- il y a 13 heures
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Pendant 40 ans, la mère supérieure des bénédictines du Sacré-Cœur, à Montmartre, a maintenu sous emprise des dizaines de religieuses.
Aurélie Péricard a subi cette emprise pendant 20 ans, elle témoigne pour Code source. Témoignage.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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Pendant 40 ans, la mère supérieure des bénédictines du Sacré-Cœur, à Montmartre, a maintenu sous emprise des dizaines de religieuses.
Aurélie Péricard a subi cette emprise pendant 20 ans, elle témoigne pour Code source. Témoignage.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 25 janvier, le Parisien a raconté les dérives sectaires d'une mère supérieure
00:17qui dirigeait une congrégation catholique à Paris, les Bénédictines du Sacré-Cœur
00:22à Montmartre.
00:23Pression psychologique, isolement forcé, séance d'humiliation, la mère Marie Agnès
00:28a tenu sous emprise les religieuses pendant plus de 40 ans.
00:33C'est ce que révèle un rapport publié le 15 janvier 2026 par une commission indépendante.
00:38L'une des anciennes religieuses qui a témoigné dans le Parisien a accepté de prendre le temps
00:43de raconter son histoire à Barbara Gouy pour Codesource, Aurélie Péricard a 50 ans
00:49et elle est restée près de 20 ans sous la coupe de cette mère supérieure.
00:59Aurélie est née le 19 septembre 1975, elle passe son enfance en région parisienne à
01:06Issy-les-Moulineaux et à partir du lycée, sa famille déménage à côté de Genève, à
01:12la frontière suisse.
01:13Son père travaille dans le domaine de la santé et sa mère est assistante sociale.
01:19Aurélie est l'aînée d'une fratrie de trois, c'est une enfant joyeuse et à l'école,
01:24elle est bonne élève et elle travaille beaucoup. Elle est scolarisée dans un établissement
01:28public, mais la religion est très présente dans sa famille.
01:35On allait à la messe le dimanche, donc ça c'était vraiment un repère familial. Mes parents
01:40vivaient leur foi de manière très sereine et ils faisaient le cathé, ils participaient
01:44à la vie de la paroisse. Mais nous n'étions pas non plus une famille comme d'autres très
01:49très engagée au sens pratiquante, à faire des retraites, des pèlerinages. Et donc moi c'est
01:54vrai que la question de la vie religieuse ne s'était pas du tout, du tout posée
01:57à moi jusqu'à mes études supérieures.
02:01En septembre 1993, après son bac, Aurélie intègre une classe préparatoire littéraire
02:08prestigieuse à Paris. Elle s'installe chez sa grand-mère et entame sa première année
02:12de prépa qu'on appelle Hippocagne.
02:15J'ai fait mon Hippocagne dans un lycée parisien très élitiste. J'étais à Louis-le-Grand.
02:20Je me suis trouvée, roulée dans le caniveau, avec vraiment des professeurs qui à la fois
02:26nous disaient que nous étions l'élite de la nation et puis en même temps qui nous
02:29mettaient des notes négatives. Donc vraiment très méprisant. Et là j'ai complètement
02:34vacillé. Et j'ai su après coup que j'avais sans doute fait une dépression à ce moment-là.
02:38Je suis quelqu'un de très battant, très dynamique, avoir toujours le positif, j'ai pris sur moi.
02:44Et donc ma famille ne l'a pas vue. C'est à ce moment-là que j'étais très fragilisée
02:49et que j'ai rencontré cette amie qui m'a fait rencontrer la congrégation.
02:54Aurélie a rencontré cette fille dans sa classe en prépa. Et elles deviennent rapidement assez proches.
03:00Je me suis rapprochée de cette amie et en fait elle m'a impressionnée parce qu'elle était
03:04nouvellement baptisée, elle. Elle avait découvert la foi assez récemment. Et donc comme beaucoup
03:09de ce qu'on appelle des néophytes, c'est-à-dire des nouveaux baptisés, des nouveaux croyants,
03:13elle était tout feu tout flamme, elle était exaltée, enthousiaste. Et moi ça m'a remuée.
