- il y a 2 semaines
Cette drogue très addictive ne finit pas de faire des ravages dans le quartier de Stalingrad à Paris. Les riverains déplorent une hausse de l’insécurité liée aux toxicomanes laissés en errance dans les rues. Code source raconte cette crise du crack à Paris, avec Cécile Beaulieu, journaliste à l’édition de Paris du Parisien et Denis Courtine, du service faits-divers Île-de-France.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Hage, Raphael Pueyo, Ambre Rosala et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian - Archives : Europe 1, BFMTV.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Hage, Raphael Pueyo, Ambre Rosala et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian - Archives : Europe 1, BFMTV.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le krach est présent depuis les années 90 dans le nord de Paris, dans certains quartiers des 18e et 19e
00:19arrondissements.
00:20Des centaines d'hommes et de femmes consomment cette drogue au pied des immeubles,
00:23ruinant leur santé, leur vie et provoquant des nuisances importantes pour les riverains.
00:28Fin juin, ce fléau est revenu dans l'actualité avec l'évacuation d'un parc où les krachés avaient été
00:34accueillis.
00:35Codesource raconte la crise du krach avec Cécile Beaulieu, journaliste à l'édition de Paris du Parisien depuis plus de
00:4210 ans,
00:43et Denis Courtine du service Fédiver Île-de-France.
00:51Cécile Beaulieu, le mardi 18 mai, vous rencontrez dans le nord de Paris,
00:55un homme accro au krach, un certain Emmanuel.
00:58D'abord, à quoi est-ce qu'il ressemble ?
01:00Emmanuel est très abîmé physiquement, il a beaucoup d'eux, il est quasiment édenté,
01:04il a le regard un peu agarre, il cherche ses mots.
01:07On sent que le krach a fait son œuvre.
01:09Qu'est-ce qu'il vous dit de sa vie ?
01:11Il avait fumé du krach pendant longtemps, il avait arrêté, il était abstinent depuis un certain temps.
01:15Il est artisan, plombier, peintre, enfin il travaille dans plusieurs branches comme ça.
01:20Et il s'est retrouvé au chômage au moment du confinement.
01:23Il est parti rejoindre en fait la communauté des toxicomanes,
01:26parce qu'il dit que c'est une communauté, que c'est un peu une famille pour lui,
01:29qu'il y a une certaine solidarité.
01:30D'après des estimations, il serait 1500 comme Emmanuel à vivre dans le nord de Paris.
01:34On les appelle les craqueux, les crackers, ou tout simplement les toxicomanes.
01:39Emmanuel est donc artisan dans le bâtiment.
01:41Est-ce qu'on sait qui sont tous les autres accro au krach ?
01:45Énormément de gens qui sont en déshérence totale, qui n'ont plus de toit,
01:48qui n'ont plus de métier quand ils en ont eu un,
01:50parce que c'est une drogue qui ne permet pas de conserver une vie sociale normale
01:53et qui détruit extrêmement vite les gens.
01:56Certains ont encore un emploi, mais c'est en général ceux qui sont au début de leur consommation.
02:00Très rapidement, ils perdent leur emploi, leur logement, leur vie sociale, leur famille,
02:05parce que c'est absolument incompatible.
02:08Vous allez nous raconter, Cécile Beaulieu avec Denis Cortine,
02:11la crise du krach que connaît actuellement la capitale.
02:14Denis Cortine, expliquez-nous ce qu'est cette drogue.
02:17Le krach, c'est un dérivé de la cocaïne qu'on a ensuite dissous avec de l'ammoniaque.
02:21Ça se fume avec une pipe, souvent artisanale.
02:24Les craqueux fabriquent avec une canette ou avec une bouteille en plastique.
02:27C'est une drogue dure, dont l'effet est immédiat.
02:30La descente aussi, elle est très rapide,
02:32ce qui fait que ça provoque une accoutumance particulièrement forte.
02:35Combien ça coûte ?
02:36La galette, c'est-à-dire ce qui permet de fumer 3-4 fois avec,
02:40c'est 20 euros, mais là depuis peu apparemment, il y a des doses même à 5 euros,
02:45qui permet d'avoir une bonne taf.
02:47Cela fait 20 ans que cette drogue a fait son apparition en France,
02:49à Paris au tout début des années 90.
02:52Cécile Beaulieu, en 2019, un plan sur 3 ans,
02:55a été lancé par la mairie de Paris pour essayer de lutter contre ce fléau.
02:59Oui, c'est la première fois qu'un tel dispositif était mis en place.
