- il y a 9 heures
Des dizaines de policiers enquêtent sur Mickaël Harpon, l'informaticien de la préfecture de police de Paris qui a tué au couteau 4 de ses collègues le jeudi 3 octobre. Pour décortiquer ses données informatiques, notamment une clef USB, pas moins de 160 policiers sont mobilisés. Cette attaque terroriste pose de nombreuses questions : pourquoi est-il resté à ce poste sensible malgré un signalement en 2015 ? Avait-il des complices ? A-t-il communiqué des données ? Combien de fonctionnaires sont radicalisés aujourd’hui au sein de la Police ? Cet épisode de Code source, est raconté par deux spécialistes Police Justice du Parisien, Jean-Michel Décugis et Damien Delseny. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux et Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : Europe 1, RMC, BFM TV, France 2
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Des dizaines de policiers enquêtent sur Mickaël Harpon,
00:15l'informaticien de la préfecture de police de Paris,
00:17qui a tué au couteau quatre de ses collègues le jeudi 3 octobre.
00:23Pour décortiquer ses données informatiques, notamment une clé USB,
00:27pas moins de 160 policiers sont mobilisés.
00:30Pourquoi est-il resté à ce poste sensible malgré un signalement en 2015 ?
00:34Avaient-ils des complices ? A-t-ils communiqué des données ?
00:37Combien de fonctionnaires sont radicalisés aujourd'hui au sein de la police ?
00:41Cette attaque terroriste pose de nombreuses questions.
00:44Cet épisode de CodeSource est raconté par deux spécialistes police-justice du Parisien,
00:49Jean-Michel Décugis et Damien Delsény.
00:52Il y a quelques instants, à l'intérieur de la préfecture de police de Paris,
00:56en plein cœur de la capitale,
00:57un homme s'est introduit dans l'enceinte de la préfecture avec une arme blanche.
01:01Il s'en est pris à plusieurs personnes, à plusieurs fonctionnaires de police.
01:04Pour l'instant, le bilan est encore extrêmement flou.
01:08Michael Harpon, il a 45 ans, il est né à Fort-de-France.
01:12Il est malentendant, marié avec une jeune femme marocaine, malentendante aussi,
01:17deux enfants, et il vivait dans une petite cité de Gonesse,
01:21où visiblement, il ne posait aucun problème,
01:24et où les gens disaient que c'était quelqu'un de sympathique, de serviable.
01:27Michael Harpon est sourd, donc, comment est-ce qu'il vit ce handicap ?
01:31Ben, visiblement, ces derniers temps, il le vivait assez mal,
01:34parce que sa surdité empirait,
01:38et qu'il avait demandé à suivre une formation,
01:43pour pouvoir changer plus ou moins de travail.
01:47Il avait obtenu certaines choses, mais pas toutes,
01:50et visiblement, il était assez aigri, frustré.
01:53Parlez-nous donc du lieu où il travaille, la DRPP, c'est quoi ?
01:57Alors, la DRPP, c'est les anciens RGPP,
02:01ces fameux renseignements généraux.
02:02C'est un service sensible,
02:04qui travaille sur une matière très sensible,
02:09le terrorisme, l'ultra-gauche, tous les extrémismes,
02:13les violences urbaines,
02:14et qui, évidemment, a des données sensibles,
02:17et Michael Harpon avait une habilitation secrète défense.
02:22Concrètement, qu'est-ce qu'il fait en tant qu'informaticien
02:24à la préfecture de police de Paris ?
02:25Il est en charge du réseau,
02:27il s'occupe aussi de la maintenance,
02:29d'ailleurs, pour l'anecdote,
02:31il va régulièrement dans le bureau de la directrice des renseignements,
02:35qui fait appel à lui pour des problèmes informatiques,
02:39comme tout un chacun.
02:40Il travaille dans ce département depuis 2003,
02:42comment est-ce qu'il est décrit par ses collègues ?
