00:00Une question dont le vous explique ce matin, est-ce qu'on se dirige vers une épidémie de méningite ?
00:04Bonjour Renaud Verdon.
00:06Oui, bonjour.
00:07Merci beaucoup d'être avec tous ce matin.
00:08Vous êtes professeur des universités à l'université de Caen et chef de service des maladies infectieuses au CHU de
00:14Caen.
00:14Et avant qu'on commence à rentrer dans le détail, essayons de remettre un tout petit peu peut-être les
00:18choses à leur place.
00:20Est-ce qu'on parle aujourd'hui d'un foyer très préoccupant en Angleterre, d'un cas de méningique ?
00:26Est-ce qu'il y a un vrai risque d'épidémie beaucoup plus large ?
00:30C'est-à-dire, est-ce qu'on a vraiment une chance de voir débarquer une épidémie de méningite en
00:34France ?
00:36Alors, la méningite à méningocoque, c'est important de dire le nom de la bactérie,
00:43parce qu'il y a plusieurs causes de méningite, plusieurs bactéries différentes,
00:47et toutes n'ont pas du tout le même comportement épidémiologique.
00:51La méningite à méningocoque, comme c'est le cas actuellement dans le comté du Kent, en Grande-Bretagne,
01:00est une maladie qui survient par cas sporadiques, donc quelques cas, de temps en temps.
01:08Et ces différents cas, eux-mêmes, peuvent entraîner des mini-épidémies.
01:13Alors évidemment, quand c'est une maladie grave, et que ça touche 30 ou 40 personnes,
01:19c'est évidemment préoccupant, c'est une maladie qui peut être très grave dans la mesure où elle évolue très
01:26vite.
01:27Alors le nombre de cas, il faut le rappeler, de méningite signalée en Angleterre s'élève à 27.
01:32Deux, parce que ça concerne beaucoup de jeunes, suite à une soirée dans une discothèque,
01:35deux jeunes sont décédés, et Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a d'ailleurs présenté ses condoléances.
01:41Mais précisément, la méningite à méningocoque, c'est vraiment l'une des infections les plus fulgurantes.
01:46Est-ce que vous pouvez nous décrire les symptômes ?
01:49Alors, il est important de savoir que ça commence par de la fièvre, des maux de tête,
01:56quelquefois des douleurs un peu partout, ce qui peut être trompeur par rapport à une grippe.
02:02Mais le symptôme qui doit éveiller la tension chez la mère pour les enfants,
02:08et puis par ailleurs chez les autres, ça peut être l'apparition de ce qu'on appelle un purpura,
02:13qui sont des taches violettes, ou rouges, violettes sur le corps, et qui vont progresser en quelques heures.
02:23Alors ça, quand ça commence à se développer, il faut s'inquiéter ?
02:26Ah oui, il faut s'inquiéter absolument en urgence.
02:30Je pense qu'il faut appeler le 15.
02:34quand on n'a pas accès à un médecin, je dirais immédiatement, c'est-à-dire dans l'heure.
02:41Et quelles sont les populations cibles, j'imagine, et je pense à tous ceux qui nous écoutent,
02:47du côté de l'Angleterre, je le disais, c'est un foyer dû à des jeunes.
02:51Est-ce qu'il n'y a que les jeunes qui sont peut-être beaucoup plus sensibles à cette méningite,
02:55ou ça concerne vraiment toutes les classes d'âge de la population ?
02:58Alors c'est assez schématiquement réparti entre les nouveaux-nés et les nourrissons,
03:05donc les petits nourrissons, ensuite vous avez les adolescents et les adultes jeunes,
03:11donc c'est ce qui se passe en Angleterre, on va dire 15 à 25 ans,
03:15et ensuite vous avez les personnes âgées, et à ceci, il faut ajouter les personnes
03:23qui ont un certain nombre de fragilités du système immunitaire.
03:28Voilà, c'est comme ça que ça se répartit.
03:31Et dans ce type de situation, qu'est-ce qui est le plus important ?
03:34On parle d'isolement et de médicaments du côté de l'Angleterre,
03:37avec une capacité à se faire vacciner justement pour éviter une contagion plus importante.
03:42Qu'est-ce qui est le plus important ?
03:43Est-ce que justement ce sont les médicaments et les antibiotiques une fois qu'on est contaminé,
03:46l'isolement, la vaccination au préalable ?
03:49Alors, il y a la prévention, on va dire, sur le long terme pour toute la vie,
03:55c'est la vaccination dans l'enfance,
03:58et cette vaccination est devenue obligatoire chez le nourrisson.
04:03Donc pas de danger absolu de ce côté-là ?
04:07Disons que voilà, on aura le bénéfice dans quelques années.
04:11Et puis deuxièmement, il y a en plus un rattrapage
04:16dans la population des adolescents, des adultes jeunes,
04:20c'est-à-dire que le médecin traitant va proposer la vaccination d'individus
04:26qui n'ont jamais été vaccinés parce que ça n'était pas obligatoire dans leur enfance,
04:33et puis on va vacciner en plus les personnes fragiles.
04:37Ça, c'est la vaccination, on va dire, sur le long terme.
04:40Et puis, à l'occasion d'une épidémie, on va faire deux choses.
04:45On va donner un traitement antibiotique à toutes les personnes
04:51qui ont été en contact étroit avec le cas, ou les deux cas en Angleterre.
04:59Et ce traitement est très bref, un traitement qui dure 48 heures
05:03et qui permet d'éliminer la bactérie qui a pu s'installer dans la gorge
05:10ou le pharynx ou le nez des personnes qui ont été en contact.
05:17Donc on éradite le portage.
05:19Et on a appris qu'un cas patient qui avait fréquenté l'université de Kent,
05:23là où il y a eu ce fameux foyer en Angleterre,
05:25était hospitalisé en France, dans un état stable,
05:27Est-ce que cela aussi veut dire que les autorités françaises
05:30ont pris le sujet très au sérieux ?
05:32En tout cas qu'en France, une éventuelle épidémie à Méningoucoque
05:36ne serait pas un problème parce qu'on aurait tous les outils indispensables
05:40pour générer cela.
05:41La gestion de ces épidémies est exactement la même en France et en Angleterre.
05:48La façon de réagir face à un cas,
05:52on va systématiquement faire le point dans l'entourage proche.
05:57Ça, c'est la première chose à dire.
06:00Je n'ai pas dit tout à l'heure qu'en cas de mini-épidémie,
06:04comme dans le Kent, on va vacciner dans certaines situations,
06:08mais on va vacciner les personnes pour lesquelles c'est vraiment nécessaire,
06:13évidemment.
06:14Et puis, il faut savoir que la transmission du Méningoucoque
06:19ne se fait pas de façon très simple, finalement,
06:23puisque, pour vous donner une idée,
06:25il faut être en vis-à-vis pendant une heure à moins d'un mètre.
06:30Oui, donc globalement...
06:34Donc, il faut tout de même que...
06:37Il y ait une petite intimité ou du moins une certaine proximité.
06:40Ça, on l'a compris.
06:40Merci beaucoup, Renaud Verdon, d'avoir été avec nous,
06:43professeur d'aide d'université du côté de Caen
06:45et chef de service aussi aux maladies infectieuses du CHU de Caen.
06:48Merci beaucoup d'avoir été avec nous
06:49et surtout de nous avoir expliqué
06:51tout ce qu'on devait savoir sur la fameuse Méningite à Méningoucoque.