00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Elle est la secrétaire générale de la CFDT, le premier syndicat du pays.
00:06Marie-Lise Léon est l'invitée d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Marie-Lise Léon.
00:10Alors que les prix des carburants continuent de flamber,
00:12le gouvernement a donc annoncé 70 millions d'aides pour les transporteurs,
00:15pour les agriculteurs, pour les pêcheurs.
00:17Des aides qui, dit-il, pourraient être reconduites au mois de mai ou au mois de juin si besoin.
00:22Visiblement, ça ne leur suffit pas.
00:24Il y a déjà ce matin encore des manifestations du côté de Nantes de transporteurs routiers.
00:28Est-ce qu'ils ont raison de poursuivre leur mobilisation ? Est-ce que vous les soutenez ?
00:32Je pense qu'il y a certains secteurs, effectivement, qui doivent être soutenus.
00:37Mais moi, j'ai envie de parler des salariés qui sont concernés par cette augmentation du prix des carburants.
00:42Je pense aux aides à domicile, aux personnes qui sont dans le social, le médico-social,
00:46qui ont besoin de leur voiture pour pouvoir aller travailler.
00:48Et qui, pour beaucoup d'entre elles, je parle des personnes, mais ce sont surtout des travailleuses, des femmes.
00:53Des infirmières libérales, notamment.
00:56Moi, j'ai aussi envie de vous parler des salariés, des agents, des fonctions publiques,
00:59qui sont directement frappés par cette augmentation,
01:04qui ont, pour certaines, des indemnités kilométriques.
01:07Je pense notamment à des aides à domicile, c'est 35 centimes par kilomètre.
01:10Donc, en fait, ça ne couvre pas.
01:12Ça ne couvre même pas les frais d'essence, d'amortissement de la voiture, etc.
01:17Les frais d'entretien des véhicules.
01:19Déjà, les indemnités actuelles ne les couvrent pas.
01:23Mais avec cette augmentation du prix des carburants, c'est un véritable coût sur le reste à vivre, en fait,
01:29de ces personnes.
01:30Donc, il faut...
01:31Moi, j'entends qu'il y a des secteurs qui doivent être soutenus.
01:33Moi, je vous dis, aujourd'hui, il y a des employeurs qui doivent jouer le jeu de la négociation.
01:37Ça veut dire quoi ?
01:38Et intégrer le fait qu'aujourd'hui, il y a des salariés qui perdent de l'argent,
01:42par rapport à il y a quelques semaines, en venant travailler.
01:45Donc, il faut pouvoir soutenir aussi ces personnes et le pouvoir d'achat des personnes...
01:48Mais c'est aux employeurs de terre ou c'est à l'État ?
01:50Je pense que les employeurs doivent remettre les choses sur la table
01:53et avoir des vraies négociations salariales.
01:56Il y a des secteurs d'activité où c'est le cas.
01:58Je pense que, par exemple, à une négo qui a été menée par la CFDT,
02:02on a obtenu 15% d'augmentation pour les assistantes maternelles, par exemple.
02:07Donc, quand on se met autour de la table et qu'il y a un diagnostic posé,
02:10et qu'il y a des vrais enjeux, et que les uns et les autres ont envie d'arriver à
02:15un accord
02:15et d'améliorer la vie des travailleurs et des travailleuses, on y arrive.
02:19Et aujourd'hui, j'entends qu'il y a des secteurs particulièrement touchés.
02:23J'entends beaucoup aussi de la solution miracle, c'est de faire du télétravail,
02:27sauf qu'il y a deux tiers des salariés...
02:29Ce n'est pas bien ça d'encourager le télétravail ?
02:30Mais si, mais il n'y a que deux tiers des salariés, des agents qui peuvent télétravailler.
02:34Pardon, mais le gouvernement n'a pas pris la mesure du problème ?
02:36Si, il a pris la mesure du problème, mais je pense qu'il ne faut pas tout attendre de l
02:40'État.
02:40Aussi, il y a une responsabilisation des employeurs à avoir,
02:44et plusieurs leviers d'action, de la négociation salariale,
02:48travailler sur les inégalités entre les hommes et les femmes...
02:51Beaucoup d'entreprises sont en difficulté, même avec ces surcoûts de carburant...
02:53Je ne dis pas qu'on va partager de l'argent qui n'existe pas.
02:57Je vous dis que lorsqu'il y a des secteurs qui peuvent le faire,
03:01il faut qu'il y ait une dynamique de négociation salariale
03:04et d'accompagnement au pouvoir d'achat
03:07beaucoup plus importante que ce qu'on a aujourd'hui.
03:09Et en tout cas, vous ne demandez pas des aides pour tous sur les carburants ?
03:11Non, il faut de l'aide ciblée.
03:12Je pense qu'on n'a plus les moyens d'arroser le sable comme on l'a fait en 2022.
03:16On sait que les aides généralisées...
03:17Vous êtes d'accord avec le gouvernement ?
