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  • il y a 10 heures
Son enfance, l’amour des femmes, les hommes , l’alcool, la polémique autour de son livre « Le Génie lesbien »…La militante féministe et LGBT Alice Coffin raconte ses luttes et son histoire dans Code Source au micro de Clawdia Prolongeau.


Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Marion Bothorel, Mona Delahais et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archive : Europe 1, AJL, France Info.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La militante féministe et LGBT Alice Coffin divise, y compris dans son propre camp.
00:18Elle revendique des paroles et des actions radicales en réponse à la domination masculine de la société.
00:25Six mois après la polémique soulevée par la sortie de son livre, Le génie lesbien,
00:28nous avons voulu lui donner la parole pour qu'elle nous raconte elle-même son parcours.
00:33Alice Coffin est au micro de Claudia Prolongeau dans Codesources.
00:45Le 30 septembre 2020, le livre d'Alice Coffin, Le génie lesbien, sort dans les librairies.
00:51Et très vite, il devient un sujet central dans les médias.
00:54À un féminisme universaliste et humaniste, Alice Coffin préfère opposer un féminisme de suprématie
01:00qui passe par un combat frontal contre les hommes.
01:03Le génie lesbien, Alice Coffin dénonce la domination masculine et appelle à une action radicale pour la renverser.
01:11Polémique à l'occasion de la sortie d'un livre où elle s'en prend aux hommes de façon, disons,
01:15très virulente.
01:17Comme ça, on pourrait dire, super, on parle de ce livre.
01:21Bon, le souci, c'est qu'on en a parlé aussi de manière très malhonnête.
01:27Ça pourrait être anecdotique.
01:28On peut se dire, oui, ça, c'est le jeu de la critique de livres.
01:32C'est le jeu du débat public.
01:34Sauf que je pense que ça n'arrive pas à n'importe qui et que ça m'est arrivé aussi
01:38parce que je suis lesbienne.
01:42Je fais partie d'une catégorie de la population dont on raconte volontiers l'histoire plutôt qu'on la laisse
01:49la raconter.
01:50C'est-à-dire que les gens se sont sentis autorisés à porter des jugements sur des sujets auxquels ils
01:54ne connaissent absolument rien.
01:56Et sur d'autres thématiques, sur d'autres sujets, ça n'arriverait pas.
01:59Il y a une des phrases qui a été les plus commentées et les plus reproduites peut-être, c'était
02:04« Je ne lis plus les livres d'hommes ».
02:06Vous attendiez à ce que cette phrase-là en particulier, elle soit utilisée comme ça ?
02:10Alors en plus, là, je viens d'apporter certains cartons de déménagement qui datent de quand j'étais étudiante.
02:14Vous pouvez ouvrir les livres qui sont dans ces cartons-là.
02:17C'est rempli de livres d'hommes que j'ai lus.
02:19Et c'est précisément ça, ce que j'explique.
02:21Si on n'isole pas ce passage-là, c'est que moi, les œuvres des hommes, c'est celles qu
02:26'on m'a données à lire, à entendre pendant des années et des années et des années.
02:32Donc je m'efforce de, effectivement, les mettre pour un temps de côté et aller davantage explorer tout un autre
02:41champ d'autrices, de compositrices.
02:45Me faire dire que finalement, je raye toute cette partie-là de l'humanité, je ne veux rien en entendre,
02:50c'est pas du tout ça.
02:51Ce que je dis, c'est que si on veut avoir d'autres voix, d'autres regards, il faut faire
02:57une démarche volontariste.
02:59Pour mieux comprendre le parcours d'Alice Coffin et sa pensée, il faut revenir au tout début, en 1978, à
03:06Toulouse.
03:07Elle naît dans une famille pas encore nombreuse, mais qui le deviendra bientôt, puisqu'elle est l'aînée de six
03:12enfants.
03:13Ses parents finissent leurs études dans l'aéronautique et quand Alice Coffin a quelques mois, il monte vivre à Paris.
03:20C'est une famille où les enfants ont une place privilégiée, on va dire.
03:25Moi, je pensais vraiment que mes parents, quand j'avais cinq ans, je me disais, mais c'est pas possible.
03:29Pourquoi ces gens, ils font toutes ces choses super gentilles pour moi ?
03:32Pourquoi ils s'occupent tout le temps de nous ?
03:34Pourquoi ?
03:34Donc voilà, à tel point que je pensais vraiment que c'était des seins ou un truc comme ça.
