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Directrice du conservatoire de Stains (Seine-Saint-Denis), elle se bat depuis des années pour sortir la musique classique des prestigieuses salles parisiennes. Un film inspiré de sa vie doit sortir l’an prochain au cinéma. Elle retrace son parcours au micro d’Ambre Rosala.
Dans ce podcast : Cet été, le 11 août, Le Parisien a brossé le portrait d'une femme chef d'orchestre originaire de Pantin en Seine-Saint-Denis. Zahia Ziouani à 43 ans passionnée de musique classique depuis toute petite elle dirige le conservatoire de la ville de Stains depuis près de 20 ans et elle est aujourd'hui une cheffe d'orchestre mondialement reconnue. En lisant son portrait nous avons eu envie de l'entendre raconter elle-même son parcours...
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Timothée Croisan et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : orchestre Divertimento.
#orchestre #parité #cheffe
Dans ce podcast : Cet été, le 11 août, Le Parisien a brossé le portrait d'une femme chef d'orchestre originaire de Pantin en Seine-Saint-Denis. Zahia Ziouani à 43 ans passionnée de musique classique depuis toute petite elle dirige le conservatoire de la ville de Stains depuis près de 20 ans et elle est aujourd'hui une cheffe d'orchestre mondialement reconnue. En lisant son portrait nous avons eu envie de l'entendre raconter elle-même son parcours...
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Timothée Croisan et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Cet été, le 11 août, le Parisien a brossé le portrait d'une femme chef d'orchestre originaire de Pantin
00:18en Seine-Saint-Denis.
00:19Zahia Ziwani a 43 ans, passionnée de musique classique depuis toute petite.
00:24Elle dirige le conservatoire de la ville de Steyn depuis près de 20 ans.
00:27Et elle est aujourd'hui une chef d'orchestre mondialement reconnue.
00:30En lisant son portrait, nous avons eu envie de l'entendre raconter elle-même son parcours.
00:35Zahia Ziwani a reçu Ambre Rosala pour Codesource.
00:45La rentrée de Zahia Ziwani est très chargée.
00:48Avec son orchestre symphonique, elle enchaîne les concerts après une longue période sans trop d'activité à cause du Covid.
00:54Elle doit préparer des spectacles en moins de 10 jours, quand d'habitude, ça lui prend plusieurs mois.
01:00Mais elle accepte de me rencontrer dans son bureau à Pantin, en Seine-Saint-Denis, entre deux répétitions.
01:06Les cheveux bouclés, attachés en chignon, elle me raconte que ses parents sont tous les deux originaires d'Algérie.
01:11Son père, restaurateur, s'installe à Paris en 1962 et sa mère le rejoint 15 ans plus tard.
01:18Le 27 juin 1978, il donne naissance à deux petites filles, Zahia et Fetouma.
01:25Quand les jumelles ont trois ans, la famille déménage dans un quartier populaire de Pantin et la fratrice a grandi
01:31avec l'arrivée de Mehdi.
01:33Zahia me raconte qu'elle reçoit une éducation assez stricte, mais que ses parents lui transmettent surtout leur intérêt pour
01:39la culture.
01:41Quand mon père est venu en France dans les années 60, il ne savait pas lire, il a appris à
01:46lire tout seul en lisant Le Monde.
01:48Il écoutait la radio, il écoutait la musique, il a découvert la musique classique en écoutant la radio.
01:53Donc c'était quelqu'un quand même qui avait envie de découvrir la culture du pays dans lequel il venait
01:57s'installer.
01:58Donc en fait, c'est vrai qu'on a grandi riche de cette double culture, de musique, de concerts, de
02:05spectacles.
02:06Je n'ai pas le souvenir de la première fois que j'ai entendu de la musique tellement c'était
02:09quelque chose qui faisait partie de notre vie.
02:12Beaucoup de musique classique, ça c'est vrai.
02:14Et puis parfois aussi un peu de musique des chants kabiles, des musiques classiques arabes, de la chanson française aussi,
02:21parfois un peu de pop aussi.
02:22Mon père aimait bien Tina Turner, on écoutait aussi du Michael Jackson.
