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Regardez C'est notre époque avec Olivier Boy du 18 février 2026.
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00:00Olivier Bois, RTL Matin.
00:039h12 sur RTL, on est ensemble jusqu'à 9h30, c'est notre époque maintenant.
00:07C'est un fait, les rayons E dans pas mal de supermarchés sont vides.
00:11Oui, c'est une catastrophe en fait, je ne sais pas.
00:13Des fois, on a l'impression qu'on est dans un pays sous-développé.
00:15Il n'y a plus de E. En fait, on est là en train de faire des réserves, comme en
00:18temps de guerre.
00:19Voilà le genre de témoignage que vous entendez régulièrement sur RTL,
00:21parce qu'on parle de ce sujet régulièrement sur notre antenne.
00:24Les rayons E, effectivement, sont assez vides.
00:27Si vous avez récemment fait vos courses, vous l'avez remarqué,
00:31comment sortir de cette pénurie ?
00:33Vous avez entendu, par exemple, tout à l'heure à 7h30,
00:35que des supermarchés continuent de vendre des œufs de poules élevés en cage.
00:40Mais est-ce qu'on peut vraiment faire autrement à l'heure où les Français veulent manger ?
00:43Toujours plus d'œufs, c'est un fait également.
00:45On va en parler avec Yves-Marie Baudet. Bonjour.
00:49Bonjour.
00:49Vous êtes éleveur de poules, pondeuse et président également du CNPO,
00:53qui est l'interprofessionnel des œufs.
00:55Et puis avec nous en studio, Johanna Chabas.
00:57Bonjour, Johanna.
00:57Bonjour.
00:58Journaliste conso au service économique ici à RTL.
01:01Première question pour vous, Yves-Marie Baudet.
01:04Pourquoi ça devient si compliqué ?
01:05On l'entend là, on entend le témoignage.
01:06Pourquoi c'est si compliqué de trouver des œufs en ce moment ?
01:10Alors, c'est compliqué parce qu'on a une consommation
01:12qui a augmenté de 5% par an depuis trois ans,
01:15alors que la production n'a augmenté que de 20%.
01:17C'est un mouvement sans précédent.
01:21Chaque Français a mangé 11 œufs de plus par an entre 2023 et 2025.
01:26Donc, c'est une trajectoire qui est difficile de suivre,
01:29mais que l'interprofession s'est mise au défi de répondre.
01:33Et donc, c'est pour ça qu'on a un plan qui prévoit la création
01:36d'un million de places de poules pondeuses pondeuses pondeurs par an
01:39pour les prochaines années.
01:40Parce qu'il n'y a pas moins de poules en France,
01:43mais la croissance ne suit pas quand même.
01:46La production ne suit pas la consommation, la demande.
01:50Alors là, je dirais que la production ne suit pas l'évolution de consommation.
01:53Et en plus, pendant ce temps-là, nous sommes en train de faire
01:55la mutation de nos élevages de poules en cage,
01:59élevées en cage, vers des modes alternatifs,
02:02c'est-à-dire au sol, au plein air, en bio ou en labelle rouge.
02:06Donc, tout ça génère aussi une perte de production.
02:08Chaque bâtiment qui se transforme, c'est 5 mois de ce bâtiment-là sans production.
02:12On va en parler dans un instant de ce point en particulier.
02:14Mais d'abord, avec vous, Johanna Chabas,
02:16pourquoi est-ce qu'on consomme toujours plus d'œufs en France ?
02:19Déjà, il y a une énorme mode à la protéine.
02:21Vraiment, on veut être sportif, du coup, on veut beaucoup plus de protéines.
02:25Et là, les œufs, c'est le muscle.
02:26Ça, c'est super, parce qu'en fait, par œuf, c'est 7 grammes de protéines.
02:29Et donc, pour tous ceux qui sont aussi végétariens,
02:31parce qu'il y a aussi une mode de manger un peu moins de viande,
02:33il y a un Français sur deux qui limite sa consommation de viande,
02:36forcément, les œufs, c'est l'alternative parfaite.
02:39Et en plus, c'est moins cher, quand même beaucoup moins cher que la viande.
02:42Comment ça coûte ?
02:43Du coup, ça va coûter entre 15 et 40 centimes.
02:46Après, si par exemple, on prenait un exemple vraiment par gramme de protéines,
02:50on va dire, le poulet, un gramme de protéines de poulet, c'est 6 centimes,
02:54alors qu'un œuf, c'est 2 centimes.
02:56Donc, c'est vraiment une énorme différence.
02:57Et puis, en plus, on a un peu levé les craintes sur le cholestérol, sur la santé.
