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Presque cinq ans après leur retour au pouvoir, une nouvelle ère s’est ouverte sous le joug des talibans, un régime fondamentaliste inflexible. Sous leur domination, l’ancienne République a disparu, remplacée par un pouvoir ultra rigide, fermé au reste du monde et à la presse étrangère. Un « Émirat islamique d'Afghanistan », très largement non reconnu, pas même par les théocraties islamiques.
Après quatre tournages, principalement effectués hors cadre officiel, "Le pays taliban" propose d’entrer au cœur de cette nouvelle réalité afghane. Un pays qui efface les femmes de l’espace public tout en revalorisant les zones rurales. Qui persécute ses opposants mais impose, pour la première fois depuis des décennies, le silence des armes. Qui enferme sa population dans une succession d’interdits liberticides, tout en mettant fin à la quasi-totalité de sa production nationale d’opium. Qui se revendique de la charia, tout en pratiquant un extrémisme coutumier que beaucoup d'Afghans considèrent comme une déformation de leur religion.
À hauteur d’hommes et de femmes confrontés à ces bouleversements, le film dresse le portrait d’un système paradoxal et radical. Une plongée dans le fonctionnement d’un État à la rigueur extrême et sans équivalent dans le monde contemporain.
Réalisé par : Solène Chalvon-Fioriti, Marianne Getti
Après quatre tournages, principalement effectués hors cadre officiel, "Le pays taliban" propose d’entrer au cœur de cette nouvelle réalité afghane. Un pays qui efface les femmes de l’espace public tout en revalorisant les zones rurales. Qui persécute ses opposants mais impose, pour la première fois depuis des décennies, le silence des armes. Qui enferme sa population dans une succession d’interdits liberticides, tout en mettant fin à la quasi-totalité de sa production nationale d’opium. Qui se revendique de la charia, tout en pratiquant un extrémisme coutumier que beaucoup d'Afghans considèrent comme une déformation de leur religion.
À hauteur d’hommes et de femmes confrontés à ces bouleversements, le film dresse le portrait d’un système paradoxal et radical. Une plongée dans le fonctionnement d’un État à la rigueur extrême et sans équivalent dans le monde contemporain.
Réalisé par : Solène Chalvon-Fioriti, Marianne Getti
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00:00:01...
00:00:20J'adore mon village, il est magnifique.
00:00:25Il y a des animaux, des arbres, des montagnes,
00:00:28des chants, des pâturages, des clins de gens différents,
00:00:32des gens gentils, des gens méchants.
00:00:47Il y a aussi des écoles, des madrassas, des ballons de foot.
00:00:54Il y a des séries turques qu'on regarde sur le téléphone
00:00:58où des combattants tuent des infidèles.
00:01:13La couleur préférée, c'est le blanc.
00:01:16Parce que c'est le drapeau de l'émirat islamique.
00:01:19Ça me rend heureux parce que dessus, il y a écrit
00:01:23« Il n'a de Dieu qu'Allah et Mohamed est le messager d'Allah ».
00:01:33Je suis content que les hommes de ma famille soient talibans
00:01:37et qu'ils servent le pays.
00:01:43Leur rôle, c'est d'arrêter les voleurs.
00:01:46Ceux qui boivent de l'alcool et ceux qui cherchent à faire du mal.
00:02:00Abou habite une vallée tranquille, quelque part dans le sud de l'Afghanistan.
00:02:06Là où les talibans sont chez eux.
00:02:09Leurs fiefs, leurs bastions idéologiques.
00:02:15Une terre où la religion et la politique ne font qu'un.
00:02:22Notre chef, c'est l'émir.
00:02:25Il est le grand chef de l'Afghanistan, le chef des musulmans.
00:02:31C'est notre guide.
00:02:33Notre guide et bien plus encore.
00:02:41Un monde austère, méfiant envers la ville et sa modernité.
00:02:47La ville de Kaboul est pleine de gens sans vertu,
00:02:51qui écoutent de la musique en voiture
00:02:55et de femmes qui montrent leurs dents quand elles sourient.
00:03:03Ce ne sont pas des vrais musulmans.
00:03:11Ma soeur préférée s'appelle Basmina.
00:03:14Normalement, les filles ne peuvent pas jouer avec nous.
00:03:17Parce que ce sont des filles.
00:03:19Et nous, on est des garçons. C'est un péché.
00:03:23Pourquoi est-ce qu'elle te lance la balle alors ?
00:03:27Bah, c'est ma soeur.
00:03:33C'est notre enfant préféré.