03:01C'est effectivement un plan triennal,
03:03avec 33 actions ciblées sur 3 ans et doté de 9 millions d'euros.
03:07L'utilisation de ces 9 millions d'euros est très contestée.
03:11L'argent aurait surtout servi pour des places d'hébergement en hôtel,
03:15pour les toxicomanes et sans accompagnement médico-social.
03:18Ces dernières années, beaucoup d'endroits du nord de Paris
03:20ont été investis par les craqueux, puis évacués.
03:23Alors d'abord, il y avait la colline du craque de la Porte de la Chapelle,
03:26qui a été évacuée en 2019 pour laisser place aux travaux de la Porte de la Chapelle
03:31dans l'optique des JO de 2024.
03:33Ils se sont réfugiés à Porte d'Aubervilliers,
03:35où ils ont reconstitué le même campement.
03:37La Porte d'Aubervilliers a à son tour été évacuée.
03:40Ils se sont retranchés dans le tunnel de Rosa Parks,
03:43qui est un tunnel SNCF, avant d'être chassés à nouveau.
03:47Et là, ils sont retournés investir Stalingrad.
03:49À quoi ressemble la place Stalingrad au moment où il y a tous les craqueux ?
03:54La place Stalingrad est complètement investie à ce moment de craqueux,
03:58qui gratte le sol à la recherche de morceaux de craque oubliés.
04:01C'est ce qu'on appelle le syndrome de la poule,
04:04qui se battent parfois au couteau,
04:06parce qu'ils ont tous des lames sur eux pour couper les galettes.
04:09Des gens complètement inertes.
04:11C'est un peu son bilan à ce moment-là.
04:13Qui sont les vendeurs ?
04:14C'est des gens en général d'origine sénégalaise,
04:16qui viennent avec un sac à dos,
04:18qui cachent le crâne dans la bouche,
04:20et qui sont directement auprès des toxicomanes,
04:22qui sont au milieu d'eux, et on s'agglutine autour d'eux pour acheter le crâque.
04:25Pour les riverains, c'est un enfer.
04:27Qu'est-ce qu'ils vous racontent quand vous les voyez en reportage ?
04:30Je me souviens d'une mère de famille
04:31qui décrit des nuits particulièrement violentes en bas de chez elle, dans la rue.
04:36Elle est parfois contrainte de dormir avec ses enfants pour les rassurer.
04:39L'un des deux est suivi par un psychologue,
04:42parce qu'il vit très mal la situation dans le quartier,
04:44avec la présence massive de toxicomanes.
04:47Parce que c'est des cris, c'est des bagarres, c'est des agressions au couteau,
04:51des tentatives de viol dans la rue.
04:53Et cette femme, cette mère de famille, se dit à bout.
04:57Le lundi 17 mai, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
05:00fait évacuer la place Stalingrad,
05:02et il annonce que les craqueux vont être regroupés dans un parc du nord de Paris.
05:07Ce parc s'appelle les Jardins des Halles,
05:08c'est un très grand parc qui fait plus de 4 hectares.
05:11Il était déjà fréquenté par les toxicomanes,
05:13mais là ils ont afflué.
05:15C'était des centaines et des centaines de personnes
05:17qui se droguaient jour et nuit,
05:20dans les airs de jeux pour enfants, sur les pelouses.
05:24Il y avait aussi pas mal d'agressivité.
05:25Le fait de prendre du craque modifiait leur perception,
05:28et notamment leur perception de l'autre.
05:29Donc ils peuvent être très effrayés,
05:31simplement en croisant un passant.
05:32Et ce qui peut provoquer des crises de violence, en fait.
05:35Et une nouvelle fois, les riverains se plaignent
05:37des nuisances provoquées par les craqués.
05:39D'autant qu'il y a une série d'agressions très violentes,
05:41des viols, dont un, dans la rue, filmé par une riveraine.
05:45Ensuite, une vieille dame de 84 ans a été agressée par une toxicomane
05:49qui lui a réclamé de l'argent.
05:50La personne âgée refuse.
05:52Et donc elle est jetée au sol par la toxicomane
05:54et elle s'est fractuelle, col du fémur.
05:55Des riverains vous racontent qu'ils pensent toujours
05:57à prendre une pièce pour ne pas avoir à refuser
06:00de l'argent à un craqueux.
06:02Oui, notamment les femmes.
06:04Effectivement, on m'a dit qu'elles avaient toujours
06:05de l'argent sur elles pour pouvoir donner de l'argent
06:08aux craque-mains si on leur demande
06:10et éviter comme ça une éventuelle agression.
