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Code source a recueilli le récit de Catherine Bertrand présente au concert des Eagles of Death Metal le soir des attentats. Elle raconte cette soirée qui a transformé sa vie.


Dans cette vidéo : Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit à Paris quatre journalistes du Parisien le couvrent au jour le jour et dans Code Source nous y consacrons régulièrement des podcasts jusqu'au verdict attendu à la fin du mois de mai. Deuxième épisode aujourd'hui le témoignage d'une rescapée du Bataclan. Catherine Bertrand nous raconte son histoire ce qu'elle a vécu le vendredi 13 novembre 2015 et ce qu'elle a ressenti en venant assister au procès.
Catherine n'aime pas vraiment l'école au lycée elle passe plus de temps à dessiner dans la marge de ses cahiers qu'à écouter ses professeurs. Elle obtient tout de même un bac économique mais elle espère surtout pouvoir vivre de sa passion le dessin.
Le seul compromis que j'ai trouvé en fait pour essayer de me satisfaire au niveau de la création artistique c'était de me retrouver à travailler dans une agence de photographie.
Catherine a 28 ans quand elle signe son CDI elle en profite pour acheter une maison à Argenteuil dans le Val d'Oise avec son compagnon. Catherine adore son métier elle travaille beaucoup prend rarement du temps pour elle et abandonne peu à peu le dessin mais comme l'agence photo où elle travaille se trouve juste à côté du Bataclan dans le 11e arrondissement de Paris Catherine et son compagnon, tous les deux fans de rock vont très souvent à des concerts après le travail. Le vendredi 13 novembre 2015
Catherine qui à 35 ans rejoint son compagnon devant la salle de concert après une longue journée ils vont voir un groupe de hard rock californien qu'aucun des deux ne connaît mais qu'ils ont hâte de découvrir les Eagles of Death Metal…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Sarah Hamny et Timothée Croisan - Reporter : Ambre Rosala- Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.


#bataclan #rescapée #attentats

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News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit à Paris.
00:16Quatre journalistes du Parisien le couvrent au jour le jour,
00:19et dans Codesource, nous y consacrons régulièrement des podcasts
00:22jusqu'au verdict attendu à la fin du mois de mai.
00:25Deuxième épisode aujourd'hui, le témoignage d'une rescapée du Bataclan,
00:29Catherine Bertrand nous raconte son histoire, ce qu'elle a vécu le vendredi 13 novembre 2015,
00:34et ce qu'elle a ressenti en venant assister au procès.
00:38Catherine Bertrand est au micro d'Ambre Rosala.
00:45Je retrouve Catherine Bertrand chez elle, à Argenteuil, au nord de Paris.
00:49Elle habite seule, dans une jolie petite maison, avec beaucoup de végétation de vent.
00:54C'est très calme, même si on entend parfois passer quelques avions.
00:58Elle m'explique que c'est le seul endroit où elle se sent vraiment bien,
01:01et elle y passe beaucoup de temps, pour se reposer,
01:03et parfois calmer ses angoisses, surtout depuis le début du procès.
01:09Le procès, ça réactive beaucoup.
01:13Cette soirée revient en flashback, ses sensations, ses interrogations aussi,
01:18parce que j'essaie de reconstituer un peu le puzzle de cette soirée,
01:22mais j'ai encore des trous.
01:24C'est très fatiguant, c'est très épuisant.
01:26Et là, ce coup de fatigue, je commence à le ressentir.
01:30Catherine est née à Paris, en 1980.
01:33Elle grandit dans le 14e arrondissement, avec ses parents, tous les deux dentistes,
01:37et sa sœur, qui a deux ans de plus qu'elle, et dont elle est très proche.
01:41Enfant, elle a une ou deux amis avec qui elle s'entend bien,
01:44mais elle n'est pas du genre à avoir de grandes bandes de copines.
01:46J'étais toujours un peu dans mon coin.
01:49À l'école, j'étais assez réservée,
01:52puis ce qui m'intéressait vraiment, c'était le dessin.
01:54Mon père, il adorait peindre, et ma mère, elle faisait de l'aquarelle.
01:59Et donc le dessin, ça nous a vraiment apporté énormément avec ma sœur.
02:04Catherine n'aime pas vraiment l'école.
