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Regardez C'est notre époque avec Thomas Sotto du 20 mars 2026.
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00:00RTL Matin, c'est notre époque.
00:03C'est notre époque, on est en direct jusqu'à 9h30 et notre époque est vivante,
00:06comme notre langue d'ailleurs, que l'on est d'ailleurs de plus en plus nombreux à parler.
00:09Il y a 396 millions de francophones dans le monde, selon les tout derniers chiffres rendus publics.
00:15Le français qui est aussi la deuxième langue étrangère la plus apprise dans le monde.
00:18Mais savez-vous, savons-nous le parler, ce français de 2026 ?
00:22Bon, moi non, si j'en juge par un message que vous venez de m'envoyer au 74-9-9
00:25-100.
00:26Thomas Soto, bien parlé, c'est par exemple ne pas dire débriefer.
00:28Bon, d'accord. On pourrait dire quoi pour la place de débriefer ?
00:32Je ne sais pas ce qu'on pourrait dire pour la place de débriefer.
00:34Bonjour madame.
00:35Anne Abbeyé, linguiste, vous venez de publier La grammaire se rebelle aux éditions Robert.
00:39Et Michel Feltin-Palace, journaliste à l'Express et auteur de C'est quoi déjà le mot en français ?
00:43Les anglicismes et nous, publié aux éditions Eliopold.
00:46Et puis bien sûr, Philippe Audré, la rue Saint-Jacques,
00:48notre regard sur le français venu d'ailleurs, qui est resté avec nous.
00:52Ben oui.
00:52Bonjour et bienvenue, tous les deux et tous les trois d'ailleurs.
00:55Bonjour.
00:55Quelques mots sur ces tendances, visiblement le français séduit toujours.
00:58Comment vous l'expliquez ?
00:59Il y a une raison démographique.
01:01Beaucoup de pays de l'Afrique francophone sont en croissance démographique d'une part
01:06et progressent en termes de scolarisation.
01:08Ça fournit de plus en plus de francophones à la langue française.
01:11Est-ce que le français bouge beaucoup ? Est-ce qu'il évolue beaucoup ?
01:14Anne Abbeyé ?
01:14Oui, comme toujours.
01:16Mais effectivement, la croissance des nombres de francophones, c'est plutôt hors de l'hexagone.
01:20Et donc, on a souvent tendance à oublier que le français est parlé sur les cinq continents
01:26et dans une trentaine, une soixantaine de pays.
01:29Et que les francophones sont en général plurilingues.
01:32C'est-à-dire apprennent le français, mais parlent aussi d'autres langues.
01:35Et que la coexistence se passe plutôt bien.
01:37Philippe Audré, vous qui venez de La Balle, vous êtes un Québécois.
01:40Vous avez l'impression que vous parlez le même français que nous ou pas ?
01:43Non, mais on se comprend, c'est ça l'essentiel.
01:46Mais ce qui est intéressant, c'est qu'au Québec, on est avec l'idée de la précarité du français.
01:53C'est-à-dire que pour nous, le français, c'est une langue qui est à l'agonie, je dirais,
01:57mais fragile, disons.
01:59Qui est presque constamment en danger de mort.
02:02Donc, on est très, très, très protecteur du français.
02:07Limite presque à oublier qu'à part la France, effectivement, il y a des millions et des millions de locuteurs.
02:12et que c'est une langue en croissance.
02:14Michel Feltin-Palace, les anglicistes, il y en a pas mal qui nous viennent aussi d'outre-Atlantique.
02:19Ça fait toujours grogner les plus anciens.
02:20Mais est-ce que c'est bien, finalement, qu'une langue se mixe avec le reste, évolue, qu'on fasse
02:26rentrer des mots ?
02:27On pense d'ailleurs principalement anglais ?
02:28Bien sûr, non.
02:29L'emprunt aux langues étrangères, c'est très bien, ça.
02:32C'est toujours produit et c'est une très bonne chose.
02:33Ce qui m'inquiète, c'est qu'on estime qu'à 7000 langues dans le monde,
02:3780% des emprunts du français à l'ensemble de ces 7000 langues ne viennent que d'une seule langue.
02:42L'anglais.
02:43D'accord.
02:44Ce qui m'inquiète, ce n'est pas les emprunts en soi, c'est l'hégémonie qu'a prise l
02:47'anglais,
02:47surtout quand ça remplace des mots français bien installés.
02:50Pourquoi dire « checker » à la place de « vérifier » ?
02:52Si vous m'expliquez que ça apporte quelque chose, très bien.
02:54Pourquoi dire « trend » à la place de « tendance » ?
02:56Voilà, donc c'est ça qui m'inquiète.