06:13On est forcément tendus.
06:15Moi, personnellement, j'ai des fois l'impression
06:17d'être un peu en dépression, parce que j'ai envie
06:20de faire des choses, mais je me dis non,
06:22je ne peux pas sortir parce qu'il y a des craqueurs partout.
06:24Le 30 mai, en pleine campagne pour les régionales,
06:27la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse,
06:30et Rachida Dati, la maire du 7e arrondissement,
06:33viennent en visite au Jardin des Haules.
06:35Alors, elles sont venues effectivement au Jardin des Haules
06:37à la rencontre des toxicomanes.
06:40Valérie Pécresse demande à ce qu'ils soient soignés
06:42sous la contrainte, dans des endroits spécifiques,
06:45dans des centres qui pourraient être créés
06:47pour éviter ce genre de situation.
06:49Une fois que les craqueurs pourront être orientés
06:52vers d'autres structures, c'est évidemment
06:54de faire une guerre sans merci à tous les dealers.
06:57Quelques jours plus tard, le 7 juin,
06:59la maire de Paris, Anne Hidalgo, annonce
07:01qu'elle va faire évacuer le Jardin des Haules.
07:03On va faire une proposition globale au Premier ministre
07:07sur comment sortir rapidement de cette situation
07:12inacceptable au Jardin des Haules,
07:15et notamment avec une deadline que je fixe
07:18qui est fin juin.
07:19Il ne peut plus y avoir le Jardin des Haules
07:21doit redevenir un jardin pour les riverains,
07:25les usagers, les enfants.
07:27Anne Hidalgo a décidé unilatéralement
07:29de faire évacuer le Jardin des Haules
07:30sans l'avis de l'État,
07:32ni celui du professeur de police,
07:33donc représentant de l'État,
07:34parce qu'elle voudrait des structures pérennes,
07:38avec un accompagnement médico-social,
07:40où il serait possible de consommer sous supervision.
07:44Et elle dit, ces personnes, on les déplace
07:46de mois en mois, d'endroit en endroit,
07:48et voilà, le problème ne sera jamais résolu
07:50si on ne prend pas en main la situation.
07:52Anne Hidalgo annonce l'évacuation des Jardins des Haules
07:54pour la fin du mois,
07:55et à partir de là se pose une nouvelle fois la question,
07:59après l'évacuation du Jardin,
08:01où vont aller les craqueux ?
08:03Il y a plusieurs lieux qui ont été évoqués,
08:05et Anne Hidalgo n'a pas accepté,
08:06ces propositions qui lui ont été faites
08:08par la préfecture de police.
08:09Il n'y a absolument aucune solution de repli.
08:11Le mercredi 16 juin, un bébé de 2 ans
08:14est blessé par une femme droguée au crack.
08:17Que s'est-il passé ?
08:18Cette femme droguée au crack a abordé,
08:20semble-t-il, la mère de ce bébé,
08:22qui était en poussette.
08:23Elle a fait tournoyer son sac à main,
08:25qui a atterri sur le visage du bébé.
08:26Le visage du bébé est apparu sur les réseaux sociaux,
08:29très tuméfié, avec un œil au beurre noir.
08:32Et ça a provoqué vraiment une onde de choc dans le quartier.
08:35Denis Courtine, cela provoque de vives réactions
08:37de la part d'une partie des riverains.
08:39Quelques jours après cette affaire,
08:40il y a eu une attaque.
08:41En fait, les toxicomanes qui se trouvaient
08:43à l'angle de la rue d'Aubervilliers et de la rue Riquet
08:45ont été ciblés par des mortiers d'artifices.
08:48Il n'y a pas eu de blessés, il y avait eu une interpellation.
08:50Et on ne sait pas si c'est directement lié.
08:53On suppose que c'est directement lié
08:54justement à la présence des toxicomanes,
08:56à ce qui s'est passé juste avant.
08:58Toujours est-il qu'effectivement,
08:59il y a bien des traqueux qui ont été attaqués
09:01au mortier d'artifice.
09:05Le mercredi 30 juin, comme annoncé,
09:07la maire de Paris, Anne Hidalgo,
09:09fait évacuer le jardin d'Eole.
09:11Comment se passe cette opération concrètement ?
09:13Ils ont donc été mis à la porte
09:15à une heure du matin.
09:16C'était très très tendu, avec des jets de bouteilles,
09:19des injures.
