Pular para o playerIr para o conteúdo principal
  • há 2 dias
Romancier et poète né en Jamaïque, Claude McKay a parcouru le monde de l’entre-deux-guerres en vagabond visionnaire, poète insoumis et pionnier de la conscience noire. Des milieux littéraires new-yorkais à l'intelligentsia parisienne, des cercles du pouvoir bolchéviques aux bas-fonds du port de Marseille, il a tissé des liens avec certains des plus grands noms de son époque, de Charlie Chaplin à W.E.B Du Bois, en passant par Trotsky ou Fitzgerald, tout en fraternisant avec les marins et trimardeurs de toutes les diasporas noires.

Nourri par ses rencontres et ses expériences sur plusieurs continents, il a laissé une œuvre vibrante (poésie, romans et essais) portée par une philosophie radicale et visionnaire, qui a inspiré la Renaissance de Harlem aussi bien qu'Aimé Césaire et les penseurs de la Négritude. Son poème cri, If We Must Die, écrit il y a un siècle contre les lynchages, résonne encore aujourd’hui avec la même urgence que les slogans de Black Lives Matter.

Le film retrace la vie exceptionnelle de cette figure clé de la littérature africaine-américaine à la croisée des aspirations artistiques et politiques les plus importantes du début du XXe siècle.

Porté par la voix de Gaël Faye qui nous fait entendre la parole vibrante de Claude McKay, le film nous fait redécouvrir quelques-unes de ses plus grandes œuvres trop longtemps éclipsées : Banjo, Romance à Marseille, Un sacré bout de chemin… et nous offre, grâce à des archives inédites, une odyssée à travers l’histoire du début du XXe siècle.

Réalisé par : Matthieu Verdeil
Transcrição
00:22Se nós devemos morir, que não seja como os portos traqués e parqués
00:34Se nós devemos morir, que não morirámos nobremente
00:40Para que nosso precioso sang não seja não versado em vinho
00:44Então, mesmo os monstres que nós defiam serão contraintes de nos honorarmos na morte
00:49Ó meus irmãos, nós devemos afronter os inimigos comuns
00:55Mesmo inférieurs em ombro, montrons nossa bravoura
00:58Para os mil coups reçus, rendons um coup mortel
01:02Qu importe se devant nós s'étend a tombe ouverte
01:05En homens, nós farámos face à a meuta meurtriera
01:08O dos do muro, morando, mas rendendo coup por coup
01:26Essa voz, é a de Claude Mackey
01:28Quando ele escreveu esse sonnete, ele há mais de um século
01:32Il n'est qu'un petit employé des chemins de fer de Pennsylvanie
01:36Ce poème coup de feu va faire de lui une idole
01:42Arlem va épuiser le souffle de sa renaissance
01:45Et lui, le fils de paysans jamaicains
01:48Va devenir l'ami des artistes
01:50Et la coqueluche des mondains
01:52Mais il préfère les clandestins des bas-fonds
01:54Les malfrats
01:56Et les trimardeurs de tous les océans
01:59Claude Mackey
02:00C'est un révolutionnaire inclassable
02:02Un éternel vagabond
02:04Un anticonformiste
02:05Qui explore toutes les marges
02:08Il n'appartient à aucun mouvement
02:10C'est un mouvement à lui tout seul
02:13Il bourlingue pendant 20 ans de Kingston à Harlem
02:16De Moscou à Marseille
02:17De Paris à Tangier
02:20Cette vie d'aventure
02:21Il va en faire une oeuvre
02:23Des poèmes
02:24Des romans
02:26Une révélation pour aimer Césaire
02:28Et une source d'inspiration pour les mouvements d'émancipation après lui
02:32Trop subversif, trop marginal
02:34L'histoire l'a peu à peu oubliée
02:36Il est temps que sa voix résonne à nouveau
02:49Je n'ai rien à vous donner que méchant
02:52Toute ma vie, j'ai été un troubadour vagabond
02:55Me nourrissant surtout de la poésie de l'existence
02:59Et tout ce que je vous offre ici
03:01C'est l'essence poétique de mon expérience
03:17Claude Mackay a 18 ans
03:19Dans le train qu'il emmène à Kingston, la capitale de la Jamaïque
03:22Il voit défiler la campagne où il a grandi
03:26Descendant d'esclaves africains
03:28Son père est parvenu à devenir un paysan prospère
03:31Son frère aîné, Utéo, est instituteur
03:34Il lui a donné le goût de la lecture et de l'écriture
03:38Grâce à lui, il a dévoré Shakespeare et tous les grands classiques
03:41Mais aussi Spinoza, Goethe, Verlaine ou encore Oscar Wilde
03:46Mais sa jeunesse heureuse au milieu des livres est terminée
03:50Il doit maintenant gagner sa vie
03:51Et pour l'instant, il n'a trouvé qu'un poste de gendarme
03:56Laissez-moi l'avouer tout de suite
03:58Je n'avais pas en moi l'étoffe d'un bon gendarme
04:00Car je suis ainsi fait que l'imagination l'emporte sur la modération
04:04Et j'ai le malheur d'éprouver une sympathie tout à fait déplacée pour les malfaiteurs
04:10Il n'est pas dans mon tempérament de me conformer à des usages qui ne me conviennent pas
04:14Et j'avais une sensibilité particulière qui rendait certaines formes de discipline désagréables
04:19Ainsi qu'une haine féroce de l'injustice
04:25Le peuple jamaïcain, composé d'anciens esclaves, vit sous le joug des colons britanniques depuis le XVIIe siècle
04:33A Kingston, où vit une importante population blanche, Claude se heurte au racisme
04:40La rébellion était dans mon cœur
04:42Et elle était alimentée par les inévitables frottements de la vie quotidienne
04:47Pour soulager mes sentiments, j'ai écrit des poèmes
04:51Dans mon adolescence, j'avais rencontré M. Jekyll
04:55Un gentleman anglais qui devint mon mentor
04:57Et qui m'encouragea à écrire des vers en dialecte noir
05:03Grâce à son appui, il devient le premier écrivain à publier de la poésie en patois jamaïcain
05:09Deux recueils intitulés « Chanson de la Jamaïque » et « La balade du gendarme »
05:14Qui évoquent déjà ses thèmes de prédilection
