00:00RTL Matin
00:02Et tout de suite on va continuer à parler retraite avec votre invité Thomas.
00:07Vous recevez Marie-Lise Léon, la secrétaire générale de la CFDT.
00:10Bonjour et bienvenue sur RTL Marie-Lise Léon.
00:12C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses, aimer dire Jacques Chirac.
00:15Alors la fin de ce conclave approche, il va en sortir quoi ?
00:19A l'instant François Langlais disait qu'il y a de vraies chances d'avoir un accord.
00:21Vous êtes d'accord avec ça ?
00:23On est toujours en négociation.
00:24Là on a une journée de discussion aujourd'hui.
00:28Donc ça fait partie des objectifs de la CFDT.
00:31Il faut qu'on puisse avoir un accord, c'est extrêmement important.
00:34On a eu deux séances de négociation la semaine dernière.
00:37Ça n'a pas avancé tel que nous on l'aurait souhaité, notamment sur la question de la pénibilité.
00:41C'est l'enjeu majeur de cette journée.
00:43On a des propositions concrètes qui commencent à se concrétiser.
00:48En tout cas le patronat est plutôt en phase avec ce qu'on propose sur la question des carrières des femmes.
00:53Et la question d'aujourd'hui, ce n'est pas pourquoi il faut aboutir.
00:57C'est pour qui ? Pour qui on veut obtenir des avancées concrètes ?
01:01Pour la CFDT c'est pour les femmes.
01:03Les femmes aujourd'hui avec le report de l'âge légal, elles sont pénalisées dans la reconnaissance de leur maternité
01:08qui pèse sur leur carrière professionnelle.
01:11Et donc ça pèse sur leur retraite.
01:13C'est profondément injuste.
01:14J'avais encore une militante qui me disait hier, moi elle est dans la fonction publique,
01:20elle a suivi son mari dans plusieurs déplacements puisqu'il a été muté.
01:23Elle a eu une carrière très hachée et elle plaît plein pot.
01:27Elle a deux ans de plus à travailler et il n'y a aucune reconnaissance du fait qu'elle ait été pénalisée pendant ses maternités.
01:32Donc ça concrètement, on peut le traiter.
01:35Sur les carrières des femmes et sur la pénibilité, on n'y est pas à ce matin.
01:37Pour les femmes, on avance.
01:39Sur la pénibilité, c'est le blocage.
01:40Le patronat ne veut pas reconnaître qu'il y a des métiers pénibles qui nécessitent des départs anticipés.
01:46Ça fait des mois que nous le proposons.
01:48On a mis une proposition, il y a deux mois sur la table, qui est simple, qui n'est pas une usine à gaz,
01:53qui permet une reconnaissance simple des métiers comme les aides-soignantes, les ouvriers du bâtiment,
01:59les personnes qui travaillent en logistique, qui ont du port de charges lourdes, etc.
02:02Donc là, je dirais, la balle est dans le camp du patronat.
02:04Si aujourd'hui, ils veulent un accord, ils prennent notre proposition.
02:08Sinon, il n'y aura pas d'accord.
02:09Sinon, il n'y aura pas d'accord avec la CFDT, c'est clair et net.
02:11C'est clair et net, parce qu'on a toujours dit, nous, on a trois sujets qu'on veut voir traiter.
02:15La question des femmes, la question des métiers pénibles et l'âge.
02:19Aujourd'hui, on a traité la première question.
02:21La deuxième, c'est la pénibilité et on est bloqué à ce stade.
02:25Donc, la balle est dans le camp des organisations patronales et du MEDEF notamment,
02:28puisque la CPME a fait des ouvertures.
02:31L'âge, ça va rester à 64 ans.
02:32L'âge, on traite d'abord la question de la pénibilité.
02:35Pourquoi ? Parce que si on obtient des départs anticipés,
02:38ça veut dire qu'on détricote les 64 ans, l'âge légal n'a plus de sens
02:42et on va vers la retraite à la carte telle que nous, on la porte depuis des années.
02:47Et donc, c'est dans ce sens-là qu'on souhaite d'abord traiter cette question de la pénibilité.
02:52Ça dit, sur l'âge légal, vous entendez déjà la petite musique pour la suite.
02:55Hier, Eric Woerth était sur RTL et il disait
02:57« Reculer l'âge de départ à 65 ans est terriblement impopulaire, mais nécessaire. »
03:02Oui, mais ça, c'est exactement les postures politiciennes de personnes
03:06qui considèrent que la question des retraites,
03:09c'est une question financière uniquement, budgétaire et tableur Excel.
03:15Pour la CFDT, les retraites, c'est une question politique,
03:19c'est une question de dignité au travail et de reconnaissance des carrières professionnelles.
03:22Mais vous avez des garanties qu'il y aura pas dans six mois, un an, deux ans, un nouvel allongement ?
03:29Non, mais j'ai aucune garantie, c'est pour ça que je ne veux pas aujourd'hui.