02:44Très sympathique, serviable,
02:46bon, il a un surnom dans le service qui n'est pas forcément sympathique,
02:49on l'appelle Bernardo,
02:50en référence au feuilleton Zorro,
02:52puisque l'aide de Zorro s'appelle Bernardo,
02:54et qu'il souffre de surdité.
02:56Michael Harpon se convertit à l'islam en 2008,
02:59ce qui n'est évidemment pas le problème en soi,
03:01il va se radicaliser progressivement,
03:03et ses collègues ne voient rien visiblement jusqu'en 2015,
03:06où il se réjouit de l'attentat contre Charlie Hebdo.
03:08Ce comportement sera rapporté uniquement de façon orale
03:12par des collègues aux supérieurs,
03:14mais sans aller jusqu'à un rapport écrit.
03:19Damien Delsenny, vous êtes chef du service pour les justices du Parisien.
03:22Que fait Michael Harpon le matin du jeudi 3 octobre ?
03:27Alors il se lève normalement chez lui le matin,
03:29il va prendre son train pour Paris,
03:31il habite Gonesse,
03:32il a une grosse demi-heure de transport,
03:35il arrive à la station Saint-Michel,
03:36on le sait parce que les policiers vont remonter
03:39toutes les caméras de vidéosurveillance de la ligne,
03:41on voit son passage à ce moment-là,
03:43entre Saint-Michel et la préfecture de police,
03:45il y a 2-3 minutes de marche,
03:47et il rentre à la préfecture quelques minutes avant 9h,
03:50à 9h moins 2, 9h moins 3,
03:51ce qui semble être une habitude pour lui,
03:53il a des horaires assez précis, assez arrêtés,
03:55et donc il s'installe à son poste de travail,
03:58il est 9h.
03:58Comment se passe la matinée ?
03:59La matinée elle se passe à peu près normalement
04:03jusqu'à la fin de la matinée,
04:05où en fait il quitte son poste de travail,
04:08il sort de l'enceinte de la préfecture de police,
04:10tout ça on le sait parce que comme il a un badge
04:12pour naviguer dans le bâtiment,
04:14c'est des bâtiments qui sont quand même relativement sécurisés,
04:16chaque sortie et chaque entrée laisse une trace sur le badge,
04:19donc on sait qu'en fin de matinée,
04:21il quitte le bâtiment de la préfecture,
04:23il traverse la Seine,
04:23il remonte la rue Saint-Jacques
04:25jusqu'à un magasin de bricolage.
04:27Qu'est-ce qu'il fait ?
04:28Là il achète deux couteaux,
04:29un couteau en métal assez long de 33 cm,
04:33et un couteau plus petit,
04:35un couteau à huîtres.
04:35Il paye ses articles,
04:37il sort,
04:38tout ça sera d'ailleurs repéré par des policiers
04:40après coup sur des caméras de vidéosurveillance,
04:42par contre il leur manque une étape,
04:44c'est qu'il va à un moment donné aller se cacher
04:46dans la rue,
04:46dans un coin un peu plus tranquille,
04:48pour dissimuler ces deux couteaux sur lui,
04:51c'est-à-dire pas les avoir dans un sac
04:52ou dans la main évidemment,
04:53et donc il cache ses couteaux
04:55et il retourne ensuite
04:56dans l'enceinte de la préfecture
04:57à son poste de travail.
04:58Alors justement,
04:59il arrive à passer les contrôles,
05:01comment ça se fait que ça ne sonne pas au portique ?
05:03Parce que c'est pas un visiteur lambda
05:04qui rentre dans la préfecture de police,
05:06vous avez deux types de contrôles,
05:07vous avez le visiteur qui rentre
05:08pour faire des démarches administratives,
05:10lui va faire l'objet d'une fouille,
05:12son sac va être fouillé, ouvert, regardé,
05:14passé sous un portique.
05:15Quand vous êtes employé,
05:17que vous soyez policier,
05:18que vous soyez comme lui agent administratif,
05:20les contrôles sont plus légers,
05:22vous avez un badge,
05:22donc vous passez votre badge,
05:23en plus les gens vous connaissent
05:24puisque vous venez tous les jours,
05:26donc il y a un contrôle
05:27qui est très léger à l'entrée en réalité.