03:37Mes parents travaillaient tous les deux à temps partiel, ce qui était un choix qu'ils ont eu, la chance,
03:42le privilège aussi de pouvoir faire.
03:45Très souvent, moi, quand je prenais des positions sur l'hétérosexualité, vu comme régime politique, sur l'attitude des hommes,
03:53etc.
03:53C'est vraiment le premier réflexe que les gens ont, c'est « ah ben, elle a dû bien se
03:57faire tabasser par son père ».
03:58Mais c'est vrai que moi, c'était pas ce chemin-là pour arriver aux féministes, c'était plutôt l
04:02'inverse, en fait.
04:03C'est-à-dire que c'est plutôt le décalage absolu entre ce à quoi j'avais été habituée et
04:08finalement, c'est pas le cas dans le reste de la société.
04:10Et que moi, ce décalage, j'en ai pris conscience après, plus tard.
04:13Et donc, c'est ce qu'on constate tous les jours sur cette planète, même évidemment à des combats féministes,
04:22antiracistes et beaucoup d'autres, tellement c'est épouvantable ce qui se passe.
04:28Alice Coffin ne se souvient pas d'un moment en particulier où elle prend conscience des inégalités entre les hommes
04:33et les femmes.
04:34Ce dont elle se souvient en revanche, c'est d'une admiration et d'une joie absolue à la découverte
04:39de ce qu'ont fait d'anciennes militantes féministes.
04:42Que ça soit les suffragettes et puis beaucoup d'autres mouvements qui ont pu être menés dans d'autres pays,
04:49etc.
04:50Et à chaque fois, je sais pas, ça faisait vibrer un truc, mais complètement, et je pouvais plus m'arrêter
04:55de sourire, de rigoler quand je voyais ça.
04:57Donc je me suis pas dit je vais devenir militante tellement je suis en colère, je me suis dit mais
05:00je vais devenir militante et activiste tellement c'est génial, tellement elles sont super et moi aussi je veux ce
05:05bonheur-là.
05:06Ce bonheur, elle le découvre en rejoignant le collectif La Barbe, en 2010, où sa mère milite déjà.
05:12C'est un groupe d'action féministe dans lequel les militantes dénoncent l'absence ou la sous-représentation de femmes
05:18dans les instances publiques ou privées, en s'y incrustant avec de fausses barbes sur le visage.
05:24À chaque fois que nous on allait dans un conseil général, dans une assemblée, d'une des boîtes du CAC
05:2840 et tout ça, la violence est totale.
05:32C'est vraiment une violence masculine au sens où c'est quelque chose d'extrêmement excluant.
05:36Et c'est fait pour qu'il n'y ait aucune intervention possible.
05:39D'où des modes d'action activistes qui déboulent en fait sur une scène.
05:43Mais c'est le seul moyen en fait d'aller au signe, regarder ce qui se passe et le contrarier.
05:49Entre temps, Alice Coffin a fait des études de philosophie à la Sorbonne et rentré à Sciences Po, puis au
05:54CFJ, l'une des meilleures écoles de journalisme en France.
05:57Et elle a découvert qu'elle était lesbienne, tardivement, vers ses 20 ans.
06:01Je me suis toujours dit que je pouvais être amoureuse de filles et tout ça, et ça ne me posait
06:05pas de problème.
06:06Sauf que comme j'aime bien aussi les garçons, je ne voyais pas le truc et comme j'étais vraiment
06:11modelée là-dessus,
06:12ça ne me traversait pas l'esprit, c'est-à-dire que je ne mettais pas les mots amoureuse en
06:16fait sur des sentiments que j'avais pour une fille.
06:20Je n'avais pas de lesbienne autour de moi, je n'en avais pas quand je regardais des émissions ou
06:24quoi.
06:24Et c'est ça que je trouve terrible en fait.
06:26Bah ouais, j'ai perdu des années et des années de vie lesbienne.
06:29Rien de m'en empêcher, à part mon ignorance quoi.
06:51C'est là en fait que j'ai vraiment décortiqué tout ça.
06:55Et là, moi c'était dans mon vécu quotidien que je contemplais en fait la façon dont mes confrères ou
06:59consoeurs
07:00traités d'un sujet que pour le coup je connaissais très bien, puisqu'il s'agissait de ma vie.
07:03Donc je pouvais mesurer à quel point les récits journalistiques pouvaient s'avérer toxiques et oppresseurs en fait,
07:11contre toute une partie de la population, parce qu'ils ont employé des mots qu'ils ne voulaient absolument rien
07:16dire,
07:17en faisant des confusions monstrueuses sur les termes et des choses qui sur d'autres sujets,
07:21mais jamais on rend une copie comme ça.