05:16La souffrance de la classe ouvrière, le racisme, l'homosexualité
05:21Mais aussi l'amour pour son île natale
05:27Il n'y a pas de pays qui ne peut comparer avec toi
05:29Où je visse
05:31Dans tout le monde, n'est pas comme toi
05:34Mon pays natif, mon maison
05:37Jamaïca, c'est le n****
05:38Il n'y a pas d'accord
05:40Il n'y a pas d'accord
05:41Il n'y a pas d'accord
05:42Il n'y a pas d'accord
05:43Je sais que notre maison est ici
05:46Ce premier succès permet à Claude d'obtenir une bourse
05:49Et de nouveaux horizons s'ouvrent à lui
05:52Il embarque alors pour les Etats-Unis
05:54Avec l'ambition d'y démontrer son talent
05:59L'esprit nomade
06:00Ce démon de certains poètes s'était emparé de moi
06:04J'avais le désir de courir le monde
06:06Et d'en découvrir le sens
06:10Il ne le sait pas encore
06:12Mais il ne remettra jamais les pieds sur sa terre natale
06:26Maquet a 23 ans lorsqu'il s'installe en Alabama
06:29Pour étudier l'agriculture
06:36Mais c'est la violence de la ségrégation raciale qu'il découvre
06:40C'est un véritable choc
06:43J'avais entendu parler des préjugés en Amérique
06:46Mais je n'avais jamais imaginé qu'ils étaient si intensément amers
06:50J'ai d'abord été horrifié
06:53Mon esprit s'est révolté contre cette ignoble cruauté
06:59Je me suis vite retrouvé à haïr en retour
07:03Mais ce sentiment ne pouvait durer
07:05Car haïr, c'est être malheureux
07:12Comme des millions de Noirs du Sud
07:15Maquet décide de fuir vers le Nord
07:18C'est le début de ce qu'on appellera
07:20La Grande Migration
07:38En 1914, ils s'installent à New York
07:41Où ils se font dans la communauté noire de Harlem
07:44Musique
07:45Musique
08:06Je désirais produire quelque chose de neuf
08:12Quelque chose qui restitue l'esprit et l'accent de l'Amérique
08:17Contre sa violence qui consumait mon corps noir
08:20J'allais élever la voix afin de faire de ma révolte un hymne
08:26C'est ainsi que je devins un vagabond
08:28Mais un vagabond qui avait un but
08:30J'étais bien déterminé à m'exprimer par l'écriture
08:35Pour subsister, je fus forcé de travailler
08:40Je cherchais donc une activité manuelle facile
08:43Qui me laisse libre de faire travailler mes méninges
08:46Portiers
08:48Préposés à la chauffe
08:50Serveurs
08:51Garçons de bar
08:52Domestiques
08:55Mon temps libre se partageait entre mes expériences quotidiennes
08:59Et mes tentatives d'écriture
09:06Claude Mackey est finalement engagé comme serveur
09:09Dans les wagons restaurants du New York & Philadelphia Express
09:13Dès qu'il en a le temps
09:14Il écrit
09:16Un jour en plein service
09:18J'avais été possédé par un extraordinaire sentiment lyrique
09:22Et les mots produisirent dans ma tête un bourdonnement incontrôlable
09:26Je me précipitais dans les toilettes
09:28Et me dépêchais d'écrire le texte sur un bout de papier
09:35Une ancienne petite amie de Jamaïque le rejoint à New York
09:39Nous nous sommes mariés
09:40Mais ma femme s'est lassée de cette vie au bout de 6 mois
09:43Et elle est retournée en Jamaïque
09:46Claude l'ignore
09:47Mais elle est enceinte
09:49De retour au pays
09:50Elle va mettre au monde une fille
09:53Son unique enfant
09:54Qu'il ne rencontrera jamais
10:01La première guerre mondiale vient de se terminer
10:04Des dizaines de milliers de soldats noirs américains reviennent du front
10:08Avec une conviction nouvelle
10:10Après avoir participé à la guerre en Europe
10:12Ils méritent plus que jamais une place égale aux blancs dans leur propre pays
10:18A New York, deux grandes figures incarnent ces revendications
10:22Avec des visions très différentes
10:24Qui vont chacune à leur façon profondément inspirer Claude Mackey
10:32Il y a d'abord son compatriot jamaïcain, Marcus Garvey
10:37C'est le grand leader de l'Union Universelle des Noirs
10:40Et le promoteur du mouvement pour le retour en Afrique
10:44Son journal The Negro World diffuse ses idées sur tous les continents
10:51Le mouvement de Garvey a connu un succès incroyable
10:55Il avait des millions d'adeptes
11:06Des noirs de toutes les parties du monde opprimés par les capitalistes blancs
11:10L'ont salué comme l'étoile de l'espoir
11:12L'ultime solution à leurs problèmes
11:15C'était un véritable Moïse noir
11:29Contrairement à Marcus Garvey, qui prône le séparatisme
11:32Le docteur Dubois et l'Association nationale pour la promotion des gens de couleur
11:37Milite pour l'assimilation des Américains Noirs
11:42Son livre, Les âmes du peuple noir, me fit l'effet d'une secousse sismique
11:47Et je place son auteur sur un piédestal
11:50Car dès cette première lecture, j'ai éprouvé comme une illumination
11:55Cet ouvrage contient une phrase prophétique
11:59Le problème du 20ème siècle sera celui de la color line
12:09Cette ligne de séparation des couleurs se concrétise sous ses yeux depuis son arrivée sur le sol américain
12:15Les noirs d'un côté
12:18Les blancs de l'autre
12:26A l'été 1919, le contexte est explosif
12:36La nouvelle place revendiquée par les noirs provoque la colère des suprémacistes blancs
12:44Des émeutes raciales éclatent
12:48Des centaines de noirs sont massacrés dans tout le pays
12:53On appelle ce sanglant épisode
12:56Le Red Summer
13:05Notre presse noire était pleine de détails morbides sur les heurts entre noir et blanc
13:11Les fusillades meurtrières et les pendaisons
13:16Nous, les noirs des chemins de fer, nous étions inquiets
13:20Nous restions groupés
13:23Quelques-uns étant armés
13:25Car on ne savait jamais ce qui pouvait arriver