02:26Donc voilà, on a toujours écouté beaucoup de musique à la maison en effet.
02:30Les parents de Zaya ne sont pas musiciens, mais elle a très vite envie d'apprendre à jouer d'un
02:33instrument.
02:34Sa mère inscrit les jumelles au conservatoire de Pantin quand elles ont 8 ans.
02:38Fethouma apprend le violon et Zaya, elle, choisit d'apprendre la guitare.
02:42J'aimais bien ce rapport un peu solitaire à la musique avec la guitare.
02:46Mais vite je me suis rendu compte que je ne pourrais pas jouer dans un orchestre.
02:49Et puis surtout que je ne pourrais pas jouer les œuvres, les symphonies de Mozart et de Beethoven, celles qu
02:54'on entendait à la maison.
02:55Et c'est ça que j'avais envie de faire en fait.
02:57Donc du coup, j'ai commencé un nouvel instrument qui est l'alto.
03:00Et cet instrument qui a été pour moi une grande opportunité après de pouvoir intégrer l'orchestre et découvrir de
03:07l'intérieur ce que c'est l'orchestre.
03:09Et donc voilà, ça a été comme ça qu'a débuté mon parcours musical.
03:13L'alto, c'est un instrument à cordes qui ressemble à un violon un peu plus grand et qui a
03:17un son un peu plus grave.
03:21Quand Zaya a 14 ans, le conservatoire de Pantin propose à certains élèves de jouer, lors d'un petit concert,
03:28de nouvelles œuvres musicales spécialement créées par de jeunes compositeurs.
03:32Zaya, travailleuse et très appliquée, est sélectionnée pour jouer de l'alto.
03:38Normalement c'était des œuvres qui devaient être jouées sans chef d'orchestre, mais une œuvre qui était un peu
03:41compliquée.
03:42Et il s'avère qu'il n'y avait pas de partie d'alto.
03:44Le directeur de concertant m'a dit « Zaya, vas-y, tu t'y mets et essaye ».
03:49Et j'ai eu cette première expérience de diriger cette œuvre.
03:52J'avais en effet le trac, mais ça a été pour moi plus une émulation très positive, un challenge que
03:58j'avais absolument envie de relever.
04:00Et je me suis sentie vraiment à ma place, alors même si j'étais plutôt d'une nature un peu
04:04réservée,
04:05mais j'avais l'impression de ne plus être une enfant, de ne plus être une élève,
04:08mais d'être à l'endroit qui est mon endroit, moi, à diriger cette œuvre où je me sentais vraiment
04:14pleinement une jeune artiste
04:15et à donner une direction musicale, donner mon avis, être autonome.
04:20Et donc pour moi ça a été un grand déclic parce que le lendemain de ce concert-là,
04:24je ne me suis plus jamais posé la question de ce que je voudrais faire dans la vie.
04:27Zaya parle à ses professeurs du conservatoire, de cette envie de devenir chef d'orchestre.
04:32Sa professeure d'alto l'encourage et adapte ses cours au projet de Zaya.
04:36Plutôt que de travailler seulement la technique de l'instrument,
04:39elle lui fait étudier les parties d'alto de certaines symphonies de Tchaïkovski ou de Brahms,
04:43souvent jouées par les orchestres, et qu'elle devra connaître sur le bout des doigts si un jour elle en
04:48dirige un.
04:49Après j'ai aussi des professeurs qui m'ont dit « Mais Zaya, tu sais, ce n'est pas un
04:54métier qui est fait pour les femmes,
04:56concentre-toi sur tes études, sur tes études d'instrument. »
04:58Ils n'étaient pas malveillants, mais c'est juste que c'était complètement improbable de se dire
05:03qu'une femme pouvait être chef d'orchestre, et notamment des orchestres nationaux, des gros orchestres en fait.
05:08Donc ils me disaient, ils étaient soucis que je réussisse dans la vie,
05:11donc ils me disaient « Concentre-toi sur ce qui va marcher en fait ».
05:13Et j'ai envie de dire, plus ils me disaient que ce n'était pas fait pour moi, plus j
05:16'avais envie de le faire.
