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Le samedi 21 septembre, le corps de Philippine, 19 ans, est retrouvé au bois de Boulogne. Après une traque incessante de trois jours, les enquêteurs parviennent à retrouver la trace d’un homme, suspecté d’être le meurtrier de l’étudiante. Il s’agit d’un marocain de 22 ans, condamné en France pour viol en 2021, qui était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. Code source revient sur l’enquête et sur les questions qui ont suivi l’arrestation du suspect, avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien, et Timothée Boutry, journaliste dans ce même service.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Raphaël Pueyo et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : BFMTV

#crime #faitsdivers #oqtf

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'est un meurtre qui a ému la France-Philippine.
00:15Une étudiante de 19 ans a été tuée dans le bois de Boulogne à Paris le vendredi 20 septembre.
00:20Ses obsèques ont été célébrés une semaine plus tard à Versailles dans les Yvelines.
00:24Dans cette affaire, un suspect a été arrêté en Suisse le 24 septembre.
00:28L'homme est un Marocain de 22 ans, condamné en France pour viol en 2021.
00:33Il était sous le coup d'une OQTF, une obligation de quitter le territoire français.
00:38Codesource revient sur ce meurtre aujourd'hui, l'enquête et les questions qui ont suivi l'arrestation du suspect
00:43avec Damien Delceny, chef du service Police-Justice du Parisien,
00:47et Timothée Boutry, journaliste dans ce même service.
00:59Les obsèques de Philippine Lenoir de Carland, 19 ans, sont célébrés le vendredi 27 septembre à Versailles dans les Yvelines.
01:06L'étudiante aurait dû fêter ses 20 ans en octobre.
01:09Dans cet épisode de Code Source, on va résumer les éléments dont on dispose sur ce drame.
01:14Damien Delceny, tout commence le vendredi 20 septembre en fin de journée.
01:18Philippine n'a pas donné de nouvelles à ses proches.
01:21D'abord, qui est-elle ?
01:23Philippine, c'est une étudiante de 19 ans qui est étudiante à l'université de Dauphine à Paris,
01:29qui se trouve dans le 16e arrondissement.
01:31Elle est étudiante en ingénierie financière.
01:33Une étudiante sérieuse, bien intégrée dans son université,
01:38et très appréciée à la fois de ses camarades, mais aussi de pas mal de ses professeurs.
01:43Philippine n'est pas du tout du genre à ne pas donner de nouvelles à ses proches.
01:46En tout cas, c'est ce que disent immédiatement ses parents,
01:49qui sont tout de suite très inquiets parce qu'elle ne répond pas au téléphone.
01:52Elle ne vient pas au rendez-vous avec eux qu'elle avait fixé.
01:55Et ces deux éléments-là leur transmettent tout de suite beaucoup d'inquiétude
01:58parce qu'elle n'est pas habituée à poser des lapins à ses parents.
02:01Et surtout, là, elle ne répond plus du tout.
02:04Dès le lendemain, une battue est organisée dans le bois de Boulogne,
02:07dans le 16e arrondissement de Paris,
02:09bois où elle a dû passer après avoir quitté l'université.
02:13Cette battue, déjà, elle est décidée par les parents de Philippine
02:16et par des amis et par sa famille.
02:18Dès le vendredi soir, samedi matin.
02:20Sachant que le vendredi soir, les parents, ils signalent,
02:22dans la nuit de vendredi à samedi, sa disparition au commissariat
02:24qui se trouve à côté de chez eux, à Montigny-le-Bretonneux, dans les Yvelines.
02:27Mais comme de coutume dans ces cas-là,
02:29Philippine, elle a 19 ans.
02:31Donc, les policiers écoutent ce que disent les parents de Philippine,
02:34mais il n'y a pas de disparition inquiétante puisqu'elle est majeure.
02:37Et dès le samedi matin, quand les parents sont de plus en plus inquiets
02:39parce qu'ils n'ont toujours aucune nouvelle de leur fille,
02:42ils décident par eux-mêmes de déclencher cette battue
02:45parce que, pour eux, le temps presse.
02:46Ils sentent que la police ne s'empresse pas à chercher leur fille.
02:49Donc, eux, ils décident de se rendre sur le terrain,
02:51de mettre des affiches, des avis de recherche
02:53et de chercher effectivement dans cet endroit
02:55qui se trouve entre la fac et entre son petit appartement.