02:57« L'hégémonie », vous auriez dit quoi ?
02:58Parce que je ne sais pas par quoi le remplacer, en fait.
03:00Je ne sais pas forcément, parce que vous savez, il y a la force de l'habitude.
03:03Un abbéi en parlerait mieux que moi.
03:04Quand on est habitué à entendre un mot, on va l'utiliser régulièrement.
03:08Donc ça vient spontanément.
03:09Mais c'est au départ qu'il faut être attentif.
03:11Et voilà, moi je défends la diversité linguistique.
03:13Donc les emprunts, un peu d'anglais, oui.
03:15Surtout de l'anglais, non.
03:16Bon, surtout de l'anglais, non.
03:18Un abbéi, parler le français c'est une chose, le parler bien c'en est une autre.
03:22La grammaire, est-ce qu'on la maîtrise ou c'est « freestyle » pour reprendre un mot anglais aujourd
03:26'hui ?
03:27Non, c'est important de penser qu'une langue ce n'est pas seulement des mots, c'est aussi une
03:31grammaire.
03:31Et ce qu'on a en commun avec les Québécois, mais aussi avec les Mauriciens ou avec les Haïtiens, c
03:37'est la grammaire.
03:37Même si on a des différences de mots, des différences d'accent, on a vraiment le maximum de structures en
03:43commun.
03:44On n'est pas très très bon en grammaire quand même, si on galère.
03:46Alors ça dépend de ce qu'on appelle la grammaire, c'est pour ça que j'ai écrit ce livre.
03:49La grammaire se rebelle, c'est intéressant comme titre.
03:50Voilà, si on croit que la grammaire c'est des règles puristes que personne n'applique et qui nous poussent
03:58à être en faute, à nous sentir en faute,
04:01effectivement la grammaire c'est pénible, mais la grammaire c'est mieux que ça, c'est l'image que j
04:05'ai envie d'en donner.
04:07C'est ce qui sous-tend notre langue, c'est les structures, c'est les régularités.
04:11Et c'est pas, voilà, la négation maintenant, on a le choix de mettre ou de pas mettre nœud, c
04:16'est une variante de style.
04:18Donc moi j'ai envie de dire, il n'y a pas un français correct, il y a des variantes
04:21qui sont appropriées, il y a des situations différentes.
04:23Et c'est du purisme de nous dire, il y a un seul français, il y a une seule variante.
04:28Il y a une certaine souplesse et c'est ça qui fait vivre la langue, qui nous permet de nous
04:32adapter.
04:34On dit tu, on dit vous, on dit voiture, on dit bagnole, on dit tu fais quoi, on dit qu
04:39'est-ce que tu fais.
04:40Ces variantes font vivre la langue et ce serait vraiment une erreur de croire qu'il y a un seul
04:45usage et un seul bon français.
04:47Philippe Audray, vous avez trouvé comment la grammaire française ?
04:49Moi je la vois comme une fille trop belle pour moi, c'est-à-dire que j'aimerais la maîtriser,
04:55mais je sens que je ne la maîtrise pas assez et je ne la comprends pas toujours.
04:57Mais justement j'aime ses particularités, j'aime ses histoires,
05:01mais c'est vrai qu'au Québec on dit souvent qu'on est bilingue dans notre propre langue,
05:06c'est-à-dire qu'il y a la langue qu'on parle qui est souvent une langue populaire
05:09et il y a la langue écrite qui est très souvent scolaire.
05:12Et pour beaucoup de Québécois, ça rebute justement l'amour du français
05:17de se sentir un peu complexé dans sa propre langue en fait.
05:20Quels sont les nouveaux mots qui vous fascinent le plus les uns et les autres là ?
05:24Parmi les nouveaux mots, il y en a que vous utilisez ou pas ?
05:26Alors sans doute, mais je n'avais pas réfléchi à la question,
05:28moi le mot que je préfère dans la langue française c'est diversité.
05:31Diversité ?
05:31Diversité et donc, moi je défends beaucoup par exemple les langues dites régionales
05:36qui sont des langues de France qui sont menacées, vraiment.
05:40Le français est en expansion.
05:41Elles sont la source du français les langues régionales ou pas ?
05:43Elles sont les racines ou pas du tout ?
05:44Non, le français est une évolution du latin spécifique à l'île de France, pardon,
05:48et il y a eu d'autres évolutions du latin ailleurs.
05:50Et nous avons des langues non latines, pensez à l'alsacien, au breton, au basque,
05:53qui sont des langues qui viennent de l'anglais.
05:54Le français se nourrit de toutes les langues, voilà, avec des origines latines,
05:57mais il s'est nourri de l'arabe, de l'italien.