05:18Quelque part ça m'a peut-être encore plus encouragée,
05:21mais c'était quand même plus les femmes qui m'encouragaient à le faire,
05:24et mes profs plutôt masculins qui eux avaient plus de réserve.
05:31Pour s'entraîner à diriger un orchestre,
05:33Zaya regarde des documentaires sur les plus grands maestros du XXIe siècle,
05:37et reproduit leurs gestes devant sa télé.
05:40Un jour, alors que Zaya a 16 ans,
05:43Sergio Celibidac, un grand chef d'orchestre roumain qu'elle admire,
05:47est de passage à Paris.
05:49Zaya assiste à plusieurs de ses cours publics,
05:51et comme elle s'entraîne à faire les mêmes battus que lui dans un coin de la salle,
05:54elle se fait repérer par son assistant.
05:57Il lui propose de participer à un cours particulier de Sergio Celibidac la semaine suivante,
06:02pour apprendre à diriger, en petit comité, sur la IXe symphonie de Bruckner.
06:07J'ai été acheter le conducteur.
06:09Quand j'ai vu la partition, je me suis dit, mais j'y arriverai jamais en fait.
06:13Donc j'avais appris en gros les 20 premières mesures de l'œuvre,
06:16en me disant, voilà, en termes de gestique, en essayant de comprendre le phrasé musical.
06:21Et en effet, voilà, j'ai été au cours.
06:24Et puis voilà, le chef d'orchestre, c'est Celibidac,
06:27je crois qu'il ne s'en est même pas rendu compte au départ que j'étais dans la pièce.
06:31Il nous a mis en arc de cercle devant lui.
06:33Et puis de temps en temps, il joue au piano des petites mélodies ou des rythmes
06:37pour travailler la gestique, s'assurer que justement on a un rebondi naturel,
06:42une certaine souplesse aussi à travailler.
06:44Et donc, il nous a demandé de nous lever.
06:47Et puis à un moment donné, il nous demande de faire des battues.
06:49Donc moi, je le fais.
06:50Puis il regarde les élèves comme ça, les uns après les autres.
06:52Et puis après, moi, j'étais à une des extrémités.
06:53Donc quand il arrive à mon niveau, il me regarde.
06:57Et puis il se met à presque en criant,
07:00mais qui t'a appris à diriger comme ça ?
07:01Alors moi, je pensais que c'était pas bon, en fait, très mauvais.
07:05Et en fait, il m'a dit, mais c'est fantastique.
07:09Il disait aux autres élèves, regardez comment Zaya le dirige.
07:12C'est quelque chose qui est naturel.
07:13C'est un don pour elle.
07:15Et après, en me disant, mais il faut absolument que tu en fasses.
07:18Mais il me dit, mais par contre, je te préviens,
07:20souvent, si on ne voit pas les femmes chefs d'orchestre,
07:22c'est parce qu'elles manquent de persévérance.
07:23Et d'ailleurs, je te préviens,
07:24elles n'ont jamais tenu plus de 15 jours dans ma classe.
07:28Comme Zaya a une facilité pour la direction d'orchestre,
07:30Sergio Tchelibidac accepte de la garder dans sa classe.
07:34Tous les jeudis et tous les dimanches,
07:36elle fait cours avec ce professeur sévère et exigeant,
07:39mais aussi très attachant.
07:41Mais il meurt un peu plus d'un an plus tard.
07:43En septembre 1995,
07:46Zaya fait sa rentrée en terminale.
07:48Avec sa sœur Fetouma,
07:49elles sont acceptées au lycée Racine,
07:51dans le 8e arrondissement de Paris.
07:53C'est un établissement prestigieux
07:55qui offre aux élèves des horaires aménagés.
07:58Ils ont cours le matin
07:59et peuvent travailler l'après-midi,
08:01les arts du spectacle,
08:03le sport de haut niveau
08:04ou la musique.
08:06Le début a été très compliqué.
08:08Il a été très compliqué
08:09pour plein de raisons,
08:10parce que c'était aussi un changement assez radical.
08:13On ne retrouvait pas du tout
08:14cette diversité culturelle et sociale
08:16qu'on avait l'habitude de trouver au lycée de Pantin.