03:01Maintenant, les médecins, les nutritionnistes,
03:03consomment de consommer autant d'œuf qu'on veut, même pour les enfants, d'ailleurs.
03:06En fait, c'est ça. Il y a des limites, évidemment, il ne faut pas dépasser.
03:09C'est souvent 4 œufs par semaine pour ceux qui auraient des problèmes de diabète,
03:13des choses comme ça.
03:13C'est 7, sinon, en général, c'est des conseils donnés par les diététiciens.
03:17Alors, Yves-Marie Baudet, sur la production, justement, sur vos conditions de production.
03:22Il y a une question qu'on s'est posée ce matin sur RTL,
03:24puisqu'on entend que, normalement, vous, producteurs,
03:28vous êtes engagés à moins produire avec ces poules élevées en cage,
03:31pour le bien-être animal, etc.
03:33Mais le fait est que, sans cela, vous n'arrivez pas à produire autant qu'on demande.
03:38C'est un paradoxe, un peu.
03:40C'est une trajectoire qu'on a prise dès 2017,
03:43c'est-à-dire de produire en respectant mieux le bien-être animal,
03:46c'est-à-dire avec moins d'animaux élevés en cage.
03:48C'est le sens de l'histoire, et on le fait.
03:50Alors, par exemple, vous avez juste une statistique pour qu'on comprenne.
03:53Quand on a des poules pondeuses,
03:55avant, vous en aviez combien par cage, combien par mètre carré,
03:58et comment ça a évolué ?
04:00Quand on a un bâtiment de poules en cage et qu'on transforme dans un mode alternatif,
04:04on a une perte d'effectifs d'environ 20%.
04:07Donc, c'est moins de production.
04:09Il faut qu'on soit capable de construire de nouveaux bâtiments
04:12pour compenser cette perte-là en effectifs,
04:15et notamment pour compenser cette perte de production d'œufs
04:18que les Français plébiscitent actuellement.
04:21Et donc, vous, vous investissez, par exemple, en ce moment ?
04:23Oui, voilà, moi, je suis sur un élevage
04:26où il y avait un certain nombre de poules pondeuses.
04:27J'étais 100% en production de poules en cage jusqu'en 2017,
04:29et puis, progressivement, mes bâtiments, je les transforme,
04:32et les derniers bâtiments seront transformés fin 2026.
04:36Mais ça demande du temps. Pourquoi ?
04:37Parce qu'on a eu le Covid, on a eu l'Ukraine,
04:39on a eu la perte d'inflationniste.
04:41Il faut savoir que les coûts de transformation de nos bâtiments
04:43ont augmenté de 30% depuis 2022.
04:45Et tout cela, on le fait avec zéro subvention d'État.
04:49Aussi, il faut le dire, c'est le modèle économique,
04:53de production qui nous permet de financer tout cela
04:55avec des coopératives, avec des entreprises privées,
04:57avec des banques, et puis après,
04:59avec le soutien aussi de la grande distribution française
05:01qui ne va pas chercher des œufs à l'étranger
05:03pour compenser ces...
05:05Ils sont réglo à ce niveau-là ?
05:06Ces banques.
05:07Alors, ils sont tentés d'aller en chercher ailleurs,
05:09mais quand on les avertit que, par exemple,
05:12des œufs ukrainiens ne respectent pas
05:14la réglementation européenne sur le bien-être animal,
05:16que des œufs ukrainiens sont susceptibles
05:18d'avoir des résidus d'antibiotiques
05:20interdits en Europe depuis 15 ans,
05:22ça freine l'importation.
05:24Mais, en fait, dans la grande distribution,
05:26l'œuf est le seul produit où, sur l'œuf,
05:29vous voyez le mode de production
05:30et le pays d'origine.
05:32Alors, justement, Johanna Chabas,
05:34vous allez nous faire un point là-dessus.
05:35Il y a une différence entre les œufs produits en France,
05:37les œufs produits à l'étranger,
05:38en termes de qualité.
05:39Justement, comment est-ce qu'on peut checker tout ça ?
05:41Typiquement, si on parle d'or d'Europe,
05:43notamment les œufs ukrainiens qui étaient venus,
05:45il y avait eu cette alerte donnée.
05:47Parce que, déjà, pour la traçabilité,
05:49c'est beaucoup plus compliqué.
05:50Mais, surtout, il peut y avoir des produits
05:51qui sont interdits en Europe,
05:53qu'on a donnés à ces poules,
05:54typiquement des antibiotiques,
05:55qu'en France, on interdirait,
05:57qui, là, se retrouvent dans ces poules
05:58et donc dans ces œufs.