07:23Je ne sais pas quand on est journaliste et qu'on ne connaît pas un sujet, c'est pas grave,
07:26c'est le cœur du boulot,
07:27on ne demande pas à tout le monde de tout savoir, sauf que là, qu'est-ce que ça raconte
07:30aussi ?
07:31C'est-à-dire qu'il n'y a personne qui connaît ça bien dans les rédactions, qui est spécialisée
07:34là-dessus,
07:35plus quand il y en a, et en l'occurrence les mieux placés pour savoir ça,
07:39et celles et ceux qui connaissaient le mieux étaient des gays et des lesbiennes,
07:42on leur interdit de parler de ces sujets-là en estimant, et moi c'est ce qu'on me disait
07:45à 20 minutes,
07:46tu comprends bien, en tant que lesbienne, c'est pas toi qui va parler de ça, t'es complètement biaisée.
07:52Donc c'est vraiment une question de rapport de force, et évidemment du coup, de qui on fait rentrer ou
07:57pas dans les rédactions.
07:58Vous aviez 33 ans en 2012 quand François Hollande a promis de rendre la PMA accessible aux couples de femmes
08:05et aux femmes seules.
08:06Ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui, est-ce que c'est un projet que vous aviez, vous
08:10?
08:11Je n'étais pas dans un truc où je voulais absolument des enfants, et je ne dis pas que je
08:15n'en aurais pas eu,
08:16et ça a joué, évidemment que ça a joué, notamment parce que moi je ne veux pas, je ne voulais
08:20pas aller à l'étranger,
08:22je ne voulais pas, je ne sais pas, en tant que militante, voilà, mais c'est juste moi, mais ça
08:25me paraissait inconcevable,
08:26je l'aurais vécu beaucoup trop violemment, de dire mais quoi, je dois passer la frontière de mon pays,
08:30si ça avait été il y a maintenant près de 10 ans possible de faire différemment,
08:37en tout cas il y aurait eu un choix possible, il y aurait des choses, et du coup bien sûr
08:41que ça a joué.
08:44En 2013, Alice Coffin crée l'AGL, l'association des journalistes LGBT.
08:49En 2015, elle quitte 20 minutes et se lance pour de bon dans le militantisme.
08:54Désormais, elle fait son travail de journaliste via des fondations, dans lesquelles elle obtient des moyens
08:58dont elle n'aurait jamais osé rêver pour mener ses travaux.
09:02Ça lui permet de se concentrer sur l'AGL et aussi de fonder la cérémonie des Outdoors,
09:06qui depuis 2017 récompense tous les ans ceux qui oeuvrent pour la visibilité des personnes gays,
09:12lesbiennes, bi ou trans dans la sphère médiatique.
09:23Bonsoir, bonsoir et bienvenue à la maison des Métallos.
09:26C'est un projet très important et qui a été, je pense, une de mes plus grosses sources de joie
09:30dans la vie.
09:31Cette collaboration avec l'association des journalistes LGBT pour les Outdoors a beaucoup de sens pour nous.
09:38En effet, notre projet est d'associer artistes, intellectuels, activistes, militants et citoyens
09:44autour d'initiatives culturelles touchant aux questions de sociétés les plus urgentes.
09:49C'était vraiment chouette parce que c'était...
09:51On avait beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillant, un temps assez court.
09:55Et ça, je me dis, ok, ça s'est posé, ça on ne va pas nous l'enlever.
09:59On voulait juste commencer la soirée par remercier toutes celles, tous ceux,
10:04sans qui les adore n'auraient pas pu exister.
10:07Et je pense d'abord très, très, très fort à toutes les militantes,
10:11tous les militants d'aujourd'hui, médias, bien plus longtemps aussi,
10:15qui ont parfois payé de leur vie le fait d'exister publiquement en tant que lesbiennes,
10:19gays, bi, trans, intersexes.
10:21Cette cérémonie-là, elle existe.
10:23Ce qui s'est passé ce soir-là, ça a été filmé, ça a été enregistré, c'était fabuleux
10:27et personne ne va pouvoir nous l'enlever.
10:29Ça a existé, c'est un travail qui est là.
10:31Mais malgré toute l'énergie déployée et la tenue de cette cérémonie,
10:35réussir à faire venir des personnes gays ou lesbiennes,
10:37mais qui ne le revendiquent pas publiquement, est très difficile.