00:03:36Ce qui est bien avec lui, c'est qu'il n'est pas bagarreur.
00:03:40Ce qu'on veut, c'est qu'il devienne un homme bien,
00:03:42qu'elle respecte tous les moudjahidines et nos dirigeants
00:03:45et qu'ils servent ce pays.
00:03:49Tu sais, Abu, pourquoi les gens ont fait le djihad ?
00:03:51C'était pour qu'Allah Tout-Puissant établisse un système islamique en Afghanistan.
00:03:57C'est pour ça que moi-même, j'ai fait le djihad, contre les incroyants.
00:04:01Nous 먼ons de la ville.
00:04:30Si d'autres étrangers
00:04:31les âgés cherchent à nous envahir,
00:04:33nos jeunes, nos anciens et nos moudjahidins
00:04:35se dresseront contre eux et mèneront le djihad.
00:04:41C'est ce que nous attendons aussi de nos enfants,
00:04:43de nos neveux et de nos voisins.
00:04:46Nous nous dresserons contre l'oppresseur,
00:04:48quels qu'ils soient.
00:04:54Depuis qu'ils sont au pouvoir,
00:04:56ceux qu'on appelle les maîtres des campagnes
00:04:58dirigent l'Afghanistan d'une main de fer.
00:05:02Et dictant leurs règles,
00:05:04forgées entre les montagnes et la foi.
00:05:10C'est depuis ces territoires
00:05:12qu'ils lanceront l'offensive
00:05:13qui renversera Kaboul en août 2021.
00:05:24Une victoire sans résistance.
00:05:31En quelques jours,
00:05:3320 ans de républiques afghanes s'envolent
00:05:35dans un gigantesque chaos.
00:05:41Presque cinq ans plus tard,
00:05:43l'émirat islamique d'Afghanistan
00:05:45est solidement installé.
00:05:47Un régime intégriste
00:05:49qui interdit l'éducation pour les filles
00:05:51à partir du collège.
00:05:59écarte les femmes
00:06:00de la plupart des métiers
00:06:01et muselle l'opposition.
00:06:04Mais en parallèle,
00:06:06un régime en marche
00:06:07qui administre,
00:06:10taxe et contrôle
00:06:11un État ruiné,
00:06:12mais fonctionnel.
00:06:17Un État toujours plus hostile
00:06:19aux journalistes étrangers.
00:06:33C'est cet Afghanistan verrouillé
00:06:36que nous allons parcourir.
00:06:44Depuis Kaboul,
00:06:45capitale sous surveillance,
00:06:47jusqu'au sud,
00:06:49berceau de l'extrémisme religieux.
00:06:52Des villes de l'ouest,
00:06:53aux zones frontalières du Pakistan.
00:06:58Une traversée
00:07:00au cœur d'une dictature religieuse,
00:07:03à l'emprise contrastée,
00:07:07où les interdits talibans
00:07:09varient selon les villages,
00:07:11selon les vallées.
00:07:15Voyage dérangeant
00:07:16au pays des hommes.
00:07:21Auprès d'une société
00:07:22difficile à lire.
00:07:27Auprès d'un peuple
00:07:28qui s'isole peu à peu
00:07:29du reste du monde.
00:07:36Voyage au cœur
00:07:37du pays taliban.
00:08:02Le pays taliban,
00:08:04c'est d'abord un pays d'après-guerre.
00:08:09Je pense que c'est quelque chose
00:08:10qui est difficile
00:08:11pour les occidentaux à réaliser,
00:08:13c'est qu'après plus de 40 ans
00:08:15de conflits,
00:08:16de violences,
00:08:17de guerres,
00:08:18beaucoup,
00:08:19beaucoup d'Afghans
00:08:20aspirent seulement à ça.
00:08:22Ils aspirent à l'absence de violence.
00:08:28Je suis Jean-François Cotin.
00:08:30J'habite à Kaboul
00:08:31depuis maintenant 3 ans,
00:08:32mais ce n'est pas mon premier séjour
00:08:34en Afghanistan
00:08:34puisque je suis venu
00:08:36la première fois en 1986.
00:08:38C'est un pays
00:08:38que je connais depuis longtemps,
00:08:40un pays qui m'est très cher
00:08:41et puis un pays
00:08:43que j'essaye de comprendre
00:08:45depuis presque 40 ans.
00:08:47Jean-François Cotin
00:08:49et sa femme Sonia
00:08:50connaissent intimement l'Afghanistan.
00:08:54Ancien diplomate pour lui,
00:08:57directrice d'ONG pour elle,
00:08:58ils ont sillonné le pays
00:09:00en famille
00:09:01pendant des années.
