'était passé
38:21en Autriche,
38:22mes frères et sœurs
38:23et mes parents
38:23m'ont tout raconté.
38:24Ils m'ont dit
38:25que c'était une affaire
38:26très gênante
38:26pour la Tchécoslovaquie
38:27parce qu'ils avaient tiré
38:29du côté autrichien
38:29et que tous les états voisins
38:31avaient entamé
38:32un boycott.
38:39Iréna a intégré
38:41l'équipe de volet
38:42néerlandaise,
38:43deux fois championne
38:43du monde.
38:45Stibor et sa famille
38:46ont émigré
38:47au Venezuela.
38:50Quant à Miroslav,
38:51formé à l'espionnage
38:52à l'ouest,
38:53il s'est fait prendre
38:54en tentant
38:55de repasser
38:56la frontière
38:56dans l'autre sens.
38:5815 ans de prison.
39:04Sous l'impulsion
39:05obstinée
39:06de l'eust politique,
39:07la politique de l'Est,
39:09voulue par le chancelier
39:10ouest-allemand
39:11Willy Brandt,
39:12ancien maire
39:12de Berlin,
39:14les années 70
39:15inaugurent
39:16une période
39:16de détente
39:17de chaque côté
39:18du rideau de fer.
39:19Les deux Allemagnes
39:20se reconnaissent
39:21mutuellement
39:22et les accords
39:23d'Helsinki,
39:23conclus en 1975,
39:25garantissent
39:26la libre circulation
39:27des personnes.
39:35C'est la lune de miel
39:37qui commence.
39:37En quelques années,
39:39les échanges commerciaux
39:40explosent
39:41et les demandes
39:42de visas,
39:42pareilles.
39:43Accordées en masse
39:44vers l'Est,
39:45au compte-gouttes
39:46vers l'Ouest,
39:47dilemme.
39:48Comment permettre
39:49à tous,
39:49au petit monde,
39:50de circuler librement
39:51à travers une frontière
39:52conçue pour ne laisser
39:53passer personne ?
39:55Réponse,
39:55Marion Borne.
40:01C'est une installation
40:02d'une conception
40:03très moderne
40:04qui permettait
40:05de traiter
40:06les millions
40:06de voyageurs
40:07qui transitaient
40:08entre l'Ouest
40:09et l'Est
40:10utilisant une technologie
40:12efficace.
40:16Suzanne Baumgartel,
40:17historienne,
40:19fait partie
40:19de ceux
40:20qui défendent
40:20l'idée
40:20de garder intact
40:21ce vaste
40:23et détesté
40:23poste de douane.
40:24Elle en est
40:26devenue
40:26la conservatrice.
40:30Située
40:31à mi-chemin
40:32de la frontière
40:32des deux Allemagnes
40:33et de Berlin,
40:35Marion Borne,
40:36devenue lieu de mémoire,
40:38perpétue
40:38le souvenir
40:39des milliers
40:39de gens
40:40qui s'y sont croisés.
40:48Ce poste frontière
40:50devait être sécurisé
40:51comme un goulot
40:52d'étranglement
40:52entre l'Est
40:53et l'Ouest.
40:55Cela a fonctionné
40:56grâce à un gros
40:57déploiement
40:57de personnel
40:58avec des agents
40:59de la Stasi,
41:00de la police.
41:06On s'intéresse
41:07surtout
41:07aux ressortissants
41:08ou visiteurs
41:09vers l'Est.
41:11Possèdent-ils
41:12des choses
41:12qu'ils n'ont pas
41:13le droit
41:13d'introduire
41:14dans le pays ?
41:17Tout ce qui était
41:18presse de l'Ouest,
41:19journaux,
41:20magazines,
41:21ne pouvait pas entrer.
41:23comme tout bien
41:24non autorisés
41:25en RDA,
41:26les disques,
41:27les cassettes.
41:29Là-dessus,
41:30ils étaient intraitables.
41:38chaque voyageur
41:40venu d'Europe
41:40ou d'Allemagne
41:41de l'Ouest
41:41était un ennemi
41:43en puissance.
41:45Voilà pourquoi
41:46l'entrée
41:47était très contrôlée.