05:59Moi les mots que j'aime bien, qui sont des mots récents du Robert,
06:02ils ne viennent pas de l'anglais, c'est par exemple tarpin.
06:04À Marseille on dit tarpin pour très, ça veut dire très.
06:07Tarpin bien, très bien.
06:09Ah d'accord.
06:09Et souvent on oublie ces intensifieurs.
06:12À Bordeaux c'est gavé, gavé bien.
06:14En Suisse c'est monstre, monstre bien.
06:15Donc on a chacun nos façons de renforcer.
06:18Voilà, les jeunes disent grave bien.
06:20Grave bien, oui.
06:20Et moi quand j'étais jeune on me disait vachement bien.
06:23Et donc les...
06:23Et nos parents nous disaient il ne faut pas dire vachement, c'est pas joli.
06:26Exactement.
06:26Vous avez tort en fait, il faut laisser vivre tout ça.
06:29Mais c'est tort ou raison, la langue évolue et chacun se l'approprie.
06:32Voilà souvent, et c'est la source de l'insécurité linguistique qu'on a,
06:35ce qu'on constate par exemple au Québec,
06:38c'est que les francophones ont du mal à s'approprier leur langue.
06:40Donc la langue est à nous, c'est nous qui la faisons vivre.
06:43Philippe Audray, le mot qui vous fascine le plus, vous.
06:46Moi j'aime beaucoup débarbouillette en fait.
06:49C'est un mot québécois.
06:51Débarbouillette.
06:51Oui, débarbouillette.
06:52C'est une lingette, non ?
06:53C'est une lingette, on va dire.
06:55Et c'est un mot typiquement québécois.
06:58Il y a des panneurs aussi typiquement québécois
07:00qui est l'équivalent d'une petite épicerie.
07:02Mais courriel, ça c'est un mot québécois.
07:04Courriel, c'est un mail en fait.
07:06Donc courrier électronique parce qu'au Québec on francise tout.
07:10Dès qu'on voit un mot, on le voit en anglais,
07:11justement on le voit comme une menace.
07:12Le panneau stop, il y a marqué arrêt en dessous, c'est ça ?
07:14Exactement, même c'est strictement écrit arrêt.
07:16Il n'y a même pas stop au Québec, c'est juste arrêt.
07:19Puis même, il y a des langues autochtones
07:21comme l'Inuptito qui, là on voit la traduction.
07:24Mais tout, tout, tout, tout est strictement français au Québec.
07:27La question 74-900 de Catherine Monfils
07:29passe son temps à dire du coup.
07:31Moi je lui dis que ça n'est pas français.
07:33Qui a raison ?
07:34C'est tout à fait français puisque tout le monde le dit.
07:36Quelle autre langue vous voulez que ce soit ?
07:38Et c'est tellement français qu'à Montréal
07:40c'est comme ça qu'on reconnaît les Français sur le plateau.
07:42Parce qu'à Montréal on dit fac.
07:44Et c'est mal vu par les puristes.
07:46Et fac, c'est bien formé aussi.
07:47Ça vient de ça, ça fait que...
07:49Donc c'est juste les jeunes qui ont leur petit...
07:51C'est quoi c'est ?
07:52Fac.
07:52Fac, pour fac.
07:53Ouais c'est fac, ça fait que donc...
07:56C'est le du coup, c'est le du coup québécois.
07:58Ah du coup, c'est pas fuck, on est d'accord.
07:59Non, c'est F-A-Q par exemple.
08:01Mais il faut avoir le Wi-Fi quand même.
08:03Donc les jeunes font exprès...
08:05Du coup, c'est employé par tout le monde.
08:06Mais les jeunes font exprès d'avoir des mots.
08:08Voilà, mon fils dit wesh.
08:10Et puis ça passera.
08:12Voilà, ils disent daron, c'est un vieux mot.
08:14Les jeunes n'ont besoin.
08:15Chaque groupe, chaque situation, chaque milieu professionnel crée son jargon.
08:22Et c'est très bien.
08:23Michel Feltin-Palace, vous disiez, le problème du français, c'est qu'aujourd'hui, il bouge, il évolue à 80
08:29% par de l'anglais, par des anglicismes.
08:32Est-ce que l'anglais pourrait manger la langue française ?
08:34Non, enfin, pas à vue d'homme.
08:37Ce qui est inquiétant, si vous voulez, c'est des mesures qui ont été prises qui visent à rendre l
08:40'anglais plus utile que le français.
08:42Par exemple, le fait que beaucoup de cours maintenant à l'université ou dans les grandes écoles soient donnés en
08:46anglais.
08:46On sait que quand les langues disparaissent, c'est parce qu'elles sont rendues moins utiles que les autres.
08:49Si le gaulois disparut, c'est parce que le latin était plus utile que le gaulois.