03:18Oui, ça nous arrive de temps en temps.
03:21Je pense que c'est important de se dire qu'aujourd'hui,
03:24à l'égard des finances publiques
03:25et de la façon dont on peut cibler des aides,
03:30c'est aussi de la justice sociale et de la justice fiscale.
03:34On peut faire le bilan de 2022.
03:36Les aides qui ont été attribuées, de façon indifférenciée,
03:40elles ont d'abord été bénéfiques au plus aisé.
03:44Moi, je pense qu'aujourd'hui, ce n'est pas forcément juste.
03:46Donc l'appel que vous lanchez, c'est vraiment aux entreprises ce matin ?
03:48Un appel aux entreprises et à l'État
03:50pour qu'ils fassent véritablement des aides ciblées
03:53et qu'on puisse véritablement tenir l'état des finances publiques
03:57et puis qu'on amorce une vraie transition écologique.
04:01Aujourd'hui, on en est encore à s'arracher les cheveux
04:04et de se dire là-là, on est dépendant des énergies fossiles.
04:06C'est exactement le même constat qu'on faisait en 2022.
04:09Je pense que quatre ans plus tard,
04:11on n'en a pas tiré les enseignements.
04:12Il faut que certains secteurs,
04:14notamment le secteur routier,
04:16tirent aussi les enseignements de cette dépendance
04:18et amorcent une vraie transition vers une transition écologique juste.
04:21Autre mobilisation du jour, celle des enseignants
04:23qui protestent contre des suppressions de postes,
04:25des fermetures de classes.
04:26Bon, Marie-Élise Léon, c'est une grève saisonnière,
04:29c'est une habitude en fin d'année scolaire
04:31où il y a vraiment matière à s'inquiéter ?
04:33Non, il y a matière à s'inquiéter
04:34parce qu'aujourd'hui, il y a des annonces importantes
04:37massives de fermeture de classes
04:39alors qu'on sait qu'il y a dans beaucoup d'établissements...
04:41Justifié par la démographie.
04:42Oui, mais la démographie, ok.
04:44Mais l'un des premiers...
04:46Il y a deux problèmes dans l'enseignement.
04:47C'est la question de l'attractivité des métiers,
04:50la question du nombre d'enfants par classe.
04:53Aujourd'hui, on a les moyens et on a la possibilité
04:56de dire justement la démographie baisse.
04:58On peut alléger la densité
05:01et le fait qu'il y ait...
05:03On peut assumer le fait qu'il y ait moins d'enfants par classe.
05:06Je pense que ça serait bénéfique
05:08à la fois pour les enfants,
05:10mais aussi pour les enseignants.
05:11Et l'ensemble de la communauté éducative
05:14parce qu'il n'y a pas que les enseignants, bien entendu,
05:16qui sont concernés.
05:18L'attractivité des métiers, c'est la question des salaires.
05:21Vous avez dit vous-même, on ne peut pas arroser le sable
05:22il y a deux minutes.
05:23Vous demandez des aides du gouvernement ciblé.
05:25Je vous parle d'être ciblé pour un objet précis.
05:28Là, vous me répondez, salaire des fonctionnaires.
05:31Aujourd'hui, il y a un véritable problème
05:33de pouvoir d'achat des fonctionnaires
05:35et des agents des fonctions publiques.
05:37De façon générale,
05:3868 000 emplois non pourvus dans les fonctions publiques.
05:41Si c'était si formidable de bosser dans les fonctions publiques,
05:44je pense qu'il y aurait beaucoup plus de candidats.
05:45Aujourd'hui, on a un problème de rémunération,
05:48un problème de reconnaissance du travail,
05:50d'impossibilité pour beaucoup d'entre eux
05:52d'avoir des vraies perspectives salariales.
05:55Et je reviens sur un sujet
05:57qui nous tient particulièrement à cœur à la CFDT.
06:00C'est la question de l'égalité salariale
06:01entre les hommes et les femmes.
06:02On n'y est toujours pas.
06:03On n'y est toujours pas.
06:04On doit transposer une directive européenne
06:07qui est plus ambitieuse
06:08que le droit français.
06:09Je pense qu'il faut que l'Europe
06:11nous tire vers le haut
06:12et nous permette
06:12d'avoir plus de transparence salariale.
06:16Je suis convaincue
06:17qu'on ne résout pas les écarts,
06:18qu'on ne voit pas.
06:19Il faut plus de transparence,
06:21y compris dans les fonctions publiques.
06:23On a tendance à se dire
06:24qu'il y a des grilles salariales,
06:25donc il n'y a pas d'inégalités.
06:25Il n'y a pas aussi simple que ça,
06:26dans la fonction publique,
06:27il y a aussi des inégalités.
06:28Bien entendu.
06:29Parce qu'il n'y a pas forcément
06:31de transparence sur l'attribution des primes,
06:33sur l'attribution des promotions,
06:35et qu'il y a aussi des inégalités salariales
06:38entre les agents et les agentes.