02:06Au lycée, elle passe plus de temps à dessiner dans la marge de ses cahiers
02:10qu'à écouter ses professeurs.
02:12Elle obtient tout de même un bac économique,
02:14mais elle espère surtout pouvoir vivre de sa passion.
02:17Mon père a décidé que ce n'était pas un métier d'être artiste,
02:22et qu'on ne pouvait pas gagner sa vie avec ça.
02:24Le seul compromis que j'ai trouvé pour essayer de me satisfaire
02:27au niveau de la création artistique,
02:29c'était de me retrouver à travailler dans une agence de photographie.
02:33On m'a embauchée en tant qu'archiviste,
02:36et ça a été quelque chose de magique,
02:40parce que mes parents avaient l'air satisfaits de mon poste.
02:43Donc eux, ils avaient l'air comblés, puis moi aussi.
02:46Catherine a 28 ans quand elle signe son CDI.
02:48Elle en profite pour acheter une maison à Argenteuil, dans le Val-d'Oise,
02:51avec son compagnon.
02:53Catherine adore son métier,
02:55elle travaille beaucoup,
02:56prend rarement du temps pour elle,
02:57et abandonne peu à peu le dessin.
03:00Mais comme l'agence photo où elle travaille se trouve juste à côté du Bataclan,
03:03dans le 11e arrondissement de Paris,
03:05Catherine et son compagnon, tous les deux fans de rock,
03:08vont très souvent à des concerts après le travail.
03:10Le vendredi 13 novembre 2015,
03:13Catherine, qui a 35 ans,
03:15rejoint son compagnon devant la salle de concert,
03:17après une longue journée.
03:18Ils vont voir un groupe de hard rock californien
03:20qu'aucun des deux ne connaît,
03:22mais qu'ils ont hâte de découvrir,
03:24les Eagles of Death Metal.
03:25On arrive au Bataclan,
03:27et comme on a l'habitude d'y aller souvent,
03:29avec mon ami,
03:31on se dit,
03:32on va essayer de trouver nos places
03:34là où on aime bien aller,
03:36c'est-à-dire des petits endroits qu'on aime bien,
03:38sauf que tout le monde avait déjà pris ses petites places,
03:43et nous, il n'y avait plus de place pour nous.
03:46Comme ce n'était pas un groupe qu'on connaissait,
03:47on s'est dit,
03:48ce n'est pas grave,
03:49si on est au balcon, on va s'asseoir.
03:52On est là pour découvrir le groupe.
04:01Il y avait une ambiance de folie,
04:03vraiment.
04:05Les gens étaient heureux,
04:07mais ils manifestaient leur bonheur,
04:09c'était dingue.
04:10Il y avait une ambiance particulière,
04:13il y avait de la vie ce soir-là,
04:14c'était beau à voir.
04:16Une demi-heure après le début du concert,
04:18vers 21h40,
04:20trois terroristes entrent dans la salle.
04:22On entend ce qu'on croit être des pétards,
04:25et puis on se regarde un petit peu interloqués.
04:28Dans l'obscurité,
04:30on s'est dit,
04:30oui, ça fait partie du show,
04:32ça fait partie du spectacle.
04:34Quand la lumière s'est allumée,
04:36je voyais des gens tomber les uns sur les autres
04:38et j'avais une odeur de poudre.
04:43Je me souviens être dans un état de sidération.
04:47Le corps, il ne réagissait pas.
04:49Le cerveau, il ne réagissait pas.
04:50En fait, j'étais extrêmement passive.
04:54Jusqu'à un moment où il y a un monsieur
04:57qui est présent à ma gauche, debout.
05:00J'étais encore assise.
05:02Il me dit, il faut partir maintenant.
05:05On l'a suivi.
05:07Je n'avais pas peur.
05:08Je n'avais pas envie de crier.
05:09Je n'avais pas envie de pleurer.
05:11Je suis partie machinalement,
05:13mais vraiment en mode robot,
05:16de mon siège.
05:17Je me souviens qu'on avait rampé quand même.
05:20C'était très bizarre.
05:21D'un côté, on était très calme.
05:23Et de l'autre,
05:24on avait peur de se prendre une balle quand même.
05:27Donc on rampait jusqu'à atteindre
05:31un couloir où il y avait les toilettes.
05:33Et on s'est dit avec mon ami,
05:35on va aller se cacher dans les toilettes.
