00:00Brigitte Milliau, bonjour.
00:02Bonjour.
00:02Bonjour Dr Milliau, vous nous parlez ce matin d'une première mondiale.
00:05Le Japon a autorisé la production et la commercialisation de deux traitements innovants
00:08utilisant des cellules souches pluripotentes induites.
00:12Et vous allez nous expliquer de quoi il s'agit, des cellules souches pluripotentes induites.
00:17On va revenir en arrière.
00:18Vous savez qu'à la base, les cellules embryonnaires, elles sont pluripotentes déjà.
00:24En fait, on a des cellules qui n'ont pas de fonction définie
00:27et certaines vont devenir de l'os, certaines vont devenir du sang,
00:31certaines vont devenir de la peau.
00:32C'est tout à fait ce qui se passe normalement.
00:35Là, l'idée de génie, c'est de prendre des cellules d'un patient
00:40et de les reprogrammer.
00:42Je vais prendre des cellules, Romain, de votre peau, de votre sang, peu importe et tout.
00:46Je vais les déprogrammer.
00:48C'est-à-dire que je vais revenir complètement en arrière
00:51et faire qu'elles n'auront plus de fonction définie
00:53et elles vont redevenir pluripotentes,
00:57c'est-à-dire capables de redevenir ce que je voudrais qu'elles deviennent.
01:05C'est-à-dire qu'en fait, je les déprogramme, je les prends,
01:09elles redeviennent pluripotentes,
01:11pluripotentes, c'est-à-dire avec plusieurs potentiels,
01:13et là, elles se multiplient, elles se multiplient, elles se multiplient.
01:16Je rappelle quand même que c'est un Japonais qui a eu le prix Nobel pour ça
01:20il y a une dizaine d'années et qu'au Japon,
01:21ils ont des banques de cellules pluripotentes induites.
01:24Et ensuite, je décide de les reprogrammer en cellules cardiaques,
01:29en cellules osseuses, etc.
01:31L'idée, là, ils l'ont fait dans quoi ?
01:33Deux pathologies essentiellement, c'est en ça que c'est une première mondiale.
01:38La maladie de Parkinson, vous savez, c'est une maladie neurodégénérative très fréquente
01:42dans laquelle il y a un déficit d'un neurotransmetteur que l'on appelle la dopamine
01:47qui, normalement, est impliquée dans le mouvement.
01:50Pas que dans le mouvement, mais aussi dans le mouvement.
01:52Donc, un patient qui est atteint de maladies de Parkinson
01:55a une lenteur, une spasticité, vous savez, le raideur
01:59qui fait qu'ils ont souvent aussi une position un peu comme ça,
02:02ainsi que des tremblements, des tremblements de repos.
02:04Ils tremblent au repos, pas à l'action, mais au repos.
02:07Et en fait, c'est leurs neurones qui fabriquent plus cette dopamine.
02:11Donc, on prend les cellules du patient,
02:13on les déprogramme,
02:14on les reprogramme pour fabriquer de la dopamine,
02:17on va les injecter dans le cerveau,
02:20c'est un petit forage, on les met à l'endroit qui va bien,
02:23on en met des millions puisqu'on peut les faire se multiplier,
02:26se multiplier, se multiplier,
02:27on en met des millions,
02:28mais surtout, en quoi c'est une première mondiale ?
02:31C'est que nous, en Europe, avant de traiter quelqu'un,
02:34il va falloir des années, des années, des années.
02:36Là, ils ont fait un essai sur quelques patients, pas beaucoup, sept.
02:40Ils ont vu que sur quatre, on avait une nette amélioration.
02:43Donc, ils ont la possibilité au Japon d'avoir ce que l'on appelle
02:46des autorisations temporaires, conditionnelles, pendant sept ans.
02:51Et dès cet été, c'est pas un truc de dans dix ans,
02:54dès cet été, ils vont traiter certains patients,
02:5835 patients, a priori, sont prévus.
03:00Ils vont les traiter dès cet été,
03:02ils vont les suivre pendant sept ans,
03:03et on va voir, évidemment, s'il y a une amélioration,
03:05et après, s'il y a une amélioration, on aura d'autres choses.
03:08Mais vous imaginez, donc là, ils font cet essai
03:11pour la maladie de Parkinson,
03:13et aussi dans l'insuffisance cardiaque.
03:15L'insuffisance cardiaque, c'est votre cœur,
03:17qui devient insuffisant, il y a tout dans le nom.
03:20Donc là, l'idée, c'est quoi ?
03:21C'est de prendre les cellules du patient,
03:23pareil, on les déprogramme,
03:25et on les reprogramme pour être contractiles,
03:27fabriquer des vaisseaux,
03:28et là, c'est différent, on fait un petit patch,
03:31et on va vous coller le patch sur le muscle cardiaque
03:33qui est défaillant,
03:34et il va se mettre à se recontracter,
03:36à refabriquer des vaisseaux et à agir.
03:39Donc l'idée, c'est incroyable,
03:41parce qu'il y a des traitements déjà
03:43qui existent à base de cellules souches,
03:45mais là, l'idée, c'est de prendre
03:47les cellules du patient,
03:48donc il n'y a pas d'histoire de rejet,
03:51de traitement anti-rejet, etc.,
03:52puisque ce sont les cellules du patient lui-même,
03:55de les déprogrammer
03:56et de le reprogrammer dans la fonction
03:59qui nous intéresse.
04:02Après, encore une fois,
04:03on va attendre,
04:04mais ce qu'il y a de bien,
04:06c'est que contrairement à nous,
04:07en Europe,
04:07où il faut attendre des jours et des jours,
04:09des années et des années,
04:10qu'est-ce que je raconte ?
04:11Et là, on va avoir rapidement
04:14ces patients qui vont être traités,
04:16bien sûr, très bien surveillés,
04:17mais voilà,
04:18on peut vraiment parler d'une première mondiale
04:20avec un espoir,
04:22vous imaginez,
04:22si on a...
04:23Pour les malades de Parkinson.
04:24Parkinson ou autre,
04:25parce qu'on pourrait programmer
04:26les cellules à devenir d'autres choses,
04:29à avoir d'autres fonctions.
04:30On peut imaginer quelque chose
04:31pour Alzheimer aussi ?
04:33Alors, pour Alzheimer,
04:34c'est un peu plus compliqué,
04:34parce que là,
04:35ce sont des protéines
04:36qui entourent les neurones.
04:39C'est différent.
04:41Mais quand il y a un déficit,
04:42par exemple,
04:42de production
04:43ou un déficit
04:44pour le cœur de contraction,
04:45on pourrait imaginer
04:46traiter plusieurs pathologies,
04:48mais de toute façon,
04:49on en reparlera
04:50et on reparlera
04:50de la maladie de Parkinson
04:51lors de la journée mondiale
04:53de Parkinson le 11 avril.
04:55Merci Brigitte Millot.
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