05:29Où est-ce qu'il va après ?
05:30Alors ensuite,
05:31il va d'abord retourner dans son bureau
05:33et puis il va surtout envoyer
05:35pas mal de messages,
05:36on le saura après,
05:37pas mal de SMS à son épouse,
05:39une trentaine en tout dans la matinée,
05:40avec plus le temps avance dans la matinée,
05:43plus les messages se font rapprocher.
05:45Sa femme est restée à Gonesse,
05:46elle va recevoir ses SMS
05:47qui sont tous à caractère religieux.
05:50Ensuite, on est en fin de matinée,
05:53on est même au niveau de la pause déjeuner,
05:55donc on imagine,
05:55il y a beaucoup de fonctionnaires
05:56qui partent déjeuner à l'extérieur
05:58et il y en a quelques-uns,
05:59comme le major Damien,
06:01qui va lui rester déjeuner au bureau,
06:04il devait sortir d'ailleurs déjeuner
06:06avec des collègues
06:07et puis au dernier moment,
06:07il a annulé,
06:08il a dit non, non,
06:08mais je vais rester au service.
06:10Et donc,
06:10il se trouve dans une espèce
06:11de petite salle de repos
06:13qu'il y a dans le service
06:14où il y a un micro-ondes,
06:15où il y a quelques chaises
06:16et quelques tables pour déjeuner.
06:17Et c'est à ce moment-là
06:19que Michael Arpon va faire
06:20irruption dans cette pièce.
06:21Il s'attaque donc au major Damien
06:23qui vraiment est en train
06:24de faire réchauffer son déjeuner
06:26et il le frappe
06:28de manière extrêmement violente
06:30avec son couteau
06:31au niveau du cou.
06:33Il porte vraiment
06:34un nombre important de coups.
06:36On relèvera une petite quinzaine
06:38de coups au niveau
06:39du bas de la tête
06:41et du cou,
06:43également du thorax.
06:44Donc c'est une scène
06:45qu'on imagine extrêmement violente
06:47et extrêmement rapide
06:48et qu'il va reproduire
06:49quelques secondes après
06:50sur un deuxième homme
06:50qui est présent lui aussi
06:51dans la salle
06:52et qu'il va aussi frapper
06:53de manière extrêmement violente
06:55avec son couteau.
06:56Pareil au niveau thoracique.
06:58Il s'attaque aussi
06:59à un agent administratif.
07:00Alors ensuite,
07:01il va d'abord sortir
07:02de cette pièce de repos
07:03et il va souhaiter
07:04rentrer dans une autre pièce
07:06parce qu'il sait
07:06qu'il y a d'autres policiers
07:07dans cette pièce.
07:08Il se trouve qu'à ce moment-là,
07:09cette pièce,
07:09elle est fermée,
07:11elle est verrouillée
07:11donc il ne peut pas rentrer.
07:12Donc il va continuer son périple.
07:14Là, il va croiser
07:15un troisième homme
07:15qui est agent administratif
07:16un peu comme lui.
07:17Ce n'est pas un policier,
07:18c'est un agent administratif
07:19qui travaille pour la préfecture
07:20qu'il va également poignarder.
07:22Là, on est toujours
07:23à l'étage de la DRPP
07:25et ensuite,
07:26il va emprunter les escaliers
07:28pour redescendre
07:29dans la cour principale
07:30de la préfecture de police
07:31et c'est dans cet escalier
07:33qu'il va poignarder
07:34deux femmes.
07:35Aurélia,
07:35la jeune femme
07:36qui va décéder
07:37qu'il va poignarder
07:38aussi à plusieurs reprises
07:39et une deuxième femme
07:41qu'il va poignarder
07:43quelques mètres plus bas
07:44dans l'escalier
07:44qui, elle,
07:45va être grièvement blessée
07:46mais qui ne va pas décéder.