05:36Et là, on voit des gens essayer de se cacher
05:41dans des faux plafonds et tout.
05:43Et il y a un monsieur qui voit
05:45qu'on essaye aussi de se cacher là-dedans.
05:47Il nous dit, ne vous cachez pas là,
05:49vous allez vous faire tuer.
05:52Et du coup, on s'est dit,
05:54OK, ce n'est peut-être pas la meilleure idée.
05:57Alors on a trouvé une sortie de secours.
05:59C'était une toute petite cage d'escalier
06:03mais il y avait tellement de monde
06:05dans cette cage d'escalier
06:06qu'on n'a pas pu vraiment avancer.
06:08Enfin, on s'est effrayé un chemin
06:10jusqu'au palier.
06:11Mais ça n'avançait pas.
06:13Ça ne descendait pas.
06:14Les gens ne descendaient pas.
06:16Et quand je me suis rendue compte
06:18que les gens,
06:19ils remontaient de la rue
06:21vers le bas-t-il-clos,
06:22c'est là que j'ai compris
06:23qu'il y avait un problème dehors.
06:25Je me suis dit, OK, le danger est dehors,
06:28donc il faut remonter au balcon.
06:32Et mon ami qui était avec moi
06:34m'a empêchée de remonter.
06:38Et heureusement qu'il m'a dit ça
06:39parce que c'était à ce moment-là
06:41où les terroristes montaient
06:42au niveau du balcon.
06:44Donc il y a eu un double mouvement de foule
06:47à ce moment-là dans cet escalier.
06:48Les gens descendaient du balcon
06:51précipitamment vers la cage d'escalier
06:52et de l'autre remontaient de la rue
06:57dans cet escalier.
06:59Et donc on a été comprimés
07:00entre deux mouvements de foule.
07:02Et puis à un moment,
07:03les tirs se sont arrêtés dans la rue.
07:06Et les gens avaient tellement peur
07:08de se faire tirer dessus en sortant
07:10qu'ils allaient au compte-gouttes.
07:13Donc ça a été très long.
07:15On attendait son tour,
07:16on faisait la queue pour sortir.
07:19Et donc à un moment,
07:21c'était à nous,
07:22c'était à moi de sortir.
07:25Et quand je suis sortie,
07:27je n'ai pas regardé à droite,
07:28j'ai regardé à gauche
07:29parce que je savais qu'il fallait
07:31que je me dirige vers le boulevard Voltaire.
07:35Et là j'ai couru, couru, couru.
07:37Mais je n'ai jamais couru aussi vite de ma vie.
07:39Ça c'est l'adrénaline.
07:42Après le problème c'est que par terre
07:44je ne m'attendais pas du tout
07:45à avoir du sang.
07:47Je ne m'attendais pas à avoir
07:49des gens par terre.
07:50Je ne savais pas s'ils étaient
07:51juste blessés ou morts.
07:53Dans ma fuite,
07:54je trébuche sur un corps.
07:57Et quand j'ai eu ce contact physique
08:00avec ce corps,
08:02ça m'a fait complètement vriller.
08:05C'est là que je suis sortie
08:06de mon état de sidération
08:09où là j'ai commencé à paniquer
08:11et me rendre compte de ce qui se passait.
08:13Donc j'ai eu toutes les émotions
08:14qui sont arrivées en même temps.
08:17Et c'est là que je me suis dit
08:18il faut que je fuis cet endroit
08:20le plus loin possible.
08:23Comme le quartier n'est pas encore sécurisé,
08:25il n'y a ni Samu ni pompier
08:27pour prendre en charge les victimes.
08:30Catherine et son compagnon,
08:31sous le choc
08:32et encore terrifiés
08:33à l'idée de se faire tirer dessus,
08:35arrêtent le premier taxi qu'ils croisent
08:36et rentrent chez eux à Argenteuil.
08:39Toute la nuit,
08:40Catherine rassure ses proches au téléphone.
08:42Puis elle passe tout le week-end
08:43devant une chaîne d'informations en continu
08:45à essayer de comprendre
08:46ce qu'elle vient de vivre.
08:48Ce week-end-là,
08:49on s'est dit
08:50mais nous,
08:51est-ce qu'on est victimes ?
08:53Est-ce qu'on est témoins ?
08:54Est-ce qu'on est qui en fait ?