02:58Pendant la battue, les proches de Philippine retrouvent son téléphone.
03:01Ils parviennent par un moyen technique lié à l'opérateur
03:04à retrouver son téléphone, à le géolocaliser.
03:07Ils vont effectivement découvrir ce téléphone abandonné sur le sol
03:10et à quelques mètres de là, juste derrière un petit monticule de terre,
03:14ils vont marcher autour pour regarder
03:15et ils vont découvrir une partie du corps de Philippine
03:18puisqu'elle a été en partie enterrée.
03:26Dans les heures et les jours qui suivent,
03:27les étudiants de l'Université de Paris-Dauphine sont dans l'angoisse.
03:31À ce moment-là, personne n'a la moindre idée
03:33de qui a pu tuer Philippine.
03:35On est des milliers de filles dans cette fac.
03:38Ça aurait pu être n'importe laquelle de nous.
03:40Un vendredi après-midi, je crois que c'était vers 14h.
03:42Ça peut vraiment arriver à n'importe quel moment, à n'importe qui.
03:45Et c'est ça qui fait peur surtout.
03:48Damien Delsény, que révèle l'autopsie ?
03:51Alors, l'autopsie, elle révèle que Philippine est morte par asphyxie.
03:55Il n'y a pas d'utilisation d'armes, ni d'armes à feu, ni d'armes blanches.
04:00Il n'y a pas non plus visiblement beaucoup de coups qui ont été portés.
04:04Et il y a une suspicion, mais qui n'arrive pas à être prouvée scientifiquement en l'état,
04:09d'une possible tentative de viol ou tentative d'agression sexuelle.
04:13Un ADN qui n'est pas celui de Philippine est découvert sur son corps.
04:16Oui, comme d'habitude, c'est-à-dire que quand la scène de crime est gelée,
04:19l'identité judiciaire arrive, fait des prélèvements.
04:23Effectivement, il révèle la présence d'une empreinte ADN sur le corps de Philippine.
04:29Empreinte qui est passée évidemment immédiatement au fichier national des empreintes génétiques,
04:33mais qui, à ce moment-là, ne matche pas avec une empreinte présente dans le fichier.
04:38Dès les premières heures de l'enquête, les policiers sont sur la trace d'un suspect.
04:41D'abord, d'où vient cette piste ?
04:43Elle vient des témoignages, en fait.
04:44Les policiers vont faire une enquête somme toute très classique.
04:47Ils vont aller dans le bois de Boulogne immédiatement après la découverte du corps.
04:50Ils vont interroger les gens qui passent.
04:53Il y a aussi pas mal de SDF ou de gens qui vivent dans le bois
04:56et qui peuvent avoir vu passer quelqu'un.
04:58Et en fait, assez vite, ils vont avoir plusieurs témoignages
05:02qui les ramènent vers un homme qui a été vu dans la journée de la disparition de Philippine.
05:07Un homme qui a été remarqué pour deux raisons.
05:09Parce que d'abord, il porte un masque chirurgical.
05:12En tout cas, les témoins qui l'ont vu, l'ont vu avec ce masque chirurgical.
05:14Et qu'il a les cheveux, une queue de cheval, un espèce de petit chignon.
05:18Et ils ont vu cet homme dans le périmètre où on a découvert le corps de Philippine,
05:22au moment où elle a pu disparaître.
05:24Et sa présence a été suffisamment étrange pour qu'en tout cas,
05:28plusieurs témoins se souviennent de lui.
05:30Et concrètement, comment travaillent les enquêteurs une fois qu'ils ont ce signalement ?
05:33Une fois qu'ils ont ces éléments, ils vont travailler sur plusieurs supports.
05:36D'abord, ils ont des caméras de vidéosurveillance.
05:38Alors pas dans le bois de Boulogne en tant que tel,
05:40mais aux alentours du bois, aux entrées, aux sorties, à côté de la fac, etc.
05:44Sur cette caméra, ils cherchent un type avec une queue de cheval et un masque chirurgical.
05:48Donc ils vont faire ces recherches-là.
05:50En parallèle, ils vont faire ce qu'ils font à chaque fois maintenant,
05:53c'est-à-dire des recherches sur les bornes téléphoniques
05:55qui sont dans le secteur et de la disparition et de la découverte du corps de Philippine.
