00:00Sud Radio, le grand matin week-end, 7h10, Maxime Liedot.
00:05Il est 7h43 sur Sud Radio et ce matin, une interrogation.
00:08Est-ce un record par rapport à l'assurance-vie ?
00:10Les Français ne l'ont visiblement jamais autant sollicité.
00:14Bonjour Michel Rumi.
00:16Bonjour.
00:17Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:18Vous êtes économiste et partenaire de Lévis Capital.
00:21Les chiffres sont réellement impressionnants quand on se penche dessus.
00:24Est-ce que c'est vraiment un record quand on voit ce chiffre ?
00:27Oui, l'assurance-vie qui signe en mois de février est patent à 19,5 milliards.
00:32Il faut quand même se pencher dessus.
00:35Oui, tout à fait.
00:36Ce qu'il faut bien saisir, c'est que les chiffres que vous avez cités pour le février,
00:40ce n'est pas un accident isolé,
00:42mais une dynamique qui s'est installée depuis, on va dire, l'été dernier.
00:47Alors, comment expliquer cette dynamique ?
00:49Et c'est ça qui est quand même dans une certaine mesure importante.
00:52C'est qu'il y a en gros trois facteurs.
00:54C'est la première des choses, c'est la désaffection du livret A,
00:58et plus largement de l'épargne liquide.
01:00En fait, le rendement est trop faible pour retenir, on va dire, l'épargne des Français.
01:05Le deuxième moteur, c'est, dans une certaine mesure, le retour du goût du rendement.
01:11Aujourd'hui, l'épargne des Français ne dort plus, on va dire, en liquidité,
01:15mais cherche à rapporter.
01:16C'est-à-dire que les ménages acceptent davantage de prendre de risques
01:19pour éviter l'érosion monétaire, et ce, d'autant plus que les marchés financiers
01:24ces derniers mois ont eu de bonnes performances.
01:26Et puis le troisième, c'est un peu plus technique, c'est un effet de saisonnalité,
01:29mais ça rejoint un peu la question que vous avez posée.
01:31C'est qu'en fait, il n'y a jamais eu de décollecte en février depuis 1997.
01:38Et alors, ce qu'il faut bien voir, c'est que cette saisonnalité
01:41explique une partie des résultats, mais pas l'ampleur, c'est vrai.
01:43Le niveau atteint en février reste très supérieur à la moyenne des dix dernières années.
01:49Et c'est ça qui est important de saisir.
01:52Et qu'est-ce que ça raconte, pardon Michel Rumi, de l'état d'esprit des Français ?
01:57Est-ce que c'est une inquiétude grandissante ?
01:58Est-ce que c'est ce que vous dédire, c'est-à-dire, au bout d'un moment,
02:02avoir des placements qui est un rendement un peu plus supérieur ?
02:05Est-ce que ça traduit une inquiétude vis-à-vis du contexte national et international ?
02:09Eh bien, c'est un peu tout ça, vous avez raison.
02:11C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre que les Français ne se ruent pas
02:16sur l'assurance-vie par amour du produit, mais par nécessité.
02:19En fait, ils se tournent vers, on va dire, l'assurance-vie
02:22parce que le reste rapporte moins, ne protège plus leur pouvoir d'achat.
02:26Et c'est ce qui est, on va dire, à mon sens, le symptôme d'une économie
02:29où, concrètement, on essaye de garder un niveau de vie tant bien que mal
02:35parce que le travail, notamment, ne rapporte pas autant.
02:38Et puis, il y a aussi une interrogation.
02:40Est-ce qu'on arrive à avoir, d'une certaine manière, un portrait robot,
02:44un croquis de ces Français-là ? Est-ce qu'on sait, je ne sais pas moi,
02:47que c'est davantage la femme de 50 ans, célibataire, qui épargne sur son assurance-vie ?
02:51Est-ce qu'on arrive à avoir, on va dire, un utilisateur type de ces types d'assurance-vie ?
02:57Alors, après, ce qu'il faut bien voir, c'est que chaque compagnie, on va dire,
03:02a son profil et tout dépend de la rémunération qui est servie.
03:06Ce qu'il faut bien voir, c'est que l'assurance-vie, actuellement, grosso modo,
03:10si on prend les chiffres de 2025, à peu près, ça rapporte 2,8%
03:15et contre 1,5% aujourd'hui avec le livret A.
03:18Donc, c'est en fonction des performances de chaque compagnie.