03:17Du haut de mes 18-19 ans de voir une jeune femme très enthousiaste. Et donc c'est elle en
03:23fait
03:23qui connaissait cette communauté et qui me l'a fait rencontrer.
03:28Cette communauté, c'est la congrégation des bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre.
03:34Aurélie rencontre les sœurs au début de l'année 1994.
03:38Et là, vous arrivez dans une communauté où vous voyez plein de jeunes filles, donc de jeunes sœurs,
03:43de novices, de postulantes. Et elles sont rayonnantes. Je ne comprenais pas ce que je voyais.
03:48Enfin, ça m'a interrogée. Mais pourquoi sont-elles comme ça ? Pourquoi ont-elles l'air si heureuses ?
03:53Qu'est-ce qui les rend si heureuses ? Pourquoi autant de jeunes sœurs ? Donc ça, ça interroge.
03:58Et pourtant, vous voyez, dès ce premier week-end, je me suis dit, jamais je n'ai pensé à cette
04:05vie-là pour moi avant.
04:06Mais alors vraiment, c'est sûr que ce n'est pas pour moi. Je ne pourrai jamais vivre une vie
04:10de prière comme ça toute la journée.
04:11Parce que donc, quand on va faire un week-end de jeunes, on participe à la vie des sœurs.
04:14Alors, bien sûr, à notre mesure. Mais on participe aux offices. Les offices, c'est les temps de prière qui
04:19rythment la journée.
04:20On a des temps de ce qu'on appelle de Lectio Divina. C'est-à-dire où on découvre un
04:24passage de la Bible ou un livre spirituel qui nous donne d'approfondir.
04:28Donc je pense qu'il y a aussi eu cet aspect-là. Moi qui aimais beaucoup quand même le côté
04:31intellectuel.
04:33Et en fait, très vite, la mère supérieure m'a mis le grappin dessus.
04:40La mère supérieure, mère Marie-Agnès, dirige la congrégation. Aurélie lui fait rapidement confiance.
04:47Elle percevait en fait la personnalité de la jeune qui était en face d'elle.
04:51Elle percevait à la fois les qualités, les talents de la personne. Elle avait cette intelligence perverse.
04:57Et en même temps, les failles, en particulier affectives, par lesquelles elle pouvait s'engouffrer et venir nous tenir.
05:06Aurélie passe de plus en plus de temps avec cette congrégation. Et elle se rapproche de la mère supérieure.
05:13Petit à petit, c'est insinué en moi l'idée de me dire « Mais finalement, je suis bouleversée par
05:19cette rencontre avec cette communauté.
05:21J'admire ces personnes qui donnent toute leur vie. »
05:23Parce que ça, elle a joué là-dessus, cet aspect de cette générosité liée à cet amour que j'avais
05:28pour Dieu.
05:29Et ce désir de donner ma vie, tout entière.
05:32Donc, alors que je ne m'étais jamais posé la question avant, cette question est venue de me dire «
05:36Mais finalement, est-ce que moi aussi, Dieu ne m'appellerait pas à une vie consacrée d'engagement ? »
05:42Pendant sa deuxième année de prépa, que l'on appelle Cagne, Aurélie va toutes les semaines dans la congrégation pour
05:49partager un moment avec les sœurs.
05:51La grand-mère d'Aurélie, chez qui elle vit, commence à remarquer son changement de comportement.
05:57Ma grand-mère avait, je pense, déjà perçu l'emprise qui commençait et elle était très sévère, mais je ne
06:03l'écoutais pas.
06:04J'étais déjà, ça avait déjà commencé à prendre en moi, là, ce filet se resserrait.
06:09Elle me disait « Mais Aurélie, mais va voir des jeunes de ton âge, sors avec des jeunes de ton
06:13âge.
06:13Pourquoi tu passes ton temps chez ces sœurs, là-haut, enfermées ? »
06:17Donc évidemment, lors de ces petits séjours, là, du soir, toutes les semaines dans la communauté, évidemment, le fil s
06:22'est tissé.
06:23J'ai rencontré régulièrement la mère supérieure et elle m'a proposé de venir, donc aux vacances de Pâques, passer
06:27un séjour avec les novices et les postulantes.