09:20Les agents de la sécurité de la ville ont fait le tour du parc
09:23pour vérifier que plus personne ne se trouvait à l'intérieur.
09:25Le 1er juillet, Cécile Beaulieu,
09:27dans Le Parisien, avec votre confrère
09:29du service police-justice, Jean-Michel Lécugis,
09:31vous révélez que le préfet de police de Paris,
09:34Didier Lallement, a écrit à Anne Hidalgo
09:36pour dénoncer cette évacuation.
09:38Le préfet de police a écrit un courrier
09:40à Anne Hidalgo, la mettant en garde
09:42sur le fait d'évacuer
09:44sans solution de repli
09:45les toxicomanes d'Eole.
09:47Il a prédit qu'ils allaient se disséminer un peu partout,
09:50que les agressions allaient être décuplées
09:52et que lui n'aurait pas les moyens
09:54de surveiller des gens qui éventuellement
09:56se baladeraient un petit peu partout.
09:57Quelques heures après l'évacuation du jardin d'Eole,
10:00de fait, les craqueurs
10:01aèrent dans les rues aux alentours.
10:03Les craqueurs aèrent dans les rues aux alentours.
10:05Certains se sont repliés vers Stalingrad
10:07et il y en a plusieurs centaines
10:09qui restent aux abords des jardins d'Eole.
10:12Ils continuent à se droguer,
10:13à faire ce qu'ils faisaient jusqu'à présent.
10:15À ce moment-là, à quoi ressemble l'intérieur du jardin ?
10:17Il a retrouvé un semblant de sérénité,
10:19mais pour y pénétrer, c'est compliqué.
10:21Il faut traverser une haie de toxicomanes
10:24dont certains sont agressifs,
10:25en manquent, donc c'est pas quand même
10:27une configuration très positive.
10:32Le mercredi 7 juillet,
10:34cette crise du craque provoque
10:36de vifs débats au Conseil de Paris.
10:38Oui, de vifs débats entre Anne Hidalgo
10:40et le préfet de police
10:41qui lui a rappelé une fois encore
10:43à quel point il était contre
10:45son idée d'avoir mis comme ça
10:47les gens dans la rue.
10:47Il y a d'autres échanges,
10:49il y a notamment Rachida Dati
10:51qui monte au créneau et qui redit
10:54qu'il faut absolument des structures dédiées
10:56dans lesquelles on soignerait ces personnes.
10:58Madame la maire, les toxicomanes
11:00doivent être sorties de la rue
11:01et prises en charge médicalement,
11:05psychologiquement, socialement.
11:06Les salles de shoot ne sont pas une solution.
11:09Elles ne le seront jamais
11:11justement parce qu'elles incitent
11:12à la consommation.
11:14Ce qui frappe quand on vous écoute,
11:15c'est de voir à quel point
11:16les autorités sont divisées
11:18sur la réponse à apporter à ce problème.
11:20Alors la maire de Paris, Anne Hidalgo
11:21et le préfet de police,
11:22Didier Dallement,
11:23sont complètement divisées.
11:24Ils ont des visions diamétralement opposées
11:27des solutions qu'on pourrait apporter
11:28à ce problème.
11:29Le préfet de police veut rassembler
11:31provisoirement les toxicomanes
11:32pour pouvoir gérer un minimum la situation.
11:34La maire de Paris, au contraire,
11:36voudrait des salles de shoot,
11:37de consommation
11:38et avec un encadrement médico-social.
11:40Ils sont complètement opposés
11:42sur cette vision des choses.
11:44Et ça va même plus loin encore
11:46puisque à l'intérieur même du gouvernement,
11:48le ministre de l'Intérieur,
11:49Gérald Darmanin,
11:50et le ministre de la Santé,
11:51Olivier Véran,
11:52sont eux aussi diamétralement opposés.
11:54Donc le premier ne souhaite pas
11:56l'ouverture de salles de consommation
11:58à moindre risque
11:59pour les fumeurs de crack,
12:00alors qu'Olivier Véran
12:01trouve que ça serait
12:03la meilleure solution.
12:04C'est un débat
12:05que devait trancher Emmanuel Macron
12:07et il ne l'a toujours pas fait
12:08à l'heure actuelle.
12:11Denis Courtine,
12:12dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 juillet,
12:14un jeune de 22 ans
12:16meurt dans ce secteur de Paris,
12:18boulevard de la Villette.
12:19Il s'appelait Kélian,
12:20il a 22 ans,
12:21il était porté disparu
12:22depuis le 4 juillet,
12:24il était suivi
12:25par une association d'aide
12:26aux personnes autistes.