03:22Et après, bien sûr, ce qu'on va voir, c'est que c'est surtout les personnes qui arrivent
03:27ou les ménages qui ont une certaine, je dirais, aisance financière.
03:32Je ne demandais pas ce que ça veut dire, une aisance, mais c'est-à-dire qu'ils n'ont
03:35pas trop...
03:35En tout cas, qu'ils ont, eux, la possibilité d'épargner déjà, ce qui est énorme dans le contexte.
03:39Voilà, exactement, bravo.
03:40Et c'est ça, alors que ceux les plus démunis, eux, n'épargnent même plus
03:45et ont du mal à terminer les fins noirs.
03:47Donc, c'est ceux qui ont une certaine aisance financière
03:50qui, du coup, se disent, je vais préparer d'abord, garder mon pouvoir d'achat,
03:55préparer peut-être ma retraite dans quelques années dans l'incertitude générale.
03:59Et ce qui fait que ça attire en même temps, ce qui est très important,
04:02c'est que ça attire des performances financières, attire, je dirais, les ménages.
04:09Alors, qu'est-ce qu'il faut bien y voir ?
04:10C'est que les ménages privilégient cette assurance-vie pour, on va dire, en gros,
04:14les trois coches, ce qu'on peut dire, c'est une sécurité qui est relative,
04:18mais en même temps, surtout, une fiscalité encore attractive
04:21et puis surtout, un rendement qui est supérieur à tout ce qui est produit et d'épargne réglementaire.
04:27Mais ce qui est frappant aussi dans ce que vous dites, Michel Rumi,
04:29c'est dans la description que vous faites désormais dans la manière des Français
04:32et qu'ils ont d'épargner, est-ce que ça veut dire qu'ils sont prêts à accepter davantage de
04:36risques ?
04:36Parce que, d'un côté, avec la fin du livret A, qui était quand même un peu,
04:40on va dire, l'épargne un peu facile,
04:42aujourd'hui, on a l'assurance-vie et puis on voit énormément de méthodes qui se développent,
04:46que ce soit la bourse, que ce soit l'intelligence artificielle,
04:48que ce soit, aujourd'hui, la multitude de placements
04:50qui nous sont proposés en permanence quand on se balade
04:53ou quand on traîne un peu sur Internet.
04:54Est-ce qu'on va vers cette tendance des Français qui acceptent de plus en plus le risque ?
04:58Je le pense, je le pense.
05:00C'est incité par les jeunes, aujourd'hui, qui développent un peu ce goût du risque.
05:06Mais, en même temps, ce qu'il faut bien voir,
05:09c'est que le fait que la population se rajeunit
05:12fait que les performances sur le long terme,
05:14eh bien, si on perd aujourd'hui, sur le long terme, on peut gagner
05:18parce que la tendance est généralement à la hausse.
05:20Excuse-moi, les techniques, ça veut dire qu'il y a assez des cycles.
05:23Ce sont des cycles, donc aujourd'hui, on peut perdre,
05:24mais je dis, eh bien, la perte peut être effacée sur le long terme.
05:28C'est vrai que les personnes qui ont 50 ans
05:31et qui se lancent dans des produits très risqués
05:33risquent d'avoir un retour, on va dire, un peu plus difficile.
05:35Donc, c'est vrai, c'est une prise de risque.
05:37C'est aussi le fait qu'aujourd'hui, plus ou moins,
05:42dans l'imaginaire collectif, on se dit que l'épargne,
05:45je ne l'aurais pas forcément, pardon, ma retraite,
05:49je ne l'aurais pas forcément, donc il faut que je me prenne en main.
05:51Donc, ça se construit.
05:52Voilà, ça se construit sur le long terme, en prenant du risque,
05:55pas trop de risque, mais prenant du risque,
05:57sachant que plus je m'inquiète dès maintenant,
06:01plus je peux effacer éventuellement les pertes.
06:03Alors, bien sûr, si tout va bien, c'est encore mieux.
06:05Et puis, on observe aussi chez les plus jeunes,
06:08est-ce qu'on va vers une génération qui épargne
06:11et qui est capable de se placer davantage ?
06:13Les jeunes, et c'est un peu partout dans la presse depuis 2-3 jours,
06:16acceptent d'utiliser, je le disais,
06:18des outils comme l'intelligence artificielle,
06:20de se renseigner, d'aller voir des personnes compétentes,
06:22d'essayer de trouver des concepts
06:24et de placer un peu d'argent de côté.
06:26Précisément, est-ce que c'est la retraite ?
06:27Est-ce que c'est le contexte ?