07:47Et ensuite,
07:48cet escalier, en fait,
07:49il donne accès
07:49à une porte de sortie
07:50dans la cour principale.
07:51La cour principale
07:52de la préfecture,
07:53c'est cet énorme cour
07:53qui est une cour carrée
07:55très grande
07:56avec de nombreuses issues
07:57et qui permet aussi
07:58de sortir ensuite
07:59dans la rue
08:00et cette sortie,
08:01elle donne notamment
08:02pour qu'on se rende bien compte
08:03sur le parvis
08:03de Notre-Dame de Paris.
08:04Donc, il va arriver
08:05dans cette cour carrée
08:07pour, en fait,
08:08continuer son périple meurtrier
08:09et peut-être même sortir
08:10de l'enceinte
08:11de la préfecture.
08:12Est-ce qu'à ce moment-là,
08:13il crie ?
08:13Est-ce qu'il dit quelque chose ?
08:14Non, il n'y a pas de bruit particulier.
08:17Bon, il faut quand même savoir
08:17qu'il parle,
08:18Mickaël Harpon,
08:19il est sourd,
08:19mais il parle,
08:20mais il ne parle pas non plus
08:21d'une manière forcément
08:22comme vous et moi.
08:24En tout cas,
08:24il n'y a pas de propos,
08:26il n'y a pas de cris,
08:26il n'y a pas de choses comme ça.
08:27C'est dans la cour,
08:28en tout cas,
08:28qu'il est arrêté dans sa course.
08:30Dans la cour,
08:31il sort d'abord
08:31de manière assez calme,
08:33sans courir,
08:34et à ce moment-là,
08:35il est mis en joue
08:35par un jeune policier
08:36qui s'occupe, en fait,
08:37de la garde du bâtiment,
08:39qui le voit sortir
08:40avec son couteau dans la main.
08:41Il n'est pas du tout,
08:42il ne semble pas affolé
08:44à ce moment-là.
08:44En revanche,
08:45dès que le policier
08:46va lui faire
08:46les premières sommations,
08:47c'est-à-dire lui demander
08:48de lâcher son couteau
08:49et de lever les mains,
08:51non seulement il ne va pas le faire,
08:52mais surtout,
08:52il va se mettre
08:53en fait à marcher vite,
08:55puis à courir
08:55vers le policier.
08:56Il va en quelque sorte
08:57charger le policier
08:58qui va donc
09:00refaire une deuxième sommation
09:01et puis finalement
09:02ouvrir le feu
09:03quand il sent
09:03que Mickaël Harpon
09:05fonce sur lui
09:05avec ses couteaux
09:06et qu'il est en état
09:07et de légitime défense
09:08et qu'il faut absolument
09:08le neutraliser surtout.
09:10Donc il va tirer deux fois
09:11et il va l'atteindre mortellement
09:12et Mickaël Harpon
09:13s'effondre
09:14sur la petite cour pavée
09:16à quelques mètres
09:16de la porte d'entrée
09:17principale de l'APP.
09:18Qu'est-ce qu'on sait
09:19d'un mot sur le jeune policier
09:20qui a neutralisé l'assaillant ?
09:22Il est en poste
09:23depuis six jours
09:24à ce moment-là
09:24à la préfecture de police.
09:25Il sort de l'école
09:27donc c'est sa première affectation.
09:29Il vient de commencer
09:30son nouveau métier.
09:32Il est très jeune
09:33et donc il a au moins
09:34ce sang-froid
09:34d'abord de tout de suite
09:35voir la gravité de la situation
09:37sans oublier
09:37de faire les sommations
09:39et surtout en faisant
09:40un tir dans une zone
09:41où on imagine
09:42qu'il y a quand même
09:42encore un peu de monde
09:43même si tout le monde
09:44a dû commencer à s'abriter.
09:45On est quand même
09:46dans un lieu
09:46qui est encore public
09:48et donc il va faire usage
09:50deux fois de son fusil
09:51pour abattre le terrorisme.
09:56Cela met fin à la tuerie.
09:58Au total,
09:58quatre fonctionnaires
09:59sont tués.