00:09:03L'Afghanistan,
00:09:05ce n'est pas Kaboul.
00:09:06L'Afghanistan,
00:09:07ce sont les provinces.
00:09:09C'est un pays
00:09:09où on a 75%
00:09:11de la population
00:09:12qui vit en zone rurale,
00:09:13qui sont des fermiers
00:09:14et des fermières.
00:09:15Ils aspirent
00:09:16sur une certaine forme
00:09:16de stabilité
00:09:17qui leur permet
00:09:18de souffler
00:09:19et petit à petit
00:09:20de redémarrer
00:09:21une vie un peu plus normale.
00:09:27Une vie un peu plus normale
00:09:30dans un pays
00:09:31que les Afghans
00:09:32parcourent désormais
00:09:33du nord au sud,
00:09:35sans entrave.
00:09:39Si ce n'est les péages
00:09:40qui jalonnent maintenant
00:09:42les routes.
00:09:45une première
00:09:46après 40 ans
00:09:47de conflits.
00:10:04Même liberté de mouvement
00:10:06pour les anciens combattants
00:10:08talibans.
00:10:10cantonnés pendant des années
00:10:11à des fronts de guérillas,
00:10:14ils s'aventurent aujourd'hui
00:10:15dans des provinces entières,
00:10:17y compris celles
00:10:18qui leur étaient hostiles.
00:10:22Bamiyan en est un exemple.
00:10:25Une vallée chiite,
00:10:27progressiste,
00:10:29persécutée par les talibans
00:10:31pendant des décennies.
00:10:34Aujourd'hui,
00:10:36le site du 6e siècle
00:10:37voit défiler
00:10:38tous les jours
00:10:39ces anciens bourreaux.
00:10:58On est parti d'Orzgan.
00:10:59On a parcouru
00:11:002000 kilomètres.
00:11:02Personne ne nous a arrêtés,
00:11:03personne ne nous a demandé
00:11:04où on allait ou pourquoi.
00:11:07Et partout où on passe,
00:11:08tout le monde nous respecte.
00:11:09Et maintenant,
00:11:10on est satisfaits.
00:11:11Tous les Afghans
00:11:12vivent sous le même
00:11:12drapeau blanc,
00:11:13dans la paix.
00:11:18Une paix, certes,
00:11:19mais une paix de plomb,
00:11:21à l'image
00:11:22de leur ancien régime,
00:11:24qui, entre 1996
00:11:25et 2001,
00:11:27fera dynamiter
00:11:27les grands Bouddhas,
00:11:29jugés impies.
00:11:40Vous ne trouvez pas ça triste
00:11:42que les gens ne puissent
00:11:43plus admirer cette statue ?
00:11:44C'était une statue
00:11:45que les gens venaient idolâtrer,
00:11:47donc elle représentait
00:11:48un péché.
00:11:58Il y a une femme là-bas ?
00:12:01Oui, elle est autorisée
00:12:03si elle ne rentre pas
00:12:04dans les grottes.
00:12:05Mais pourquoi ?
00:12:07C'est l'ordre du gouverneur.
00:12:09En fait,
00:12:10c'est pareil
00:12:10pour toutes les femmes.
00:12:11Elles peuvent s'approcher
00:12:12à condition
00:12:13de regarder
00:12:14de l'extérieur.
00:12:17C'est parce qu'ils ont peur
00:12:19que les hommes et les femmes
00:12:20fassent des choses
00:12:20inconvenantes
00:12:21dans les grottes ?
00:12:23Oui, c'est ça.
00:12:30Malgré le puritanisme ambiant,
00:12:33les Afghans redécouvrent aussi
00:12:35la notion de loisir.
00:12:45et le patrimoine
00:12:47qui faisaient autrefois
00:12:49la renommée de leur pays.
00:12:55Comme ici,
00:12:57à Bande Amir.
00:12:59Le site reste interdit
00:13:01aux Afghanes.
00:13:03Mais entre les décrets
00:13:05et la réalité,
00:13:07il reste un espace
00:13:08fragile.
00:13:11Celui des petites victoires,
00:13:14de celles qui ont su
00:13:15s'offrir,
00:13:17elles aussi,
00:13:18leur part de la queue.
00:13:31Efface tes photos.
00:13:33Toutes les photos de femmes.
00:13:34Allez, ne fais pas de problème.
00:13:37T'es pas chez toi, ici.
00:13:40Qu'est-ce qui se passe ?
00:13:41Cet idiot a pris sa photo
00:13:43devant leur poste d'observation.