06:29Mais en tout cas, peut-être vers une génération où,
06:30oui, ça y est, l'investissement va devenir une petite tendance chez les Français.
06:35Je le pense, je le pense.
06:36Simplement, il faut placer, je dirais, l'intelligence artificielle à différents niveaux.
06:42C'est qu'on voit généralement que le rapport humain est très important,
06:46c'est-à-dire qu'on a besoin d'un conseiller,
06:48mais que l'IA vient, par derrière, faire des simulations
06:52de la nature et des objectifs qu'on se fixe.
06:57C'est-à-dire que, de manière générale,
06:59on ne va pas aller vers l'IA en première approche,
07:01on conseille, on se regarde, on regarde,
07:04on fait notre petit marché, entre guillemets,
07:06et puis l'IA, on fait une simulation,
07:07puis après, bien sûr, on essaye d'investir
07:10dans des produits auxquels on croit.
07:13Simplement, il faut bien se dire que,
07:15si on accepte à prendre du risque,
07:17on est aussi capable, c'est le corollaire,
07:19aussi de perdre.
07:20Donc, c'est pour cela que, je dirais,
07:22plus on commence jeune, d'une certaine manière,
07:26plus on prévoit l'avenir,
07:27mais on peut effacer les mauvaises performances
07:31enregistrées aujourd'hui, par exemple.
07:32Mais après, Michel Rumi,
07:33et ce sera ma dernière question,
07:35c'est vrai que, d'un côté, on peut,
07:36je ne sais pas s'il faut s'en réjouir
07:37que les Français épargnent un peu d'argent,
07:40mais c'est sûr que c'est de l'argent,
07:42c'est de la liquidité qui n'ira pas dans la consommation.
07:44Donc, derrière, c'est un peu moins de croissance,
07:46c'est un peu moins de bonne performance
07:47pour le pays France aussi.
07:50C'est vrai, c'est vrai,
07:51si on le voit comme ça,
07:52mais je pense qu'il faut voir sur la tendance.
07:54On pourrait, si on fait...
07:55Ce qu'il faut bien voir aussi,
07:57s'il y a un peu moins d'argent,
07:58et si la tendance vient à se prolonger
08:00sur un très long terme,
08:01on voit, par exemple,
08:02que le gouvernement avait envisagé,
08:04notamment, de piocher un peu
08:06sur le fonds du Livret A
08:08pour financer, par exemple,
08:10les grands projets nucléaires,
08:11en dépit de...
08:11Oui, absolument.
08:12Ils avaient même proposé, pendant un temps,
08:14même un placement,
08:16un fonds un peu patriote
08:17au moment où on devait réarmer le pays.
08:18Voilà.
08:19Tout à fait.
08:20Or, ce qu'il faut voir...
08:21Bon, pour l'instant, je rassure,
08:23on n'est pas à ce niveau-là,
08:24parce qu'il faut voir à peu près
08:25qu'aujourd'hui, il y a à peu près
08:26450 milliards à fin de l'année dernière
08:30sur le Livret A.
08:30mais c'est vrai que s'il y a un nouveau comportement d'épargne
08:36des Français vers des actifs plus risqués,
08:39c'est là où, à ce moment-là,
08:41il faudrait peut-être que le système bancaire en général
08:43et les gouvernements orientent vers des produits
08:46qui peuvent soutenir l'activité économique
08:48et peut-être moins la consommation,
08:51mais qui fait que les entreprises,
08:53au lieu de, je dirais,
08:54d'aller prendre des taux
08:55ou enregistrer des taux d'intérêt un peu plus élevés ou pas,
09:01eh bien, on puisse soutenir un peu l'activité économique.
09:04Donc, ça aussi, ça peut être...
09:05Après, il faut, à mon sens,
09:07éduquer les Français sur l'utilité de leur épargne
09:12et non pas se mettre à jouer, on va dire, au casino
09:15et à mettre de l'argent n'importe où et comment faire.
09:18Je pense qu'il y a une éducation à faire à ce moment-là
09:20et ça peut être très agréable.
09:22Et l'éducation financière, surtout dans ce contexte,
09:24c'est plus qu'important,
09:25vous avez raison de le rappeler.
09:25Merci beaucoup, Michel Rumi,
09:27d'avoir été avec nous,
09:27économiste et partenaire de LC,
09:29c'est-à-dire Lévis Capital.
09:31Merci beaucoup d'avoir fait l'effort
09:32de vous lever et de vous réveiller ce matin
09:34avec le décalage horaire.
09:35Ça fait toujours plaisir.