41:49Chaque plaque
41:49d'immatriculation
41:50était scrutée.
41:52Le voyageur
41:53recherchait
41:54dans l'index
41:55des suspects.
42:07Les employés
42:08du contrôle
42:09des passeports
42:09étaient en fait
42:10tous des agents
42:11de la Stasi
42:12camouflée.
42:14Les voyageurs
42:15ne s'en doutaient pas
42:16car ils portaient
42:17des uniformes
42:17de douanier
42:18afin de vous laisser
42:19l'ignorer.
42:25Aussi,
42:26on infiltrait
42:27au moment
42:27du recrutement
42:28des douaniers
42:29des agents
42:29de la Stasi
42:30pour les espionner.
42:34Il y a des pages
42:36et des pages
42:36de rapports
42:37d'agents de la Stasi
42:38qui surveillaient
42:39leurs collègues douaniers.
42:40Qu'est-ce qu'ils se sont dit
42:41pendant la pause ?
42:42Lesquels ont regardé
42:43la télévision
42:44ouest-allemande ?
42:45Lesquels ont feuilleté
42:46un magazine
42:47et pendant
42:48combien de temps ?
42:57Les années 80
42:58sont paradoxales.
43:00Jamais le rideau de fer
43:01n'aura été aussi efficace
43:02mais jamais l'adhésion
43:04des populations
43:05au régime socialiste
43:06aussi faible.
43:10Depuis l'ouest
43:11du rideau de fer,
43:12les images
43:13d'une société
43:14d'abondance
43:14n'en finissent pas
43:15de narguer
43:16l'appétit consumériste
43:17de ceux de l'Est.
43:24Il leur suffit
43:25de changer
43:26de chaîne
43:26pour s'en apercevoir.
43:30La propagande
43:31d'État
43:32s'obstine
43:32à fabriquer
43:33le mythe
43:33d'une république
43:34socialiste
43:35saine,
43:36vigoureuse,
43:37collective,
43:38solidaire.
43:39une guerre
43:41des images
43:41qui durent
43:42depuis 30 ans.
43:44Et dans un monde
43:45sans Internet,
43:47sans smartphone,
43:49faire circuler
43:49une image
43:50qui dérange
43:51relève
43:51de la haute
43:52trahison.
43:57C'est l'une
43:59de mes photos
43:59les plus célèbres.
44:02On a pris
44:03le métro
44:03et j'ai commencé
44:05à prendre
44:05des photos
44:05de ces trois messieurs.
44:07Trois hommes
44:07fatigués.
44:08Ce n'est pas
44:09comme ça
44:09habituellement
44:10qu'on montre
44:11les travailleurs
44:12Est-Allemands.
44:13Ils partent au travail
44:14plein d'énergie.
44:16Quelqu'un de fatigué,
44:17ça n'existe pas.
44:17La contradiction
44:20entre la représentation
44:21officielle
44:22de la RDA
44:22et la réalité
44:23était énorme.
44:26Des ouvriers
44:28fourbus,
44:29une jeunesse
44:29dite décadente,
44:31des bâtiments
44:31d'État
44:32déprimants.
44:33Harald Hauswald
44:35s'est fait
44:35la spécialité
44:36de regarder
44:37sa ville
44:37de travers.
44:39Photographe
44:40ironique
44:41dans un pays
44:42qui ne rigole pas.
44:46Par la suite,
44:47j'ai été suivi
44:48constamment
44:49pendant 12 ans
44:50de 77
44:51à 89.
44:561er mai.
44:58Et le 1er mai,
44:59il faisait toujours beau.
45:00Aucune idée
45:01de comment il faisait.
45:03Mais cela justifiait
45:04le dicton.
45:05Au 1er mai,
45:06il fait toujours beau
45:07et c'est grâce au parti.
45:09Or,
45:10à la fin
45:10de la manifestation,
45:11il y a eu soudainement
45:12une averse de pluie
45:14et du vent
45:14et le dernier groupe
45:16des jeunes communistes
45:16a été tourmenté.
45:18Alors,
45:19la Stasi a examiné
45:20le cliché.
45:21Oui,
45:21c'est l'abandon
45:22du drapeau.
