Après la mort du jeune Nahel, 17 ans, par un policier à Nanterre le 27 juin, Code source revient sur la loi controversée de 2017 qui a assoupli l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre, dans le cas où des automobilistes tentent de prendre la fuite. Récit.
Cet épisode de Code source est raconté par Julian Constant, du service faits-divers Ile-de-France, et Damien Delseny, chef du service police justice.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Emma Jacob, Thibault Lambert et Julia Paret - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : TF1 et France Info.
#nahel #nanterre
Cet épisode de Code source est raconté par Julian Constant, du service faits-divers Ile-de-France, et Damien Delseny, chef du service police justice.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Emma Jacob, Thibault Lambert et Julia Paret - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le mardi 27 juin, à Nanterre, près de Paris, un policier a tué par balle un adolescent de 17 ans
00:18au volant d'une voiture qui essayait d'échapper à un contrôle.
00:22Le 29 juin, le fonctionnaire de 38 ans a été mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention
00:28provisoire.
00:29En 2022, 13 personnes ont été tuées par la police suite à des refus d'obtempérer.
00:34Pourquoi est-ce qu'il y a autant d'affaires de ce type ?
00:37Pourquoi et dans quelle mesure l'usage des armes à feu par les forces de l'ordre a-t-il
00:41été assoupli en 2017 ?
00:43Élément de réponse, aujourd'hui dans Codesources avec deux journalistes du Parisien,
00:47Julien Constant du service Fédiver Île-de-France et Damien Delsenis, chef du service Police-Justice.
00:57Bonjour, encore une décision qui va dans le sens de la sécurité des automobilistes.
01:02De quoi s'agit-il cette fois ? Eh bien de la mise en place du permis de conduire à
01:06point.
01:06Sur le permis de conduire, il y aura des coupons qu'on enlèvera au fur et à mesure des infractions
01:11jusqu'à retirer complètement le permis.
01:15Damien Delsenis, on a choisi de commencer ce podcast en 1993, l'année où le permis à point est mis
01:21en place.
01:21Pourquoi ce permis et qu'est-ce que ça va changer ?
01:23Il est mis en place pour des raisons de sécurité routière.
01:26A l'époque, il y a eu une accidentologie qui est assez importante et donc on décide de donner ce
01:30permis avec 12 points
01:31et des points qu'on perd, qu'on peut regagner.
01:34Mais c'est vraiment un outil de sécurité routière pour faire baisser les accidents,
01:38ce qui va d'ailleurs relativement bien fonctionner à ce niveau-là.
01:41Il va y avoir aussi l'introduction d'un permis probatoire ensuite pour les jeunes conducteurs,
01:45c'est-à-dire que quand vous passez votre permis pendant trois ans, vous n'avez que six points sur
01:49votre permis de conduire.
01:50C'est ce qu'on appelle le permis probatoire, qui est justement aussi destiné aux jeunes conducteurs
01:54pour qu'ils fassent un peu plus attention, parce que ce sont souvent les jeunes conducteurs
01:58qui sont présents dans les accidents corporels et dans les accidents mortels.
02:01Le revers de la médaille, c'est que ça va amener pas mal de conducteurs à prendre le volant sans
02:06permis de conduire,
02:07soit parce qu'ils l'ont perdu, soit aussi parce qu'ils ne l'ont pas passé, ce qui est
02:10assez fréquent.
02:11En France, il y a quand même près de 800 000.
02:13Enfin, on estime qu'il y a 800 000 personnes qui conduisent sans permis de conduire.
02:17Et donc ça, ça augmente le nombre d'élits de fuite, de refus d'obtempérer ?
02:21Automatiquement, mécaniquement, parce que vous n'avez pas votre permis ou vous l'avez perdu,
02:24on vous l'a suspendu, on vous l'a annulé, vous ne l'avez carrément pas passé.
02:27Forcément, vous voyez un barrage de police, vous vous dites, si je m'arrête, là, il va y avoir un
02:30problème.
02:31Donc ça a fait augmenter de manière exponentielle les refus d'obtempérer.
02:35Les refus d'obtempérer, en France, c'est presque 30 000 par an.
02:39En gros, ça en fait un toutes les 30 minutes en France.
02:43Dans l'histoire plus récente, en 2016, le 8 octobre, à Viry-Châtillon, dans l'Essonne,
02:47des policiers sont pris pour cible.
02:49Julien Constant, rappelez-nous en quelques mots ce fait d'hiver qui a fait la une de l'actualité.
02:52Nous sommes le 8 octobre 2016, à Viry-Châtillon, à la frontière du quartier sensible de la Grande-Borne.
02:59Deux véhicules de police sont chargés de surveiller le mât sur lequel est juchée une caméra de surveillance
03:05qui a été dégradée à plusieurs reprises par les tenants de la cité qui n'aiment pas être surveillés.
03:11Les voitures sont positionnées en dessous du mât quand ils sont assaillis par une quinzaine de voyous
03:16qui les jettent immédiatement des cocktails Molotov dans les voitures où se trouvent des fonctionnaires de police.
03:21Le bilan sera lourd avec deux blessés graves et un extrêmement grave avec des brûlures sur plus de 30%
03:29du corps.
03:30C'est un fait divers qui a été au-delà de l'Essonne puisqu'il a marqué durablement les mentalités
03:37des forces de l'ordre.
03:38Autant les fonctionnaires sont aguerris et habitués aux affrontements directs ou avec des usages de mortiers.
03:45Mais le fait que ce soit un guet-tapant avec un usage de cocktails Molotov met directement leur vie en
03:50danger
03:50avec tout le symbolisme que représente le feu et les dangers, les brûlures horribles et les blessures horribles que ça
03:56peut occasionner.
03:56Il y a eu plusieurs rebondissements judiciaires, une enquête qui a été brocardée par la Défense.
04:02Et donc cet événement a profondément marqué les policiers dans toute la France.
04:10Il y a aussi le contexte des attentats de 2015 à Paris et Saint-Denis et celui de Nice le
04:1514 juillet 2016 sur la promenade des Anglais.
04:17Et en 2017, un policier Xavier Juselet qui a été tué sur les Champs-Elysées le 20 avril 2017.
04:23En réaction à ces événements, le 2 mars 2017, dans les derniers mois du quinquennat du président François Hollande,
04:30« La loi qui régule l'usage des armes à feu par les policiers et les gendarmes est modifiée. »
04:35Damien Delsony, expliquez-nous ça.
04:36Alors elle est plus que modifiée, en fait elle est élargie.
04:39C'est l'article L435-1 du Code de sécurité intérieure, qui est donc en vigueur effectivement depuis le mois
04:46de mars 2017.
04:47Cette loi, elle va permettre d'élargir le champ de l'usage de l'arme par les policiers, mais en
04:53restant extrêmement vague en réalité.
04:55Cette loi, elle est très élastique, on peut l'interpréter de plein de manières différentes.
05:00Et c'était une loi qui a été faite aussi beaucoup à la demande des policiers et des syndicats de
05:04police.
05:04Et là, on a voulu s'adapter à la situation, qui était une situation de menaces terroristes quasi permanentes en
05:10France.
05:10Et à ce qu'on appelait les espèces de courses-poursuites, où on ne savait pas exactement à quel moment
05:15on pouvait ou pas tirer,
05:17à quel moment on était ou pas en légitime défense.
05:19Donc cette loi, elle était censée corriger ce problème.
05:21Alors qu'est-ce qu'elle dit concrètement ?
05:23Alors en fait, elle introduit la possibilité qu'un policier, parce qu'un véhicule a été dangereux 3 ou 4
05:29minutes avant,
05:29ou parce que potentiellement il peut l'être 3 ou 4 minutes après s'il ne s'arrête pas,
05:34il peut être autorisé à faire usage de son arme pour stopper ce véhicule, s'il ne veut pas s
05:38'arrêter.
05:39Donc dans la lignée A4 de cette loi, je vais vous la lire, c'est assez court.
05:43Lorsqu'ils ne peuvent pas y mobiliser autrement que par l'usage des armes, des véhicules,
05:48des embarcations ou autres moyens de transport dont les conducteurs n'obtempèrent pas à l'ordre d'arrêt
05:53et dont les occupants sont susceptibles de perpétrer dans leur fuite des atteintes à leur vie ou à leur intégrité
05:59physique
06:00ou à celle d'autrui, les policiers sont autorisés à faire usage de leur arme.
06:05Pour être clair, cet article de loi ne dit pas où il faut tirer pour arrêter un véhicule ?
06:09Non, alors il y a eu des consignes qui ont été passées, qui ne sont pas des textes de loi,
06:13mais des consignes dans les formations qui sont fournies aux policiers.
06:16Ce qu'on sait, c'est de neutraliser le conducteur en réalité.
06:19Tirer dans les pneus, c'est dangereux.
06:21Ça n'immobilise pas le conducteur qui peut démarrer et qui va ensuite rouler et s'enfuir
06:25avec une voiture qui va avoir un pneu crevé ou un pneu éclaté,
06:27qui va donc être difficile à piloter.
06:29Et dans ces cas-là, il peut aller heurter des piétons, des cyclistes, faire une sortie de route
06:34parce que sa roue est crevée et qu'il cherche quand même à partir.
06:37Donc le tir dans les pneus, il n'est pas conseillé du tout dans les formations et dans les manuels
06:41de police.
06:41Après cette modification de la loi, les tirs des forces de l'ordre sur des automobilistes
06:45qui cherchent à s'enfuir augmentent fortement, dans les premières années en tout cas.
06:48On va avoir 200 ouvertures de feu en 2017, c'est-à-dire l'année où la loi est promulguée.
06:54On est encore dans la droite ligne des attentats en France et de la menace terroriste assez forte.
06:59et surtout des menaces contre les policiers.
07:01Mais ce chiffre, il va ensuite constamment baisser.
07:04Et l'année dernière, en 2022, la police a recensé 138 ouvertures de feu.
07:09C'est à la fois moins qu'en 2017, mais surtout c'est moins alors même que les refus d
07:14'obtempérer,
07:14eux, n'ont cessé d'augmenter dans la même période.
07:17Il faut mettre ces deux chiffres un peu en miroir,
07:18c'est-à-dire on a quasiment 30 000 refus d'obtempérer en France chaque année
07:22et on a un peu plus de 100 ouvertures de feu.
07:26Malgré tout, est-ce que cette loi a changé quelque chose dans la culture de la police ?
07:29Ce n'est pas que cette loi qui a changé quelque chose dans l'usage des armes.
07:33L'usage des armes, il a basculé depuis les attentats de 2015.
07:36Et cette loi, elle a effectivement, quelque part, facilité l'usage des armes,
07:41surtout dans des situations qui n'étaient pas forcément des situations où on dégainait à l'époque.
07:46À Paris, en plein centre, des policiers ont tiré sur une voiture suite à un refus d'obtempérer.
07:51Bilan de mort et un blessé...
07:53Julien Constant, en 2022, le 24 avril, deux hommes, deux frères sont tués par des tirs de policiers
07:58dans le centre de Paris, sur le pont Neuf.
08:00Il est 23h45 sur le pont Neuf, à deux pas du palais de justice,
08:05quand les policiers qui sont en patrouille sont intrigués par le comportement suspect de cette voiture.
08:12Un véhicule polo. Le véhicule s'arrête au niveau du quai des Orfèvres.
08:16Deux personnes montent à l'intérieur et il décide de le contrôler.
08:20L'un des fonctionnaires, armé de son fusil mitrailleur, se place devant le véhicule,
08:25tandis que son collègue vient à la fenêtre pour contrôler les papiers.
08:28Soudain, le conducteur redémarre.
08:30Le policier pense que sa vie est en danger et il ouvre le feu.
08:34Les deux frères seront touchés de six projectiles.
08:38Deux mois plus tard, dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juin,
08:41dans le nord de Paris, dans le 18e arrondissement,
08:43une jeune fille de 21 ans est tuée par un policier.
08:45Ce matin-là, les jeunes gens sortent de boîte de nuit.
08:49La jeune fille a rencontré un garçon qui lui a proposé de la raccompagner.
08:53Ils roulent et ils sont contrôlés par la police.
08:57Encore une fois, le conducteur redémarre au moment du contrôle.
09:00Les policiers tirent et cette fois-ci, c'est la passagère qui est mortellement touchée par balle.
09:07Damien Delsony, à Nice, le 7 septembre,
09:09un policier ouvre le feu sur un homme qui refusait de s'arrêter
09:12et dont la voiture repart doucement en marche arrière.
09:15La scène est filmée.
09:16Il y a une vidéo amateur qui tourne avec un téléphone.
09:18On voit effectivement la phase finale de l'intervention.
09:21C'est une voiture qui est poursuivie déjà depuis un certain moment
09:24par plusieurs patrouilles de police dans la ville de Nice.
09:27À ce moment-là, la voiture du fuyard est bloquée par une voiture de police
09:32qui se trouve juste devant.
09:33Ils sont nez à nez, capot contre capot.
09:35Il y a un policier qui descend de la voiture pour mettre en joue le conducteur.
09:40Et effectivement, le réflexe du conducteur, c'est de partir en marche arrière.
09:43Et à ce moment-là, le policier ouvre le feu en direction du conducteur et le tue.
09:56Au total, en 2022, 13 personnes ont été tuées par la police suite à des refus d'obtempérer.
10:02Julien Constant, en 2023, il y a une nouvelle affaire comparable,
10:05le mercredi 14 juin à Angoulême en Charente.
10:08Ce matin-là, il est 4 heures du matin, quand un jeune homme d'origine guinéenne
10:13qui travaille dans un restaurant, part travailler.
10:17Il est repéré par la police sur la RN10 dans la banlieue d'Angoulême
10:21qui lui demande de s'arrêter.
10:24Le conducteur refuse.
10:27Il est pris en chasse et il est rattrapé lorsqu'il s'arrête à un feu rouge.
10:32Le policier dit qu'il s'est mis devant la voiture et qu'au moment où il a redémarré,
10:36il a été percuté à la jambe et il a ouvert le feu.
10:39Le seul coup de feu qui a été tiré a été mortel puisque le jeune cuisinier
10:43a été tué d'une balle dans le thorax.
10:45Sa famille restait dans son pays d'origine et dans l'incompréhension
10:49et demande des explications.
10:51Le policier assure qu'il était en légitime défense.
10:54Il a d'ailleurs été mis en examen le 28 juin pour homicide volontaire
10:58et placé sous contrôle judiciaire.
11:00Cette affaire dramatique dans les Hauts-de-Seine à Nanterre,
11:03un conducteur mineur qui a donc été tué par un tir de police
11:06après un refus d'obtempéré.
11:08On en arrive à l'actualité la plus récente, le mardi 27 juin, le matin.
11:12On apprend qu'un jeune automobiliste de 17 ans a été tué à Nanterre
11:15dans les Hauts-de-Seine par un tir de la police.
11:18Et dans un premier temps, Julien Constant,
11:20on a la version du policier qui a sorti son arme.
11:22Quelle est cette version au départ ?
11:24La première version qu'il donne consiste à dire qu'il était accoudé
11:27sur le capot de la voiture et qu'il a eu peur d'être traîné ou écrasé par le mur.
11:32Damien Delceni, une vidéo prise au téléphone par un témoin est publiée.
11:36Elle est largement relayée sur les réseaux sociaux.
11:38Qu'est-ce qu'on voit sur ces images ?
11:39Alors, c'est une vidéo qui dure un peu moins de 10 secondes.
11:42C'est la phase ultime, la phase finale.
11:43Et on voit effectivement ces deux policiers.
11:45Ils sont tous les deux au niveau de la portière du conducteur.
11:48La vitre est ouverte.
11:49On comprend qu'il y a un policier, on le voit d'ailleurs,
11:52qui effectivement a l'avant-bras appuyé sur le capot de la voiture,
11:56qui se trouve donc un peu de côté, un peu en biais.
11:58Il n'est pas devant la voiture, il est vraiment au niveau du rétroviseur avant du conducteur.
12:03Et l'autre, son collègue, qui est juste à côté de lui,
12:05et dont on a l'impression qu'il a les bras un peu à l'intérieur du véhicule,
12:08sans doute pour maîtriser ou pour essayer de stopper le conducteur.
12:11On entend aussi un certain nombre de phrases,
12:13dont on ne sait pas trop encore, au moment où on se parle, à qui on peut les attribuer.
12:17On entend « shoot » et on entend « tu vas te prendre une balle dans la tête ».
12:21Alors on ne sait pas qui exactement des deux policiers prononcent ces phrases-là.
12:24Et effectivement, on voit la voiture qui, au moment où elle redémarre,
12:28on voit le policier qui ouvre le feu une fois un projectile qui part dans l'habitacle.
12:36Et voilà, la séquence vidéo, elle se termine comme ça.
12:38Donc c'est une forme de mort en direct, en réalité, qui est filmée par ce témoin.
12:45Damien Delceni, qu'est-ce que l'on sait sur l'adolescent de 17 ans qui a été tué ?
12:49On sait que c'est un garçon qui vit à Nanterre, qui est fils unique,
12:54qui a été élevé par sa maman seule d'ailleurs, puisque le père n'est pas présent.
12:58C'est un garçon qui a eu un parcours un peu chaotique au niveau scolaire
13:02et qui cherchait là, via des stages, et qui notamment la pratique aussi du rugby à 13.
13:07Il y a une association à Nanterre qui fait de la réinsertion par le rugby.
13:11Et voilà, il faisait partie de cette association-là.
13:13Et donc il se déclarait lui-même comme livreur.
13:16Cette vidéo devient virale.
13:17Comme à chaque fois, elle est perçue différemment en fonction des sensibilités et des opinions de chacun,
13:21elle bouleverse une partie du pays.
13:23Par exemple, chez les célébrités, le footballeur Kylian Mbappé,
13:26l'acteur Omar Sy ou encore le réalisateur Mathieu Kassovitz,
13:30qui exprime publiquement leur indignation.
13:32Emmanuel Macron condamne, lui aussi, ce tir.
13:35Nous avons un adolescent qui a été tué.
13:38C'est inexplicable, inexcusable.
13:41Et d'abord, ce sont des mots d'affection, de peine partagée,
13:45de soutien à sa famille et à ses proches.
13:47Ensuite, la justice a été immédiatement saisie.
13:49Je souhaite qu'elle fasse son travail avec, évidemment, célérité
13:54et que la vérité puisse être faite dans les meilleurs délais
13:58et que, évidemment, nous soyons tous informés que la justice passe.
14:03Damien Delceni, il parle d'un acte inexplicable et inexcusable.
14:07Jusqu'ici, il prenait plutôt la défense des policiers.
14:09Oui, alors d'ordinaire, que ce soit le ministre de l'Intérieur
14:11ou le président de la République ou les premiers ministres,
14:14prennent toujours plutôt, alors pas la défense,
14:16mais en tout cas, une certaine forme de prudence
14:19avant d'impliquer un policier et de reconnaître, par exemple,
14:21le terme de bavure.
14:22Là, ce qui change un petit peu dans le vocabulaire d'Emmanuel Macron,
14:25c'est la deuxième partie de sa phrase.
14:28Qu'ils disent c'est inexplicable, là, à peu près tout le monde peut être d'accord,
14:31y compris les policiers, y compris les syndicats de police.
14:33C'est le terme inexcusable, le qualificatif inexcusable
14:36qui va tendre tout de suite, notamment beaucoup, les policiers et leurs syndicats
14:40parce que c'est un jugement avant même que le policier soit mis en examen
14:44et, bien sûr, plus tard condamné ou pas.
14:46Il y a une forme de condamnation, en réalité, par le président,
14:49du comportement et de ce qu'a fait le policier ce matin-là.
14:52Julien Constant, qu'est-ce que l'on sait du policier qui a tiré sur l'adolescent ?
14:56Le policier est un policier plutôt expérimenté, âgé de 38 ans.
15:00Il a travaillé à la DOPC, c'est-à-dire l'unité de la préfecture de police
15:04qui est chargée de réguler la circulation, donc un professionnel de la route.
15:09Il était affecté dans les Hauts-de-Seine depuis un an,
15:11après avoir travaillé longtemps à Paris.
15:13C'est quelqu'un qui est plutôt apprécié de ses collègues,
15:16qui est décrit comme quelqu'un qui est plutôt doué d'un certain sang-froid.
15:19Il a même été récompensé à plusieurs reprises,
15:22puisqu'il a eu une lettre de félicitation et une médaille de la sécurité intérieure
15:26pour son travail, notamment pour ses interventions dans le cadre de la crise des gilets jaunes.
15:32C'est aussi un ancien militaire qui est décrit comme quelqu'un qui a plutôt la tête froide.
15:37Damien Elsoni, même si on voit là que le policier est expérimenté,
15:39cette affaire pose forcément la question de la formation des policiers.
15:43Il faut quand même savoir qu'un policier, il y a une énorme majorité de policiers
15:47qui ne sortent jamais leur arme de toute leur carrière.
15:49Encore une fois, ça reste un événement rarissime,
15:51et ça reste de toute façon toujours un événement grave
15:53qui va marquer le policier ou le gendarme qui le fait.
15:57Au-delà de la gestion légale de quand est-ce que j'ai le droit ou pas de sortir mon
16:00arme,
16:01quand est-ce que j'ai le droit ou pas de tirer,
16:03il y a certainement des choses à faire sur la gestion du stress,
16:06la gestion presque psychologique d'une intervention comme celle-là,
16:09parce qu'on voit bien en réalité qu'à chaque fois, ces ouvertures de feu,
16:13ça intervient dans une situation de course-poursuite,
16:17d'excitation, d'énervement, d'agacement, de tout ce qu'on veut.
16:20C'est peut-être cette gestion-là qui est très peu utilisée en formation générale de la police.
16:26On forme des unités d'élite à cette gestion de stress et à cette gestion psychologique,
16:30sans doute moins finalement ceux qui sont au contact quand même malgré tout
16:34de la délinquance de tous les jours et qui sont confrontés au refus d'obtempérer notamment.
16:38Le mercredi 28 juin, la mère de Naël dit quelques mots sur son fils
16:42qu'elle vient de perdre sur internet dans un live Instagram.
16:45Ils m'ont enlevé un bébé, c'était encore un enfant, il avait besoin de sa mère.
16:53Ce matin, il m'a fait un gros bisou, il m'a dit « Maman, je t'aime ».
16:55Je lui ai dit « Fais attention à toi ».
16:57Je lui ai dit « Je t'aime, fais attention à toi ».
16:59Voilà, on est sortis en même temps.
17:03Il est parti prendre un McDo, je suis parti travailler comme tout le monde.
17:07Une heure après, on me dit « Quoi ? On a tiré sur mon fils ».
17:11Je vais faire quoi ? Je vais faire quoi ?
17:14La vidéo du tir de ce policier qui a tué l'adolescent a bouleversé une partie du pays
17:19et dans la nuit de mercredi à jeudi, il y a eu des violences urbaines
17:23dans plusieurs villes d'Île-de-France, mais aussi à Toulouse ou encore Lyon par exemple.
17:28Le jeudi 29 juin au matin, Damien Delceni, le procureur de la République de Nanterre,
17:33donne des précisions sur l'affaire.
17:35Il va raconter un peu la chronologie de ce drame qui démarre en fait un tout petit peu
17:39avant 8h du matin lorsque cet équipage de deux policiers qui patrouillent à moto,
17:44c'est leur métier, c'est comme ça qu'ils font, repèrent une Mercedes jaune,
17:49une voiture un peu de type sportive avec des plaques polonaises,
17:52ce qui déjà en soi attire forcément le regard d'un policier.
17:56Les policiers se rendent compte aussi visuellement que la personne qui conduit la voiture
18:00a l'air assez jeune, que potentiellement il n'a peut-être pas 18 ans et donc pas de permis
18:04de conduire.
18:05Et que cette voiture, elle remonte en plus une voie de bus,
18:09donc interdite aux voitures, dans le centre de Nanterre en direction de Nanterre Université.
18:13Donc il décide de procéder au contrôle de cette voiture,
18:17sauf que cette voiture, elle ne s'arrête pas, elle accélère.
18:19Ils arrivent à un moment donné à la bloquer une première fois au niveau d'un feu rouge.
18:22Le conducteur redémarque, grille le feu rouge.
18:25Le procureur explique après que dans sa course, la voiture va quand même frôler un piéton et un cycliste
18:30avant d'être bloqué dans les embouteillages.
18:33Et c'est à ce moment-là, quand la voiture, la Mercedes, est bloquée dans l'embouteillage avec Naël au
18:37volant,
18:38que les deux motards parviennent en quelque sorte à la rattraper.
18:42Ils descendent de leur moto.
18:44Après, on connaît la suite.
18:45Ils viennent se porter à hauteur de la vitre avant au niveau du conducteur.
18:48C'est là qu'ils mettent en joue et qu'on a la séquence qui suit.
18:51Donc le procureur, il explique toute cette séquence qui est avant le tir et au moment du tir.
18:56Il ajoute quand même, malgré tout, que selon l'enquête de l'IGPN,
18:58l'inspection générale de la police nationale, la police des polices et les magistrats
19:02estiment que cette ouverture de feu, elle n'est pas faite dans les règles.
19:05C'est d'ailleurs pour ça qu'il qualifie l'acte du policier d'homicide volontaire, de meurtre, il faut
19:10être très clair.
19:10Ça veut dire qu'il considère que, vu les textes en vigueur, il n'y a pas de légitime défense,
19:16il n'y a pas de danger, en tout cas, et que, selon lui, ce tir, il n'est pas
19:19fait dans les règles de l'art et dans les règles de la loi.
19:22Il va quand même aussi rappeler, concernant la victime, concernant Naël,
19:26que quelques jours auparavant, c'est-à-dire dimanche dernier,
19:29il avait été déjà arrêté, contrôlé à la suite d'un refus d'obtempéré,
19:33qui lui avait valu d'ailleurs une convocation pour septembre 2024 devant le tribunal pour enfants.
19:38Ce qui signifie qu'en fait, Naël, il conduisait des voitures, alors qu'il a 17 ans et qu'il
19:44n'a donc pas de permis de conduire,
19:45et qu'il était aussi, voilà, habitué, entre guillemets, à conduire des voitures sans permis,
19:50et surtout, à ne pas s'arrêter, évidemment, comme il n'a pas de permis quand on lui demandait de
19:54s'arrêter.
19:57Le jeudi 29 juin, dans l'après-midi, une marche blanche pour Naël a rassemblé des milliers de personnes à
20:01Nanterre.
20:02Juste, juste pour Naël !
20:03Juste, juste pour Naël !
20:05Marche qui s'est terminée dans la violence, avec des affrontements, avec les forces de l'ordre.
20:09Damien Delceni, la même journée, une information judiciaire a été ouverte,
20:13donc pour homicide volontaire, contre le policier qui a tiré.
20:17En fin de journée, ce policier a été mis en examen et placé en détention provisoire.
20:22Que va devoir déterminer l'enquête ?
20:24L'enquête, elle va devoir refaire un peu tout le film de ces quelques minutes mardi matin,
20:29entre 8h moins 5 et le moment où il y a l'ouverture de feu.
20:33Elle va devoir surtout déterminer si cette ouverture de feu, elle est conforme à la loi en vigueur.
20:39Alors, l'avocat du policier s'est déjà exprimé sur la question, disant que selon lui,
20:44cette ouverture de feu, elle était en règle par rapport à la loi.
20:46Donc c'est comment on va apprécier le danger qu'a pu percevoir ce policier quand il a ouvert le
20:51feu.
20:51Pas forcément le danger pour lui, parce qu'encore une fois,
20:53je rappelle que le texte, il prévoit aussi que le policier peut ouvrir le feu
20:57s'il considère que dans sa fuite, cette voiture peut constituer un danger pour autrui.
21:02Autrui, ça veut dire la personne qui traverse la rue, qui est en vélo, qui est sur le trottoir, etc.
21:06Donc c'est là-dessus que va se jouer le débat un peu juridique,
21:09mais il se jouera certainement après, plus tard, une fois que la tension sera un peu retombée.
21:13On a bien compris que là, ce n'était pas tellement le moment d'exposer tous ces arguments
21:17et qu'en tout cas, ils ne pouvaient pas être entendus.
21:19La vidéo, elle a un peu tout embarqué.
21:21Elle empêche tout débat pour l'instant juridique,
21:23parce que la vidéo, elle est tellement violente et quelque part choquante
21:27qu'elle a empêché tout débat sur est-ce que l'ouverture de feu était justifiée ou pas.
21:32Le policier encourt une peine en théorie de 30 ans de réclusion.
21:36La nuit du jeudi 29 au vendredi 30, il y a eu une nouvelle fois des violences urbaines
21:40dans des dizaines de villes en France, plus que la nuit précédente.
21:43Damien Delsony, suite à l'émotion provoquée par cette affaire,
21:47émotion partagée donc par le président de la République,
21:49est-ce que le texte de 2017 va être modifié ?
21:53C'est une demande de certains partis politiques, notamment de la France Insoumise,
21:56qui demandent à ce que ce texte soit carrément abandonné et abrogé.
22:00Il y aura peut-être un débat, mais la difficulté, c'est que débattre de ce type de texte
22:06dans l'émotion, c'est toujours compliqué.
22:08Et surtout, il va y avoir en face des syndicats de policiers qui vont dire
22:11« Mais attendez, ce texte, il ne sert pas à avoir un permis de tuer permanent.
22:17Ce texte, il est né en 2017 parce qu'il y avait une menace qui existe toujours,
22:22la menace terroriste en France, parce que nous, nous avions des policiers
22:26qui étaient visés directement parce qu'ils étaient policiers,
22:28y compris à leur domicile.
22:30Je rappelle aussi qu'on va avoir des Jeux Olympiques dans un an à Paris.
22:35Je pense que le débat, il va peut-être s'ouvrir sur les plateaux télé et ailleurs.
22:39Je ne suis pas sûr qu'on revienne sur cette loi.
22:41Après, qu'on la reprécise, qu'on la rende peut-être moins élastique
22:45et moins soumise à des interprétations diverses,
22:49ça, c'est possible qu'on s'y repenche.
22:50Mais qu'on s'en débarrasse complètement, je ne crois pas trop.
23:10Merci à Damien Delsony et Julien Constant.
23:12Code Source est le podcast quotidien d'Actualité du Parisien.
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23:28Thibaut Lambert et Julia Paré.
23:30Réalisation, Julien Moncouquiol.
23:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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