08:56Parce qu'on n'avait pas été blessés physiquement.
08:58On avait le cerveau tellement retourné
09:00qu'on ne savait même plus
09:01si on était dans notre droit
09:03d'être pris en charge ou pas.
09:05Et donc on ne savait pas trop
09:06mais on avait vu un numéro vert
09:08à appeler à la télé.
09:11Donc on a appelé ce numéro
09:12et un monsieur nous a dit
09:14« Ah oui, oui, il vous faut une prise en charge. »
09:17Ah bon ?
09:17On était là « Ah bon ? »
09:18Mais vous êtes sûr ?
09:21Et donc on nous a dit d'aller à un hôpital.
09:24Donc on y va deux jours après.
09:26Moi, je ne me méfie pas.
09:27Je prends le métro comme d'habitude.
09:30Et dans le métro,
09:32il y a des travaux
09:34avec des marteaux-piqueurs
09:35qui font tac, tac, tac, tac, tac, tac, tac.
09:37Et les tac, tac, tac des marteaux-piqueurs,
09:40ça m'a fait plonger direct dans le Bataclan.
09:43Mes jambes ont commencé à trembler.
09:46Je ne tenais plus debout.
09:47Je me suis écroulée.
09:49Là, j'ai cru que j'allais mourir.
09:53Et quand on est arrivé à l'hôpital,
09:56tant bien que mal,
09:57la psychiatre nous a dit
09:59« Vous venez de faire une crise d'angoisse
10:01parce que vous êtes en état de stress post-traumatique. »
10:05Au fil des jours,
10:06Catherine développe de plus en plus de symptômes.
10:08Elle souffre d'hypervigilance,
10:10craint les bruits secs et soudains,
10:12comme les portes qui claquent,
10:13et commence à faire des cauchemars.
10:16Parfois, elle entend des sons,
10:18des cloches ou des sirènes de pompiers, par exemple,
10:20alors qu'en réalité, tout est silencieux.
10:23Et surtout,
10:24elle se sent constamment coupable d'être en vie.
10:27Mais Catherine refuse d'accepter qu'elle va mal.
10:29Elle se dit que c'est passager,
10:30et après deux semaines d'arrêt,
10:32elle décide de reprendre le travail.
10:36Je suis arrivée à mon bureau,
10:38je ne connaissais même plus mon mot de passe,
10:40le mot de passe de mon ordi.
10:41Je ne savais plus ce que je devais faire,
10:43je ne savais plus...
10:44en quoi consistait mon travail quotidien,
10:47mes tâches, mes routines que j'avais développées.
10:49J'étais physiquement présente,
10:51mais mentalement absente.
10:53Vraiment, j'étais vraiment ailleurs,
10:55je ne comprenais pas ce qu'on me disait.
10:56Même les questions simples,
10:58je n'arrivais pas à y répondre.
11:00Je me suis sentie complètement noyée,
11:03dépassée,
11:04entre mes attentes personnelles
11:06à un retour de vie normale
11:07et les conséquences du traumatisme.
11:10Il y avait un gros fossé entre les deux.
11:13Et c'est là que je me suis dit,
11:14il faut que je trouve une solution.
11:16Et donc, on a lancé les démarches en décembre
11:20pour faire un mi-temps thérapeutique,
11:21ce qui me permettait de travailler
11:24trois jours par semaine
11:25et de me reposer deux jours.
11:28Les jours où elle ne travaille pas,
11:30Catherine prend des rendez-vous médicaux
11:31ou fait des démarches pour trouver un avocat.
11:33Elle se rapproche aussi
11:34de l'association de victimes
11:36Life for Paris,
11:37où elle rencontre des gens
11:38qui vivent la même chose qu'elle.
11:39Mais plus les mois passent
11:41et plus elle s'isole.
11:42D'un commun accord,
11:44Catherine et son compagnon se séparent.
11:46Ils ont besoin de se retrouver seules
11:48et de se reconstruire chacun de leur côté.
11:51Elle s'éloigne aussi de certains de ses amis
11:53qui n'arrivent pas à comprendre
11:54pourquoi elle va mal.
11:57Il y a eu beaucoup de maladresse.