45:23Et ils ont l'air
45:24complètement confus,
45:25désorientés
45:25politiquement.
45:27Et c'est ce que
45:28je voulais montrer.
45:30C'était mon intention
45:31avec cette photo.
45:32Et quand le Stern,
45:34le journal,
45:35a titré en double page
45:36« Désertion,
45:37l'état abandonné
45:38par sa jeunesse »,
45:39c'était exactement
45:40la même idée.
45:41Comme la Stasi
45:42l'avait perçu.
45:43Mais d'un autre point
45:44de vue.
45:46« Pour eux,
45:46j'étais le méchant.
45:47J'avais mal
45:48interprété le socialisme.
45:49Mais Coco,
45:50c'est la réalité,
45:51tu ne l'as jamais remarqué. »
45:53Ou bien ils ne voulaient
45:54pas l'admettre,
45:55la réalité.
46:07Contre toute attente,
46:08c'est de l'Est
46:09que viendra le coup fatal
46:11porté contre le mur
46:12de Berlin,
46:13le rideau de fer
46:14et le bloc communiste.
46:16Une vague de contestation
46:18qui emportera
46:19tout sur son passage,
46:20une colère
46:21qui commence
46:22au mois d'août 1980.
46:26« Si c'est comme ça,
46:27lundi,
46:27je vais mettre
46:28tout le pays debout.
46:29Je vais lancer une grève.
46:30Transmettez-le.
46:31J'en ai assez
46:32des plaisanteries
46:32et des manœuvres.
46:33Sachez-le.
46:35Transmettez ça
46:35au gouvernement.
46:36Lundi, probablement,
46:37je donnerai l'ordre
46:38de grève générale.
46:42Merci. »
46:43En Pologne,
46:44Lech Walesa,
46:45leader du syndicat
46:46Solidarność,
46:47fait tomber
46:48le régime communiste
46:49abandonné par Moscou.
46:52Là-bas,
46:53c'est le président lui-même,
46:55Mikhail Gorbatchev,
46:56qui liquide
46:57la vieille garde
46:57du parti
46:58et impose
46:59sa révolution économique,
47:01perestroïka,
47:02et la transparence politique,
47:04glasnost.
47:07« Rappel à tous les participants
47:09du train Bruxelles-Pékin,
47:11ne laissez pas
47:12la nourriture
47:13dans l'allée
47:14des voitures.
47:15C'est un appel
47:17pressant
47:17de nos amis soviétiques. »
47:20Le bloc de l'Est
47:21vacille,
47:22mais reste
47:22largement
47:23impénétrable.
47:25Or,
47:26c'est pourtant
47:26à travers ce continent
47:27interdit
47:28que se lancent
47:29ceux qui en seront,
47:30sans le savoir,
47:31parmi les derniers témoins.
47:37« Quand le train
47:38est parti,
47:39ça par contre,
47:40ça a été,
47:40je me souviens,
47:41un moment
47:42extrêmement intense.
47:43Les gens pleuraient
47:44dans le train.
47:45Les gens étaient
47:45tellement heureux,
47:46tellement fiers. »
47:51« Mais dans
47:51quelques cinq minutes,
47:52vous retrouverez
47:53la petite prose
47:53du transsibérien. »
47:56Apprentis journalistes,
47:57comédiens,
47:58architectes,
47:59musiciens,
48:00entrepreneurs,
48:01à l'initiative
48:02d'un comité de jeunesse,
48:03300 Belges
48:04de 18 à 25 ans,
48:06embarquent
48:06dans un train spécial
48:07avec le projet
48:09de nouer des liens
48:09avec ceux d'en face,
48:11ceux de l'autre côté
48:12du rideau de fer.
48:19« À l'époque,
48:21l'Est,
48:22je veux dire,
48:22dans sa globalité,
48:23ne voyait pas
48:24d'un bon oeil
48:24arriver 300 jeunes
48:26occidentaux
48:28décadents,
48:29d'autant qu'on avait
48:30bariolé le train
48:30à l'extérieur,
48:31donc c'était quand même
48:32un peu effrayant.