06:30La mère supérieure lui dit que Dieu a un projet pour elle. Elle doit intégrer la congrégation et devenir sœur.
06:37J'ai eu beau lui dire que moi, mon désir, j'avais toujours eu le désir de me marier, d
06:41'avoir des enfants, elle a balayé ça.
06:44Elle me fait lire une partie des constitutions, c'est-à-dire la règle de vie, en disant bien «
06:49Ne lis pas tout le passage qui correspond au gouvernement de la congrégation, ça ne t'intéresse pas pour l
06:53'instant. »
06:54Bien sûr, j'ai compris après que comme elle ne respectait pas ça, il ne fallait pas qu'on le
06:58lise.
06:58Et elle m'a demandé « Quand est-ce que je verrai l'entrée possible ? » Et elle m
07:01'a dit « Tu rentreras le 15 août. »
07:03Aurélie est à ce moment-là convaincue que c'est Dieu qui veut qu'elle devienne sœur.
07:08Ses parents s'opposent à cette décision, mais il est déjà trop tard, et le 15 août 1995, elle entre
07:15dans la congrégation.
07:17Quand on arrive, on fait partie d'abord des postulantes, on est encore jeune fille, on n'est pas encore
07:22sœur, on suit l'avis du noviciat.
07:26Donc on apprend à vivre cette vie au quotidien, la prière qui rythme la journée, la prière des offices.
07:31Alors ça, c'est vraiment un aspect que j'ai beaucoup aimé.
07:33L'accent était beaucoup mis sur la beauté de la liturgie.
07:36Et ça, comme j'aime beaucoup la musique, j'ai beaucoup aimé chanter.
07:39On avait donc des temps de formation.
07:41Alors, en particulier, la question du lieu d'obéissance, en particulier le silence, qui effectivement est une vertu.
07:48Un beau chemin de vie quand il est vécu de manière libre.
07:51Pour nous, c'était une manière de nous asservir et de nous isoler les unes des autres.
07:55C'est-à-dire que nous n'avions pas... Elle nous formatait dès notre entrée en nous disant qu'il
08:01ne fallait que nous n'ayons aucune conversation privée les unes avec les autres.
08:06Petit à petit, sans s'en rendre compte, Aurélie est de plus en plus isolée.
08:10Elle nous a fait croire que la vie monastique, c'était être isolée du monde, mais de manière beaucoup trop
08:17extrême.
08:18C'est-à-dire que nos familles avaient le droit de venir nous voir, mais en réalité, ils venaient voir
08:21des pantins.
08:22On souriait béatement, on leur disait que tout allait bien, on n'avait rien le droit de dire de ce
08:26qui se passait dans la communauté.
08:27Sous couvert de réserves monastiques, d'êtres discrètes, etc.
08:31En fait, elle nous a appris à nous méfier de tout ce qui venait de l'extérieur.
08:35Et elle allait jusqu'à nous dire qu'il fallait que nos familles ne nous reconnaissent plus.
08:40Et que nous, de notre côté, il fallait que nous n'ayons plus envie de les voir.
08:44On était des clones.
08:46Et au bout d'un moment, nous parlions toutes de la même manière.
08:51Après le noviciat, Aurélie devient sœur.
08:54Elle est responsable de l'hôtellerie du Sacré-Cœur de Montmartre.
08:58L'hôtellerie est une maison d'accueil pour des religieux au sein de la basilique.
09:03Sur demande de la mère supérieure, Aurélie recrute des jeunes filles pour intégrer la congrégation.
09:09En 2004, un premier signalement est fait à Rome par une sœur.
09:14Elle s'appelle Sœur Marie Vianney.
09:16Mais la mère supérieure est couverte et l'emprise continue.
09:20En 2009, Aurélie est nommée maîtresse des novices.
09:24C'est-à-dire qu'elle forme les postulantes pendant le noviciat.
09:27Les pressions psychologiques de la mère supérieure continuent.
09:30Et ça passait notamment par la nourriture.
09:35Elle ne nous affamait pas, mais elle nous gavait.
09:37Nous avions l'obligation de nous resservir, même si nous n'avions plus faim, au repas.
09:42Et moi, malheureusement, je l'ai vu de près.