11:59J'ai eu droit à certaines personnes
12:01qui m'ont dit
12:02« Ouais, enfin, t'as pas à te plaindre,
12:04t'as envie, quoi. »
12:06Au bout de quatre mois,
12:07j'ai un collègue qui m'a dit
12:08« Ah, mais ça va toujours pas, toi ? »
12:10« Mais alors, ça fait quatre mois,
12:13tu devrais être bien, là.
12:14C'est bon, c'est fini. »
12:16Donc, ça a été quand même
12:20très complexe.
12:21Catherine décide de reprendre le dessin.
12:23Elle n'en a pas fait depuis des années,
12:25mais elle se dit que ça ne peut pas
12:26lui faire de mal.
12:27Comme elle a une tablette graphique
12:29à son travail,
12:29elle profite de ses temps de pause
12:31pour se dessiner elle-même
12:33avec un boulet au pied.
12:34Mon mal-être est invisible.
12:37J'ai besoin de le matérialiser.
12:39Et donc, je me suis servi
12:41de ce symbole de boulet
12:42pour concrétiser mes souffrances
12:45et tous les symptômes
12:47de stress post-traumatique.
12:48Donc, plus le boulet est gros
12:50et plus il y a de symptômes.
12:53Je faisais des petits brouillons
12:54sur Photoshop
12:55de scènes du quotidien,
12:57de ce que mes collègues me disaient
12:59de maladroit,
13:00de ce qui s'était passé
13:02dans le métro,
13:03qui m'avait déclenché
13:04une crise d'angoisse.
13:06Et je me suis dit,
13:07voilà, voilà ce que j'aimerais
13:10montrer.
13:10Parce que les gens ne comprennent pas
13:12ce qui se passe dans ma tête.
13:13Les gens pensent que je vais très bien.
13:16Donc, moi, c'était une sorte
13:17d'exutoire, clairement.
13:18J'avais beaucoup de colère aussi,
13:20donc ça me permettait
13:21de déverser ma colère.
13:23Moi, ça m'a fait beaucoup de bien,
13:24une sorte de libération.
13:26Pendant un an et demi,
13:27Catherine griffonne
13:28toutes ces petites scènes
13:29qu'elle vit au quotidien,
13:30toujours avec son boulet au pied.
13:31Elle montre ses dessins
13:33à sa famille et ses amis
13:34pour qu'ils comprennent
13:34un peu mieux ce qu'elle traverse.
13:36En 2017,
13:37l'entreprise de Catherine
13:38met la clé sous la porte
13:39et elle se retrouve sans emploi.
13:41Sa grande sœur lui donne l'idée
13:43de transformer ses croquis
13:44en BD
13:44pour qu'il puisse être utile
13:46à toutes les victimes
13:46des attentats.
13:47Catherine se lance alors
13:49dans une formation
13:49d'illustratrice et graphiste
13:51et retravaille tous ses dessins.
13:53Chronique d'une survivante
13:54sort le 4 octobre 2018
13:56sous un pseudonyme.
13:58Car Catherine Bertrand
14:00n'est pas son vrai nom.
14:01J'avais besoin
14:02de m'identifier
14:03sous un autre nom
14:04parce que j'ai complètement changé.
14:06Moi, la petite gosse
14:08qui était toute réservée
14:09à l'école,
14:10c'est devenu une furie.
14:12J'arrivais à m'affirmer,
14:14j'arrivais à m'opposer,
14:14j'arrivais à lâcher prise,
14:17à dire ce que j'avais envie de dire.
14:19Je ne pensais pas
14:20en être capable un jour.
14:21Donc, j'ai vraiment là-dessus.
14:23Il y a vraiment
14:23une contradiction terrible
14:25entre la Catherine d'avant
14:27et la Catherine de maintenant.
14:29Le procès des attentats
14:31du 13 novembre 2015
14:32s'ouvre le mercredi 8 septembre 2021.
14:35Catherine s'est constituée
14:36partie civile,
14:37mais elle décide
14:38de ne pas assister
14:38à l'audience
14:39dès la première semaine
14:40sur les conseils
14:41de son avocat.
14:42Elle la suit depuis chez elle
14:43en écoutant une web radio
14:45spécialement créée
14:46pour les partis civils
14:47qui ne peuvent pas
14:47faire le déplacement.
14:49Mais le mardi 14 septembre,
14:51elle se rend
14:51à l'ancien palais de justice
14:53de Paris
14:53et entre dans la salle
14:54des pas perdus,
14:55spécialement aménagée
14:56pour le procès.