48:35On savait qu'on n'était
48:36pas tendus,
48:37les bras ouverts
48:38partout.
48:39Je me souviens
48:40que l'Est,
48:41s'il fallait le résumer
48:42à une couleur,
48:42en tout cas,
48:43ce serait gris,
48:44un peu sordide,
48:46triste,
48:47et quelque chose
48:48qu'il fallait traverser
48:49à toute vitesse
48:49et plutôt de nuit.
48:51Bernard Pollet,
48:53apprenti journaliste,
48:54et Christian Delvaux,
48:56régisseur débutant,
48:57étaient du voyage.
49:00en tout cas,
49:01le rideau de fer,
49:02on savait qu'on allait
49:02le traverser de nuit,
49:04on savait qu'on n'allait
49:05pas faire d'escale,
49:06mais on savait que les contrôles
49:07allaient être plutôt pénis.
49:08On a vu des barbelés
49:09parce qu'on voulait voir ça
49:11quand même,
49:11on était quand même
49:12intrigués, impressionnés.
49:13On avait plutôt
49:14les chocottes, en fait.
49:22On s'est bien rendu compte
49:24qu'il y avait un monde
49:25de différence,
49:26qu'il y avait 15 ans
49:28de différence.
49:30On s'est baladé dans les rues,
49:32on a rencontré des Moscovites.
49:34Et nous sommes intéressés
49:35justement à établir
49:36les contacts
49:37avec les jeunes du Belgique.
49:41Ils étaient mais raides dingues
49:43de l'Occident par contre,
49:45de ce qui était pour eux
49:47quand même
49:48ce qui était l'aboutissement
49:49de la liberté.
49:51Ça très fort,
49:51on sentait
49:52qu'il y avait cette envie
49:53de...
49:53Ils voulaient tout comprendre,
49:55tout savoir,
49:55qu'on leur raconte
49:56notre façon de vivre.
49:58Et carrément,
49:59oui, nos jeunes,
49:59ça c'était une obsession
50:00sur les jeunes.
50:03La culture des gens là-bas
50:04m'a impressionnée.
50:05À cette époque-là,
50:06effectivement,
50:07il n'y a pas un russe
50:08qui n'aurait pas été capable
50:09de vous parler longuement
50:10de grands auteurs
50:12classiques français,
50:14À une époque
50:14où chez nous,
50:16voilà,
50:17il y avait moyen
50:18de vivre sa vie
50:19en n'ayant jamais
50:20ouvert un Balzac.
50:22Il y avait,
50:23je ne sais pas,
50:24plus de solidarité,
50:25plus de...
50:27plus de chaleur,
50:28plus d'accueil.
50:31Et ça,
50:32ça m'est allé très loin.
50:35Le départ de Moscou
50:37a pris un peu de temps,
50:38le temps de charger
50:39le matériel.
50:39Pour passer le temps,
50:41il y a des jeunes
50:41qui ont commencé
50:42à danser.
50:44Il y avait des gens
50:45du cirque
50:46qui ont commencé
50:47à faire leur animation
50:48habituelle,
50:49de la jonglerie,
50:49etc.
50:50Et tout de suite,
50:51il y a eu un dispositif
50:52de sécurité
50:53qui s'est mis autour de nous.
50:54Et donc,
50:55on a empêché
50:56la population locale
50:58de nous approcher.
51:00Et ça,
51:01ça a été extrêmement mal vécu
51:02par les jeunes de l'époque.
51:04Donc,
51:04on a bousculé
51:06ces barrières.
51:07Il y a eu
51:08des échauffourés
51:09un peu
51:11avec la police
51:12qui s'est un peu
51:15énervée.
51:16Et on a senti
51:16que des jeunes
51:17moscovites
51:18étaient un peu
51:18avec nous.
51:19Alors,
51:19il y avait une espèce
51:20de côté un peu
51:21uscoute.
51:21Ouais,
51:22on s'est compris.
51:23On est tous
51:25contre la police.
51:26on va s'en sortir.
51:27On est avec vous.
51:28Tu vois,
51:29il y avait un peu
51:29ce côté super naïf.
51:31Mais en même temps,
51:31il y a eu à ce moment-là
51:32ce côté-là.