00:13:44Ils vont venir maintenant.
00:13:51Ceux qui s'apprêtent à venir
00:13:52ne sont pas les bienvenus.
00:13:56On les appelle
00:13:57les porteurs de l'un seul,
00:13:59un surnom inspiré
00:14:00de leur blouse blanche.
00:14:03Des agents de la répression
00:14:04du vice.
00:14:06Un ministère phare
00:14:07de l'émirat islamique
00:14:08d'Afghanistan.
00:14:35barrant la route aux familles,
00:14:36les blouses blanches
00:14:38sont déjà à l'oeuvre.
00:14:42Allez-y.
00:14:44On peut passer ?
00:14:46Vous êtes des étrangers ?
00:14:47Oui.
00:14:48D'accord.
00:14:49Vous pouvez y aller.
00:14:52Monsieur,
00:14:53pourquoi vous ne la laissez pas passer ?
00:14:54C'est une femme comme nous.
00:14:56Elle est comme notre soeur.
00:14:59Occupez-vous de vos affaires.
00:15:01Nous sommes satisfaits de votre émirat,
00:15:03de tout le reste aussi.
00:15:05Vice et vertu,
00:15:06ça veut dire la vérité.
00:15:07Une vérité que les gens comprennent,
00:15:09les gens comme moi,
00:15:10les hommes ordinaires.
00:15:12Dites-moi ce qu'il y a d'illégal
00:15:14à montrer le lac à ma femme.
00:15:16Je vous dis que je suis les ordres.
00:15:19Tu ne peux pas expliquer.
00:15:20Alors quel droit te confère cette tenue ?
00:15:22Ce que tu fais est illicite.
00:15:24Tu cherches les ennuis avec moi ?
00:15:25Alors il faut quoi pour toi ?
00:15:27Utiliser la force ?
00:15:28Si c'est une question de force,
00:15:30alors vas-y,
00:15:30on verra où ça te mène.
00:15:32Êtes-vous des érudits religieux ou non ?
00:15:33Écoute mon frère,
00:15:34c'est un ordre.
00:15:35Je veux que tu m'expliques
00:15:37ce qui dans notre attitude
00:15:38est contraire à la loi islamique.
00:15:40C'est contraire à la loi islamique.
00:15:42Ne mélange pas l'islam
00:15:43avec des envies arbitraires.
00:15:45Ça c'est l'islam.
00:15:47Nous ne faisons pas ce que nous voulons.
00:15:49Votre devoir c'est de nous expliquer les choses.
00:15:52Nous ne laissons passer aucune femme.
00:15:54C'est comme ça.
00:15:56J'emmène ma femme chez le médecin,
00:15:57je l'emmène faire des courses,
00:15:59je la conduis partout.
00:16:00Aucun homme ne posera ses yeux sur elle.
00:16:04Partez, partez-vous.
00:16:08Ce que vous faites est mauvais.
00:16:10Vous ne savez pas faire le bien.
00:16:15L'agent de la police religieuse
00:16:17reste inflexible.
00:16:19Les afghanes renoncent.
00:16:22Mais parmi les dépités du jour,
00:16:24il y a aussi des talibans.
00:16:32Ils ont chassé les femmes
00:16:33en les insultant.
00:16:35C'est pour ça que je suis parti.
00:16:39Je ne voulais pas assister à ça.
00:16:42Où peuvent-elles encore aller ?
00:16:46Pourquoi sont-ils si brutaux envers elles ?
00:16:48Elles aussi sont des créatures de Dieu.
00:16:59Malgré la répression obsessionnelle
00:17:02et la soixantaine de décrets
00:17:04qui les ciblent exclusivement,
00:17:05les afghanes ont appris
00:17:07à se faufiler entre les règles.
00:17:16Comme ici,
00:17:17où elles célèbrent une noce,
00:17:19sans respecter le nombre limité d'invités
00:17:21et en jouant de la musique
00:17:23sur des instruments bannis.
00:17:42Une scène impensable
00:17:44dans le sud de l'Afghanistan.
00:17:55Ailleurs,
00:17:56elles contournent d'autres interdits.
00:18:00En hébergeant chez elles,
00:18:01par exemple,
00:18:02des salons de beauté clandestins
00:18:04fermés par le régime
00:18:06depuis 2023.
00:18:15L'enseignement parallèle s'acharne.
00:18:18Comme dans cette commune
00:18:19du nord afghan.
00:18:21La preuve,
00:18:23ces adolescentes
00:18:24sacs sur l'épaule
00:18:25qui rentrent chez elles
00:18:26en fin de journée.