13:29C'est alors que le sonné, If we must die, est sorti de moi comme un coup de feu
13:43Il soumet son poème au Liberator
13:46Une revue de la gauche radicale qui décide immédiatement de le publier
13:51Son rédacteur en chef s'appelle Max Eastman
13:54En lui, Mackay a trouvé son plus grand soutien
13:58Claude Mackay est le plus grand poète révolutionnaire d'Amérique
14:02Il est au premier rang de la bataille pour la liberté humaine
14:06Son poème est un appel vibrant aux opprimés du monde entier
14:10Quelles que soient leurs races ou leurs couleurs
14:15Ce poème a été repris maintes fois
14:17Il a été récité dans les clubs, les écoles et les meetings noirs
14:23Il s'est frayé un chemin jusqu'aux chairs des églises noires
14:26Des pasteurs l'ont utilisé comme conclusion de leurs sermons
14:30Et les fidèles ont répondu Amen
14:33Grâce à ce sonnet, le peuple noir unanime me sacra poète
14:43Mais cette gloire naissante ne lui suffit pas
14:46Mackay veut poursuivre sa route
14:49Découvrir ce qui se passe de l'autre côté de l'océan
14:52Voir de ses yeux le vieux continent ébranlé par la Grande Guerre
14:56Un monde en plein bouleversement
15:11Il n'aime pas Londres, ni son climat, ni les fumées des usines, ni le racisme qu'il doit affronter
15:18pour trouver un logement ou accéder aux bibliothèques
15:24Le peuple anglais était pour moi aussi glacial que son brouillard
15:29Mais Londres était quand même un ferment politique extraordinaire
15:35Les plus brillants ténors du mouvement ouvrier britannique et de l'extrême gauche venaient parler à l'International Club
15:41Et j'assistais à la plupart de leurs conférences
15:47Socialistes, communistes, anarchistes, militants syndicaux, harangueurs de foule
15:53Leurs contacts me stimulaient, élargissaient mes conceptions de la société
15:57Et je me plongeais dans la lecture de Karl Marx
16:03Certains pensaient que Marx était le véritable prophète d'un nouvel ordre social
16:07Et s'il ne se trompait pas ?
16:13Une chose me semblait évidente
16:14Le monde entrait dans une phase de profonds changements sociaux
16:18Et j'étais enthousiasmé par les possibilités qui s'ouvraient
16:23Dans cette atmosphère d'agitation politique, Claude Mackey fait une rencontre déterminante
16:28Sylvia Pankhurst, militante radicale, anticolonialiste et féministe
16:33Proche de Lénine, elle est l'enfant terrible du mouvement des suffragettes
16:37Menée par sa mère et sa sœur
16:41Son regard était ardent, un peu fanatique même
16:43Avec un soupçon de roublardise
16:46Elle me dit qu'elle souhaitait que je travaille pour son journal
16:49Le Worker's Dreadnought
16:52Je ne laissais pas passer cette occasion
16:54De m'adonner à un peu de journalisme radical
17:03Alors qu'il travaille avec elle depuis presque un an, Sylvia Pankhurst est arrêtée
17:07Accusée de tentative de subversion des forces armées de sa majesté
17:12Avec ses écrits engagés, Mackey est suspecté à son tour
17:17Un soir, le secrétaire de l'International Club me montra une lettre anonyme
17:22Qui m'accusait d'être un espion
17:24Je vous assure que j'eus la nausée
17:27Et je fus pris d'un désir fou de quitter au plus vite cet empire
17:36Écoeuré, désargenté, Mackey est obligé de solliciter ses amis
17:40Pour payer son billet de retour
17:52L'impression de crasse laissée par la traversée de l'Atlantique en classe pont
17:55Fut balayée par l'immensité merveilleuse de ses lignes nettes
18:00Verticales, défiant le ciel
18:02Glorifiant l'étendue de l'espace
18:06Enfin, le bateau fut amarré et je descendis sur le quai
18:14Le métro aérien m'expédia d'un trait jusqu'à Harlem
18:22Quel bonheur précieux de se sentir à nouveau noir parmi les noirs
18:25Qu'il était bon de se perdre à nouveau dans les ombres de Harlem
18:34Maxis Mann me proposa de devenir rédacteur adjoint du Liberator
18:46Je fréquentais alors tous les militants de la gauche radicale
18:49Ainsi que l'élite des penseurs noirs
18:58Un jour, Max est arrivé en compagnie de Charlie Chaplin
19:02Je fus très heureux d'apprendre que ce grand petit bonhomme avait aimé mes poèmes
19:10J'ai rencontré Claude Mackey, le poète noir
19:12Il est très beau, c'est un Jamaïcain pur sang
19:15Je comprends aisément pourquoi on le qualifie de prince africain
19:18C'est un véritable aristocrate avec la sensibilité d'un poète et l'humour d'un philosophe
19:27J'ai peut-être eu plus d'amis blancs que de couleurs
19:30Ni la couleur de leur peau, ni celle de leur argent, ni celle de leur classe n'ont jamais signifié
19:35grand chose pour moi
19:37C'est davantage la couleur de leur esprit, la chaleur et la profondeur de leur sensibilité et de leur affection
19:43qui ont compté
19:51En 1922, l'équipe du Liberator milite pour la libération de l'activiste communiste Charles Ashley
19:59Charles est un poète, comme Claude
20:02Et il revendique son homosexualité
20:05Peu après sa sortie de prison, une relation passionnée se noue entre les deux hommes, ponctuée de séparation puis de
20:12retrouvailles
20:14Les chemins des amants se croiseront à nouveau en Russie, à Berlin et sur la côte d'Azur
20:27Cette période de bohème était idyllique
20:30Mes amis m'invitaient à des réceptions, ils m'offraient des places de théâtre et de concert
20:41On m'amena dans quelques-unes des rares boîtes à jeans de Greenwich Village, qui n'étaient pas atteintes par
20:45la phobie des gens de couleur
20:47Et je leur rendis la pareille, en invitant certains d'entre eux dans les cabarets et les soirées chaudes de
20:52Harlem
20:58Quand vous en aviez assez du chiquet de la 7ème avenue, vous descendiez au Congo et vous vous jetiez librement