10:40Je trouve ça très égoïste, en fait.
10:42Je parle de personnalités qui n'ont pas de soucis dans leur vie,
10:47qui peuvent vivre en sécurité,
10:49qui ont déjà accédé à certaines places dans leur carrière.
10:52Vous ne pouvez pas avoir un petit sens du collectif,
10:54un petit sens de la responsabilité,
10:55et mesurer à quel point ça serait important
10:57que, à votre tour, vous fassiez votre coming out.
11:00Parce qu'on sait que, en fait, ces discours-là,
11:03bien sûr que ça aide, ça aide les ados sur des questions de représentation.
11:06On sait que le taux de suicide est important chez les ados LGBT.
11:10Donc, il y a une responsabilité.
11:12Très souvent, moi, je pointe ça, on me dit
11:13« Mais qu'est-ce qu'on s'en fout ? Qu'est-ce qu'on s'en fout que
11:15ce soit gay ou lesbienne ? »
11:16Et ben non, on s'en fout pas.
11:18C'est, au contraire, extrêmement important pour des millions de personnes, en fait, de savoir ça.
11:27Parallèlement à ce combat, Alice Coffin emmène un autre,
11:30dont elle parle un peu moins, mais qu'on découvre dans son livre.
11:33C'est celui contre l'alcoolisme, qui a duré près de 20 ans.
11:39Ça a été très douloureux, je pense, à vivre pour mes compagnes,
11:43par rapport à moi, l'état dans lequel ça pouvait me mettre, de me voir changer.
11:52Ça amène à des stratégies de dissimulation.
11:55Ça empiète vraiment sur la vie, où il y a toute une partie de la vie
11:58qui peut être consacrée à prévoir, calculer,
12:04comment ça va être possible de boire beaucoup lors d'un moment où d'autres ne boivent pas autant.
12:10Et c'était installé, moi, surtout au bout d'un certain moment, avec les années,
12:14l'impression vraiment que je ne pourrais pas vivre sans alcool.
12:16C'est tout à fait viable, la vie sans alcool, vraiment tout à fait.
12:20Moi, ça fait maintenant trois ans.
12:22Bien sûr que ça change des choses.
12:24C'est pas simple, c'est différent quand même.
12:26Mais ça...
12:27Je suis contente d'être là.
12:31Alice Coffin part donc aux États-Unis sobre,
12:33après avoir été aidée par un alcologue,
12:35et revient sobre également.
12:37Avec en tête le projet d'un livre qui condenserait toutes ses recherches
12:41sur l'invisibilisation des minorités,
12:43et en particulier des lesbiennes.
12:45Elle envoie un synopsis du génie lesbien aux éditions Grasset qui l'acceptent,
12:49et prévoit de le publier l'année suivante.
12:51À l'été 2019, David Béliard,
12:54chef de file Europe Écologie Les Verts pour les municipales parisiennes,
12:58vient proposer à Alice Coffin de faire partie de sa liste.
13:03Je n'avais pas du tout prévu de me lancer en politique.
13:07Mais en fait, c'était limpide que si moi j'entrais en politique,
13:10que si moi j'y allais,
13:11il y aurait une opposition et des explosions extrêmement fortes,
13:15avec des choses liées aux violences sexistes, aux violences sexuelles,
13:19puisque ce monde politique-là est un des bastions de ça,
13:22et des bastions du pouvoir masculin, de l'entre-soi masculin,
13:25et de la façon dont les oppressions s'opèrent.
13:28Donc c'était écrit en fait.
13:29Je ne l'avais pas lu comme ça avant,
13:31mais c'était écrit que si moi je déboulais là-dedans,
13:33ça allait créer un peu d'ébullition.
13:36Dès juillet 2020, effectivement,
13:38les oppositions au sein de la majorité apparaissent
13:41lorsqu'une manifestation féministe est organisée
13:43pour protester contre la présence de Christophe Girard au conseil municipal.
13:47Dans son viseur, Christophe Girard,
13:50adjoint à la mairie de Paris en charge de la culture.
13:52Les militantes lui reprochent d'avoir soutenu Gabrielle Mansneff,
13:55auteure connue pour ses écrits autobiographiques et pédocriminels.
13:58C'est un slogan qui choque.
14:01Bienvenue à Pédoland.
14:03Hier, devant la mairie de Paris,
14:05une véritable déclaration de guerre
14:08assumée par ce groupe de femmes,
14:09dont cet élu écologiste de la capitale.