08:53Si les langues régionales sont menacées, c'est parce qu'on a fait en sorte, en France, qu'il ne
08:56soit pas possible de devenir médecin en breton ou instituteur en basque.
08:59On a rendu le français beaucoup plus utile.
09:01Et c'est pour ça que les générations précédentes sont passées.
09:03Donc là, il y a quelques mesures qui sont ennuyeuses parce qu'elles donnent un avantage à l'anglais.
09:07On est très, très loin de la disparition du français.
09:09Comme je le disais, il n'y a jamais eu autant de locuteurs du français dans l'histoire du français.
09:12Et ça va encore progresser dans les années qui viennent.
09:14Philippe Audray, à la fac, vous avez un parcours universitaire brillant.
09:18Ah oui, oui, conservatoire et école de l'humour.
09:20C'est haut de gamme quand même.
09:22À la fac, au Québec, c'est en anglais ou en français, les cours?
09:25C'est-à-dire, non, c'est-à-dire qu'il y a une particularité.
09:29C'est qu'il y a des universités anglophones et francophones.
09:33Mais par exemple, un francophone qui va à l'université anglophone pourrait rédiger des travaux en français.
09:38C'est un droit fondamental puisque le Québec est la seule province officiellement francophone du Canada.
09:44Donc, on a ce droit fondamental-là.
09:47Bon, d'où vient la langue?
09:48Je ne sais pas si on a une réponse à cette question.
09:50Mais la langue originelle.
09:51Parce que des fois, on va dans certains pays qui ont des langues qui ne sonnent pas du tout comme
09:54la nôtre.
09:54Et puis, dans une conversation, on trouve un mot qui nous rappelle quelque chose.
09:58C'est quoi?
09:59C'est une sorte de grande tambouille dans laquelle on a mis tous les dialectes du monde entier il y
10:03a des milliers d'années.
10:04Et ça, ça fait une langue?
10:05Non, vous faites-nous avec la tête.
10:06Non, non, on sait que toutes les langues de l'Europe et de l'Ouest de l'Asie viennent de
10:12ce qu'on appelle l'indo-européen,
10:14qui est une langue très ancienne qui s'est ramifiée, qui est à l'origine du russe, de l'allemand,
10:17du français, du swadroi.
10:18Il y a quelques exceptions, dont le basque.
10:20Mais ailleurs, ce sont d'autres langues qui sont à l'origine...
10:22Qui parfois n'ont strictement rien à voir.
10:24Oui, on peut penser que le langage, qui est quelque chose de fascinant, a pu émerger à différents endroits, indépendamment.
10:32On va terminer avec...
10:33Mais pour la grammaire, les langues ne sont pas si différentes que ça, donc les sons peuvent être un peu
10:36différents.
10:36La nôtre, elle est plus dure que celle des autres, quand même, la grammaire.
10:38C'est juste l'orthographe.
10:39La grammaire, encore une fois, la grammaire n'est pas difficile.
10:42C'est juste l'orthographe qui est un peu archaïque.
10:44Votre mot préféré, pour finir?
10:46Tiguidou.
10:47Comment?
10:47Ah oui, Tiguidou?
10:48Je viens de l'apprendre.
10:49Ah oui?
10:50Ça veut dire quoi, Tiguidou?
10:51Tout va bien.
10:52C'est un mot québécois.
10:54Ah, c'est un mot québécois.
10:54Vous avez pris un café ensemble juste avant de venir, non?
10:57Votre mot préféré à vous, Michel?
10:59Adichatz.
10:59Comment?
11:00Adichatz.
11:01Ça veut dire bonjour ou au revoir en Occitan.
11:03D'accord, je ne parle pas français, je crois.
11:05Et vous, Philippe Audré?
11:06Moi, j'aime bien Laurentien.
11:08C'est relatif au Laurentide, qui est une chaîne de montagne, au Saint-Laurent, qui est le fleuve.
11:13Voilà, c'est un mot, encore une fois, impliqué dans la culture québécoise.
11:17Je fais entrer Augustin Trapenard, qui nous a rejoint dans la danse.
11:19Votre mot préféré, Augustin?
11:20Je crois que c'est Palimpseste.
11:22Ah, Palimpseste.
11:23Voilà.
11:23Qui est?
11:24Qui est une sorte de manuscrit sur lequel les moines écrivaient, on pouvait voir à travers
11:27les textes passés, les fantômes des textes passés.
11:30La langue est un palimpseste.
11:32Et le vôtre, M. Soto?
11:33Ah oui?
11:34Le mien?
11:34Oui.
11:35On est en retard, c'est retard.
11:36Sous-titrage Société Radio-Canada.
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