03:31Ça doit être marqué ou pas dans le papier ?
03:32Vous savez, les retraites, tant qu'elles seront tributaires de responsables politiques
03:37qui pensent que faire campagne en promettant du sang et des larmes,
03:42tant qu'on sera dans cette logique-là, on ne traitera pas les vraies questions,
03:45les vraies questions du travail, de l'exposition de la pénibilité,
03:48le fait qu'il y ait des carrières hachées, que les femmes notamment...
03:52Vous connaissez l'écart de pension entre les hommes et les femmes,
03:55c'est le reflet de leur carrière professionnelle.
03:57Les femmes, elles gagnent 40% de moins en étant à la retraite que les hommes.
04:01C'est ça qu'il faut traiter.
04:02Ce n'est pas d'expliquer que je vais être populaire avec une mesure politique
04:06en expliquant qu'il faut travailler jusqu'à 65 et 66.
04:09Et je précise que la CFDT, elle travaille bien entendu sur des propositions financées.
04:15La question de l'équilibre budgétaire, elle est extrêmement importante.
04:19Vous êtes déjà venue plusieurs fois depuis le début de ce conclave ici.
04:21C'est la première fois que je vous vois aussi remonter.
04:23Je n'ai pas le sentiment qu'on soit vraiment à quelques heures d'un accord.
04:26C'est probablement l'adrénaline de la dernière ligne droite.
04:29C'est le money time.
04:30Et moi, je pense qu'il faut qu'on ait un accord.
04:33C'est important.
04:33Pour les personnes que je représente, on a une journée pour négocier.
04:37Après, moi, je suis tranquille.
04:39Vous savez, toutes les propositions possibles, la CFDT, elle les a faites.
04:43La CFDT, elle est restée dans le conclave jusqu'au bout,
04:47malgré toutes les pots de banane qu'on a pu nous mettre sur la route.
04:51Donc, je suis sereine et je suis motivée et extrêmement stimulée par l'idée qu'il faut pouvoir avoir des réponses concrètes.
05:01Donc, je pense que c'est aujourd'hui qu'il faut pouvoir aboutir.
05:05Certains responsables nous ont dit, peut-être que si vous avez besoin de plus de temps.
05:09On n'a pas besoin de plus de temps.
05:10Il faut que ça se termine ce soir.
05:11Il faut que ça se termine ce soir.
05:12Moi, je pense qu'aujourd'hui, on ne va pas jouer les prolongations pour se faire plaisir
05:16et continuer d'avoir des avancées possibles à telle ou telle condition.
05:24La CFDT, elle est claire.
05:25Elle a fait ses propositions.
05:26Maintenant, il faut que le MEDEF y réponde.
05:29Et s'ils veulent mettre en pratique des déclarations de responsabilité,
05:34ils s'engagent dans un accord.
05:35Autre point, on va essayer de ne pas être trop technique,
05:37mais quand même, il semblerait que le MEDEF ne soit pas complètement contre
05:40abaisser l'âge d'annulation de la décote.
05:43En gros, aujourd'hui, pour partir à taux plein, c'est 67 ans.
05:45Est-ce que ça va passer à 66 ans ?
05:47Est-ce que là-dessus, il y a un accord ?
05:48Là-dessus, nous, ça fait partie des pistes qu'on a travaillées.
05:52Il y a d'autres organisations syndicales, notamment la CFTC, qui le portent depuis longtemps.
05:55C'est une mesure qui permettrait effectivement à notamment des femmes
06:00qui ont eu des carrières extrêmement interrompues,
06:06qui aujourd'hui doivent attendre 67 ans pour avoir une retraite à taux plein.
06:10Là, on leur ferait gagner un an.
06:11Mais là, ça serait pour tout le monde ou pas ?
06:11Ce n'est pas négligeable.
06:12Pour hommes et femmes ?
06:13Évidemment.
06:14Et c'est sur la table ?
06:15C'est ce que nous, on a mis effectivement sur la table, on a rejoint...
06:18Je ne doute pas que vous soyez d'accord avec vous-même, mais le patronat, il vous dit quoi ?
06:21Vous savez, à ce stade, on a fait beaucoup de propositions.
06:25Ils nous ont surtout expliqué ce qu'ils ne voulaient pas.
06:27Ils n'ont pas beaucoup avancé sur ce qu'ils étaient prêts à concéder.
06:30Il n'y a pas de garantie ce matin.
06:31Donc, il n'y a pas de garantie.
06:33Ça reste ouvert et c'est un sujet sur lequel la CFDT se battra aussi.
06:36Et c'est aussi un point bloquant comme la pénibilité ?
06:38Il nous faut une mesure sur...
06:39On a toujours dit qu'il fallait une mesure sur l'âge.
06:41Donc, il y a un moment, je ne sais pas s'il faut que je le dise en anglais ou en allemand,
06:45mais ça fait partie des trois points.