10:01Quatre fonctionnaires,
10:02trois hommes d'abord,
10:03on l'a dit,
10:03deux hommes dans la première pièce,
10:05un homme ensuite
10:05sur le trajet
10:06et une femme dans l'escalier.
10:08Qui sont les quatre victimes ?
10:10Est-ce qu'on peut dire
10:11un mot de Damien,
10:12Anthony,
10:13Brice et Aurélia ?
10:14Vous avez toutes sortes
10:15de profils.
10:15Vous avez des policiers
10:17qui ont pour certains
10:19une carrière déjà importante
10:20comme le major
10:21qui travaille depuis déjà
10:22un certain temps
10:23dans la police.
10:24Vous avez Aurélia,
10:25cette jeune femme
10:25qui est mère de deux enfants
10:27qui habite en Seine-et-Marne
10:28qui rêvait depuis toute petite
10:29de devenir policière,
10:30qui était devenue policière,
10:31qui s'occupait elle plutôt,
10:32d'ailleurs,
10:33qui avait plutôt
10:34un rôle administratif
10:36au sein de l'APP,
10:37qui s'occupait notamment
10:38de la gestion des plannings,
10:39etc.,
10:39mais qui était une femme
10:40très très appréciée.
10:42Et puis vous avez aussi
10:44Brice qui a lui
10:45un profil un peu particulier
10:47parce que c'est quelqu'un
10:48qui a eu plusieurs vies avant,
10:49qui a fait notamment du théâtre,
10:50qui a fait le cours Florent,
10:52qui a fait un peu de publicité
10:54puis qui est rentré
10:54à l'APP sur le tard,
10:56entre guillemets,
10:57même s'il n'a qu'une trentaine d'années,
10:58mais qui a eu
10:59une toute autre vie avant.
11:01Donc voilà,
11:01on a des gens
11:02qui ont des profils
11:03très différents
11:04et qui avaient tous
11:05comme point commun,
11:06effectivement,
11:06d'être pour la plupart
11:07à la DRPP.
11:09Rapidement après l'attaque,
11:10la femme de Michael Harpon
11:11est placée en garde à vue.
11:12Oui, ça c'est assez traditionnel.
11:13La compagne d'un terroriste,
11:15ses proches sont souvent
11:16les premiers à être
11:16interpellés et interrogés.
11:18Donc là, c'est le cas,
11:18effectivement,
11:19dans les minutes qui suivent.
11:20Dès que les policiers
11:21ont la certitude
11:22de son identité
11:23et de son adresse,
11:24ils se rendent au domicile
11:25de Michael Harpon
11:25à Gonesse
11:26et ils interpellent
11:27sa compagne immédiatement.
11:28Comment est-ce qu'elle réagit ?
11:29Elle est évidemment sidérée,
11:31mais peut-être sidérée
11:31par ce qui s'est passé,
11:33mais elle n'est pas
11:33complètement non plus surprise
11:35parce qu'elle dira
11:36assez rapidement
11:37en cours de ses auditions,
11:37elle dira deux choses.
11:39Elle dira notamment
11:40que la nuit précédente,
11:43le comportement de son mari
11:44qu'elle trouvait déjà
11:45un peu étrange
11:46depuis quelques jours,
11:48l'a été encore plus
11:49parce qu'il s'est mis
11:50à pousser des cris
11:51au milieu de la nuit,
11:52des choses assez étranges
11:54et qu'il pouvait déjà
11:55montrer qu'il était rentré
11:57dans une nouvelle phase
11:58de sa radicalisation.
12:00Et puis,
12:01elle ne peut pas ignorer
12:02non plus les échanges
12:03de SMS très nombreux
12:04qu'elle a eus avec lui
12:05dans la matinée.
12:06Alors certes,
12:07des messages
12:08à caractère religieux,
12:10mais qu'elle interprétera
12:11même elle-même
12:12à un moment donné
12:12peut-être comme un malaise
12:14profond de son mari
12:15avec peut-être
12:16des envies de suicide.