00:18:30Elles sortent d'instituts payants,
00:18:33accessibles aux familles
00:18:34les plus aisées.
00:18:36Les talibans
00:18:39chantent des pauvres hier,
00:18:41favorisent donc
00:18:42indirectement les élites.
00:18:47Les afghanes les plus vulnérables
00:18:49sont punis,
00:18:51privés d'écoles gratuites
00:18:52et publiques.
00:19:01Les plus courageuses
00:19:03continuent d'étudier chez elles.
00:19:06avec pour seuls professeurs
00:19:08des parents qui, souvent,
00:19:10n'ont eux-mêmes
00:19:10jamais connu l'école.
00:19:20Et les talibans,
00:19:22ils gèrent ça
00:19:22en fermant les yeux
00:19:23sur tout un tas
00:19:25d'établissements privés
00:19:26qui se sont développés
00:19:27pour les adolescentes,
00:19:29en patuée,
00:19:29pour les collèges
00:19:30et les lycées,
00:19:31qui sont les soi-disant
00:19:33écoles secrètes,
00:19:34qui ne sont absolument
00:19:35pas secrètes
00:19:35parce que tout le monde
00:19:36est au courant.
00:19:37Après, c'est complètement...
00:19:38C'est de l'arbitraire.
00:19:40Il suffit que le commandant
00:19:42du poste de police
00:19:42du district
00:19:44change
00:19:44et qu'on tombe
00:19:45sur un individu
00:19:46beaucoup plus obtus
00:19:47et fermé.
00:19:49Effectivement,
00:19:49il va tomber à bras raccourcis
00:19:51sur ces écoles
00:19:52et les faire fermer.
00:19:53Et surtout,
00:19:54pour moi,
00:19:54c'est le plus important,
00:19:55ça ne donne pas,
00:19:56à la fin du cursus,
00:19:57ça ne donne pas un certificat.
00:19:58On n'a pas de diplôme,
00:19:59on n'a pas de bac.
00:19:59Donc, ces filles-là,
00:20:01c'est bien,
00:20:01elles étudient,
00:20:02c'est bien,
00:20:03elles se retrouvent en telle,
00:20:04c'est indispensable
00:20:05parce qu'elles peuvent socialiser,
00:20:07mais c'est complètement insuffisant
00:20:09et la situation
00:20:10est clairement inacceptable
00:20:11quand on parle
00:20:13de l'éducation des filles
00:20:14en Afghanistan.
00:20:14Il n'y a aucun doute là-dessus.
00:20:20Bien que privées
00:20:21d'avenir académique,
00:20:23les étudiantes en médecine
00:20:24poursuivent
00:20:24tant qu'elles peuvent
00:20:25leur cursus.
00:20:29en ligne
00:20:30ou à l'abri des regards.
00:20:47Quand le bébé sort,
00:20:49vous devez faire très attention
00:20:50à ce que les épaules
00:20:50ne soient pas coincées.
00:20:52Surtout,
00:20:52n'exercez pas de pression,
00:20:53ne tirez pas
00:20:53ou ne tournez pas le bébé
00:20:54d'un côté ou de l'autre.
00:20:55Jusqu'à 10 cm,
00:20:57c'est ça ?
00:20:57Oui, très bien.
00:21:01Quand le col est dilaté
00:21:02à 10 cm,
00:21:03les contractions
00:21:04commencent naturellement.
00:21:08Peu à peu,
00:21:09le bébé commence
00:21:10à descendre
00:21:10dans le canal de naissance.
00:21:12Quand il arrive à ce stade,
00:21:13il va faire de lui-même
00:21:14une toute petite rotation.
00:21:18Dans l'arrière-boutique
00:21:19d'une pharmacie complice,
00:21:22Lailé Hashimi
00:21:23forme en secret
00:21:24d'anciennes étudiantes.
00:21:28Avant le retour des talibans,
00:21:30la soignante travaillait
00:21:31dans une clinique privée
00:21:32qui a fermé
00:21:34faute de financement.
00:21:38« Mais si le placenta
00:21:40ne sort pas naturellement,
00:21:41on procède comment ?
00:21:42Par une manipulation
00:21:43particulière ? »
00:21:45« Oui,
00:21:46car ça peut conduire
00:21:47à une hémorragie.
00:21:48Elle peut provoquer
00:21:49la mort de la maman.
00:21:51Dans ce cas,
00:21:52il faut faire un curtage
00:21:53à la main
00:21:53pour nettoyer l'utérus. »
00:21:59Un temps toléré,
00:22:01les instituts de sages-femmes
00:22:02ont été fermés
00:22:03fin 2024.