08:19Et puis aussi parce que,
08:20en fait, c'est là qu'on s'est rendu compte
08:21un peu des préjugés qui existaient.
08:23On est arrivés au lycée,
08:24on avait de bons résultats.
08:25C'est aussi pour ça qu'on a été acceptés là-bas.
08:26Et d'avoir des professeurs
08:28qui sans cesse nous disaient
08:28mais ils ne comprenaient pas
08:30qu'en fait, on ait des bons résultats scolaires
08:32en venant de la Seine-Saint-Denis.
08:33Et ça, je n'avais pas mesuré
08:34à quel point l'image qu'on pouvait avoir
08:38personnes issues de l'immigration,
08:41des quartiers populaires.
08:42Je le savais plus ou moins
08:43en regardant un peu la télé,
08:44mais en fait, le fait d'y avoir été confronté
08:46vraiment, ça a été, voilà,
08:48j'ai pris un peu une claque,
08:49une grosse claque en fait.
08:51Pendant toute l'année scolaire,
08:52l'orchestre du lycée prépare un concert
08:54qui aura lieu au printemps.
08:55Comme Zaya dit à ses professeurs
08:57qu'elle voudrait devenir maestro,
08:59il lui propose de diriger
09:00l'orchestre du lycée
09:01en binôme avec un autre élève
09:03qui occupait déjà cette place
09:04avant l'arrivée de Zaya.
09:06Elle accepte,
09:07mais ça ne se passe pas très bien
09:08avec tous ses camarades musiciens.
09:10Quand je suis venue pour diriger,
09:12il y avait les filles
09:15qui étaient là pour me soutenir
09:16et puis les garçons,
09:17certains qui m'ont mené
09:17vraiment à la vie dure
09:19parce que voilà,
09:20moi j'avais du mal à me projeter
09:21parce que je ne voyais pas
09:22de femmes chutes d'orchestre,
09:23mais les autres musiciens,
09:23ils ont du mal aussi à se dire
09:25non, une femme,
09:25elle ne peut pas diriger.
09:26Si on n'en voit pas,
09:27c'est qu'il y a une bonne raison.
09:28Parfois, ils faisaient exprès,
09:29par exemple, de jouer très fort,
09:31d'exagérer,
09:32de jouer de façon caricaturale.
09:34Parfois même,
09:35ils ne venaient pas à la répétition
09:36où ils commençaient la répétition,
09:37ils se levaient,
09:38ils partaient
09:38ou ils se moquaient de moi
09:40ouvertement.
09:40À la fin de l'année scolaire,
09:42l'orchestre du lycée
09:43se produit à la salle Gavaud,
09:45une salle mythique
09:46de la musique classique à Paris.
09:48Zaya n'a pas encore 18 ans,
09:50elle sait que toute sa famille
09:51est derrière le rideau
09:53et elle s'apprête
09:54à donner son premier concert
09:55devant du public
09:56en tant que chef d'orchestre.
09:58Je savais qu'il ne fallait pas
09:59se louper
10:00parce qu'avec tout ce que j'avais traversé,
10:02j'avais tenté de prouver
10:03toute l'année
10:04que j'étais une bonne chef d'orchestre
10:05devant mes camarades,
10:06devant les profs de musique,
10:08à moi-même aussi.
10:09Donc, il ne fallait pas
10:10que je me suis dit
10:11à Zaya, ressaisis-toi,
10:12il faut y aller.
10:13Mais je ne savais pas
10:14que je pouvais à la fois
10:15avoir autant de joie
10:17et d'envie
10:17et en même temps,
10:18autant de trac,
10:19tout ça mélangeait.
10:20Donc, voilà.
10:21Et après,
10:21une fois que je suis rentrée sur scène,
10:23ça a été en effet très émouvant.
10:53entre le moment
10:54où j'ai rencontré
10:55Tcheli Widak
10:56en gros un an avant
10:58et ce moment-là
10:59un an après
11:00où je dirige un orchestre
11:01dans une grande salle parisienne,
11:03ça devient concret en fait.
11:04Et donc,
11:05je retiens beaucoup plus
11:06la joie
11:07d'avoir accompli ça,
11:08d'avoir fait de la belle musique,
11:09d'avoir partagé ce moment
11:10avec le public
11:11et les musiciens
11:13qu'en effet,
11:14la difficulté
11:14que ça a été derrière.