21:04dans la débauche
21:05Parmi les tenaces odeurs de cuisine et les chauds relents indigènes de Harlem
21:10Vous passiez la nuit à zigzaguer et à chahuter
21:13Voilà ce que vous faisiez, en bon enfant noir qui cherche la joie à New York
21:20Harlem devient alors la capitale mondiale des cultures noires
21:24Le point de convergence des plus brillants intellectuels et artistes de toutes les disciplines
21:32Cette vie culturelle bouillonnante, c'est un vent d'émancipation qui se lève, porté par les rythmes endiablés du jazz
21:41Il s'autoproclame les nouveaux nègres et nomme cette révolution la renaissance de Harlem
21:53Au sein de l'intelligentsia noir se trouvait un groupe intéressant de conteurs, de poètes et de peintres
21:59J'étais leur aîné, ils me considéraient comme un précurseur
22:07Langston Hughes et Zora Neillorston sont les figures de proue de cette nouvelle littérature
22:13Les artistes se saisissent de leurs racines africaines pour inventer une esthétique d'avant-garde
22:19Aaron Douglas, le plus fameux d'entre eux, créera les couvertures de tous les romans de McKay
22:32Cette affirmation culturelle et politique est une lueur d'espoir pour les africains américains
22:37Mais elle n'efface pas la ségrégation
22:40McKay en fait la douloureuse expérience un jour qu'il se voit refuser l'entrée d'un théâtre
22:46J'étais venu en tant que critique dramatique, amateur de théâtre et âme libre
22:51Mais cela ne comptait pas
22:53Le fait important que j'ai soudain pris en pleine figure, c'était ma couleur
22:58J'étais un noir, et celui qui venait de se faire gifler, c'était lui
23:05Comment trouver sa place dans cette Amérique raciste ?
23:10J'étais devenu un vagabond invétéré, totalement inapte à la vie domestique
23:16Je voulais rester libre d'aller et venir, et je me sentis porté à reprendre la route
23:21La Russie m'appelait
23:37Un vaste bouleversement et une expérience grandiose
23:45Que pourrais-je y comprendre ? Quelles leçons en tirer pour ma vie et mon œuvre ?
23:53Il faut aller voir, me disait-on
23:55...
24:26Suíte à la révolution de 1917,
24:29l'international communista se réunia chaque année à Moscou.
24:33En 1922, Lênine a mis la question noire
24:37à l'ordre du jour du IVe Congrès.
24:42L'international communista,
24:44que não é apenas o Organização dos Ouvriers Blancs de Europa e da América,
24:48mas também a uma das pessoas de coloridos oprimidos do mundo inteiro,
24:51considera que ele é de seu dever
24:53d'encourager e d'aider l'Organisation Internationale do Peuple Noir.
24:58McKen é não é um convite oficial,
25:00mas, pois ele é lá,
25:02ele propõe a ele de fazer a palavra como poeta.
25:05O sucesso é imediato.
25:07O público l'adore.
25:08Sa couleur sombre fascina os russos,
25:11bem mais que a doce de Otto Wisswood,
25:13o representante noire oficial do Partido Comunista americano.
25:16Um métis mais claro de peau.
25:25Fretação e do Futebol nowa.
25:25A cada vez que eu parui na rua,
25:28as pessoas me saluavam com enthousiasma.
25:33Uma flambé espontânea de sentiment populares.
25:37Eu me tornava um tipo de 초등idade.
25:40Eu não me senti assim fiel de ser africano e noir.
25:53Maquê quer discutir da questão noir com um direitente bolchevique.
25:57É o chefe da armada rúgula em pessoa que o reço.
26:04Trotsky, assis à seu bureau, portou um uniforme de commandão e tinha l'air elegante.
26:09Bemveillante e cortois.
26:11Ele me posa algumas perguntas directas e precisas sobre os noirs américains,
26:15suas organizações, suas situações políticas e suas aspirações sociais.
26:20Eu respondi do melhor que eu pudi, em função de minhas conhecências e de meus ensinamentos.
26:27Trotsky demande à Maquê de mettre par écrit suas ideias.
26:31Ele ajoute seu comentário.
26:33O texto parece em uma de la Pravda do 15 février 1923.
27:08Léon Trotsky.
27:19Léon Trotsky invite Maquê à visiter les camps d'entraînement des forces soviétiques,
27:24à Moscou e à Petrograd.
27:30Les militaires me firent fête pendant près d'un mois.
27:33On me présenta à des officiers de l'armée de terre, de l'air et de la marine.
27:39Je passais de revue militaire en réceptions et banquiers.
27:45Cette période est évidemment très surveillée par le Bureau of Investigation,
27:50l'ancêtre du FBI américain, dont les espions suivent de près les agitateurs communistes.
27:56Maquê est logiquement dans la ligne de mire d'Edgar Hoover.
28:04On le soupçonne même d'avoir un nom de code pour ses supposées activités secrètes.
28:09Sacha ou Saëcha, selon les rapports.
28:15Claude Maquê, un noir américain, a été spécialement envoyé par le gouvernement soviétique
28:20pour faire de la propagande parmi les noirs nord-américains.
28:24Dans une lettre ouverte, Trotsky a publié les instructions officielles données à Maquê
28:28pour l'organisation de la race noire aux Etats-Unis,
28:31contre leurs soi-disant oppresseurs américains.
28:41Le poète sent bien que les leaders bolcheviques
28:43veulent utiliser son aura et son image à des fins politiques.
28:49À son insu, il se retrouve même sur cette affiche du Parti communiste.
28:54Je n'adhérais à aucun parti,
28:56et je n'avais aucune raison de me sentir redevable
28:59d'une quelconque obligation vis-à-vis des communistes.
29:04J'avais déjà beaucoup voyagé de triomphe en triomphe.
29:08Devais-je aller plus loin au risque d'une désillusion ?
29:11Ou bien faire ma sortie en pleine gloire,
29:13en emportant le précieux trésor de mes souvenirs dorés ?
29:17Il me sembla plus logique de partir maintenant.