14:58J'ai été extrêmement impressionnée
15:00par la grandeur
15:01et la longueur
15:02de cette salle.
15:03Quand je suis rentrée,
15:05je me suis dit
15:07« On ne peut plus retourner
15:08en arrière maintenant,
15:09c'est procès. »
15:13Que je le veuille ou non,
15:14ça va être procès.
15:16Et il le faut.
15:18J'y suis allée
15:19un petit peu
15:19en mode combative.
15:22Je suis debout,
15:23je résiste,
15:24je suis là.
15:25Et je pense que j'ai aussi
15:26ce devoir d'être là
15:28pour les gens
15:28qui n'ont pas la chance
15:29d'être là.
15:30Catherine n'accorde même pas
15:31un regard au box des accusés.
15:33Elle préfère dessiner
15:34les témoins.
15:35Elle retourne à l'audience
15:36une deuxième fois,
15:37puis une troisième,
15:38le vendredi 17 septembre.
15:40À la barre,
15:41toute la journée,
15:42l'enquêteur
15:43qui a procédé
15:43aux premières constatations
15:44à l'intérieur du Bataclan.
15:46Catherine sort de la salle
15:47quand un enregistrement audio
15:49du début de l'attaque
15:49est diffusé,
15:50mais elle assiste
15:51à tout le reste de l'audience
15:52ce jour-là.
15:53L'enquêteur monte
15:54entre un plan du Bataclan.
15:56Dans ce plan,
15:58il y avait
15:59deux sorties de secours
16:01seulement.
16:02Ma sortie de secours
16:04n'était pas représentée
16:05sur le plan.
16:07Ne pas voir
16:07cette sortie de secours
16:08m'a fait péter
16:10un plomb.
16:11Si on ne voit pas
16:12où je peux sortir,
16:14c'est qu'à l'intérieur de moi,
16:16je suis morte.
16:18J'avais mes amis
16:19de Life for Paris
16:19autour de moi
16:20qui m'ont rassurée,
16:22qui m'ont dit
16:22« Ne t'inquiète pas,
16:23il va arriver,
16:24le plan détaillé. »
16:25Et oui,
16:25c'est bien arrivé après,
16:26effectivement.
16:28Sauf que ça a été long.
16:31Quand j'ai demandé
16:32à une de mes meilleures amies
16:33« Est-ce que tu penses
16:35que ma réaction
16:36a été disproportionnée ? »
16:39elle m'a dit non.
16:42Et donc là,
16:42je savais que
16:44c'était normal.
16:45Dans mon cas,
16:46à moi,
16:47c'était normal
16:48de ressentir ça.
16:50Vous pensez que ça va
16:51vous aider à aller mieux,
16:52ce procès ?
16:53Oui, clairement.
16:54Ça va changer quelque chose
16:56pour moi
16:56parce que déjà,
16:58j'ai déjà quelques éléments
16:59de réponse
17:00sur mes questions
17:02qui restent en suspens
17:03depuis bien longtemps.
17:05Et plus j'ai des éléments
17:06de réponse
17:07et plus je me sens apaisée.
17:10Et ça,
17:10c'est quelque chose
17:11de nouveau pour moi,
17:13l'apaisement.
17:14Je sens un espoir,
17:15en fait,
17:16de peut-être
17:18tourner la page
17:19et peut-être
17:20me dire
17:21« Je vais enfin
17:23faire en sorte
17:24que ma vie
17:25ne tourne plus
17:26autour de ça. »
17:50Ambre,
17:51le témoignage
17:51de Catherine Bertrand
17:53est très fort
17:54et ce qui frappe,
17:55c'est l'incompréhension
17:56entre elle
17:56et une partie
17:57de ses proches
17:58ou de ses collègues
17:58après ce qu'elle a vécu.
18:00Oui,
18:01en fait,
18:01ce qu'elle m'a expliqué,
18:02c'est que juste après
18:03les attentats,
18:04elle a reçu
18:04énormément de soutien
18:05de la part de sa famille,
18:07de ses amis
18:07et même de ses collègues
18:08mais qu'avec le temps,
18:10il y avait un écart
18:11qui s'était creusé
18:12avec certains d'entre eux.