05:59Alors ça, c'est un travail très fastidieux
06:01parce que les bornes téléphoniques, elles accrochent tous les téléphones
06:04qui sont passés dans ce secteur-là sur un temps de plusieurs heures.
06:07Donc il y a plusieurs milliers de connexions sur cette bande téléphonique.
06:10Mais en tout cas, ça leur donne une première remontée d'informations
06:13et ils vont commencer leur enquête comme ça.
06:16Et de l'argent est prélevé avec la carte bleue de Philippine.
06:19Alors c'est ce qui va permettre aux policiers d'affiner encore plus leurs recherches.
06:23Pourquoi ? Parce que ce retrait, il est fait à Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
06:27Les policiers vont évidemment se rendre dans ce distributeur automatique de billets
06:30qui, comme beaucoup, est équipé d'une caméra de surveillance.
06:33Donc on va avoir de nouvelles images de la personne qui détient la carte bancaire de Philippine.
06:37Et surtout, pour tout ce qui est bornage téléphonique,
06:39on va pouvoir comparer ce qui a été fait autour du bois de Boulogne
06:43et ce qui est fait dans le secteur du DAP de Montreuil.
06:46Ce qui veut dire qu'en croisant les éléments,
06:47on se dit que peut-être le téléphone qui a borné à Montreuil,
06:50si c'est un numéro commun avec celui qui a borné au bois de Boulogne,
06:52on a peut-être le bon détenteur du téléphone.
06:54Et c'est le cas ?
06:55C'est le cas, sauf que ce téléphone qui va être isolé,
06:57comme étant présent et au bois de Boulogne et à Montreuil,
07:00il ne renvoie pas à une identité précise.
07:03C'est un téléphone dont la ligne a été ouverte sous une identité fantaisiste.
07:06Ça donne à la fois une info, mais ça ne donne pas le nom du suspect.
07:10Les enquêteurs finissent par trouver un nom à cet individu.
07:13C'est le début d'une quête qui va durer trois jours et trois nuits.
07:16Il le rate de peu à Annecy, en Haute-Savoie.
07:19Et finalement, Damien Delceni, c'est en Suisse qu'il est interpellé le soir du mardi 24 septembre.
07:25Information révélée dans un premier temps par le média en ligne de fait divers, Actu 17.
07:28Oui, en fait, il est en train de démarrer une cavale, tout simplement.
07:32Il se sait probablement rechercher.
07:35Donc, effectivement, il a quitté Paris.
07:36Il est repéré à Annecy, qui n'est pas très, très loin de la frontière suisse.
07:39Les policiers envoient un dispositif sur place pour essayer de l'interpeller.
07:43Au moment où le dispositif est près de lui, il a déjà bougé.
07:46Il a passé la frontière et finalement, il a interpellé dans le canton de Genève.
07:49On vient d'apprendre que le meurtrier présumé de Philippines,
07:54cette jeune femme dont le corps a été retrouvé dans le bois de Boulogne, a été interpellée ce soir.
08:02Timothée Boutry, le suspect, est un Marocain âgé de 22 ans.
08:05Il a été condamné pour viol en France en octobre 2021.
08:09D'abord, qu'est-ce qu'on sait sur lui ?
08:11Qu'il est arrivé en France alors qu'il était mineur, à 17 ans.
08:15Il est entré en France via l'Espagne avec un visa touristique.
08:19Donc, il est entré de manière régulière.
08:22Mais il s'est maintenu sur le territoire, donc il n'était plus en situation régulière.
08:26Et il était ce qu'on appelle un mineur isolé, c'est-à-dire un mineur non accompagné.
08:30Il avait été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du Val-d'Oise.
08:33L'année de son arrivée en France en 2019, au mois de septembre, il commet un viol.
08:38Sa victime est âgée de 23 ans.
08:40Il l'a violée dans un bois de tavernie dans le Val-d'Oise.
08:43Le jeune homme est donc condamné en 2021 à 7 ans de prison.
08:46Il est incarcéré dans Lyon, au centre de détention de Joulaville.
08:51Timothée Boutry, il est libéré cette année, en 2024, au mois de juin.
08:55D'abord, pourquoi ?
08:56Alors en fait, effectivement, il ne purge pas cette année de prison.