06:00Mais il faut savoir qu'on importe aussi, déjà.
06:02Vu, justement, il y a cette pénurie
06:03et qu'il y a ces tensions,
06:04on importe.
06:05Typiquement, souvent, c'est l'Espagne,
06:07même si ça a un petit peu reculé.
06:08On a, par exemple, augmenté en Allemagne,
06:10en Pologne, en Pays-Bas.
06:11On est allé chercher ces œufs
06:13pour compenser aussi la pénurie.
06:14Et est-ce que les œufs de poule en cage
06:16sont moins bons pour la santé, par exemple ?
06:19Alors, il y a eu plusieurs études.
06:20En fait, ça ne change pas grand-chose
06:22à la qualité de l'œuf.
06:23Il y a autant de minéraux,
06:25autant de protéines.
06:25Le mode d'élevage,
06:26c'est surtout un choix éthique.
06:28En fait, il faut imaginer
06:28qu'une poule en cage,
06:29elle a la taille d'une feuille A4
06:31pour se déplacer.
06:32Donc, en fait, on a vu les images
06:34de l'association L214
06:35qui montre des poules déplumées
06:37qui sont en train de marcher
06:39les unes sur les autres,
06:40qui n'ont pas de place.
06:40Mais c'est vraiment un choix éthique.
06:42Ça ne joue pas sur la qualité des œufs.
06:44Ce qui va jouer sur la qualité des œufs,
06:45c'est l'alimentation.
06:46Et donc ça, c'est des labels
06:47que vous pouvez chercher.
06:49Label rouge, par exemple,
06:50le blanqueur ou le bio.
06:51Où là, l'alimentation,
06:53elle est contrôlée,
06:54elle est vérifiée.
06:54On va donner un certain type de céréales.
06:56Donc, il y aura plus d'oméga-3, par exemple.
06:59Ça, c'est l'alimentation qui joue,
07:00qui n'est pas toujours directement liée
07:02au mode d'élevage.
07:03Merci, Johanna.
07:04Yves-Marie Baudet,
07:05sur la qualité de vos œufs, par exemple.
07:07Depuis que vous, vous êtes passé petit à petit,
07:09vous avez abandonné les cages
07:11pour changer un peu.
07:12Est-ce que ça a changé votre production
07:13et la qualité de vos œufs ?
07:14Qu'est-ce que vous percevez, vous ?
07:16Alors, pour illustrer ce que vient de dire
07:18votre journaliste,
07:19c'est que la poule pompe par le bec.
07:20C'est ce qu'elle mange
07:21qu'on retrouve dans l'œuf.
07:23C'est une métaphore qui est récente à utiliser.
07:26Et donc, moi, maintenant,
07:27je vais me retrouver avec des poules élevées au sol
07:29ou des poules élevées en plein air.
07:30Et ça ne va pas changer intrinsèquement
07:32la qualité de mon œuf.
07:33Il n'y a pas de problème.
07:34Là-dessus, les consommateurs
07:36retrouveront le même œuf à la suite.
07:38Mais, moi, sur mon élevage,
07:40je vais perdre 15 à 20 %
07:41d'effectifs de poules pondeuses,
07:43donc 15 à 20 % de production d'œufs.
07:44Donc, les associations
07:46qui pointent du doigt
07:47la production de code 3
07:48qui est toujours présente en France,
07:50moi, je leur demande de nous aider
07:52à construire de nouveaux bâtiments
07:53et à se rapprocher, notamment.
07:54Expliquez-nous ce que ça veut dire.
07:55On n'a pas compris ce que c'est,
07:57code 3.
07:58Le code 3, c'est les poules en cage aménagées.
08:01D'accord.
08:01C'est le code que chaque consommateur
08:03retrouve sur son œuf
08:04quand il va le chercher
08:05dans la grande distribution.
08:06Code 3, code 2, code 1, code 0.
08:07Donc, on aimerait
08:08que des associations
08:09qui dénoncent ce matin
08:10ce qui se passe
08:11dans la grande distribution française
08:12nous aident à construire
08:13des bâtiments,
08:14de nouveaux bâtiments,
08:14et notamment à convaincre
08:15les associations environnementalistes
08:17qu'il faut faire
08:18des nouveaux bâtiments
08:19pour compenser
08:20cette perte de production
08:20et pour répondre
08:21à l'augmentation
08:22de la consommation.
08:23Les Français veulent consommer
08:24des œufs français.
08:25Ils sont certains
08:26de la qualité
08:26en termes de bien-être animal.