09:43Je l'ai subi moi-même dans mon corps.
09:45Et j'ai été obligée de l'appliquer sur mes novices, donc c'est abominable,
09:50d'obliger les novices à manger.
09:51Et donc, à chaque repas, j'avais des novices qui sortaient dans les toilettes pour vomir.
09:56Et elle nous obligeait à prendre des anxiolytiques, de l'alprazolam, je me souviens,
10:02pour soi-disant nous détendre et nous permettre de manger davantage.
10:06Et elle donnait comme argument le fait que, comme nous étions épouses du Christ,
10:11nous ne nous appartenions plus.
10:13Notre corps ne nous appartenait plus.
10:15Et qu'il fallait que nous soyons en forme et que nous ayons des forces pour servir les autres,
10:22servir l'Église, que nous fassions la vaisselle, le ménage.
10:25C'était une forme d'esclavagisme, très clairement.
10:28Mais donc, il fallait qu'elle nous contrôle également, intérieurement.
10:32C'est-à-dire qu'elle contrôle ce qui rentrait dans notre corps.
10:36En 2012, de nouveaux signalements sont faits à propos de la mère supérieure.
10:41Et cette fois-ci, ils sont entendus.
10:43En octobre 2013, l'archevêque de Paris réunit les sœurs de la congrégation
10:48pour leur détailler les conclusions de l'enquête qui a été menée.
10:53Nous avons été réunis dans le réfectoire du Priory Saint-Benoît, donc à Montmartre, derrière la butte.
10:58Dans le réfectoire, avec l'archevêque de Paris, qui était Mgr XXIII,
11:01qui est venu nous lire les conclusions de la visite pour que ça ne puisse pas se reproduire,
11:05que nous ne soyons pas au courant de ce qui se passe.
11:08Et en fait, on s'est toutes insurgées, parce qu'elle nous avait fait un lavage de cerveau.
11:13Elle nous avait fait croire que Sœur Marie Vianney, en 2004, était partie en volant des archives de la congrégation,
11:19les avait falsifiées et les avait envoyées à Rome, et que donc Rome, en fait, s'était basée sur de
11:24faux éléments.
11:25À ce moment-là, la mère supérieure est évincée de la congrégation
11:29et elle n'a plus le droit de prendre contact avec les Sœurs.
11:32Aurélie est encore sous emprise, jusqu'à début décembre, quand elle surprend une discussion.
11:38Une de mes anciennes Sœurs, une Sœur aînée, en qui j'avais toute confiance,
11:42qui s'occupait de l'hôtellerie, et j'entends, par une autre Sœur,
11:46que cette Sœur-là veut quitter la congrégation.
11:48Et là, en fait, ça a été pour moi le début de mon salut.
11:50J'ai pris sur moi, parce que nous n'avions pas le droit de nous parler,
11:53j'ai pris sur moi et je suis allée lui parler.
11:56Et là, en fait, je me revois intérieurement, me remettre à avoir le droit de penser par moi-même,
12:02d'émettre une opinion, une critique personnelle.
12:06Mais parce que ça m'est venu d'une Sœur de l'intérieur.
12:09Tout ce qui vient de l'extérieur, puisque c'est comme ça qu'on a été formaté, est forcément rejeté.
12:14Dès les jours suivants, Aurélie en parle autour d'elle.
12:16J'ai essayé de faire prendre conscience à trois autres prieurs,
12:19ce dont moi-même j'avais pris conscience.
12:20Donc à ce moment-là, elles étaient ouvertes.
12:22Elles ont suivi le même chemin que moi.
12:24Et mon premier acte de résistance, ça a été de ne plus répondre au téléphone.
12:28Parce que, alors qu'elle avait évidemment la stricte interdiction d'entrer en contact avec nous,
12:33elle avait acheté des téléphones portables avec des cartes SIM qu'on ne pouvait pas tracer
12:37pour rester en contact avec la maîtresse des novices et les prieurs.
12:40À l'occasion d'un rassemblement des Sœurs de la Congrégation en décembre,
12:45Aurélie prend les choses en main.
12:46J'ai réuni en fait toutes les prieurs dans ma cellule,
12:49ce qu'on appelle la cellule, c'est-à-dire le lieu où on dort.