06:47La question des femmes, traiter la question des situations des femmes pénalisées par la réforme de 2023,
06:54la reconnaissance des métiers pénibles et la question de l'âge.
06:57Je ne peux pas être plus claire.
06:59Ça me paraît clair.
07:00Hier, François Bayrou, le Premier ministre, a proposé une prime pour maintenir les seniors en emploi
07:04quand ils ont atteint le taux plein, donc après les 64 ans.
07:08en gros, ils toucheraient une partie de leur retraite en plus de leur salaire.
07:11Est-ce que vous y êtes favorable ?
07:12C'est quoi le principe de cette prime exactement ?
07:15C'est une prime qui permettrait d'encourager des personnes en fin de carrière
07:20à aller au-delà de l'âge auquel ils peuvent ouvrir les droits à la retraite
07:28pour les encourager à aller au-delà.
07:31Ce n'est pas forcément une mauvaise idée,
07:32mais je ne suis pas sûre que ce soit le problème du régime des retraites.
07:34Encourager des personnes qui aiment leur travail,
07:37qui se sentent en capacité de pouvoir aller largement au-delà de l'âge d'ouverture de leurs droits,
07:43moi, je suis plus inquiète pour les seniors qui ont entre 58 et 62 ans,
07:49qui ne trouvent pas de boulot.
07:50C'est ça le...
07:50Donc, c'est pas mal, c'est hors sujet ?
07:52Alors, un, ça arrive un peu tard, deux, c'est pas chiffré.
07:56Donc, je suis assez sceptique sur le fait que ça soit une solution qui puisse être reprise,
08:04surtout si c'est aujourd'hui qu'on termine.
08:06Je pense qu'il faut qu'on termine aujourd'hui.
08:07Nous, on n'a pas d'info là-dessus,
08:08mais j'imagine que François Bayrou vous a expliqué ce qu'il voulait faire précisément
08:11avant de l'annoncer comme ça.
08:12Comment ça a fonctionné ?
08:13Je n'ai pas plus d'informations que vous.
08:15Non, non, non, ça a été juste...
08:17On l'a évoqué, il l'a annoncé dans la presse hier,
08:21on n'a pas plus d'éléments que ça à ce stade.
08:24Mais c'est différent du cumul emploi retraite qui existe déjà aujourd'hui, on est d'accord ?
08:27C'est différent du cumul...
08:28Je crois que j'ai compris du dispositif.
08:32Ça reste assez...
08:33Ça nécessite d'être instruit.
08:34C'est pour ça que je vous dis, ça arrive tardivement,
08:36c'est que quand on fait les choses sérieusement,
08:38comme on le fait depuis trois mois dans le cadre du conclave,
08:41c'est que chaque proposition, on fait des propositions de financement
08:45et on sait dans quel équilibre global ça s'inscrit.
08:49Marie-Zéon, vous êtes à la tête d'un syndicat, la CFDT,
08:51qui est un syndicat réformateur,
08:53qui aime discuter, qui aime essayer de négocier, d'avancer,
08:56mais quand même vous n'avez pas l'impression d'avaler beaucoup de couleuvres.
09:00Pourquoi vous vous battez à ce point alors que d'autres ont dit
09:02« on s'en va à l'U2P, CGT ».
09:04Mais quelle couleuvre !
09:05Quelle couleuvre j'avale !
09:06Je vous dis, effectivement, on nous a mis des pots de bananes sur la route,
09:09mais ça, ça fait partie, je dirais, des habitudes de ceux
09:12qui veulent vraiment que les choses n'avancent pas.
09:17Pourquoi vous renoncez ?
09:17Pourquoi vous n'avez pas dit un moment comme les autres ?
09:19Parce que moi, je représente des milliers de personnes.
09:22J'ai 640 000 adhérents-adhérentes qui adhèrent à la CFDT
09:25parce que c'est ça, notre marque de fabrique.
09:27C'est de toujours défendre notre beefsteak jusqu'au bout
09:30pour obtenir des choses extrêmement concrètes.
09:32Moi, je ne suis pas dans les slogans ou les postures.
09:36Moi, ce qui m'intéresse, c'est les personnes dont je vous parle
09:38et ceux que je rencontre, les personnes qui travaillent dans l'industrie,
09:41qui travaillent dans l'aide à domicile, dans les EHPAD,
09:44et qui, tous les gens, me disent
09:46« Mais Marie-Lise, ça fait quelque chose pour nous ! »
09:48On a besoin de se sortir de notre situation
09:51et par la discussion et par le compromis, on peut en obtenir.
09:55Donc, moi, ça me suffit.
09:57Et ce que pensent les autres,
09:59et le regard qu'ils peuvent avoir sur mon syndicalisme,
10:02je n'en ai pas grand-chose à faire.
10:03Bon, j'ai l'impression que votre journée va être longue.
10:05Marie-Lise Léon, restez avec nous.
10:06On va vous détendre un peu avec Philippe.
10:07Merci.
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