29:37À Paris, je trouvais passionnant de me mêler aux expatriés de toute nationalité.
29:41Jeans de gauche, esthètes, peintres et écrivains, pseudo-artistes,
29:47bohèmes et touristes se mêlaient avec une tolérance cordiale.
29:53J'avais l'impression de prendre des vacances
29:55après l'atmosphère de la Russie nouvelle,
29:57avec sa propagande à haute pression.
30:07En ces années folles, les Noirs sont à la mode.
30:15Ils plaisent au public et inspirent les artistes.
30:21On parle même de négrophilie,
30:23une fascination paradoxale pour des cultures exotiques
30:26et soi-disant primitives.
30:30Je fis le tour des cabarets de Montmartre et de Montparnasse.
30:33J'allais danser un peu au bal nègre de la rue Blomé.
30:38La presse parisienne range ma quai parmi les Montparnous,
30:41cette communauté d'artistes bohèmes
30:43qui a trouvé refuge à Montparnasse.
30:47Elle s'amuse même de ses déambulations nocturnes
30:49avec des amis.
31:01La crème de Harlem se trouvait alors à Paris.
31:05Et je retrouvais les plus éminents poètes et écrivains
31:08de la Renaissance noire.
31:11Pour les intellectuels noirs américains,
31:13mais aussi pour ceux d'Afrique et des Antilles,
31:16Paris est le point de ralliement
31:17où s'élabore l'internationalisme noir.
31:26Notamment dans le salon littéraire
31:28des sœurs Paulette et Jeanne Nardal,
31:30venues de Martinique faire leurs études à Paris.
31:33Instigatrice de la négritude,
31:35elle publie la Revue du Monde Noir,
31:38qui veut redonner leur fierté
31:39aux Noirs du monde entier.
31:42McKay participe à ces échanges
31:44et y invite ses amis de Harlem.
31:47Grâce à lui,
31:48ils entament un fécond dialogue transatlantique.
31:54À Paris,
31:55Claude retrouve aussi Louise Bryant.
31:58Cette journaliste américaine,
31:59militante politique et féministe,
32:02ne cessera jamais de l'encourager
32:03et de le soutenir financièrement.
32:06Nous aimions parler de littérature.
32:09Louise pensait comme moi
32:10qu'il n'y avait pas d'écriture bourgeoise
32:12ou prolétarienne.
32:13Il y avait seulement la bonne
32:15et la mauvaise littérature.
32:20Pour gagner ma vie,
32:22j'avais posé nu dans les ateliers des peintres
32:24et cela avait mis ma santé en danger.
32:28Les ateliers étaient mal chauffés
32:30et une pneumonie m'avait cloué au lit.
32:34Depuis son retour de Russie,
32:36McKay souffre aussi de la syphilis.
32:39Maladie honteuse,
32:40sexuellement transmissible,
32:42elle plonge McKay dans une profonde dépression
32:44qui vient s'ajouter aux douleurs physiques.
32:47Durant son hospitalisation,
32:49il exprime sa souffrance dans ses poèmes.
32:53La maladie t'enferme dans cette chambre,
32:55elle te cloue au lit douloureusement.
32:58Même si tu sors d'ici,
33:00ta chair ne sera plus jamais jeune et forte.
33:03Et jamais le chagrin n'abandonnera ton visage malade.
33:07Claude McKay a alors 34 ans
33:09et il est condamné à suivre un traitement
33:12à base de mercure et d'arsenic
33:14qui, loin de l'aider,
33:16le rongera jusqu'à la mort.
33:21Louise Bryant m'envoya me refaire une santé dans le sud.
33:25Elle me remit un gros chèque,
33:27de quoi vivre simplement
33:28et travailler sans relâche pendant trois mois.
33:47Largement ouverte,
33:48tel un immense éventail éclaboussé de couleurs éclatantes,
33:52Marseille s'étalait nue dans la gloire du soleil de midi,
33:56à la fois attirante et repoussante,
33:59pleine de la féerie incessante des bateaux et des hommes.
34:04Port de tous les rêves et de tous les cauchemars des marins,
34:08régale des vagabonds avec sa prodigieuse jetée.
34:13Et puis le quai du port,
34:15fascinant,
34:17menaçant,
34:17turbulent,
34:18contre lequel venait se briser,
34:20mousse épaisse et bouillonnante,
34:22l'écume de la vie,
34:25magma de passions et de désirs.
34:43Ce fut un soulagement
34:44d'aller vivre à Marseille
34:46parmi des gens à la peau noire ou brune,
34:48qui venaient des Etats-Unis,
34:49des Antilles,
34:50d'Afrique du Nord et d'Afrique occidentale,
34:52et se trouvaient tous rassemblés
34:54pour former un groupe chaleureux.
34:58Marseille a tellement de points communs avec Harlem.
35:01Claude s'y sent comme à la maison.
35:03Il va y séjourner pendant cinq ans.
35:06Ses souvenirs et expériences américaines
35:09refont surface
35:09et lui inspirent son premier roman,
35:12Retour à Harlem.
35:15Louis Bryant emporte le manuscrit à New York
35:18et le propose à des éditeurs.
35:21Publié en 1927,
35:23le roman devient le premier best-seller
35:25d'un auteur noir aux Etats-Unis.
35:30« Filles chocolat,
35:32avec leurs rouges et leurs phares,
35:34comme des fleurs noires.
35:36Chers noirs,
35:37enveloppés de doux vêtements
35:38pleins de couleurs.
35:40Seins noirs,
35:41vibrants d'amour.
35:43Lèvres noires,
35:44épaisses,
35:45dont l'amour appelle un doux baiser. »
35:50L'élite noire juge dépraver
35:51cette histoire sur fond de jazz,
35:53de sexe,
35:54d'alcool et de drogue.
35:55En particulier,
35:57le docteur Dubois.
35:59« Home to Harlem »
36:00de Claude McKay
36:01me donne la nausée.
36:03Et après les passages
36:04les plus crasses et obscènes,
36:06j'ai nettement envie
36:07de prendre un bain.
36:09Cela ne veut pas dire
36:10que le livre est entièrement mauvais.