09:00Mais ça, c'est la règle.
09:02Il y a ce qu'on appelle les remises de peine, les remises de peine automatiques.
09:06Le régime a été modifié.
09:08Mais quand il sort, c'est le moment où on ne peut plus l'incarcerer,
09:11puisqu'il a purgé l'intégralité de ce qu'il devait purger derrière les barreaux.
09:14Sa condamnation pour viol n'avait pas été assortie d'une obligation de quitter le territoire à l'issue de
09:20la peine.
09:20Pourquoi ?
09:21Il n'y avait pas d'interdiction du territoire français, comme on dit, puisqu'il était mineur, au moment des
09:25faits.
09:25Et c'est une peine complémentaire que l'on ne peut pas prendre contre des enfants.
09:29Après sa libération, la préfecture de Lyon a souhaité l'expulser du pays.
09:34Il y a d'abord eu une volonté de l'expulser.
09:37Le 2 juin, la commission d'expulsion a été saisie, sachant que sa libération, c'était le 18 juin.
09:43Son cas n'a pas pu être pris à ce moment-là, puisqu'il n'y avait pas d'avocat.
09:47Et donc, ça a été renvoyé à la commission du mois suivant, le 3 juillet.
09:52Et donc là, on était à une date postérieure à Sarmis dans Liberté.
09:56Donc, la préfecture de Lyon a opté pour l'autre dispositif qui permet d'éloigner un étranger en situation irrégulière,
10:04qui est celle de l'obligation de quitter le territoire français, l'OQTF.
10:08En résumé, quelle est la différence entre les deux dispositifs ?
10:11Alors, l'expulsion a un caractère un peu plus contraignant que l'OQTF.
10:16La France demande au Maroc un laissé-passer consulaire, un document nécessaire pour avoir le droit de l'envoyer au
10:22Maroc.
10:23Mais il y a une erreur dans cette demande.
10:25Oui, déjà, il faut rappeler que c'est un document qui est absolument indispensable.
10:27Pour éloigner un étranger que la France ne souhaite pas conserver sur son territoire,
10:33il faut l'accord de son pays d'origine, qu'il l'accueille sur son sol.
10:37Et donc, il faut ce fameux laissé-passer consulaire.
10:40Et c'est vrai que ça prend du temps.
10:42Il y a des pays qui sont plus ou moins conciliants.
10:44Il y a eu une volonté du ministère de l'Intérieur en 2019 de rationaliser les demandes de laissé-passer
10:50consulaire
10:50et de centraliser les demandes pour un certain nombre de pays, notamment le Maroc.
10:54Et même avec le Maroc, il y a un dispositif spécifique avec une adresse mail unique.
10:59Et donc, théoriquement, toutes les demandes de délivrance d'un laissé-passer consulaire pour le Maroc
11:04doivent passer par ce canal-là au niveau du ministère.
11:08Et ce qu'on comprend, c'est que dans un premier temps, la préfecture de Lyon a fait une demande,
11:12je dirais, en direct.
11:13Et que très rapidement, le Maroc a répondu en disant « non, c'est pas le bon canal ».
11:17Et donc, il a fallu attendre un mois, puisque la demande initiale, elle date du 18 juin.
11:23Et finalement, la demande va partir par le bon canal le 18 juillet.
11:27Pendant cette procédure, le jeune Marocain a été placé dans un centre de rétention à Metz, en Moselle.
11:33Et à plusieurs reprises, il a fallu demander des prolongations pour ce placement en centre de rétention à un juge,
11:40le JLD, le juge des libertés et de la détention.
11:43Oui, parce qu'en fait, un placement en centre de rétention administrative, c'est une mesure de coercition.
11:48Vous n'êtes pas libre de vos mouvements.
11:50Le but, c'est l'expulsion.
11:52L'unique objet d'un placement en centre de rétention, c'est, in fine, d'obtenir l'éloignement de la
11:57personne.
11:58Et le législateur a prévu un certain nombre de contrôles par le juge judiciaire,
12:03qui, selon un calendrier très précis, doit régulièrement examiner la demande
12:08et savoir si ce placement en centre de rétention peut être prolongé.
12:13Est-ce qu'il y a des critères, en fait, qui sont respectés ?