00:22:06Les hôpitaux
00:22:08n'ont plus le droit
00:22:08de recruter de femmes médecins
00:22:10et la spécialité de gynécologie
00:22:12a été effacée.
00:22:15Alors en zone rurale,
00:22:17les afghanes
00:22:18accouchent en majorité
00:22:19seules et chez elles,
00:22:21dans un pays
00:22:22où la mortalité maternelle
00:22:24reste parmi les plus élevées
00:22:26au monde.
00:22:26« Et surtout les filles,
00:22:39si quelqu'un vous demande
00:22:40où vous avez appris tout ça,
00:22:41dites-leur que vous l'avez lu
00:22:42sur Internet. »
00:22:44« Même si ce sont des talibans
00:22:50et qu'ils ont tout interdit,
00:22:52ils n'ont pas interdit
00:22:53de naître ni d'accoucher.
00:22:58Je me dis que ces connaissances,
00:23:00même si elles sont minces,
00:23:01pourront être utiles
00:23:02à ma mère,
00:23:03à mes soeurs,
00:23:03même à une voisine
00:23:04de mon quartier. »
00:23:06« Oui, même si vous n'êtes
00:23:06pas des professionnels,
00:23:08même si les mots
00:23:08que vous utilisez
00:23:09seront simplifiés,
00:23:11même si une seule personne
00:23:12possède ce savoir,
00:23:14elle peut le transmettre
00:23:14à une autre,
00:23:16qui deviendront deux,
00:23:17puis trois,
00:23:18puis quatre.
00:23:20De cette façon,
00:23:21le savoir ne mourra pas. »
00:23:25« Le travail des sages-femmes
00:23:35est unique.
00:23:36Si elles n'existent plus,
00:23:37que leur métier est interdit,
00:23:39alors on fait quoi ?
00:23:40On emmènerait une femme
00:23:41enceinte chez un médecin homme,
00:23:42comme à l'étranger ?
00:23:43Eh bien non,
00:23:44puisque ça aussi c'est interdit.
00:23:45On la laisse mourir,
00:23:46c'est ça ? »
00:23:48« S'il n'y a pas
00:23:48de médecin autorisé
00:23:49à l'examiner
00:23:50et qu'elle meure,
00:23:51ne serait-ce pas
00:23:52une forme de meurtre
00:23:53de notre part au fond ? »
00:23:57« D'où viennent les hommes ?
00:23:59Sans les femmes,
00:24:00il n'y a pas d'hommes.
00:24:03Tant que j'en aurai la force,
00:24:04je vais soutenir mes soeurs,
00:24:07pour qu'elles continuent
00:24:08de marcher sur leurs deux jambes,
00:24:09pour qu'elles restent
00:24:10au service du peuple. »
00:24:27« Moi, j'ai honte
00:24:29et je suis un lâche.
00:24:33Les hommes afghans sont lâches.
00:24:35C'est dit,
00:24:36mais ce n'est qu'une déclaration
00:24:37d'intention.
00:24:38C'est très difficile
00:24:39de répondre à la question.
00:24:41Pourquoi les hommes
00:24:42ne protestent pas ?
00:24:45Il faut comprendre
00:24:47que la majorité des afghans
00:24:48sont les seuls soutiens
00:24:49de famille.
00:24:53Comme les femmes
00:24:54ne travaillent pas,
00:24:55ce sont eux
00:24:56les seuls à ramener
00:24:56de l'argent
00:24:57dans un contexte économique
00:24:58très difficile.
00:25:01Si ce seul soutien
00:25:02va en prison,
00:25:03c'est tout le revenu
00:25:04du foyer qui disparaît.
00:25:08Par ailleurs,
00:25:09nous sommes un peuple
00:25:10qui prend les armes
00:25:11quand il se bat
00:25:12pour ses idées.
00:25:13pas qu'ils descendent
00:25:14dans la rue
00:25:15calmement.
00:25:17Donc,
00:25:18descendre dans la rue,
00:25:19ça va créer
00:25:20plus de confrontations
00:25:21avec eux.
00:25:22Ça va donner de la place
00:25:23à ceux qui cherchent
00:25:24déjà à tout endurcir.
00:25:25pour les choses
00:25:27qui veulent
00:25:28se faire
00:25:28en plus.
00:25:38Mais quand je repense
00:25:40à mes années ici,
00:25:42il y a quand même
00:25:43des choses
00:25:43qui me rendent optimiste.