51:36On a surtout
51:36pris conscience
51:37de notre liberté,
51:39de la chance
51:39que l'on avait
51:40à l'époque
51:41de vivre
51:42là où on vivait.
51:43D'avoir ce confort,
51:45d'avoir cet accès
51:46aux médias,
51:47d'avoir cet accès,
51:48oui,
51:48à la liberté d'expression.
51:50On a surtout
51:50pris conscience
51:51en fait
51:51de nos acquis
51:52et de nos avantages.
51:56On a rencontré
51:57des gens intelligents,
51:58des gens militants,
51:59des gens qui n'étaient
52:00pas dupes,
52:01des gens qui étaient
52:01très informés
52:02sur ce qui se passait
52:04en Occident.
52:06Et on sentait
52:07de nouveau
52:07chez les jeunes
52:08une volonté
52:09quand même
52:09de s'émanciper.
52:11On n'a jamais pensé
52:12du tout
52:12que le mur
52:13allait s'effondrer,
52:14mais on sentait
52:15en tout cas
52:15que la jeunesse,
52:16il fallait qu'il se passe
52:17quelque chose,
52:18il fallait qu'on réponde
52:18à leurs aspirations,
52:19ce n'était plus possible.
52:20Ça, je pense qu'on l'a senti.
52:26Comme les coutures
52:27d'un vêtement trop petit
52:28qu'on enfile rapidement,
52:30le rideau de fer
52:31craque de toutes parts,
52:33en quelques mois,
52:34en quelques jours,
52:35en quelques heures seulement.
52:38Au mois d'août 1989,
52:41les bourgmestres
52:43de deux villes voisines
52:44à la frontière
52:45de l'Autriche
52:45et de la Hongrie
52:46décident d'organiser
52:48un pique-nique
52:49pan-européen.
52:51Comment se rejoindre ?
52:53On découpera
52:53pour l'occasion
52:54un morceau
52:55du rideau de fer.
52:56L'idée s'ébrouite
52:58et c'est par centaines
52:59que des ressortissants
53:00de l'Est
53:01s'invitent au pique-nique
53:02et passent à l'Ouest.
53:06D'autres brèches
53:07s'ouvrent bientôt
53:08dans les barbelés
53:09et par milliers
53:10affluent les réfugiés.
53:12En Pologne,
53:14en Tchécoslovaquie,
53:15en Hongrie,
53:16les partis communistes
53:16débordés
53:17ont déjà lâché le pouvoir.
53:29Et puis,
53:30dans la nuit
53:30du 9
53:31au 10 novembre
53:321989,
53:34une foule
53:34de berlinois
53:35se presse
53:35aux abords du mur.
53:36Le bruit court
53:37que la frontière
53:38va s'ouvrir.
53:39Les gardes-frontières
53:39hésitent,
53:40les ordres
53:41ne sont pas clairs,
53:41les contre-ordres
53:42non plus.
53:43Et c'est finalement,
53:44sur un malentendu,
53:45faut-il le croire,
53:46que le mur
53:47est abandonné
53:47aux berlinois.
53:50Cet instant
53:50est pour moi
53:51unique.
53:53C'est trop beau.
53:54Je suis spécialement
53:55venu pour voir ça.
53:56Je n'arrive pas
53:57à y croire.
53:58Je n'arrive pas
53:58à y croire.
54:02Je profite
54:02de la confusion générale
54:03pour aller vers mon oncle.
54:05Et puis,
54:05je reviens.
54:09C'est incroyable.
54:10Ça fait un an
54:11que j'habite
54:11près du mur.
54:12Je le regarde
54:13et maintenant,
54:14je peux le franchir.
54:19En quelques heures,
54:21le rideau de fer
54:21n'est plus rien.
54:22En quelques mois,
54:24il est démantelé.
54:25En quelques années,
54:26il est supprimé
54:27du paysage.
54:28Ce qu'il en reste
54:29est dérisoire.
54:30Ce qu'il en reste
54:31de visible.
54:34Musique
54:35Musique
54:36Musique
54:37Musique
54:38Musique
54:46Musique
54:46Musique
54:55Merci.
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