36:12McKay est un trop grand poète
36:14pour que son écriture
36:15soit un échec total.
36:16« Je n'écris pas pour les noirs
36:21de la bonne société,
36:22ni pour les amis puritains
36:23des gens de couleurs,
36:24ni pour les négrophobes,
36:26ni pour les négrophiles.
36:28J'écris pour ceux qui sont capables
36:29d'apprécier une histoire authentique,
36:31d'où qu'elle vienne. »
36:35Bien qu'écrit sur les bords
36:36de la Méditerranée,
36:37ce livre sera considéré
36:39comme l'une des œuvres majeures
36:41de la Renaissance de Harlem.
36:44Ça y est,
36:45le jeune poète jamaïcain
36:46et devenu un grand romancier.
36:49Et maintenant,
36:50c'est Marseille qui l'inspire.
36:53Il loue une petite chambre humide
36:55et sans fenêtres
36:56près du Vieux-Port.
36:59Sa rémunération d'écrivain
37:01tarde à arriver,
37:02alors quand il peut,
37:03il travaille comme Docker.
37:11« Je rencontrais le Corse du Vieux-Port.
37:13C'était un costaud,
37:15au corps massif de taureaux
37:16surmonté d'une tête de porc.
37:20Il avait une boutique de vin
37:21pas très loin de la rue Boutry,
37:23l'une des rues à bordel
37:24les plus sordides du monde.
37:26Son gang protégeait
37:28un certain nombre de prostituées
37:29qui avaient leur chambre d'amour
37:31dans les ruelles.
37:34Claude fréquente une bande de copains
37:36réunis par la couleur de leur peau.
37:38Des marins,
37:39des dockers,
37:40des sans-papiers
37:41venus d'Amérique
37:42et des colonies françaises.
37:47Ensemble,
37:49ils traînent dans le quartier réservé,
37:50ce haut lieu de débauche,
37:52de musique et de sexe
37:53qui attire les touristes
37:55et les marins du monde entier.
38:00Rien ne l'attirait plus
38:01que les Noirs du port.
38:03Nulle part,
38:04ils n'avaient vu
38:04une telle congrégation
38:05bigarrée de Noirs.
38:07Des Noirs qui parlaient
38:08les langues civilisées,
38:09des Noirs qui parlaient
38:10tous les dialectes africains,
38:12des Noirs noirs,
38:13des Noirs bruns,
38:15des Noirs jaunes.
38:17C'était comme si
38:18tous les pays du monde
38:19où vivaient des Noirs
38:20avaient envoyé
38:20des représentants
38:21pour qu'ils dérivent
38:22jusqu'à Marseille.
38:29C'est en s'inspirant d'eux
38:30que Mackay écrit
38:31son nouveau roman,
38:32l'histoire d'un musicien vagabond
38:34surnommé Banjo
38:35et de son copain Ray,
38:37un écrivain voyageur haïtien.
38:40Difficile de ne pas reconnaître
38:41Mackay lui-même
38:42derrière ce personnage.
38:45Avec leurs bornes
38:46de clochards célestes,
38:47ils vivent de l'air du temps,
38:49font la manche,
38:49palabrent,
38:50se saoulent
38:50et jouent de la musique.
39:00L'ouverture du café africain
39:02par un Sénégalais
39:03avait rameuté
39:04tous les joyeux fêtards
39:05au teint sombre.
39:11Jamais des gosiers noirs
39:12n'avaient englouti
39:13une telle quantité
39:14de vin rouge
39:14et de vin blanc.
39:16Et jamais les Noirs de Marseille
39:17ne s'étaient ainsi
39:18entassés et mêlés
39:19pour un pareil jazz.
39:26Un blues à la mode
39:27en 1925
39:28devient l'hymne du livre,
39:30à la fois incantation festive
39:31et mot d'ordre politique.
39:33Secouez-moi ça !
39:36Car Mackay nous le rappelle,
39:37le blues est aussi
39:38l'expression
39:39de la souffrance
39:39du peuple noir,
39:40victime du racisme
39:41et de l'exploitation coloniale.
39:46Barriques,
39:47sacs,
39:48caisses,
39:49transportant
39:49d'une contrée
39:50et à l'autre
39:50la récolte primitive
39:52de la main de l'homme.
39:55Des corps noirs
39:57dégoulinant de sueur,
39:58mûs sous le soleil équatorial,
40:01cueillant sous le fouet
40:02la terreur
40:03les nourritures exotiques
40:04du monde occidental.
40:08La civilisation
40:09était allée
40:09parmi ces peuples
40:10indigènes
40:11proches de la terre.
40:12Elle les avait dépouillés
40:13de leur sol primitif,
40:15déracinés,
40:16enchaînés,
40:17déportés,
40:18les avait transformés
40:19pour qu'ils s'éreignent
40:20selon ses lois
40:21et pourtant
40:22elle était incapable
40:23de les tolérer
40:24dans ses murs.
40:31Les vagabonds
40:32pourrissent en enfer
40:33ici sur les quais.
40:34La police les attrape,
40:36les frappe
40:37comme des chiens
40:38et les relâche.
40:39Elles ne les gardent pas
40:40en prison
40:40car il faudrait les nourrir.
40:42Presque tous
40:43ont perdu leurs papiers
40:44et les consuls
40:45ne les aident pas.
40:54Avec humour
40:55et truculence,
40:56Bonjo donne
40:57à entendre
40:57les voix
40:58et revendications
40:59de toutes les diasporas
41:00noires
41:00réunies dans cette
41:02babelle sur front de mer.
41:13La lecture de Bonjo
41:15bouleverse les jeunes
41:16Léopold Cédar Sangor
41:17et Aimé Césaire
41:18et leur inspire
41:19le concept
41:20de négritude.
41:50Même le docteur
41:51Dubois se réconcilie
41:52avec son écriture.
41:54Bonjo
41:54est une sorte
41:55de philosophie
41:56internationale
41:57de la race noire.
41:59Il est très inspirant.
42:01Il est plein d'expériences,
42:02vivant
42:03et bien sûr
42:03très coloré
42:04comme l'est toute
42:05l'oeuvre de Claude Mackey.
42:07Mackey est devenu
42:08un noir international.