00:25:45beaucoup d'interdits
00:25:47ont été décrétés
00:25:48et n'ont pas été
00:25:49appliqués,
00:25:50comme la présence
00:25:51des femmes
00:25:51dans les médias.
00:25:52L'interdiction
00:25:53est entrée en vigueur
00:25:54il y a plus d'un an
00:25:55et n'a pas été appliquée.
00:26:02Les dirigeants
00:26:03de plus de 20 pays
00:26:04devraient se réunir
00:26:04lundi
00:26:05à Charmelsher
00:26:05en Égypte
00:26:06pour discuter
00:26:07de la fin
00:26:08de la guerre
00:26:08à Gaza
00:26:09et examiner
00:26:09le plan
00:26:10de paix américain.
00:26:15Obtenir
00:26:15la licence
00:26:16de Maradio
00:26:16ce n'était pas
00:26:17un processus facile.
00:26:19Ils étaient méfiants.
00:26:22Les voix de femmes
00:26:23étaient interdites
00:26:24dans le sud.
00:26:24Il y avait
00:26:25des pressions
00:26:26venant du sud
00:26:27pour restreindre
00:26:28l'accès des femmes
00:26:29aux médias.
00:26:30Et moi,
00:26:31j'étais assis
00:26:32face aux officiers
00:26:33du renseignement.
00:26:35J'ai dû apporter
00:26:36des preuves
00:26:37que je n'avais jamais
00:26:38quitté le pays,
00:26:39que j'étais resté ici,
00:26:41que j'avais combattu
00:26:42les soviétiques,
00:26:43que j'avais été
00:26:44un bon compagnon
00:26:45de lutte comme eux
00:26:45et un peu
00:26:46et un bon musulman.
00:26:48Ça, ça a aidé.
00:26:49Et là,
00:26:50peu à peu,
00:26:51la glace a commencé
00:26:51à fondre
00:26:52et à la fin,
00:26:52ils m'ont dit
00:26:53« On ne vous arrêtera pas. »
00:27:00Tant de vies,
00:27:02d'années,
00:27:03tant d'occasions
00:27:04ont été perdues
00:27:05parce qu'on a voulu
00:27:06imposer une vision
00:27:07à ce pays.
00:27:13Vous savez,
00:27:14quand on nous demande
00:27:15« Que veulent les Afghans ? »
00:27:17Je réponds
00:27:17« Les Afghans
00:27:19sont des gens
00:27:19simples à comprendre.
00:27:21Nous sommes prêts
00:27:22à vous suivre en enfer
00:27:23si vous nous le demandez
00:27:24avec respect.
00:27:25Mais on ne viendra
00:27:26nulle part,
00:27:27pas même au paradis,
00:27:28si vous nous y forcez. »
00:27:35Nous devons trouver
00:27:37un moyen de discuter
00:27:38avec ces nouveaux arrivants
00:27:39qui ne sont pas habitués
00:27:41aux libéraux comme nous.
00:27:43Nous devons les convaincre.
00:27:49Convaincre une administration
00:27:51unique au monde,
00:27:53un pouvoir forgé
00:27:54dans la lutte armée,
00:27:55devenu appareil d'État.
00:28:07Asadoula Sajid
00:28:08dirige le service
00:28:09des impôts.
00:28:10L'ingénieur a été formé
00:28:12au Pakistan.
00:28:14Pendant la guerre,
00:28:15il dirigeait
00:28:16un comité idéologique
00:28:17au sein du mouvement
00:28:18taliban.
00:28:19Sa mission était
00:28:20de conduire la jeunesse
00:28:21vers le djihad armé.
00:28:26« N'importe quel système
00:28:27nécessite des personnes
00:28:29qualifiées et techniques
00:28:30pour servir
00:28:31dans les administrations.
00:28:34Nous n'avions pas
00:28:35suffisamment de moudjahidines
00:28:36pour occuper
00:28:37tous ces postes.
00:28:39C'est pourquoi
00:28:40nous avons gardé
00:28:41à nos côtés
00:28:41les gens d'avant.
00:28:43Mais nous ne les regardons
00:28:44pas aujourd'hui
00:28:45en fonction de leurs origines,
00:28:46comme des anciens agents
00:28:47de la République.
00:28:50Avant,
00:28:51la distance
00:28:52et les tensions
00:28:52entre nous
00:28:53étaient liées
00:28:53à l'occupation occidentale.
00:28:56Mais cela n'existe plus.
00:28:58Nous faisons
00:28:59enfin nation.