12:17Elle ne pense pas,
12:18elle dit-elle au policier
12:19qu'à ce moment-là,
12:20il est en train de préparer
12:21un passage à l'axe imminent
12:21sur d'autres personnes,
12:23mais elle envisage
12:23l'hypothèse qu'il puisse
12:24mettre fin à ses jours
12:25parce qu'elle ne le trouve
12:27pas bien depuis plusieurs jours.
12:28Est-ce qu'elle a vraiment dit
12:28dans l'un des messages
12:29Dieu seul te jugera ?
12:30Ça fait partie
12:31dans la foule des messages
12:32de ce qui a été rapporté.
12:34Après,
12:34Dieu seul te jugera,
12:35on peut l'employer
12:36pour tout un tas
12:36de situations,
12:37entre guillemets.
12:38Dans les messages,
12:39en tout cas,
12:39il n'y en a pas un
12:40ou plusieurs
12:41qui permettent
12:42clairement de penser,
12:44en tout cas à ce stade,
12:45qu'elle était au courant,
12:48complice
12:49ou qu'elle aurait pu déduire
12:50que les messages
12:51avaient un caractère
12:52de préparation
12:53d'une opération terroriste.
12:54En tout cas,
12:55elle sera relâchée
12:55quatre jours plus tard.
12:57Aux yeux des policiers,
12:58vraiment,
12:58elle n'est pas suspectée
13:00d'être complice ?
13:00En l'état,
13:01non,
13:01puisqu'elle est remise
13:02en liberté
13:03sans même avoir été
13:04déférée ou mise en examen.
13:06Donc,
13:06ça veut dire
13:07qu'à ce stade-là,
13:08dans le dossier,
13:09dans tout ce qui a pu
13:09être épluché déjà
13:11des perquisitions
13:12de ses auditions,
13:13il n'y a pas d'éléments
13:14qui permettent de penser
13:16qu'elle a pu
13:17non seulement inciter,
13:19mais surtout
13:20qu'elle a pu même
13:21être au courant
13:21d'un projet quelconque
13:22qu'elle aurait caché
13:23ou qu'elle aurait
13:25volontairement dissimulé.
13:30Jean-Michel
13:31Descugissons
13:31revient le jour
13:32de l'attaque terroriste
13:33le jeudi 3 octobre
13:34dans l'après-midi
13:35à 16h35.
13:37Le ministre de l'Intérieur,
13:38Christophe Castaner,
13:39fait sa première déclaration.
13:40Qu'est-ce qu'il dit en substance ?
13:42Il dit que Michael Harpon
13:44n'a jamais été présenté
13:46comme quelqu'un
13:48qui avait des difficultés
13:48comportementales,
13:50qui n'y avait jamais eu
13:51de signal d'alerte.
13:53Il n'a jamais présenté
13:54le moindre signe d'alerte.
13:56Et sans doute,
13:56il a parlé un peu vite.
14:00Très vite,
14:01va remonter le fait
14:03que des collègues
14:04de travail
14:05avaient signalé
14:06des signes
14:07de radicalisation
14:08chez lui
14:08ces dernières semaines.
14:10Certains disent
14:11qu'il ne serrait plus
14:12la main des femmes,
14:15ne leur faisait pas
14:15en tout cas la bise,
14:16qu'il y avait eu
14:17ce problème
14:18à un moment
14:19des attentats
14:20de Charlie Hebdo
14:20où il avait
14:22cautionné
14:22ces attentats.
14:23Donc tout ça
14:24remonte.
14:24Et là,
14:25évidemment,
14:26l'opposition
14:27va se déchaîner.
14:29J'appelle aujourd'hui
14:30Christophe Castaner
14:31à cesser ses fonctions.
14:32L'opposition
14:32a demandé sa démission.
14:34Il est entendu
14:35par les différentes commissions.
14:37Et bon,
14:38il est effectivement
14:39très fragilisé.
14:40Christophe Castaner
14:41qui va s'en expliquer
14:42à deux reprises
14:43cette semaine
14:44à l'Assemblée
14:45puis au Sénat.