12:28Il habite le quartier,
12:29il habite rue de Meaux,
12:30il sort de chez lui
12:31et on ne trouve plus sa trace.
12:32Donc il y a des appels à témoins
12:34qui sont lancés
12:34et tout le monde se met
12:36à le chercher pendant 4 jours
12:37jusqu'à la découverte
12:38de son cadavre,
12:39boulevard de la Villette,
12:40sous le métro aérien.
12:41Où est-ce qu'on le retrouve précisément ?
12:43Alors on le retrouve
12:43dans un abri de fortune
12:45qui était, semble-t-il,
12:46utilisé par détox
12:47et il était sur un matelas
12:50sans pantalon
12:50au milieu des rats.
12:51On sait pourquoi il est mort,
12:52comment il est mort ?
12:53Le parquet de Créteil
12:54a ouvert une enquête
12:55pour le recherche
12:55des causes de la mort.
12:56Les derniers éléments
12:57qu'on a là aujourd'hui,
12:59c'est qu'il n'a a priori
13:01pas été étranglé.
13:02C'est important de le préciser
13:03parce que lorsque les policiers
13:04du 19e sont arrivés sur place,
13:06ils ont justement eu
13:06le témoignage d'un toxicomane
13:07qui leur a confié
13:09qu'il avait été étranglé
13:11par 3 hommes
13:11pour lui voler son pantalon.
13:13On ne sait pas aujourd'hui
13:14de quoi il est mort.
13:17Kélian, en tout cas,
13:18était très apprécié
13:18dans le quartier.
13:19Oui, il était très apprécié.
13:20C'était quelqu'un
13:21qui était une figure.
13:22On parlait de mascotte
13:23du quartier.
13:24Quelqu'un qui était
13:25très souriant,
13:26très sociable.
13:27C'est pour ça
13:28qu'il y a eu d'ailleurs
13:28une telle mobilisation
13:30et qu'il y a eu autant de gens
13:30qui se sont démenés
13:31pour essayer de le retrouver.
13:32Et donc, dans un premier temps,
13:33ce sont des craqués
13:34qui sont soupçonnés
13:35de l'avoir tué, c'est ça ?
13:36En tout cas, c'est ce qu'on pense ?
13:37Alors, c'est ce que pensent,
13:39en tout cas,
13:40les jeunes du quartier.
13:40Et ça se passe, évidemment,
13:42on l'a expliqué
13:42dans un contexte
13:43déjà très tendu.
13:44Il y a eu ce témoignage
13:45d'un toxicomane.
13:47Il y a eu le fait,
13:47tout simplement,
13:48qu'Kélian n'était pas
13:49du tout un drogué.
13:50C'était un gars
13:52parfaitement inséré
13:52dans le quartier.
13:54C'est une explication
13:55qui est avancée
13:55et qui est en tout cas
13:57privilégiée
13:57par une partie
13:58des jeunes du quartier.
13:58Est-ce qu'il y a des réactions
14:00après sa mort ?
14:01Quelques heures après sa mort,
14:02il y a eu les premières expéditions
14:04qui ont été menées
14:04dans le quartier.
14:05Des petits du quartier
14:06qui sont allés
14:08soit obtenir des renseignements
14:09sur ce qui a pu se passer,
14:10soit tout simplement
14:11se venger,
14:12punir les toxicomanes
14:14qu'on met à l'index
14:15pour la mort de Kélian.
14:16Il y a eu des agressions
14:17de toxicomanes,
14:18il y en a eu le soir même,
14:18il y en a eu le lendemain aussi.
14:20Et ça continue.
14:22Pour le Parisien,
14:23vous décidez de passer une nuit
14:24dans ce quartier.
14:26D'abord,
14:26décrivez-nous
14:27les lieux en pleine nuit.
14:29C'est un secteur
14:29qui est très vaste.
14:30Le centre névralgique,
14:31c'est la place Stalingrad
14:32qui est à peu près
14:33le seul endroit
14:34où il n'y a pas de toxicomanes
14:35aujourd'hui
14:35puisqu'il y a 3 ou 4 camions de CRS
14:37qui sont positionnés
14:38tout autour
14:39sur la fameuse rotonde
14:40où il y a un restant.
14:41Il y a de l'autre côté
14:42de la place Stalingrad
14:43où il y a une cinquantaine
14:44de toxicomanes
14:44qui sont amassés là.