11:16Zaya obtient un bac
11:17elle spécialité musique,
11:19puis elle décroche
11:20une licence de musicologie
11:21à l'université de la Sorbonne.
11:23Après ses études,
11:24elle prend la tête
11:25d'un orchestre étudiant à Paris,
11:27puis d'un autre,
11:28à Stain,
11:28en Seine-Saint-Denis.
11:30Zaya veut maintenant
11:31diriger un orchestre professionnel,
11:33mais elle raconte
11:34que toutes les directions
11:35sont proposées à des hommes.
11:37Je me suis dit,
11:38tiens,
11:39Zaya,
11:39si tu veux aller plus loin
11:40dans ce projet,
11:42de devenir chef d'orchestre,
11:43il faut créer ton propre orchestre.
11:44J'ai demandé à des amis musiciens,
11:46ma soeur jumelle Fetouma,
11:48de dire,
11:48est-ce que vous avez envie
11:49qu'on monte ce projet ensemble ?
11:50Et puis j'ai repéré aussi
11:51des jeunes talents
11:51que j'avais à Stain,
11:52des jeunes talents
11:53que j'avais à Paris,
11:53que je trouvais tous fascinants
11:56parce qu'ils avaient
11:56tous cette même passion
11:57pour la musique,
11:58mais avec des parcours
11:59de vie tellement différents.
12:00Et je me dis,
12:01mais l'orchestre,
12:02ça doit être ça aussi,
12:02ça doit être un lieu de rencontre.
12:03La musique,
12:04ça doit être un lieu de rencontre.
12:05Pour moi,
12:06c'est un objectif
12:06d'arriver à le faire
12:07avec les publics,
12:08mais ça a commencé
12:09d'abord avec l'orchestre.
12:10À seulement 20 ans,
12:11Zaya crée son propre orchestre,
12:13l'orchestre divertimento,
12:14avec l'ambition
12:15d'amener la musique classique
12:16en dehors de Paris.
12:1870 musiciens et musiciennes
12:20venues de toute l'île de France
12:21acceptent de la suivre.
12:23Pour faire répéter son orchestre,
12:25Zaya doit louer une salle,
12:26acheter des pupitres
12:28ou encore commander
12:29des partitions.
12:30Et elle n'a pas beaucoup d'argent.
12:32Alors les musiciens jouent bénévolement
12:34pour l'amour de la musique,
12:35mais aussi parce qu'ils croient en Zaya.
12:38En 2003,
12:39elle parvient à décrocher
12:40la direction du conservatoire de Stein,
12:42alors qu'elle n'a que 25 ans.
12:44Deux ans plus tard,
12:46la ville accepte
12:47que l'orchestre de Zaya
12:48soit en résidence
12:49dans son conservatoire.
12:50Et c'est dans ce même auditorium
12:52que Divertimento donne,
12:54en 2010,
12:55son premier concert professionnel.
13:02J'ai été ravie de voir
13:03ces musiciens
13:04s'épanouir pleinement,
13:06moi être très heureuse
13:08du résultat musical,
13:09un public dans la salle nombreux.
13:11Et en fait,
13:11une configuration de concert
13:13comme on la trouve
13:13à la salle Pleyel,
13:14comme on la trouve
13:15dans toutes les grandes salles parisiennes,
13:17sauf que ça se passe à Stein.
13:18Et pour moi,
13:18c'était quelque chose
13:19de très fort symboliquement
13:20parce que c'était le début
13:21de l'aventure professionnelle
13:23de l'orchestre Divertimento.
13:24Et c'était aussi le début
13:25de se dire,
13:25bah oui, c'est possible,
13:27que faire en sorte
13:27que la musique classique,
13:28elle puisse aussi être vécue,
13:31elle puisse être partagée,
13:32elle puisse être jouée
13:33avec la même excellence,
13:34la même exigence,
13:36la même envie,
13:36la même passion
13:37dans un quartier populaire
13:39de Seine-Saint-Denis
13:40comme on peut la faire
13:40à l'Opéra de Paris
13:41ou la salle Pleyel
13:42ou dans une grande salle.