08:28Il faut savoir que la France,
08:29avec l'Allemagne,
08:30est le seul pays
08:31qui, depuis trois ans,
08:31a arrêté le broyant
08:33des poussins mâles.
08:34C'est une avancée notable
08:35sur le bien-être animal.
08:37Et ça, il faut le reconnaître
08:37et les Français
08:38savent le reconnaître.
08:39Et qu'est-ce que vous attendez
08:39comme aide, justement,
08:40quand vous dites
08:41qu'on a besoin d'aide ?
08:41C'est quoi les aides
08:42dont vous avez besoin ?
08:43Alors, au niveau
08:44de l'État français,
08:45c'est déjà
08:45de la simplification administrative.
08:47Aujourd'hui,
08:48on a de la sur-administration.
08:50Madame la ministre
08:50nous annonce
08:51qu'il y a des textes
08:52de la loi Duplomb et autres
08:53qui peuvent être...
08:53des décrets
08:54qui ont pu être pris,
08:56sauf que ce sont des textes
08:57qui seront applicables
08:57à la production avicole
08:59qu'à partir de 2030.
09:00Mais ce sera peut-être
09:00trop tard en 2030
09:02par rapport à l'élan
09:03de production
09:04qu'on doit lancer actuellement
09:05pour répondre
09:06à cette demande
09:06de consommation.
09:08Johanna,
09:08est-ce que la pénurie
09:09va s'arrêter ?
09:11Est-ce qu'il y a
09:11une perspective
09:12à ce niveau-là
09:12ou est-ce qu'on va rester
09:13dans cette situation
09:14pendant un petit moment ?
09:14Alors, la profession,
09:16l'interprofession l'a dit,
09:17il y a le projet
09:18de construire plus de poulaillers
09:19pour essayer de compenser.
09:21Mais en fait,
09:22la consommation,
09:23elle aussi,
09:24progresse.
09:24Par exemple,
09:25on le disait,
09:2737 oeufs qui ont été
09:28mangés en moyenne
09:28par les Français
09:29l'an dernier.
09:30Mais on pourrait arriver
09:31jusqu'à 269 oeufs par an,
09:33donc 32 plus.
09:35Et donc,
09:35est-ce que la production
09:36va encore là aussi
09:37réussir à suivre ?
09:38Là, ce n'est pas sûr.
09:39Et très vite,
09:40les prix continuent
09:41à augmenter, du coup ?
09:42Alors, les prix,
09:43justement,
09:43normalement,
09:44c'est contractualisé,
09:45c'est donné
09:46sur des longues durées.
09:47En fait,
09:47les distributeurs
09:48et les producteurs
09:49négocient sur de longues années,
09:5010 à 15 ans.
09:51C'est surtout,
09:52en fait,
09:52là encore,
09:52l'alimentation
09:53qui peut jouer
09:54sur le prix de l'oeuf.
09:54Vous confirmez,
09:55les prix,
09:55ça ne bouge pas pour vous,
09:56Yves-Marie Baudet ?
09:58Alors,
09:58déjà,
09:59pour répondre
09:59au premier sujet,
10:00c'est que,
10:00déjà cette année,
10:01on a 40 nouveaux bâtiments
10:02qui vont se construire.
10:03Ça représente 1,2 million
10:04de places de poules pondeuses
10:05qu'on va mettre en place
10:06en plus.
10:06Donc,
10:06c'est 360 millions d'oeufs
10:08en plus.
10:08C'est une bonne nouvelle.
10:09Et on a plus de 200 bâtiments
10:11qui sont engagés contractuellement.
10:13Et là,
10:13il faut qu'ils passent
10:14la moulinette de l'État,
10:15la moulinette des banques
10:16et puis,
10:16éventuellement,
10:24le prix de l'oeuf
10:24était monté à 1 euro pièce.
10:25En France,
10:27même si on a des tensions
10:28dans le rayon oeuf,
10:29le prix des oeufs
10:29n'a pas monté.
10:30Donc,
10:31c'est que le système
10:33de contractualisation
10:34qui existe
10:34entre les producteurs,
10:35les centres d'éconnissement
10:36et la grande distribution
10:37porte ses fruits
10:38et ça s'appelle notamment
10:39EGALIM.
10:39Merci beaucoup.
10:41Merci à vous,
10:41Yves-Marie Baudet,
10:42d'avoir été avec nous
10:43ce matin sur RTL.
10:44Vous êtes éleveur de poules
10:44et président du CNPO
10:46qui est l'interprofessionnel
10:47des oeufs.
10:47Et merci beaucoup,
10:48Johanna Chabat.
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