42:17Il faisait chaud
42:18à Marseille
42:19et c'était bon
42:20pour ma santé.
42:22Je me baignais
42:23tout au bout
42:23de la grande jetée.
42:24Puis je découvris
42:25une baignade
42:26encore plus agréable
42:27à l'estac,
42:28à l'endroit
42:28où le canal
42:29s'ouvre sur la baie.
42:32J'y allais chaque jour,
42:33tout le reste de l'été,
42:35faire la planche
42:36pendant des heures,
42:37comme porter
42:38dans les bras
42:39du soleil bienfaisant.
42:43Brusquement,
42:44le mistral souffla
42:45pendant trois jours
42:46et ce fut l'automne.
42:48Je déteste le mistral
42:49à Marseille.
42:51Heureusement,
42:52juste à ce moment-là,
42:54Max Sisman m'invita
42:55à lui rendre visite
42:56à Antibes.
43:04La French Riviera
43:06est alors le refuge
43:07des écrivains américains
43:08de la génération perdue.
43:12Mackay prend une chambre
43:14à proximité
43:15des demeures
43:15de Hemingway
43:16et de son vieil ami Max.
43:23Un soir,
43:24Claude est venu dîner
43:25chez nous.
43:27Alors qu'il était
43:27en train de faire
43:28la vaisselle avec ma femme,
43:30Scott Fitzgerald
43:30a frappé à la porte.
43:33Elena est sortie
43:34pour l'accueillir
43:36et Claude a continué
43:37à faire la vaisselle.
43:41Scott l'a naturellement pris
43:42pour un domestique noir.
43:45Lorsque je les ai présentés
43:47l'un à l'autre,
43:48Scott n'a même pas essayé
43:49de masquer sa surprise.
43:50Il lui a simplement dit
43:52« Je pensais que tu étais
43:53le cuisinier ».
43:55Une lueur malicieuse
43:56brillait dans les yeux
43:57de Claude.
44:00Quelques temps plus tard,
44:01après avoir lu
44:02« Retour à Harlem »,
44:04Fitzgerald écrit à Mackay.
44:06« Cher Mackay,
44:07je ne saurais vous dire
44:08à quel point j'ai apprécié
44:09votre livre. »
44:11Certaines scènes
44:11me semblent comparables
44:13à du Zola ou du Saint-Claire-Lewis.
44:15Pour moi,
44:17c'est l'un des deux romans
44:17américains les plus valables
44:19de ce printemps.
44:30Pour gagner sa vie,
44:32Claude est obligé
44:32d'enchaîner les petits boulots,
44:34notamment domestiques,
44:35chez de riches Américains.
44:38Il se retrouve même figurant
44:40dans le film « Le magicien »
44:41du cinéaste américain
44:42Rex Ingram,
44:44star du muet à Hollywood
44:45qui a pris les rênes
44:46des studios de la Victorine,
44:47à Nice.
44:56Le plan ne dure que
44:57cinq petites secondes.
44:59Cinq secondes,
45:00pourtant précieuses,
45:01car ce sont les seules images
45:03de Claude Mackay
45:04en mouvement.
45:09Mackay aime aussi fréquenter Toulon,
45:11une ville de marins
45:12où l'homosexualité est répandue.
45:14C'est là qu'il rencontre Lucien,
45:16un matelot qui lui apprend
45:18quelques rudiments de français
45:19et devient son amant.
45:22L'été suivant,
45:23Claude part le rejoindre
45:24chez lui, en Bretagne.
45:26Mais à son arrivée,
45:28il apprend que son ami
45:29vient d'être emporté brutalement
45:30par la tuberculose.
45:34Passé le choc,
45:35Mackay décide de soigner
45:37sa mélancolie
45:37en sillonnant la région.
45:42Les Bretons me plurent
45:44plus que tous
45:44les autres Français.
45:46Quelles sont plaisantes
45:47les campagnes
45:48et charmantes
45:49les villes du Finistère.
45:51Que j'ai aimé
45:52Douarnenez
45:53avec sa flotte
45:54de chalutiers
45:55aux grands mâts
45:55tendus de filets,
45:57pareils à des voiles bleus
45:58sur le fond gris bleu
45:59du ciel.
46:03Comme des mots
46:04jaillent de la bouche
46:04d'un agitateur
46:05pendant un meeting politique,
46:06les noms
46:07de beaucoup
46:08de ces embarcations
46:09vous interpellaient
46:10violemment.
46:11Lénine,
46:12Jean Jaurès,
46:13Prolétaire,
46:15Drapeau Rouge,
46:16L'International,
46:17Révolution,
46:18Moscou.
46:19On avait surnommé
46:20la ville
46:21Douarnenez-la-Rouge.
46:29Il écrit la nouvelle
46:31« Dîner à Douarnenez »
46:32qui évoque
46:33le combat
46:33des peines sardines.
46:35Ces sardinières
46:36qui viennent de remporter
46:36l'une des grèves
46:37les plus fameuses
46:38de l'histoire
46:39du syndicalisme
46:39et du féminisme.
46:41Dans la ville rouge,
46:42on est solidaires
46:43et de leur victoire,
46:44les femmes sont fières.
46:46Écoutez,
46:47claquer leur sabo,
46:48écoutez,
46:49blonder leur colère,
46:51écoutez,
46:52claquer leur sabo,
46:53c'est la règle des sardinières.
46:59J'ai toujours été émerveillé par Rimbaud,
47:02ce poète flamboyant,
47:04l'image parfaite
47:05du vagabond pauvre
47:06au destin tragique.
47:08J'ai gardé sa photographie
47:09avec moi
47:10pendant des années.
47:18Claude Maquet
47:19est lui aussi
47:20un poète
47:20au sommet le devant.
47:21Il part à l'aventure
47:24vers le continent africain,
47:26la terre de ses ancêtres.
47:35Son périple
47:36commence par le Maroc.
47:46J'eus un premier choc
47:48en découvrant
47:49des sorciers gnawa.
47:53Une communauté noire
47:55de pure race
47:56qui pratiquait
47:57un rituel magique
47:58d'Afrique de l'Ouest.
48:00Ils avaient le comportement
48:02de certains paysans
48:03jamaïcains
48:04qui s'adonnent
48:05à la célébration
48:05d'un culte orgiaque.