13:43Et que cette belle musique,
13:45cette excellence artistique,
13:46elle doit pouvoir
13:47être accessible à tout le monde.
13:49Avec Divertimento,
13:50Zaya sillonne les salles de concert
13:52de la Seine-Saint-Denis.
13:53Elle mélange
13:54les genres musicaux
13:55fusionnent musique classique
13:57et musique arabo-andalouse
13:58et joue parfois
14:00des bandes originales de films.
14:05Elle dirige son orchestre
14:06jusqu'à l'Olympia,
14:07la salle Pleyel
14:09puis la Philharmonie de Paris.
14:10Avec l'Orchestre Divertimento,
14:12nous essayons justement
14:13de transmettre
14:13notre passion de la musique,
14:15de l'orchestre
14:15auprès de certains jeunes musiciens
14:17un petit peu partout en France.
14:19Et donc,
14:19nous saluons particulièrement
14:20la présence aujourd'hui
14:21des jeunes musiciens
14:22du Conservatoire d'Eustin
14:23qui nous ont rejoints
14:24pour cette dimension participative.
14:26Merci.
14:27Mais elle n'arrête pas pour autant
14:29de jouer dans des maisons de quartier
14:30ou dans des prisons.
14:32Zaya reçoit l'ordre du mérite
14:33pour son engagement
14:34et le 16 janvier 2014,
14:37elle est nommée
14:37chevalière des arts et des lettres
14:39par le ministre de la Culture
14:41dans le salon d'honneur du ministère.
14:44C'était Frédéric Mitterrand
14:45qui me l'avait remis.
14:46Avec mes parents,
14:47ma famille,
14:49j'avais ma fille
14:49qui avait eu quelques mois
14:50qui était présente aussi.
14:52Mes parents,
14:52ils étaient super amis,
14:53bien sûr.
14:54Et puis moi,
14:54je me mordais les joues
14:55pour ne pas pleurer aussi
14:56parce que du coup,
14:56comme je savais que mon père
14:58pleurait.
15:00Mais c'est vrai que
15:00quand j'ai reçu
15:01les arts et les lettres,
15:02c'était aussi une façon
15:02d'être reconnue par mes pères
15:04aussi sur cette dimension artistique
15:06et de dire que ce n'est pas
15:07parce qu'on décide
15:08d'avoir un engagement
15:09dans la vie,
15:10dans la société,
15:11que ça enlève
15:12de la qualité artistique
15:14au travail musical.
15:16Le fait d'avoir ça,
15:17moi,
15:18ça m'a évidemment
15:18fait beaucoup plaisir
15:19parce que j'étais enfin reconnue
15:21sur ce statut d'artiste.
15:23Et pour moi,
15:23c'était aussi de revendiquer
15:24le fait que ma façon à moi
15:26d'être artiste,
15:26elle a autant de valeur
15:27que les autres
15:27et qu'il n'y avait pas de raison
15:29de la dévaloriser
15:30parce que j'avais décidé
15:32de la faire différemment
15:33de ce qu'on attend
15:34d'un chef d'orchestre
15:35dans la musique classique.
15:37Le parcours de Zahia Ziwani
15:39attire l'attention
15:40et en 2019,
15:41une réalisatrice,
15:42Marie Castigliment-Sionchart,
15:44la contacte pour lui proposer
15:45de faire un film sur sa vie.
15:47Zahia est honorée
15:48et accepte sans hésiter.
15:51Que ça parle de tout ça,
15:52moi, j'ai trouvé ça fantastique.
15:53Et c'est quand le tournage
15:55a commencé,
15:55le premier jour de tournage,
15:56de voir toutes ces...
15:57les gurus,
15:58les camions,
15:59les comédiens,
16:00tout a rêvé.
16:00Je me dis,
16:00ça y est,
16:01ça devient très concret.
16:02Et donc,
16:03ça a été deux mois
16:04de tournage très intense,
16:05très dense,
16:06très fort aussi,
16:07parce que du coup,
16:08j'ai revécu des scènes,
16:09parce que c'est un long métrage,
16:11une fiction,
16:12mais qui est quand même
16:13très, très, très largement
16:14basé sur des faits réels.