12:52Et là, je leur ai parlé.
12:53Et je leur ai dit tout ce dont moi j'avais pris conscience.
12:56Donc ça a été un moment très fort.
12:58Il y a eu des demandes de pardon, il y a eu des prises de conscience,
13:01certaines qui étaient encore dans le déni.
13:02Donc ça a commencé à bouger un petit peu à ce moment-là.
13:05Et à ce moment-là, en fait, moi, j'ai cru que ma mission dans la Congrégation,
13:09c'était en prenant conscience d'aider à faire changer les choses.
13:13Les dirigeants de la Congrégation se rendent compte qu'Aurélie n'est plus en phase avec eux.
13:18Et en février 2014, elle est évincée du poste de maîtresse des novices.
13:22Elle vit très mal cette annonce, car elle a l'impression qu'on lui coupe les ailes.
13:27Mais cela lui permet de changer de paroisse,
13:30et au bout de quelques mois, elle rencontre les bénédictines de Beaumont, situées près de Tours.
13:36Elle découvre des sœurs libres.
13:38Là-bas, elle fait des rencontres qui lui permettent de continuer à prendre conscience
13:43de l'emprise dont elle était victime.
13:46Et elle commence à aller voir une psychiatre.
13:50Et je la revends encore me dire, au bout de huit mois de suivi, deux fois par semaine,
13:55me regarder et me dire, mais vous êtes toujours intarissable.
13:58Et en fait, ça sortait, ça sortait.
14:00Tout ce que j'avais en magazine depuis 20 ans, ça sortait, ça sortait.
14:03Et je me souviens que, dans les échanges, ce qui ressortait beaucoup,
14:06c'est que je lui disais beaucoup, mais est-ce que c'est normal ?
14:09Et elle me l'avait fait remarquer, ça en me disant, mais est-ce que vous voyez que vous me
14:11posez toujours cette question ?
14:12Mais parce qu'en fait, je n'avais plus idée de ce qui était normal ou pas.
14:15Puisqu'on avait été tellement déformés, formatés.
14:18Je ne savais plus ce qui était raisonnable d'accepter ou pas, dans une vie normale.
14:23En mai 2015, Aurélie a un déclic pendant une conversation avec un confrère.
14:28J'ai raconté au père qui m'accompagnait,
14:30la manière dont s'était passé mon entrée, 20 ans plus tôt.
14:33Et là, il m'a regardée, il m'a dit,
14:35« Mais, il n'y a eu, vous n'étiez pas libre, il n'y a eu aucune liberté.
14:41Il n'y a eu aucun discernement.
14:45On vous avait transformé en petite djihadiste. »
14:49Et alors, cette phrase, en fait, ça a été la phrase qui m'a permis de faire sauter le dernier
14:55bouchon qui restait encore,
14:56qui était en fait de croire que Dieu m'avait demandé ça.
14:59Ça m'a libérée.
15:00Et ce qui a jaillit en moi, mais comme un geyser et plus fort encore qu'à mes 18 ans,
15:05c'est le désir qui ne m'avait jamais quittée de pouvoir fonder une famille.
15:09Et si possible, d'avoir encore un ou des enfants.
15:11Et j'allais avoir 40 ans.
15:13Aurélie ne peut plus rester dans la congrégation.
15:16Elle la quitte officiellement le 26 mai 2015.
15:19Elle retourne vivre chez sa grand-mère.
15:22Sa famille l'accueille les bras ouverts.
15:24Aurélie veut reconstruire sa vie.
15:27Le plus vite possible.
15:29J'ai essayé de rencontrer quelqu'un.
15:32Donc, j'ai laissé passer les quelques premières semaines en me disant,
15:35« Bon, j'ai fait le tour de la France d'abord.
15:38Je suis allée faire plein de choses.
15:39Un camp randonnée, prière, un camp chorale, un camp... »
15:44J'ai fait les rapides de l'Ardèche.
15:46Enfin bon, voilà, j'ai fait plein de choses.
15:47Et je me suis dit, si la vie me donne de rencontrer quelqu'un dans les semaines qui viennent, super.
15:50Et mi-août, comme rien ne venait, je me suis mise sur les sites de rencontres.
15:57Aurélie ne cherche pas très longtemps.
15:59Et elle rencontre son futur mari le 16 octobre 2015.
16:03Cinq mois après sa sortie de la congrégation.
16:05« Nous avons eu beaucoup de chance parce que j'ai pu tomber enceinte rapidement,
16:09ce qui n'était pas forcément évident à l'âge que j'avais.
16:11J'ai tombé enceinte en avril 2016.
16:17Et notre petit miracle, notre Lucie, notre lumière est née en janvier 2017. »
16:23Aurélie est très heureuse d'avoir pu avoir un enfant malgré ses 19 ans d'emprise qu'elle a subi.
16:28Elle reprend une activité professionnelle.
16:31Elle devient adjointe en pastoral scolaire dans un établissement catholique.
16:36Elle accompagne donc les jeunes dans leur foi chrétienne.
16:39Pendant tout son parcours, Aurélie n'a jamais perdu sa foi.
16:43« Depuis que je suis sortie, donc depuis 10 ans, je suis extrêmement heureuse de tout ce chemin que j
16:48'ai fait.
16:48Et aujourd'hui, je suis très très heureuse.
16:51En fait, ça ne m'a jamais éloignée de la foi.
16:53Ça m'a éloignée de l'Église, d'une partie de l'Église,
16:57de cette hiérarchie de l'Église contre laquelle je suis encore en colère aujourd'hui.
17:02Et avec le rapport de la Commission, encore aujourd'hui, il y a d'énormes dysfonctionnements
17:06qu'il faut absolument dénoncer.
17:08Tous ces évêques, tous ces prêtres qui ont couvert les agissements,
17:12qui savaient ce qui se passait.
17:14Je suis très en colère vis-à-vis de certains plis théologiques, pastoraux,
17:19avec lesquels on forme les jeunes chrétiens,
17:22et qui peuvent donner de telles dérives la manière de voir Dieu
17:25comme quelqu'un qui nous imposerait sa volonté,
17:29comme quelqu'un de surplombant.
17:30Mais Dieu n'est pas ça.
17:32Et donc j'ai eu à faire ce chemin de redécouvrir le véritable visage de Dieu.
17:37Et non pas ce visage tronqué dont j'ai fait les frais pendant 20 ans de ma vie,
17:42puisque j'ai cru que ce Dieu sadique me demandait de lui sacrifier
17:46ce que j'avais de plus cher, mon désir de fonder une famille, d'avoir des enfants.
18:06Barbara, est-ce que la mère supérieure qui tenait les bénédictines sous son emprise
18:10a été inquiétée par la justice ?
18:12Non, personne n'a porté plainte contre elle,
18:14déjà parce que la mère supérieure est décédée en 2016,
18:18soit un an après le départ d'Aurélie de la congrégation.
18:20Et à partir du moment où une personne est morte,
18:23il n'est plus possible de porter plainte contre elle.
18:26Et aujourd'hui, maintenant qu'Aurélie a compris tous les abus qu'elle a subis,
18:29elle aimerait pouvoir obtenir des réparations.
18:32Mais malheureusement, les faits sont prescrits,
18:34donc elle ne peut plus porter plainte contre une personne ou une entité
18:38qui aurait favorisé ce système d'emprise.
18:41Pas de plainte en justice donc,
18:43mais est-ce qu'Aurélie Péricard attend quelque chose aujourd'hui
18:46de la part de l'Église catholique ?
18:48Oui, elle aimerait que l'Église évalue les conséquences de ses abus,
18:51notamment le temps perdu pendant près de 20 ans pour Aurélie.
18:55Elle me disait qu'elle n'a pas eu de jeunesse
18:57et qu'elle a eu peur de n'avoir aucun enfant
18:59en sortant de la congrégation à 40 ans.
19:01Elle n'a d'ailleurs pas réussi à en avoir un deuxième.
19:05Aurélie demande donc des réparations de la part de l'Église
19:07pour ce temps perdu.
19:32Crime Story présenté par Claudia Prolongeau
19:34et Damien Delseny, le chef du service Police Justice du Parisien.
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