14:46C'est en trouvant
14:46des réponses
14:47que nous ferons en sorte
14:48que plus jamais
14:49cela ne se reproduise.
14:50Et ce mardi 8 octobre
14:52dans la cour
14:52de la préfecture
14:53de police de Paris
14:54Emmanuel Macron
14:55a rendu hommage
14:56aux fonctionnaires tués.
14:57Vos collègues
14:58sont tombés
14:59sous les coups
15:00d'un islam dévoyé
15:01et porteur de mort
15:02qu'il nous revient
15:03d'éradiquer.
15:04Jean-Michel Décugis
15:05au niveau de l'enquête
15:06quelles questions
15:06les policiers
15:07vont devoir éclaircir
15:08aujourd'hui ?
15:09La première chose
15:10c'est savoir
15:10s'il a oui ou non
15:11bénéficié de complicité.
15:13Est-ce qu'il a pu
15:14transmettre
15:15des informations
15:17secret défense
15:18à des terroristes
15:20ou même
15:20à Daesh ?
15:22Et ce qui inquiète
15:23beaucoup c'est cette clé USB
15:24qu'on a retrouvée
15:25dans son bureau
15:25dont le Parisien
15:27a révélé l'existence.
15:28Une clé USB
15:29devenue un précieux
15:30indice pour l'enquête.
15:31Elle contient
15:32une liste de noms,
15:33des coordonnées
15:34et des données personnelles
15:36concernant plusieurs dizaines
15:37de ses collègues
15:38à la préfecture de police.
15:39Pourquoi ils étaient
15:40sur cette clé USB ?
15:42À côté de vidéos
15:43aux décapitations ?
15:44Est-ce qu'il a transmis
15:45ses coordonnées
15:45à d'autres terroristes ?
15:47Les policiers vont devoir
15:48répondre à ces questions
15:49évidemment.
15:50Ça va être un long travail
15:51de décryptage
15:52pour savoir
15:53quels sont les fichiers
15:54et à qui éventuellement
15:56ont-ils été transmis.
15:57Damien Delceni,
15:58cette attaque terroriste
16:00au sein même
16:01de la préfecture de police
16:02de Paris,
16:02j'imagine que c'est un grand
16:04traumatisme
16:04pour tous les policiers ?
16:05C'est un double traumatisme.
16:06D'abord géographiquement
16:07ça se passe au cœur
16:08de l'appareil policier parisien
16:11et de l'appareil historique
16:12policier parisien
16:13et en plus
16:14l'attaque elle est commise
16:15alors pas par un policier
16:17mais en tout cas
16:17par un fonctionnaire
16:18de la préfecture de police.
16:19On savait que c'était
16:20le scénario du pire
16:21et forcément
16:23il y aura un avant
16:24et un après
16:25cette histoire-là
16:25parce que
16:26quand on est frappé
16:27de l'extérieur
16:27déjà dans un bâtiment
16:29comme celui-là
16:30c'est très difficile à gérer
16:31mais là quand en plus
16:32on sait
16:33que l'attaque
16:34est venue de l'intérieur
16:35par quelqu'un
16:35qui était là
16:36depuis plus de 15 ans
16:38dans un service
16:39censé
16:40entre autres
16:41mettre hors d'état de nuire
16:43les radicaliser
16:43et les repérer
16:44et qu'on a laissé
16:46quelque part
16:46germer au milieu
16:47de ces bureaux
16:47un véritable poison
16:49c'est forcément
16:51traumatisant d'abord
16:52et ensuite
16:52ça pose de vraies questions
16:55sur la remontée
16:55de l'information
16:56sur comment on gère
16:58ces cas-là
16:59à la préfecture de police
17:01mais quelque part
17:01dans tous les commissariats
17:02de France
17:02à quel moment on le signale
17:04comment faut-il le signaler
17:05ça laisse forcément
17:06des traces extrêmement profondes.
17:08On sait combien il y a de policiers
17:09sur lesquels il y a des suspicions
17:10de radicalisation
17:11en France ?