14:45Et puis,
14:46il y a au nord-est,
14:47l'angle de la rue Riquet
14:48et de la rue d'Aubervilliers
14:49où c'est sans doute
14:50le coin le plus glauque
14:51du quartier.
14:52Vous rencontrez
14:53des jeunes habitants
14:53du quartier
14:54qui font des rondes de nuit
14:55pour essayer
14:56d'effrayer les toxicomanes.
14:58Oui,
14:58c'est les jeunes
14:59qui sont au bout du rouleau.
15:00Alors d'ailleurs,
15:00c'est assez amusant
15:01puisqu'ils racontent
15:02que pendant toute une période
15:03ils étaient assez mal vus
15:04et que maintenant
15:04les riverains sont bien contents
15:05de les avoir
15:06parce qu'ils se retrouvent
15:08justement pour essayer
15:09de dégager les toxicomanes.
15:10Dès qu'ils en voient un,
15:11ils lui mettent au mieux
15:12un bon coup de pression.
15:13Au pire,
15:14ils le mal mènent
15:15en lui disant
15:15de ne plus jamais
15:16foutre les pieds ici.
15:17Pendant ce reportage nocturne,
15:18est-ce que vous parlez aux riverains ?
15:20Oui,
15:21j'ai discuté avec pas mal
15:22de riverains,
15:22notamment rue d'Aubervilliers
15:24qui est la rue
15:24qui est juste à côté
15:25du coin
15:26où s'amassent le plus
15:30quelqu'un avait son agression.
15:32Notamment,
15:32j'ai discuté avec un Patrick,
15:34un gars qui était en train
15:35de promener ses deux chiens
15:36qui me racontait
15:36qu'il avait été victime
15:37de trois agressions.
15:38Le matin même,
15:39on lui avait piqué son portable,
15:40on lui avait volé son vélo
15:42devant la pharmacie
15:42et puis il s'était fait tabasser
15:44comme ça,
15:44sans raison,
15:45en plein milieu,
15:46tellement fort
15:46qu'il a perdu ses noms.
15:49Cécile Beaulieu,
15:49normalement c'est en septembre
15:50que la maire de Paris,
15:51Anne Hidalgo,
15:52devrait annoncer
15:52la création de lieux d'accueil
15:54pour les hommes et les femmes
15:55accros au krach,
15:56c'est ça ?
15:56C'est ce qu'elle a annoncé,
15:58elle dit que devant
15:58l'inertie du gouvernement,
16:00la ville de Paris
16:01va prendre les choses en main
16:02et là,
16:03elle est en train
16:04d'identifier des lieux
16:05qui pourraient accueillir
16:06effectivement les toxicomanes
16:08dès la rentrée.
16:09Quel type de lieu ?
16:10Qu'est-ce qu'ils pourraient
16:11y faire les toxicomanes ?
16:12Alors,
16:12ça serait des lieux
16:13où ils auraient
16:14un accompagnement médico-social,
16:16où ils pourraient consommer
16:17sous supervision
16:18et également un hébergement.
16:20On n'a pas fini
16:20de parler de ce fléau à Paris ?
16:22Le problème du krach,
16:23c'est que c'est une drogue
16:24peu chère,
16:25extrêmement addictive,
16:26que les gens
16:27perdent très rapidement
16:28le contrôle de leur vie,
16:30se retrouvent souvent
16:31sans toit,
16:32sans travail.
16:33Donc,
16:34pour aller s'orienter
16:36vers une démarche de soins
16:36quand on est dans un état
16:37comme ça,
16:38c'est très compliqué.
16:52Merci Cécile Beaulieu,
16:53Denis Courtine
16:54et concernant la mort
16:55du jeune Kéliane
16:56dont on a parlé
16:57dans ce podcast,
16:58le dimanche 18 juillet,
16:59un homme de 31 ans
17:01soupçonné
17:02de l'avoir tué
17:02a été mis en examen
17:03et placé
17:04en détention provisoire.
17:06Cet épisode de Code Source
17:07a été produit
17:08par Raphaël Pueyo,
17:10Ambre Rosala
17:10et Thibaut Lambert.
17:12Réalisation,
17:13Julien Moncou-Kiol.
17:14Si vous aimez Code Source,
17:15dites-le nous
17:16en laissant des petites étoiles
17:17ou un commentaire
17:18sur votre application préférée.
17:19vous pouvez aussi
17:21bien sûr
17:21nous écrire directement
17:24codesourceatleparisien.fr
17:25à la suite.
17:29Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires