- il y a 9 heures
Le 25 janvier 2010, à Grasse, dans les Alpes-Maritimes, Eric Piedoie est condamné à 4 ans de prison ferme. Il avait écoulé à la fin des années 90, des centaines de faux César quasi indétectables, même pour les spécialistes. Retiré des affaires aujourd’hui, le faussaire assume tout et se vante d’avoir créé plus de César que l’artiste lui-même. Code source vous raconte la vie de ce pirate de l’art, avec Nicolas Jacquard, du service police justice du Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et Production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira et Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
00:16Le 25 janvier 2010, à Grasse, dans les Alpes-Maritimes,
00:19Éric Piédois est condamné à 4 ans de prison ferme.
00:23Il avait écoulé à la fin des années 90 des centaines de faux Césars,
00:27quasi indétectables, même pour les spécialistes.
00:31Retirer les affaires, aujourd'hui, le faussaire assume tout
00:33et se vante d'avoir créé plus de Césars que l'artiste lui-même.
00:38Codesources vous raconte la vie de ce pirate de l'art
00:41avec Nicolas Jacquard du service police-justice du Parisien.
00:50Nicolas Jacquard, vous avez rencontré Éric Piédois début novembre à Cannes.
00:53À quoi est-ce qu'il ressemble ?
00:54C'est quelqu'un qui va sur ses 65 ans, qui a été marqué par les excès.
00:58Donc il accuse un petit peu le poids des années, un visage très ridé.
01:02Moi, il me faisait penser à une rockstar plus en fin de carrière qu'en début.
01:06Des cheveux blancs, un visage assez émacié, taille moyenne, quelqu'un d'assez sec.
01:12Et puis voilà, ce côté un peu rockstar avec ses vignes de soleil toute la journée,
01:15quelle que soit la météo et son look assez à la fois classe et excentrique,
01:20donc très artiste en fait.
01:21Il est comment face à vous ? Comment il se comporte pendant l'interview ?
01:24Alors d'abord, c'est quelqu'un de très sympathique, de très affable,
01:26qui ne se fait pas prier pour raconter les nombreux épisodes d'une vie qui a été quand même passablement
01:32dense.
01:33Par contre, moi j'ai eu ce sentiment que quand on essaye de gratter un petit peu,
01:37d'aller sur des choses un petit peu plus intimes, sur un ressenti,
01:41il va s'en sortir d'une pirouette, mais il ne va jamais se livrer complètement en fait.
01:47Il vient de raconter sa vie dans un livre, Confessions d'un faussaire.
01:51Concrètement, de quoi il vit aujourd'hui ?
01:53Il faut savoir que c'est quelqu'un qui, il l'explique, n'a jamais eu de sa vie une
01:57seule feuille de paye.
01:58Il a toujours été extrêmement libre, il a toujours très bien vécu, il a dépensé autant, voire plus qu'il
02:03n'a gagné.
02:04Aujourd'hui, c'est assez difficile de savoir comment il s'en sort.
02:07Il nous dit qu'il peint ses propres œuvres, est-ce qu'il les vend ? On n'en sait
02:12trop rien.
02:13Et puis surtout, il travaille d'arrache-pied à une adaptation de son livre,
02:16et donc il veut faire fructifier encore plus cette biographie, et il espère une adaptation au cinéma.
02:23Avant de devenir faussaire, Éric Piedoy a rêvé de créer ses propres œuvres, de devenir un artiste lui-même.
02:29Il s'intéresse tôt à l'art ?
02:31Oui, très tôt, à l'adolescence, nous explique-t-il.
02:33Une adolescence qu'il a passée à Saint-Paul-de-Vence.
02:35La Mecque de l'art sur la Côte d'Azur est en France, et encore plus à cette époque-là,
02:39puisqu'on a ce qu'on appelle le nouveau réalisme de l'école de Nice,
02:43avec tous ses grands artistes, ses Armands, ses Césars, Niki de Saint-Fal.
02:47Et lui, il s'inscrit très clairement dans ce courant-là,
02:49et très rapidement va fréquenter des artistes et puis les lieux artistiques,
02:53puisque c'est à portée de chez lui, en fait.
02:55À quoi ressemble son adolescence ?
02:56Alors, il la détaille assez peu, de la même manière qu'il détaille assez peu ses origines familiales.
03:02En tout cas, il parle d'une enfance et d'une adolescence heureuse,
03:05une adolescence qu'on devine quand même déjà très festive et très à la marge,
03:09où il délaisse assez rapidement les bancs du lycée pour aller faire des fêtes homériques
03:13et puis s'intéresser à ce marché de l'art.
03:15Il va en fait se former lui-même, être autodidacte de l'art,
03:18en se passionnant pour les artistes, leurs ateliers et leur vie.
03:22Qu'est-ce qu'il fait concrètement comme œuvre lui-même à cette époque-là ?
03:25Assez peu de choses.
03:26Il tâtonne, il reconnaît lui-même qu'il n'est pas très bon dans son domaine.
03:31Il est quand même extrêmement passionné.
03:33Il va tenter justement de rentrer au Beaux-Arts, à Nice.
03:37Il s'en fait refuser l'entrée.
03:39Et c'est de là que plutôt que de persévérer dans sa propre voix, dans ses propres œuvres,
03:43il va s'intéresser à celles des autres.
03:44Ces artistes qui vivent dans le sud de la France, Yves Klein, Nikit Saint-Fal, César, il les connaît ?
03:49Oui, il les connaît parce que d'abord, il les croise dans les nombreuses fêtes qui ont lieu à cette
03:54époque-là.
03:54On est en plein milieu des années 70, avec ce côté le Dolce Vita où les artistes font la fête,
04:01se croisent, se connaissent, échangent beaucoup.
04:04Et lui va s'intégrer dans ce Gotha de manière très fluide.
04:08Et tout ça va vraiment le nourrir en fait.
04:10Et il croise des grands noms de l'époque comme Warhol ou Mick Jagger.
04:14Il croise Mick Jagger qui est à ce moment-là très souvent sur la côte d'Azur.
04:18Il croise aussi Andy Warhol.
04:20Il raconte une fête homérique avec Warhol qui justement va lui faire une lithographie avec son propre visage à lui.
04:26Et puis voilà, il va croiser les Armand, les Césars et tous ces gens-là.
04:29C'est à cette époque-là qu'il développe une dépendance à la cocaïne.
04:32Oui, alors des dépendances, il en aura eu de très nombreuses au cours de sa vie.
04:36Mais en tout cas, il ne cache pas effectivement que c'est une drogue qu'il a prise en très
04:40grande quantité et très régulièrement.
04:43Ses amis qu'on a pu avoir aussi à l'occasion du portrait qu'on a fait de lui,
04:46nous ont expliqué qu'il a été addict à bon nombre de choses.
04:51Eux traduisent ça en disant voilà, on avait envie et on n'a jamais cessé de s'éclater.
04:55Même si on lit entre les lignes qu'effectivement,
04:58les conséquences pour certains ont été quand même extrêmement néfastes.
05:04Et dans son livre, il raconte qu'il a fait son premier faux en 1980.
05:08Racontez-nous comment ?
05:09C'est à cette époque-là qu'il commence, en voulant se former,
05:11à reproduire ce que font ses grands aînés, notamment les dessins préparatoires.
05:15Et il va commencer à tâtonner, à faire ces œuvres-là,
05:19et notamment un Duffy, par exemple, qu'il maîtrise à ce moment-là plutôt bien.
05:22Il s'est longuement entraîné.
05:23Et puis un jour, à court d'argent, il se dit
05:25« Tiens, je vais le vendre à un brocanteur. »
05:28Et il y va.
05:28Et le brocanteur l'accepte pour une somme relativement modeste
05:32pour un tel travail, mais de 900 euros.
05:34Et c'est là qu'il se dit que, pour une première fois, ça a marché.
05:37Et que peut-être que son talent réside justement là
05:39et qu'il y a d'autres choses à faire en termes de faux.
05:42Il aurait pu s'arrêter là ?
05:43Il aurait pu s'arrêter là,
05:45mais on sent à ce moment-là qu'il a déjà une telle maîtrise
05:47et un tel goût aussi du jeu,
05:49parce qu'il y a un côté farce où je vais faire un faux.
05:52Et il y a cette espèce d'adrénaline d'aller le vendre,
05:54cette fierté de voir que l'expert ou le brocanteur
05:58ou l'antiquaire ou l'expert en art n'y a vu que du feu
06:01et de se dire « Cette fois encore, ça a marché. »
06:06Il continue donc, il copie des œuvres de Chagall, Miro, Giacometti
06:10et avec une stratégie bien particulière.
06:13Avant de copier un artiste,
06:14il va d'abord rentrer dans sa vie,
06:17essayer de rentrer dans sa tête
06:18et de voir quelle est la démarche artistique.
06:20Et ça, c'est essentiel,
06:21parce qu'en fait, il va partir des œuvres les plus connues,
06:23les plus récentes pour déconstruire ce travail
06:25et pour en arriver aux travaux préparatoires.
06:28Et là, on sait qu'en pareil cas,
06:30autant une œuvre, un tableau de maître
06:31va être répertorié, va être dans les catalogues.
06:34Et lui, avec ses travaux préparatoires,
06:36il est sur un terrain beaucoup plus flou
06:37parce que tel artiste, pour arriver à cette œuvre aboutie,
06:41va avoir de nombreuses esquisses.
06:42Et lui, il se met là-dedans,
06:43il va étudier les biographies de ces artistes
06:45et il comprend aussi que, par exemple,
06:47en telle année, tel artiste aurait pu produire
06:50tel ou tel esquisse préparatoire
06:52et lui va les produire, à la manière d'eux.
06:54Qu'est-ce que ça permet, ça,
06:55de faire des œuvres qui n'ont même pas été créées
06:57à partir d'œuvres préparatoires ?
06:59Ça permet d'avoir beaucoup plus de chances
07:01de pouvoir faire passer ses fous et de les vendre.
07:05Il fréquente le monde artistique à cette époque ?
07:07Il a toujours fréquenté le monde artistique.
07:09C'est vraiment son monde, son univers.
07:11Alors, lui, il en est, bien sûr, à la marge.
07:14Mais c'est ce qui fait son succès
07:16qui fait qu'il a pu vendre tous ses fonds
07:18pendant autant d'années.
07:19C'est qu'il connaît tout le monde
07:20dans le marché de l'art.
07:21Donc, il en connaît les arcanes,
07:22il en connaît les coulisses.
07:23Il s'est joué sur la cupidité de tel ou tel.
07:26Il ne s'est pas contenté de faire des fous dans son coin.
07:28Il était vraiment partie prenante du marché de l'art.
07:39En 1983, il est à New York.
07:41Et à ce moment-là, il est ami avec un riche héritier.
07:44Oui, il s'agit de Richard Fulton,
07:46qui est héritier d'une grande dynastie américaine
07:49qui est peut-être aussi fêtard,
07:50si ce n'est plus qu'Éric Piédois lui-même.
07:52Et les deux s'entendent comme larrons en foire,
07:55pourrait-on dire.
07:56Richard Fulton a un problème.
07:57C'est qu'il est héritier d'une grande famille
07:59qui possède de très nombreux tableaux de maîtres,
08:01mais qui voit d'un très mauvais oeil ses excès
08:04et qui voudrait, en tout cas, lui,
08:07le spolier de cet héritage.
08:10Et là, les deux ont une idée,
08:11c'est de se dire, voilà, on a ces talents de faussaire
08:13et donc ils vont à New York,
08:14dans l'hôtel particulier de la famille Fulton.
08:16Et ils expliquent qu'en fait,
08:17ils vont faire des faux,
08:18alors avec l'aide d'un autre complice
08:20qui lui est vraiment expert en copie-clone de ses œuvres,
08:22ils vont faire des faux de tous ces tableaux de maîtres
08:24qu'ils vont simplement accrocher au mur.
08:26La famille Fulton n'y verra à ce moment-là que du feu.
08:28Elle est vraie, par contre,
08:29à ce moment-là, ils vont les vendre à des collectionneurs.
08:31En 1985, il est arrêté pour avoir imité
08:33des œuvres du peintre et graveur Chagall.
08:36Il passe quelques mois en prison,
08:38c'est là qu'il passe son bac.
08:39Est-ce qu'il s'arrête après ?
08:41Non, il va continuer à faire d'autres faux,
08:43de différents artistes.
08:44On a l'impression qu'il a ses marottes comme ça,
08:46une année, ça va être tel artiste
08:47et puis ensuite, il va se mettre sur tel autre.
08:49Et donc, il va continuer à plagier,
08:51pourrait-on dire,
08:52même si lui réfute ce terme-là,
08:54un certain nombre de peintres.
08:55Et puis, assez rapidement,
08:56il va se mettre aussi sur les sculpteurs,
08:57notamment César.
08:58Alors, César, il y a deux choses.
08:59On connaît le sculpteur,
09:00ses célèbres compressions.
09:02César, c'est aussi un dessinateur
09:04d'extrêmement grand talent.
09:06Et Éric Piédois connaît ces dessins de César
09:09et il va commencer à se faire la main
09:10justement sur ces dessins préparatoires
09:11qui ont vraiment eu un style,
09:12une patte inimitable
09:13que lui va se faire fort d'imiter.
09:15Et assez rapidement,
09:16il acquiert un vrai talent
09:17pour créer avant même
09:19les compressions des sculptures
09:20de vrais faux dessins de César.
09:26Et Éric Piédois va parvenir
09:27à vendre ses pièces
09:28à la galerie fétiche de César,
09:30la galerie Ferrero, à Nice.
09:32Que se passe-t-il ensuite ?
09:33Eh bien, tout simplement,
09:34César, qui lui va régulièrement
09:35à cette galerie,
09:36et pour cause,
09:37puisque c'est celle qui achète
09:38la plupart de ses œuvres,
09:39va vite se rendre compte
09:40que ces dessins
09:41qui sont affichés au mur de la galerie,
09:43eh bien, ce n'est pas lui
09:44qui les a faits.
09:45Donc, il va s'en ouvrir
09:46auprès du galeriste,
09:47il va piquer une colère
09:48en expliquant,
09:49c'est en tout cas
09:49ce que dit Éric Piédois,
09:51qu'il ne les trouve pas injurieux,
09:53ces dessins,
09:53il trouve même
09:54qu'ils sont plutôt bien faits,
09:55mais en tout état de cause,
09:56il s'agit de faux,
09:57et d'ailleurs,
09:58il se saisit des dessins
09:59et il les barre lui-même
10:00de la mention ultra-faux.
10:02Et puis,
10:02il va essayer de remonter la piste
10:04et de savoir
10:05qui est ce faussaire
10:06qui l'a plagié.
10:07Grâce aux galeristes,
10:08ils vont remonter
10:09jusqu'à Éric Piédois.
10:10Et à ce moment-là,
10:11par chance,
10:12pour le faussaire,
10:13il se trouve que
10:13Éric Piédois et César
10:18intermédiaire,
10:18César n'a pas envie
10:19d'ébriter l'affaire,
10:20Éric Piédois,
10:21bien entendu, non plus.
10:22César utilise leur avocat
10:23comme intermédiaire
10:23pour faire passer
10:24à Éric Piédois
10:25le message qu'il doit
10:26arrêter de faire défaut.
10:27Que fait Éric Piédois ?
10:28Il a déjà été condamné,
10:29il a déjà fait de la prison,
10:30il se dit que César,
10:31c'est peut-être pas une bonne idée,
10:33il va attendre
10:34et mettre un petit peu
10:35ses Césars entre parenthèses.
10:37Et il arrête donc
10:38de copier des œuvres de César
10:40jusqu'à la mort de l'artiste
10:41en 1998
10:43et après, il reprend.
10:44Il reprend de plus belle,
10:46effectivement,
10:46décembre 1998,
10:48César s'éteint.
10:49On est d'abord
10:51dans une succession
10:52qui est extrêmement compliquée.
10:54Les héritiers de César
10:55vont s'affronter en justice,
10:56l'État va mettre
10:57son grain de sel dans tout ça.
10:59Éric Piédois, lui,
11:00va se servir
11:00de cet imbroglio César
11:02pour prospérer.
11:03Ce qu'il fait,
11:03tout simplement,
11:04c'est qu'il va créer
11:04des Césars à la pelle.
11:06Il va tout faire à ce moment-là.
11:08Il va faire des dessins
11:09et il va surtout se mettre
11:10à faire des compressions
11:11à une vitesse relativement
11:13impressionnante
11:14il va aller aux puces
11:16à Saint-Ouen
11:16ou ailleurs.
11:17Il va acheter
11:18un certain nombre d'objets
11:19et puis,
11:19il va les compresser.
11:21Il va aller dans
11:21des casses automobiles
11:22comme César faisait
11:23avec des patrons de casses
11:25qui se demandent
11:25ce que ce gars vient faire
11:26pour compresser des objets
11:27qui ont quand même
11:28une valeur,
11:29en tout cas en brocante,
11:30voire en antiquité.
11:31Et il va se mettre
11:32à faire des Césars à la pelle
11:33et même,
11:33il va inventer des Césars
11:35en se disant
11:35tiens, César aurait pu faire ça.
11:37Par exemple,
11:37ces hommages à Morandi
11:39qui ont fait la gloire de César,
11:40ces cafetières,
11:41ces cafetières traditionnelles italiennes
11:43qui sont comme incrustées
11:44dans un tableau,
11:45eh bien, tout simplement,
11:46avec tes doigts,
11:46lui, va acheter
11:47des dizaines de cafetières.
11:48Il va les piétiner,
11:50pareil,
11:50à pieds joints
11:51en sautant dessus
11:51dans son appartement
11:52pour en faire des hommages
11:53à Morandi
11:54à la pelle.
11:58À cette époque,
11:59ces activités de faussaire
12:00marchent très bien
12:01et ils mènent la grande vie.
12:02C'est un train de vie pharaonique.
12:04Lui,
12:04il le revendique
12:05et puis,
12:07tous ceux qui l'ont croisé
12:08à cette époque-là
12:08nous racontent
12:09comment il circulait
12:10en voiture de luxe,
12:11comment il vivait à Paris,
12:13il vivait essentiellement la nuit,
12:14des fêtes énormes
12:15dans toutes les discothèques
12:16de cette époque-là.
12:18Voilà,
12:18on est dans cette période
12:19des années 80,
12:21complètement festive
12:22où en plus,
12:22lui vit comme un punk,
12:24il se revendique comme ça
12:25avec un côté de nos futurs.
12:26Voilà,
12:26on vit le présent
12:27et puis,
12:28on ne se soucie pas du lendemain.
12:29Il décide de s'organiser
12:30et constitue un réseau
12:32avec notamment
12:33son frère et sa mère.
12:35Oui,
12:35au plus fort de sa production,
12:37Éric Piédois
12:38va aimanter autour de lui
12:39une quinzaine de personnes.
12:40D'abord,
12:41au sein de ses proches,
12:42son frère va être mis à contribution
12:43et va lui-même créer
12:45tous ces faux Césars.
12:46Sa mère va être mise à contribution
12:48pour,
12:49nous dit-on,
12:50parfois établir
12:51les faux certificats.
12:53Tout ça aimante
12:53un petit monde.
12:54Il faut bien sûr,
12:55pour pouvoir vendre
12:56ces faux Césars
12:56des intermédiaires
12:57qui connaissent bien
12:58les galeristes,
12:58il faut aussi des galeristes.
13:00Donc,
13:01on a le sentiment
13:01qu'on a affaire
13:02à un véritable réseau
13:03alors que ce n'est pas
13:04extrêmement structuré
13:05mais ça fonctionne quand même.
13:06Tout le monde fonctionne ensemble.
13:07Comment est-ce qu'il signait
13:08les oeuvres de César ?
13:09César avait cette habitude
13:10de signer toutes ses oeuvres
13:11de son pouce
13:12avec son empreinte digitale
13:14et Éric Piédois
13:15va se procurer
13:15le pouce de César.
13:17C'est-à-dire,
13:17il va se procurer
13:18une copie
13:19de l'empreinte
13:20de pouce de César.
13:21On ne sait pas trop
13:22comment il s'est procuré.
13:23Soit il l'a eu
13:25de manière authentique
13:28soit lui-même
13:29nous a expliqué également
13:30qu'il avait réussi
13:31à s'en procurer une copie
13:33qu'il avait scannée
13:34et que par tout un travail
13:35de logicien d'informatique
13:36ils avaient pu ensuite
13:37le réutiliser.
13:40La vie d'Éric Piédois
13:42bascule en 2001.
13:43Ça commence par un vol
13:45dans une galerie
13:46sur la côte d'Azur
13:47de trois tableaux de maître
13:49qui sont dérobés.
13:50Et puis,
13:50il se trouve que
13:51quelques jours auparavant,
13:53deux hommes sont venus
13:54proposer des tableaux
13:56à ce galeriste
13:57et dans ces deux hommes
13:59le galeriste a reconnu
14:00Éric Piédois
14:00qui à ce moment-là
14:01est déjà quand même
14:02connu dans le milieu
14:02du marché de l'art
14:03sur la côte d'Azur.
14:04Et quand les gendarmes
14:05vont commencer à mener
14:06l'enquête sur ces vols
14:07de tableaux
14:07pour lesquels Éric Piédois
14:09n'a strictement rien à voir
14:10mais les gendarmes
14:11vont interroger le galeriste
14:12qui dit
14:12voilà peut-être que
14:13dans les suspects
14:13j'ai vu il y a quelques jours
14:14ce gars-là
14:15qui est connu
14:16qui est faussaire
14:17qui a déjà été condamné.
14:18Les gendarmes
14:19vont placer Éric Piédois
14:20sur écoute
14:21et puis ils vont se rendre compte
14:22que plus qu'un vol de tableaux
14:23ils ont affaire
14:24à un réseau international
14:25de trafic de faux César.
14:26Comment est-ce qu'il est arrêté ?
14:28Au petit matin
14:28dans son appartement parisien
14:30les gendarmes arrivent
14:31et en fait
14:32ne comprennent pas
14:33si lui est présent
14:34ou non dans son appartement
14:35et Éric Piédois
14:36va jouer de cela
14:37il va en profiter
14:39pendant un laps de temps
14:41quand même relativement long
14:42pour détruire
14:42tout ce qui peut l'accabler
14:43dans son appartement
14:44il y a la présence
14:45de stupéfiants aussi
14:46qui s'empresse
14:47de jeter dans les toilettes
14:48et puis il va brûler
14:49dans sa baignoire
14:50tout ce qu'il peut
14:50comme fausse sauve
14:51pour que le moins possible
14:52puisse lui être opposé
14:53dans le cadre de l'enquête
14:54parce qu'il sait
14:55que de toute façon
14:56tout cela devait se terminer
14:57un jour
14:57que cette spirale infernale
14:58dans laquelle il s'était lancé
15:00à corps perdu
15:00à un moment
15:01allait s'arrêter.
15:03Les enquêteurs
15:03découvrent 200 faux
15:05chez Éric Piédois
15:06mais pas seulement
15:06aussi chez ses complices
15:08et au fil des semaines
15:09qui vont suivre
15:10tout le réseau
15:11tous ceux qui à un moment
15:12ont trempé
15:12dans ces faux Césars
15:13vont être soit identifiés
15:15soit arrêtés.
15:16Et donc c'est vraiment
15:17un très gros réseau
15:18qui est démantelé ?
15:19C'est un très gros réseau
15:20puisqu'on a non seulement
15:21les faux Cers eux-mêmes
15:23on a Éric Piédois
15:24on a ses complices
15:26et puis on a aussi
15:27tous ceux qui gravitaient autour
15:29des marchands d'art
15:30et notamment
15:30un célèbre galeriste belge
15:32qui achetait le plus gros
15:33de la production
15:34de Piédois
15:34et ce galeriste
15:36à pignon sur rue
15:37et c'est aussi grâce
15:38à de tels intermédiaires
15:40que les faux
15:40pouvaient être
15:41en quelque sorte blanchis
15:42et très rapidement revendus
15:44au prix de vrai César.
15:52Après huit ans d'instructions
15:53le procès s'ouvre
15:55à Grasse
15:55dans les Alpes-Maritimes
15:56le 30 novembre 2009.
15:58Le procès s'ouvre
15:59et ce qu'on peut reconnaître
16:01à Éric Piédois
16:02c'est qu'il va décider
16:03en gros
16:04de tout assumer.
16:04Que lui reproche
16:05la justice concrètement ?
16:06La justice estime
16:07qu'environ
16:082000 faux Césars
16:10ont été produits
16:11et que toute cette production
16:13a une valeur
16:14estimée entre 15
16:15et 20 millions d'euros
16:16même si ça reste extrêmement difficile
16:18d'expertiser ses oeuvres
16:20et de leur donner une valeur.
16:21Et au moment du procès
16:22des experts de César
16:23sont appelés à la barre ?
16:24Ils sont appelés à la barre
16:25et ils vont être
16:25extrêmement embêtés
16:26ces experts
16:27puisque les faux
16:29ces vrais faux
16:30sont aussi bien faits
16:31que les vrais
16:32ils ont été authentifiés
16:34ils ont ces certificats
16:35d'authenticité
16:36qui font toutes leurs valeurs
16:37et même les meilleurs experts
16:38de César
16:39vont y perdre leur latin
16:40et ne vont pas réussir
16:41à démêler le vrai du faux.
16:42Aucune des victimes
16:43ne s'est portée partie civile.
16:45Pourquoi ?
16:45Pour plusieurs raisons.
16:46D'abord parce qu'il faut
16:48déjà qu'elles sachent
16:49qu'on leur a vendu
16:50à un moment ou à un autre
16:51un faux César
16:52et très certainement aussi
16:53parce qu'un certain nombre
16:55de ceux
16:55qui ont acheté ces César
16:56se doutaient
16:58que la provenance
16:58était quand même
16:59somme toute relativement litigieuse
17:00et quand vous avez un César
17:02pour lequel vous avez dépensé
17:03200, 300 000 euros
17:05vous préférez
17:06ne pas dire publiquement
17:08qu'il est faux
17:08surtout quand vous avez
17:09un vrai certificat d'authenticité.
17:11Eric Piedoua est condamné
17:12à 4 ans de détention
17:13c'est en prison
17:14qu'il commence à écrire son livre
17:16est-ce qu'il continue
17:18à produire des faux
17:19derrière les barons ?
17:20En tout cas
17:20il continue à peindre
17:21et à dessiner
17:22est-ce qu'il s'agit de faux ?
17:23Difficile à dire
17:24puisqu'on ne sait pas
17:25s'il les a vendus
17:25ou pas après
17:26mais en tout cas
17:27il dessine beaucoup
17:28à la manière
17:29de son artiste préféré
17:30bien sûr César
17:31il estime qu'il a fait
17:33autour de 350 dessins
17:34pendant sa détention
17:35il entretenait
17:36d'excellentes relations
17:37avec les surveillants
17:38qui étaient aussi
17:38très curieux
17:39de ses oeuvres
17:39et donc certains
17:40effectivement
17:41lui passaient commande
17:42il nous explique
17:43qu'il a dessiné
17:44des baigneuses de Lautrec
17:45pour tel ou tel
17:46surveillant-chef
17:47parfois il troquait ça
17:48contre de l'alcool
17:49des cigarettes
17:50un petit peu
17:50comme ça fonctionne
17:51en prison
17:51en tout cas
17:52il a pu continuer
17:53à perpétrer
17:54ses talents artistiques
17:55si je puis dire
17:56en prison
17:57après sa sortie de prison
17:58Éric Piédois
18:00récupère
18:00des oeuvres
18:01qu'il détenait
18:02et que la justice
18:03lui avait saisies
18:04oui parce qu'au-delà
18:06de cette fabrication
18:07de faux
18:07Éric Piédois
18:08est quand même
18:08un collectionneur d'art
18:10avisé
18:10qui avait aussi
18:11de vraies oeuvres
18:12il avait des Picasso
18:13il avait des tableaux de maître
18:14et la justice
18:15quand elle l'a interpellé
18:16a tout saisi
18:17et après avoir purgé sa peine
18:18Éric Piédois dit
18:19je veux qu'on me rende
18:19mes vrais tableaux
18:20c'est ce qui va être fait
18:21mais aussi
18:22parmi ces vrais tableaux
18:23se seront glissés
18:24quelques-uns de ces faux
18:25qui sont tellement
18:26bien fait
18:26que la justice
18:27et les experts
18:28n'y ont vu que du feu
18:29pour un montant important
18:30lui dit qu'à ce moment-là
18:31il l'a récupéré
18:32à peu près
18:32pour 850 000 euros
18:33d'oeuvres d'art
18:36Nicolas Jacquard
18:38Éric Piédois
18:38il a des regrets
18:39aujourd'hui ?
18:40Non il n'a aucun regret
18:41il nous dit
18:41qu'il a fait tout ça
18:42pour s'éclater
18:43et on sent
18:44qu'il est encore
18:44très amusé
18:45par tout ça
18:46qu'il en a beaucoup profité
18:47et que même s'il n'a plus
18:48le même train de vie
18:49qu'auparavant
18:50il a toujours ce côté
18:53festif
18:53et bon vivant
18:54il n'a pas réussi
18:55à devenir un artiste
18:56mais il a réussi
18:56à devenir
18:57un faussaire de génie
18:58Oui c'est vraiment ça
18:59et il assume d'ailleurs
19:00complètement
19:01à la fois
19:02de ne pas avoir été
19:03un artiste reconnu
19:04lui-même
19:05et d'avoir eu
19:06cette reconnaissance
19:07quelque part
19:08en faisant des oeuvres
19:08à la manière
19:09de ces artistes
19:10qu'il admire en plus
19:11très sincèrement
19:13Merci à Nicolas Jacquard
19:15dossier conçu
19:16et préparé
19:17par Clara Garnier-Amourou
19:18Productions
19:20Stéphane Jeuneste
19:20Réalisation
19:21Alexandre Ferreira
19:22et Julien Moncou-Kiol
19:24CodeSource
19:25est le podcast
19:25quotidien d'actualité
19:26du Parisien
19:27n'oubliez pas
19:28de vous abonner
19:28gratuitement
19:29sur votre application
19:30de podcast
19:31nous sommes aussi
19:32disponibles
19:32sur Deezer
19:33et Spotify
19:34et vous pouvez
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19:35codesource
19:36at leparisien.fr
19:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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