06:39Marie-Lise Léon,
06:40le populaire du centre,
06:40titre École en colère.
06:42L'Union de Reims,
06:43titre Prof,
06:43agriculteur,
06:43transporteur,
06:44mobilisation sur tous les fronts.
06:45Comment vous définissez
06:47le climat social en ce moment
06:48dans le pays ?
06:48Est-ce qu'il vous inquiète ?
06:49Est-ce que les gens sont résignés ?
06:51Comment ?
06:51Non, les gens sont inquiets.
06:53Les salariés,
06:54les agents,
06:55dans tous les secteurs d'activité,
06:57je vois énormément d'inquiétudes
06:59et d'angoisse liées au climat
07:01et au contexte géopolitique.
07:05Je vois aussi des inquiétudes
07:07face à des responsables politiques
07:09qui nous semblent abandonner
07:11un certain nombre d'enjeux prioritaires.
07:12Je pense à la transition écologique juste.
07:14Aujourd'hui,
07:16une actualité en chasse une autre.
07:18Une priorité prend le pas
07:20sur celle de la veille.
07:23Et c'est cette incapacité
07:26à se projeter
07:27qui inquiète énormément.
07:29Et en fait, aujourd'hui,
07:30on a des responsables politiques
07:33qui vont au mieux
07:34nous parler de 2027.
07:36Donc, on est vraiment
07:36sur des enjeux
07:37de très court terme,
07:38moyen terme.
07:40Et moi,
07:40en tant que responsable syndical,
07:42c'est d'essayer de lever
07:42le nez du guidon
07:43et de se dire
07:44comment on réfléchit
07:45un peu au-delà
07:46et comment on pense aussi
07:47le temps long.
07:48Alors, si on se projette
07:49dans le temps long,
07:49il y a un congrès de la CFDT
07:50fin juin à Bordeaux.
07:51C'est très court, là.
07:52C'est pour le mandat suivant.
07:54Attendez ma question.
07:55Est-ce que vous serez candidate
07:55à votre propre succès ?
07:57Je suis proposée
07:58dans le cadre
07:59du bureau national sortant.
08:00Donc, je suis dans la liste
08:02des candidats
08:03qui seront au bureau national.
08:05je souhaite continuer
08:07et je pense qu'on a
08:08beaucoup, beaucoup
08:09de belles choses à faire
08:10et de transformation
08:11et de l'organisation
08:13et à répondre
08:14aux défis actuels
08:14du monde du travail
08:16avec l'intelligence artificielle,
08:18par exemple.
08:18Il paraît que vous allez
08:18augmenter les cotisations
08:19pour ne plus dépendre
08:20d'un finissement public.
08:21D'abord, est-ce que c'est vrai ?
08:22J'ai lu que c'était
08:23votre arme anti-RN.
08:25Non, c'est pas...
08:25Alors, je vais remettre
08:27les choses comme elles sont.
08:29On a un enjeu
08:30toujours depuis
08:31de nombreuses années
08:32à la CFDT
08:33qui est la question
08:34de notre autonomie
08:35vis-à-vis de
08:36les ressources financières
08:37de notre organisation.
08:39Donc, on est
08:39un peu plus de 645 000
08:41adhérents et adhérentes.
08:42Donc, les cotisations
08:43sont une très large
08:45part de notre financement.
08:45Et vous allez les augmenter
08:46ou pas parce qu'on arrive au bout ?
08:47Alors, on arrive au bout.
08:48On n'a pas discuté
08:50de cette cotisation
08:50depuis 1995.
08:52C'était à l'époque
08:53du Minitel.
08:54Et donc, aujourd'hui,
08:54la CFDT,
08:55elle a besoin aussi
08:56de financer
08:57d'autres moyens
08:58plus de proximité.
08:59Et donc, on va proposer,
09:01on va avoir un débat
09:02sur cette capacité
09:04de financement.
09:05J'y suis favorable
09:06parce que je le propose
09:07et je suis plutôt cohérente
09:08avec moi-même.
09:09Est-ce que pour vous,
09:10le RN est dans
09:10l'arc républicain aujourd'hui ?
09:12La CFDT est clairement
09:14en opposition
09:15avec leur vision
09:16de société.
09:18On en a fait
09:19un enjeu aussi
09:20ces dernières années
09:22de sensibilisation
09:24du monde du travail
09:25sur leur vision
09:26d'une société
09:27qui stigmatise
09:29les étrangers,
09:30qui veut
09:31de la division
09:32dans le monde du travail.
09:34Et on a fait
09:35de notre priorité
09:36la lutte
09:37contre les idées
09:38de l'extrême droite.
09:39Pour la CFDT,
09:40il n'y a pas
09:40de signe égal
09:41entre l'extrême gauche
09:42et l'extrême droite.
09:43Je crois qu'on est
09:43très clair là-dessus.
09:44Merci beaucoup à vous,
09:45Marie-Zélande,
09:46déjeunée sur RTL ce matin.
09:47Restez avec vous.
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