14:12Alice Coffin se joint à elle.
14:13Sa participation en tant qu'élu fait couler beaucoup d'encre
14:16et se solde par la démission de Christophe Girard deux jours plus tard.
14:20Il n'y a rien à dire que circuler, si je puis dire.
14:24Et oui, malgré tout, vous démissionnez.
14:26Mais parce que, quand on a un mandat politique,
14:29une responsabilité, on fait partie d'un collectif.
14:34À partir de ce moment-là,
14:35Alice Coffin devient l'objet de milliers de tweets.
14:37Certains la soutiennent,
14:39d'autres, d'une violence inouïe,
14:41sont des torrents d'insultes,
14:42de propos lesbophobes et de menaces.
14:45Dans un premier temps,
14:46Alice Coffin refuse la protection policière qui lui est proposée.
14:49Puis des détails sur son adresse fuite,
14:51et elle accepte.
14:53Alors, je n'étais pas suivie tous les jours par de la police et tout ça.
14:57Mais ils sont effectivement venus.
14:58Ma maison de vacances était sous surveillance.
15:00J'étais en contact direct avec la gendarmerie de là où j'étais.
15:02Enfin, oui, voilà, tout ça, quoi.
15:03C'était un peu...
15:04Et puis depuis, malheureusement,
15:05je suis revenue pas mal au commissariat
15:07parce qu'il y a eu des nouvelles salves,
15:09des nouvelles méthodes aussi.
15:10Et je crois qu'il y aura d'autres fois.
15:13Je pense que ce n'est pas terminé, quoi.
15:14Et votre compagne, elle le vit comment ?
15:16Ah bah, elle, ça l'inquiète beaucoup.
15:17C'est-à-dire que c'est très traumatisant.
15:19Je pense en plus...
15:20À la limite, moi, je suis dans l'action.
15:22Je suis dans le truc.
15:22Donc, je fonce un peu.
15:25Ouais, ouais, pour Youri, c'est difficile.
15:27En septembre 2020,
15:29l'Institut catholique de Paris,
15:30où elle donne des cours depuis 2012,
15:32décide d'arrêter sa collaboration avec elle.
15:35Je ne sais pas pourquoi,
15:35mais c'était vraiment le truc le plus dur, en fait.
15:37C'était le plus violent.
15:38Sinon, le reste, ça allait.
15:39Je tenais et tout ça.
15:40Alors que, oh, quand j'ai appris ça,
15:42voilà, moi, j'enseignais depuis 8 ans
15:44à l'Institut catholique de Paris,
15:46en excellente entente avec les étudiantes,
15:49avec les autres professeurs.
15:50On m'avait même confié au fur et à mesure des années
15:52plus de cours.
15:53Donc, il n'y avait rien à redire, apparemment,
15:55à mon enseignement,
15:57auquel, d'ailleurs, je consacrais beaucoup de temps
15:59et avec beaucoup de rigueur.
16:01Et puis, pof, quoi, ils annonçaient ça.
16:02Alors, en plus, en argant que c'était mon militantisme,
16:07tout ce qui s'était passé pendant l'été,
16:09qui faisait la publication du livre, tout ça.
16:10Enfin, ça n'a jamais été très clair.
16:11Je n'ai jamais reçu de courrier vraiment officiel,
16:13mais c'est tombé comme ça.
16:15Et puis, alors, surtout, avec des méthodes
16:16vraiment terribles.
16:17C'est-à-dire que moi, c'était des CDD
16:18à chaque fois renouvelés tous les ans.
16:20J'avais déjà prévu toutes mes heures de cours,
16:22commencé à bosser mes cours,
16:23comme je le fais chaque année l'été.
16:25Et eux, ils m'ont dit ça
16:26le jour de la réunion de rentrée.
16:27Donc, ça se réglera au prud'homme.
16:31Vous ne vous regrettez pas vos prises de parole,
16:33même si ça vous vaut une protection policière ?
16:35Je ne regrette pas du tout.
16:37Et alors, chaque jour,
16:39tout ce qui se passe illustre chaque jour un peu plus
16:41à quel point on vit dans un monde de violence masculine,
16:45de violence patriarcale,
16:46et à quel point précisément,
16:47c'est extrêmement important de le dire.
16:49Mais c'est important aussi de désigner des responsables.
16:52Et moi, je ne comprends pas
16:53qu'à un moment, le président de la République m'a dit
16:54c'est un homme qui s'adresse aux autres hommes,
16:56et qui s'adresse en disant
16:57il se passe quoi, en fait ?