16:16En fait,
16:16c'est rare peut-être
16:17en effet d'avoir un film
16:18qui raconte
16:19une histoire de sa vie
16:22alors qu'on n'est pas mort.
16:25En fait,
16:25je n'étais pas étonnée
16:26que ça suscite la curiosité
16:27et je me dis,
16:27si on peut le montrer,
16:29quelque part,
16:30ce n'est pas tant
16:30que ça raconte mon histoire,
16:31mais de montrer en fait
16:32que la musique,
16:33elle peut aussi échanger
16:35la culture,
16:35même d'une façon générale,
16:36elle peut changer la vie
16:38de jeunes partout,
16:39que ce fameux déclic
16:40que moi j'ai eu
16:41en me disant,
16:41tiens, je suis capable,
16:42je peux le faire,
16:43eux-mêmes puissent l'avoir,
16:44moi j'en serais ravie.
16:45Et puis,
16:45si ça peut faire un petit peu
16:46passer ses petits messages,
16:48c'est quelque chose
16:48de très encourageant.
17:06Ambre,
17:06le film inspiré
17:07de la vie de Zaya Ziwani
17:09va sortir l'année prochaine.
17:11Qui est-ce qui va jouer
17:11son rôle à l'écran ?
17:13C'est l'actrice
17:14Oulaya Mamra
17:15qui va jouer son rôle.
17:16C'est une jeune actrice
17:17qui commence à être connue.
17:18Elle a reçu le César
17:20du meilleur espoir féminin
17:21en 2017
17:22pour son rôle
17:22dans le film Divine.
17:25Zaya m'a raconté
17:26qu'elle l'avait rencontrée
17:26plusieurs fois
17:27pendant le tournage du film
17:29pour l'aider
17:30dans sa gestuelle,
17:31dans sa manière
17:31de diriger un orchestre
17:33pour que ce soit crédible
17:34à l'écran.
17:35Et elle m'a dit
17:36que ça s'était très bien passé
17:38entre les deux,
17:39qu'Oulaya Mamra
17:40avait très vite cerné
17:42qui était Zaya
17:43et qu'elle arrivait très bien
17:44à retranscrire
17:46sa personnalité
17:47dans le film.
17:48Et la réalisatrice
17:49Marie Castille
17:50mention char,
17:51qu'est-ce qu'elle a fait
17:52comme film jusqu'ici ?
17:53Elle a notamment réalisé
17:55Les Héritiers
17:55en 2014.
17:56C'est un film
17:57sur une classe de seconde,
17:59une classe difficile
17:59qui travaille sur la Shoah
18:01et qui passe
18:01le concours national
18:03de la résistance
18:04et de la déportation.
18:05Elle a aussi réalisé
18:06en 2016
18:07Le ciel attendra.
18:09C'est un long métrage
18:10sur la radicalisation islamiste.
18:12et en fait,
18:14elle fait surtout des films
18:15sur des sujets de société.
18:17Ambre,
18:17dernière question.
18:18Combien est-ce qu'il y a
18:19de femmes chefs d'orchestre
18:20en France ?
18:21Il n'y en a pas beaucoup.
18:22Je n'ai pas réussi
18:23à trouver de chiffres précis
18:25sur combien elles étaient
18:26exactement.
18:27Mais d'après la société
18:28des auteurs
18:29et compositeurs dramatiques,
18:30elle ne représente
18:31que 4%
18:33des chefs d'orchestre
18:34en France.
18:35Donc,
18:35c'est très peu.
18:36ça commence un petit peu
18:37à évoluer.
18:38Elles sont de plus en plus
18:40nombreuses
18:40au fil des années.
18:41Mais bon,
18:42ça reste quand même
18:43très,
18:43ça se fait très doucement
18:44et ça reste très progressif.
18:48Merci Ambre Rosala
18:50et merci à Marie-Briand Locu
18:52pour son aide.
18:53Code Source
18:53est le podcast
18:54quotidien du Parisien
18:55disponible sur
18:56leparisien.fr
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19:06et Timothée Croizan.
19:08Réalisation
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