12:15Est-ce que la préfecture effectue les démarches nécessaires pour obtenir les documents ?
12:19Voilà, donc tout ça doit être vérifié pour contrôler cette mesure coercitive.
12:23Concrètement, pour quel motif la préfecture de Lyon demande la prolongation de la rétention de ce jeune Marocain ?
12:29Tout simplement parce qu'elle n'a pas encore obtenu de laisser passer.
12:32Et donc, tant qu'il n'y a pas ce laisser passer, il y a la nécessité de le conserver
12:37dans le centre de rétention
12:39pour s'assurer que, le moment venu, il pourrait être éloigné.
12:49Timothée Boutry, le 3 septembre, le juge des libertés et de la détention de Metz,
12:53doit décider pour la quatrième fois de prolonger ou non la rétention de ce jeune homme.
12:58Et ce jour-là, la juge décide de le libérer, de ne pas prolonger la rétention. Pourquoi ?
13:04Alors, en fait, c'est très codifié, les placements en rétention.
13:08Et donc, il y a un certain nombre de critères qui doivent être respectés pour que la mesure soit prolongée.
13:13Depuis la dernière loi immigration, la notion de trouble et de menace à l'ordre public a été ajoutée.
13:20Typiquement, c'est le cas de ce jeune homme, Taha, qui a déjà été condamné pour viol.
13:24Et donc, il peut représenter un trouble à l'ordre public.
13:28Sauf qu'en fait, il faut que ce trouble ait été commis pendant la période où il était en rétention.
13:34C'est-à-dire que ce n'est pas le trouble initial à l'ordre public qui doit être pris
13:38en compte,
13:39mais le trouble qui aurait pu être créé pendant les 15 derniers jours,
13:43soit pendant la période où il est en centre de rétention.
13:45Ce qui fait que, dans l'ordonnance de la juge, elle souligne la dangerosité potentielle de ce jeune homme,
13:51elle souligne son passé judiciaire, qu'elle n'ignore pas, elle indique même qu'il y a un risque de
13:57réitération.
13:58Mais la loi dit qu'il faut qu'il se soit passé quelque chose dans les 15 derniers jours, ce
14:03qui n'est pas le cas.
14:04Et donc, la juge, elle en tire la conclusion, impossibilité de prolonger puisqu'il n'y a pas de critères.
14:08Il y a d'autres critères qui permettent cette ultime prolongation de 15 jours, mais qui n'étaient pas remplis.
14:14C'est soit si la personne s'oppose à son départ, ce qui n'a jamais été le cas, soit
14:18s'il y a une demande d'asile.
14:20Il y a un autre critère qui compte, c'est est-ce que la préfecture peut dire qu'à bref
14:24délai, on va obtenir le document nécessaire ?
14:26On est toujours dans l'attente de ce fameux laisser-passer consulaire.
14:29Et là, à ce moment-là, la juge constate qu'il y a eu plusieurs relances auprès du Maroc, il
14:33n'y a pas de réponse.
14:33Et donc, la préfecture ne peut pas dire « Attendez, attendez, gardez-le encore au chaud parce qu'on est
14:38vraiment sur le point d'obtenir le document nécessaire pour l'éloigner ».
14:41Et c'est donc la raison pour laquelle aucun des critères de la prolongation n'étant réuni, la juge en
14:46tire les conséquences et dit « Je le remets en liberté ».
14:49En entendant ça, certains vont dire « La juge des libertés a libéré, a relâché un violeur ».
14:53Taha, ce jeune Marocain, a été condamné par la cour d'assises en 2021 pour des faits datant de 2019.
15:00Il a purgé l'intégralité de sa peine. Et là, on était juste dans la question de son éloignement, de
15:05l'exécution de son obligation de quitter le territoire français.
15:08Donc, on n'est pas du tout dans une libération anticipée, une sortie sèche ou quoi que ce soit.
15:13On n'est pas du tout sur le contentieux de sa peine. On est uniquement dans un débat sur sa
15:19présence ou non sur le territoire français.
15:20L'homme est laissé libre. Il est assigné à résidence dans un hôtel, mais il ne va jamais s'y
15:25rendre.
15:25Le lendemain, le mercredi 4 septembre, le Maroc délivre le laissé-passer consulaire pour cet individu, mais lui est déjà
15:34dans la nature.