00:29:22dans ces bureaux,
00:29:24les fonctionnaires
00:29:25d'hier
00:29:25et d'aujourd'hui
00:29:26qui collectent
00:29:27l'impôt des entreprises.
00:29:31Depuis 2021,
00:29:33plus d'un tiers
00:29:34d'entre elles
00:29:34ont disparu.
00:29:38L'aide internationale,
00:29:39qui soutenait
00:29:40les marchés publics,
00:29:41a cessé brutalement.
00:29:42Elle représentait
00:29:43près de la moitié
00:29:44du PIB.
00:29:48Le gel des avoirs
00:29:49afghans
00:29:49à l'étranger
00:29:50a ensuite paralysé
00:29:51le système bancaire
00:29:53et la fuite massive
00:29:54des cadres
00:29:54a achevé
00:29:55d'asphyxier l'économie.
00:29:59Regardez,
00:29:59vous avez payé
00:30:00pour le premier trimestre,
00:30:01mais au deuxième
00:30:02et troisième trimestre,
00:30:03je n'ai plus
00:30:04de traces de paiement.
00:30:06Pourtant,
00:30:07je les ai payés.
00:30:08Je n'en ai aucune trace
00:30:09dans mes fichiers.
00:30:10D'accord,
00:30:11ce sera fait.
00:30:23Nous poursuivrons
00:30:24dans cette voie.
00:30:30Grâce à nous,
00:30:31au cours des quatre
00:30:32dernières années,
00:30:34l'économie afghane
00:30:35a reposé entièrement
00:30:36sur ses recettes intérieures.
00:30:38Nous ne voulons
00:30:39dépendre de personne
00:30:40et nous continuerons
00:30:41de nous débrouiller
00:30:42tout seuls.
00:30:49Je pense
00:30:50que ce qui dessert
00:30:51beaucoup les talibans,
00:30:52c'est la manière
00:30:53dont ils sont habillés.
00:30:55C'est peut-être
00:30:55un petit peu simpliste
00:30:57ce que je vais dire,
00:30:59mais aujourd'hui,
00:31:00à l'heure
00:31:01de la mondialisation,
00:31:03voir effectivement
00:31:04débarquer comme ministre
00:31:05un monsieur
00:31:06qui porte
00:31:06un grand vêtement long,
00:31:08un pantalon bouffant,
00:31:10des sandales
00:31:11dans lequel il n'y a pas
00:31:11de chaussettes
00:31:12et un grand turban
00:31:13et en plus
00:31:14une grande barbe,
00:31:15on se dit
00:31:15que cette personne-là
00:31:16n'est pas de notre siècle.
00:31:19Comme je le disais avant,
00:31:20c'est un médiéval.
00:31:21Et donc,
00:31:21on a beaucoup de mal
00:31:23à assimiler cette image
00:31:25avec quelqu'un
00:31:26qui pourrait gérer
00:31:27un pays
00:31:28de 40 millions d'habitants
00:31:29quand même.
00:31:30Et en fait,
00:31:31dans la pratique,
00:31:33c'est un pays
00:31:33qui est géré.
00:31:35Il contrôle les frontières,
00:31:37il contrôle l'intérieur
00:31:37du territoire,
00:31:39il collecte des revenus,
00:31:41il donne des services,
00:31:42plus ou moins bons,
00:31:43mais il donne des services.
00:31:44Tout ça fait qu'effectivement,
00:31:46petit à petit,
00:31:46on a un gouvernement
00:31:47qui fonctionne.
00:31:49Je vous donne seulement
00:31:50un exemple
00:31:50qui pour moi
00:31:51est relativement symbolique.
00:31:53Ils ont un tout petit
00:31:54budget de développement
00:31:56et ils ont décidé
00:31:56pour ce tout petit budget
00:31:57de développement
00:31:58de le consacrer
00:31:59à un énorme projet
00:32:01qui est la construction
00:32:02d'un immense canal
00:32:04qui va faire 285 kilomètres.
00:32:06C'est d'une part
00:32:07intelligent politiquement
00:32:09parce qu'ils mettent
00:32:10en place un projet
00:32:10qui est dans une zone
00:32:12qui n'est pas une zone
00:32:13traditionnelle
00:32:14par le sud de l'Afghanistan.
00:32:16Et aussi,
00:32:17d'un point de vue symbolique,
00:32:18c'est le premier projet
00:32:19que l'Afghanistan
00:32:20de cette ampleur
00:32:21va réaliser
00:32:22sans aucune aide internationale.
00:32:28Exister sans aide internationale
00:32:30tout en fait
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