16:59Quand est-ce qu'on fait cesser ?
17:01C'est ça, quand est-ce que vous arrêtez
17:02de nous violer, de nous tuer,
17:04d'agir ainsi, quoi ?
17:06C'est vraiment...
17:07Et le problème, c'est que moi,
17:08quand je dis ça, on me dit
17:08mais non, mais ça va freiner
17:10tous ceux qui sont quand même
17:11de très bonne volonté.
17:12Il y a quand même beaucoup d'hommes
17:13qui disent merci, ils sont encore heureux.
17:14Et puis je suis au courant,
17:16je les connais, on travaille ensemble,
17:17il n'y a pas de soucis.
17:18Ça ne les freine pas du tout.
17:19Ceux qui sont convaincus,
17:20ils voient tout autant la nécessité
17:21qu'il y a à avoir un discours politique,
17:23ce qui veut dire aussi
17:24de pointer les agresseurs.
17:26Et ça, on n'y est pas du tout encore.
17:27Moi, je n'entends pas,
17:28j'attends un grand discours
17:29de représentants de l'État
17:30là-dessus, en tout cas.
17:38Claudia, avant que tu ne rencontres
17:40Alice Coffin,
17:41on espérait qu'elle nous raconte
17:42sa vie, son parcours,
17:44mais on dirait qu'elle souhaite
17:44plutôt rester dans son rôle
17:46de militante, c'est ça ?
17:47Moi, j'ai vraiment eu l'impression
17:49en la rencontrant qu'en fait,
17:50elle a tellement travaillé
17:52sur ce sujet
17:52et elle en est tellement imprégnée
17:54qu'en fait,
17:56elle voit tout sous ce prisme-là
17:57et elle vit tout sous ce prisme-là.
17:59Donc, je crois que ses recherches
18:01ont réellement une place fondamentale
18:04dans sa vie
18:05et aussi dans la manière
18:06dont elle appréhende absolument
18:08tout ce qui se passe autour d'elle.
18:09Elle est élue Europe Écologie-Les Verts
18:11au Conseil municipal de Paris.
18:13Est-ce qu'elle est toujours
18:14dans la majorité
18:15de la mère socialiste,
18:16Anne Hidalgo ?
18:17Oui, après l'épisode
18:19de l'année dernière
18:20avec Christophe Girard,
18:21elle a été exclue
18:22de la majorité un temps
18:23avec Raphaël Rémy-Leleux
18:25qui s'était également jointe
18:26à la manifestation.
18:27Elles ont finalement été réintégrées
18:29en octobre,
18:30donc elles sont toujours
18:31dans la majorité.
18:32Alice Coffin est moins présente
18:34dans les médias
18:34ces derniers temps,
18:35mais elle a de nouveau manifesté
18:36le 2 février à Paris.
18:38Oui, elle a manifesté
18:41toujours à propos
18:42de Christophe Girard
18:43parce qu'en fait,
18:44après avoir été visé
18:45l'année dernière
18:46et après avoir été mis en retrait,
18:48il est revenu
18:49au Conseil municipal.
18:51L'enquête préliminaire
18:51pour viol sur mineurs
18:53qui a été ouverte contre lui
18:54a été classée sans suite
18:55en raison de la prescription des faits.
18:56Il a donc décidé de revenir siéger
18:58et c'est ça qui a mis Alice Coffin
19:00très en colère à nouveau
19:01et c'est pour ça
19:02qu'elle a manifesté
19:03avec d'autres féministes
19:04à nouveau
19:05pour demander sa démission.
19:08Merci Claudia Prolongeau.
19:11Cet épisode a été produit
19:12par Thibault Lambert,
19:14Marion Bottorel
19:15et Mona Delahaye.
19:16Réalisation,
19:17Julien Moncouquiol.
19:18N'hésitez pas à nous écrire
19:19codesource
19:20at leparisien.fr
19:22ou à nous interpeller
19:22sur les réseaux.
19:23Codesource est le podcast
19:25d'actualité du Parisien
19:26disponible chaque soir
19:28du lundi au vendredi.
19:29Pour ne rater aucun épisode,
19:31abonnez-vous sur Apple Podcast
19:33ou Google Podcast par exemple.
19:34Et puis si vous aimez
19:36codesource,
19:36dites-le nous
19:37en laissant des petites étoiles
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19:40sur votre application préférée.
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