15:35Damien Delsony, est-ce qu'on sait ce qu'il fait entre cette date du 4 septembre et le vendredi
15:4020 septembre, le jour où Philippine, 19 ans, est tué dans le bois de Boulogne ?
15:44Non, on ne sait pas exactement ce qu'il fait, sauf qu'évidemment, il va se déplacer vers Paris, puisque
15:48c'est là qu'il va croiser la route de Philippine.
15:50Ce qu'on sait aussi, c'est que le fait qu'il ne se rende pas à l'adresse où
15:53il devait être dans cet hôtel pour y être assigné,
15:56et le fait qu'il ne pointe pas, comme il était prévu qu'il pointe dans un commissariat pour signaler
16:00sa présence,
16:00ça déclenche quasi automatiquement son inscription au FPR, qui est le fichier des personnes recherchées.
16:06Alors, ça ne veut pas dire qu'il y a des policiers qui le cherchent, ça veut dire qu'ils
16:08rentrent dans ce fichier,
16:09et qu'en cas de contrôle d'identité, dans un train, n'importe où, s'il est arrêté à ce
16:14moment-là,
16:14il est immédiatement interpellé et reconduit. Mais voilà, ça ne déclenche pas des recherches d'une enquête particulière sur lui.
16:20Et cet homme, depuis sa condamnation pour viol, figurait dans le FNAEG, le fichier national automatisé des empreintes génétiques.
16:27On sait pourquoi, du coup, l'ADN qui a été retrouvé au bois de Boulogne n'a pas correspondu, n
16:31'a pas matché ?
16:32Alors, on ne sait pas avec précision pourquoi. L'hypothèse principale, c'est que le prélèvement qui est effectué sur
16:37le corps de Philippine
16:38n'est pas d'une qualité ou d'une quantité suffisante pour pouvoir être dans des délais très brefs,
16:44puisque là, on est dans des délais de quelques heures ou quelques jours,
16:47ne peut pas être comparé efficacement à la trace qui était présente sur le FNAEG.
16:51C'est plus probablement un problème technique de qualité du prélèvement qu'une empreinte différente.
16:59Timothée Boutry, le suspect, donc ce ressortissant marocain de 22 ans, est actuellement en Suisse.
17:04Que va-t-il se passer pour lui ?
17:05Alors déjà, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour homicide et viol,
17:11et a délivré un mandat à l'encontre de ce suspect.
17:15Pour l'instant, il est donc aux mains des autorités suisses, il est en détention en Suisse,
17:19et la France va faire une demande d'extradition,
17:23c'est-à-dire qu'elle va demander à la Suisse de le remettre à la France,
17:26auquel cas, il sera présenté directement à un juge d'instruction qui décidera,
17:30on verra probablement à l'issue, de le mettre en examen.
17:33Mais il faut rappeler à ce stade qu'il ne s'agit que d'un suspect, pour l'instant,
17:38il n'est pas encore mis en examen,
17:39et comme tout à chacun, il bénéficie de la présomption d'innocence.
17:43Ce meurtre a entraîné beaucoup de réactions politiques.
17:46Le 25 septembre, le nouveau ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, du parti Les Républicains,
17:52déclare qu'il faut changer les règles après ce crime abominable.
17:56Le RN, qui compte aujourd'hui 126 députés à l'Assemblée,
17:59met en avant une proposition de loi,
18:01proposition de loi destinée à expulser automatiquement, à l'issue de leur peine,
18:05les étrangers condamnés à une peine d'au moins trois ans de prison.
18:09Timothée Boutry, ces dernières années, il y a eu plusieurs faits divers,
18:11plusieurs crimes commis par des individus qui étaient sous le coup d'une OQTF.
18:15On peut citer le meurtre de Lola à Paris en octobre 2022,
18:19tuée par une ressortissante algérienne de 24 ans,
18:22ou encore le meurtre d'un prêtre en Vendée en août 2021
18:25par un homme de nationalité rwandaise en situation irrégulière.
18:29Dans ces affaires, on peut avoir le sentiment que le crime aurait pu, aurait dû être évité.
18:34Que répondre à ça ?
18:35Déjà en premier lieu, il faut quand même dire que les principaux responsables des crimes,
18:39ce sont les auteurs eux-mêmes.