17:12Alors oui
17:13on sait qu'il y a à peu près
17:15une trentaine de policiers
17:17radicalisés
17:17aujourd'hui
17:18on sait que
17:19l'IGPN
17:20la police des polices
17:21et bien
17:22suit
17:2319
17:25fonctionnaires
17:25que certains
17:26ont été
17:27radiés
17:286 d'entre eux
17:30mais parfois
17:30et c'est un véritable
17:31casse-tête
17:32pour l'institution
17:33et bien
17:33le tribunal administratif
17:36annule
17:36ses révocations
17:37et réintègre
17:38les policiers
17:39dans l'institution
17:40parfois
17:41ils sont mutés
17:42c'est très compliqué
17:44à la fois
17:44de signaler
17:46des faits
17:47de radicalisation
17:48pour les collègues
17:49de travail
17:50parce qu'il ne faut pas
17:50qu'ils se loupent
17:51ils peuvent être traités
17:52de catalogués
17:53de discrimination
17:54et puis ensuite
17:56parfois
17:57il y a des vengeances
17:58il y a des gens
17:58qui vont faire
17:59des faux témoignages
18:00donc c'est difficile
18:00de faire la part des choses
18:01effectivement le problème
18:03il est double
18:04c'est comment
18:05et à partir de où
18:06on met le curseur
18:07c'est-à-dire
18:08qu'est-ce qu'on peut considérer
18:09comme de la radicalisation
18:10est-ce que ce sont des propos
18:11est-ce que c'est une fois
18:12est-ce que c'est des propos réitérés
18:14est-ce que c'est
18:15des habitudes vestimentaires
18:16qui changent
18:16est-ce que c'est plusieurs
18:18facteurs à la fois
18:19qui doivent amener
18:19donc il faut presque
18:21inscrire dans le marbre
18:22qu'est-ce qui va être
18:22le mode d'emploi
18:23du radicalisé
18:24dans les services publics
18:25et dans la police en particulier
18:27et une fois que ça
18:28c'est déterminé
18:29c'est
18:29qu'est-ce qu'on fait après
18:30c'est-à-dire
18:31il suffit pas de lever la main
18:32et de dire
18:33mon voisin est radicalisé
18:34après il faut mettre tout ça
18:35sur du papier
18:35là ce qui semble avoir arrêté
18:37la procédure en 2015
18:38c'est quand on leur a demandé
18:39de faire un rapport
18:39faire un rapport c'est quoi
18:41c'est laisser son nom
18:42et son matricule
18:43sur une feuille écrite
18:44c'est quelque chose
18:44qui poursuit après
18:46et c'est quelque chose
18:47qui laisse une trace
18:47là on a préféré
18:48le rapport oral
18:49c'est-à-dire
18:49on va voir son chef
18:50intermédiaire
18:51on a un problème
18:51avec Mickey Alarpon
18:52lui il leur dit
18:53pas de problème je gère
18:54tout ça se fait
18:56sans aucun papier
18:57sans aucun rapport
18:58on n'a pas de problème
18:59avec la hiérarchie du dessus
19:00qui viendrait nous voir
19:01en disant
19:01mais qu'est-ce que c'est
19:01que cette histoire
19:02avec Mickey Alarpon
19:03tout ça reste quelque part
19:04c'est la poussière
19:05qu'on met sous le tapis
19:06en espérant
19:07qu'il ne se passe jamais rien
19:08et quand il se passe
19:09quelque chose comme là
19:09on découvre effectivement
19:10qu'il y a de la poussière
19:11sous le tapis
19:13Merci à Jean-Michel Décugis
19:15et Damien Delseni
19:16dossier conçu et préparé
19:17par Clara Garnier-Amourou
19:19production Marion Botorel
19:21réalisation Julien Moncouquiol
19:23Code Source
19:24est le podcast
19:25d'actualité du Parisien
19:26n'oubliez pas de vous abonner
19:28sur votre application
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19:30nous sommes aussi disponibles
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