18:13En fait,
18:14elle souffrait intérieurement
18:15et il y a beaucoup
18:16de ses proches
18:17qui n'ont pas compris
18:18pourquoi elle n'allait pas bien,
18:20pourquoi plusieurs mois
18:21après les attentats,
18:22elle était toujours mal
18:23alors qu'elle était en vie.
18:24Elle m'a raconté
18:25qu'elle avait quand même
18:26dû faire un petit peu de tri
18:28parfois
18:29dans ses amis
18:30parce que ça lui faisait
18:30trop de mal
18:31mais ce qu'il faut quand même
18:32retenir,
18:33c'est qu'aujourd'hui
18:33elle est très entourée,
18:35elle a sa famille
18:36qu'elle a pour elle,
18:37elle a des amis
18:38qui n'ont jamais cessé
18:39d'être là à ses côtés
18:41et qui ont réussi
18:42à comprendre
18:42ce qu'elle traversait
18:43et ce qu'elle traverse
18:44encore aujourd'hui
18:44grâce à sa BD
18:45et donc voilà,
18:47elle a quand même
18:48beaucoup de monde autour d'elle.
18:49Je redonne le titre
18:49de sa BD
18:50qui a été publiée en 2018
18:52aux éditions La Martinière
18:54chronique d'une survivante.
18:56Catherine Bertrand,
18:57est-ce qu'elle arrive
18:57à faire autre chose
18:58en ce moment
18:59pendant le procès
18:59ou est-ce qu'elle s'y consacre ?
19:01C'est un peu compliqué
19:02pour elle
19:02de faire autre chose,
19:04de penser à autre chose même.
19:06Elle a bien conscience
19:07que ça risque
19:08d'être comme ça
19:09un peu pendant
19:10neuf mois.
19:11En fait,
19:13elle essaye quand même
19:14de faire en sorte
19:15de ne pas suivre
19:16le procès
19:17tous les jours.
19:18Elle se laisse un peu
19:18des moments de respiration
19:20pour se reposer,
19:22pour aller voir sa famille
19:23ou ses amis
19:23ou même elle n'écoute
19:25même pas du tout
19:25la web radio.
19:27Mais quand même,
19:27c'est vrai que le procès
19:29lui prend quand même
19:30beaucoup de temps,
19:31ça lui prend beaucoup d'énergie
19:32et qu'elle est un petit peu
19:33concentrée là-dessus.
19:34Elle essaye quand même
19:35de dessiner un petit peu
19:37tout ce qui lui passe
19:38par la tête,
19:38les petits moments
19:39qu'elle vit à l'audience
19:41pour essayer de relâcher
19:43un peu la pression.
19:43Et d'un mot,
19:44elle vit du dessin aujourd'hui ?
19:45Oui, elle vit du dessin.
19:47Elle a sorti
19:48d'autres BD depuis.
19:50On n'a pas fait encore
19:51énormément
19:51et c'est vrai qu'avec le procès,
19:53c'est un peu compliqué
19:54de se concentrer
19:55sur un nouveau projet
19:56et donc elle a hâte
19:57que le procès se termine
19:58pour qu'elle puisse
20:00démarrer un nouveau projet
20:01et elle espère
20:03avoir des idées
20:04qui concernent
20:05autre chose
20:06que les attentats.
20:07Merci Ambre Rosala
20:09et merci à Pascal Aigret
20:10pour son aide.
20:11Je rappelle que
20:12CodeSource
20:12va couvrir le procès
20:13des attentats
20:14du 13 novembre
20:15jusqu'au verdict
20:15en y consacrant
20:16régulièrement
20:17des podcasts
20:18avec des comptes rendus
20:19d'audience
20:20et des témoignages.
20:21Cet épisode de CodeSource
20:22a été produit par
20:23Sarah Amny,
20:24Thibault Lambert
20:25et Timothée Croizan.
20:26Réalisation
20:27Julien Moncouquiol.
20:29CodeSource est le podcast
20:30d'actualité du Parisien
20:31disponible chaque soir
20:32du lundi au vendredi.
20:34Merci d'être fidèle
20:35à CodeSource
20:36et n'hésitez pas
20:37à nous écrire
20:37pour nous faire des retours
20:38directement
20:39codesource
20:40at leparisien.fr
20:42à la fin de la vidéo.
20:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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