18:40Alors après, on a un débat qui s'est un peu mystérisé sur la question de l'OQTF,
18:44et il faut aussi bien dire ce que c'est.
18:47Aujourd'hui en France, il y a énormément de mesures qui ont été prises par des préfectures,
18:50elles sont même incitées à le faire,
18:54mais sous ce vocable, il y a des situations qui sont extrêmement différentes,
18:58et que la très grande majorité des personnes qui aujourd'hui en France sont l'objet d'une OQTF,
19:02sur des personnes qui n'ont jamais commis d'infraction et qui travaillent dans des secteurs importants de l'économie
19:10française.
19:10Et comme plusieurs personnes le disent, si vous exécutez du jour au lendemain toutes les OQTF en France,
19:15on peut fermer les crèches, les cantines, les hôpitaux et les restaurants.
19:20Donc voilà, il faut bien comprendre que toutes les personnes visées par une OQTF n'ont pas forcément commis des
19:25délires.
19:26Alors c'est vrai que c'était la politique du dernier gouvernement de dire,
19:29il ne faut pas vraiment regarder le taux d'exécution de deux OQTF qui est de moins de 10%,
19:32ce qui est effectivement faible,
19:34mais nous, notre politique, c'est de se concentrer plutôt sur le profil des personnes délinquantes,
19:40avec un potentiel de trouble à l'ordre public,
19:42et que c'est là-dessus que l'accent devait être mis sur les éloignements,
19:45et de fait, il y a quantité de personnes qui font l'objet d'une OQTF et qui ne seront
19:49jamais éloignées,
19:50et d'ailleurs, tout le monde le sait qu'elles ne seront pas exécutées.
19:53Donc il ne faut pas se focaliser uniquement sur ce terme-là,
19:56et sur le chiffre des OQTF.
19:58Damien Delceni, est-ce que la loi pourrait changer dans les semaines qui viennent,
20:01et si oui, sur quel point ?
20:03La loi, elle existe, le dispositif légal, il existe.
20:05Faire des lois, des nouvelles lois, c'est très bien,
20:07après, il faut juste les mettre en place et les appliquer correctement.
20:11Ici, on n'est pas dans un problème de vie juridique ou de loi qui n'existe pas.
20:15La loi, elle existe, le dispositif, il existe.
20:17C'est juste sa mise en application, qui a été défectueuse,
20:20on l'a dit, pour des problèmes administratifs.
20:22Je ne suis pas persuadé en l'État qu'en changeant la loi,
20:25on évitera d'autres problèmes administratifs.
20:28Timothée Boutry, vous avez évoqué la quatrième prolongation de rétention
20:31qui a été refusée pour ce jeune Marocain.
20:34Là, concrètement, il y avait un souci sur la formulation de la loi.
20:37Je ne sais pas si on peut parler de souci, en fait.
20:40Tout le monde s'accorde à dire que ce texte-là est mal écrit.
20:43Après, il faut voir quelle est la volonté du législateur.
20:46D'une certaine manière, on peut effectivement, on l'a dit,
20:48considérer que plus on va dans le temps,
20:51plus on est exigeant avec les critères pour la prolongation.
20:54Là, on parle quand même de la période 75 à 90 jours.
20:57Donc on est quand même de 3 mois et demi à 4 mois.
21:00Donc c'est assez long.
21:01Et même il y a des personnes qui disent,
21:03oui, si on n'a pas obtenu en 3 mois,
21:06voilà, qu'est-ce qu'on obtiendra de plus en 15 jours ?
21:08Donc on peut toujours plus allonger.
21:10Pas sûr que ça change grand-chose.
21:12Et surtout, si on venait à allonger aussi
21:15la durée maximale de placement en centre de rétention,
21:18ça veut dire que ça prend plus de place dans les centres de rétention.
21:21Ces centres de rétention sont déjà pleins.
21:23Il y a quand même une question de liberté publique qui se pose
21:26parce qu'on est sur des gens qui n'ont pas commis d'infraction
21:28à l'instant T où on est en centre de rétention.
21:30Là, on n'est pas un délinquant quand on est en centre de rétention.
21:32On est juste en situation irrégulière.
22:00Vous pouvez nous laisser un commentaire
22:01et vous pouvez aussi nous écrire pour nous faire des retours directement
22:05ou pour nous poser des questions.
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22:10Merci.
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