48:16Après avoir passé
48:17dix ans
48:18à sillonner l'Europe
48:19en adoptant
48:19ses codes
48:20et ses manières,
48:20Claude Maquet
48:22à quarante ans
48:23passés
48:23vit désormais
48:25à la Marocaine.
48:26Ses pas
48:27le mènent
48:27à travers
48:28tout le pays.
48:30J'aimais
48:31la mosaïque
48:31marocaine
48:32où se mêlent
48:33la vie civilisée
48:34et la vie primitive.
48:36Pour la première fois
48:37de ma vie
48:38je pouvais vivre
48:39selon mon instinct
48:40et mes sensations
48:41sans réfléchir
48:43et je me sentis
48:44singulièrement délivré
48:46de la conscience
48:46de ma couleur.
48:53Un jour,
48:54il est contrôlé
48:55par un policier
48:56qui lui ordonne
48:57de l'accompagner
48:57au consulat britannique.
48:59Lorsqu'on lui demande
49:00s'il est américain,
49:01il avoue
49:02qu'il se considère
49:03comme apatride,
49:04un citoyen du monde.
49:06On le soupçonne alors
49:07d'être un agitateur communiste.
49:10Le consul m'a montré
49:11une circulaire
49:12du département américain
49:13de l'immigration
49:14datée de 1923
49:16disant que j'avais quitté
49:18la Russie
49:18avec une grosse somme
49:19d'argent
49:19pour faire de la propagande
49:21en Amérique.
49:23Ces salauds de britanniques
49:25travaillent aussi
49:25dans l'ombre
49:26pour me surveiller.
49:36McKay poursuit son voyage
49:38vers le nord
49:38et finit par poser
49:40ses valises à Tangier.
49:42Il va y rester 4 ans.
49:45Cette cité internationale
49:46est connue
49:47pour sa liberté de mœurs
49:48et McKay sait
49:50qu'il peut y fréquenter
49:50sans jugement
49:51des femmes
49:52et des hommes.
50:02Il termine le sulfureux
50:04romancine Marseille
50:05qui ne trouve aucun éditeur.
50:08Un refus qui s'explique
50:10sans doute
50:10par l'audace
50:11de cette histoire réelle
50:12d'un clandestin
50:13amputé de deux jambes
50:14dans laquelle il évoque
50:16sans détour
50:16la prostitution
50:17et l'homosexualité.
50:21Il parvient tout de même
50:22à publier un autre roman
50:24et quelques nouvelles
50:25mais c'est un échec
50:26commercial.
50:28Fauché et malade,
50:30il survit
50:31grâce aux dons de ses amis.
50:33Cher Max,
50:35peut-être que tu traverses
50:36toi aussi une période difficile
50:38mais j'espère pas autant que moi.
50:41J'ai dû vendre mes quelques meubles
50:42à l'exception d'une chaise
50:44pour écrire.
50:46J'ai l'air de me plaindre
50:47mais je suis dans un état épouvantable
50:50avec une douleur
50:51dans le côté droit du cou
50:52qui descend le long
50:53de l'homoplate
50:54et je suis à moitié paralysé
50:55par les rhumatismes.
50:58Personne ne m'a envoyé
50:59un peigny à part vous.
51:01C'est terrible de vous demander plus
51:02après tout ce que vous avez déjà fait
51:05et vous devez m'envoyer de l'argent
51:07pour pouvoir prendre le bateau
51:08pour rentrer aux Etats-Unis.
51:11Tout va mal pour moi,
51:12je me sens si perdu.
51:14Je vous embrasse,
51:16Eliana et toi.
51:17Claude
51:35En 1934,
51:38McKay parvient finalement
51:39à rentrer aux Etats-Unis.
51:41Il a alors 45 ans.
51:43Mais il est totalement ruiné
51:45et personne n'est là pour l'aider.
51:48Il se retrouve
51:49dans un camp de réinsertion
51:50pour sans-abri alcoolique.
51:54Il vivote
51:55en publiant quelques articles
51:56et des essais politiques.
51:59Et surtout son autobiographie
52:00picaresque,
52:02un sacré bout de chemin
52:03qui paraît en 1937.
52:15Considéré comme un trublion dépassé,
52:18McKay ne trouve plus d'éditeur
52:19pour ses derniers manuscrits.
52:21Et la maladie
52:22continue de le ronger.
52:25Il est pris en main
52:26par une association catholique
52:27qui recueille
52:28et soigne
52:29les pauvres
52:29et les marginaux.
52:33Marqué par leur générosité,
52:35Claude se fait baptiser
52:36en 1944.
52:40Ses derniers écrits
52:42sont des poèmes catholiques.
52:45La route de Claude
52:46La route de Claude McKay
52:47s'achève en 1948.
52:49Il meurt d'une crise cardiaque
52:51à l'âge de 58 ans.
52:57Ils étaient très peu nombreux
52:58à l'accompagner
52:59pour son dernier voyage.
53:02Mais la seule personne
53:03qu'il aurait aimé rencontrer un jour
53:05était là,
53:06sa fille rousse
53:07Hope Virtue
53:08qui avait vainement tenté
53:09de le voir.
53:11Sur sa tombe,
53:12on peut lire cet épitaphe
53:14tiré de son poème
53:15Le Travailleur Fatigué.
53:17Paix à toi,
53:19mon cœur rebelle.
53:26Je crie mon malheur
53:28au monde tourbillonnant.
53:30Mais je ne suis pas désespéré.
53:33Les institutions respectables
53:35et les gouvernements criminels
53:37tirent leur force
53:38et leur pouvoir
53:39des haines raciales,
53:40des distinctions de classe,
53:42des insultes sociales
53:44et des discriminations
53:45à l'encontre des minorités.
53:48Et je sais que ces forces
53:50ne sont pas éternelles,
53:52qu'elles peuvent être détruites
53:54et qu'elles le seront.
54:23Sous-titrage Société Radio-Canada
54:26Sous-titrage Société Radio-Canada
54:28Sous-titrage Société Radio-Canada
54:28Sous-titrage Société Radio-Canada
Comentários

Recomendado