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Taxé d’indigénisme, de wokisme ou encore d'islamo-gauchisme par ses détracteurs, la nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’Education nationale est la grande surprise du gouvernement d’Elisabeth Borne. Retour sur la trajectoire de cet historien devenu ministre.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Thibault Lambert, Ines Chaieb et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musique : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA, BFM TV, LCI, France Inter.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 20 mai, l'historien Papendiaï, 56 ans, est devenu ministre de l'Éducation nationale,
00:18dont le gouvernement d'Elisabeth Borne, il succède à Jean-Michel Blanquer.
00:22Dans les minutes qui ont suivi, sa nomination a été violemment critiquée,
00:26notamment par l'extrême droite, Marine Le Pen parlant, je cite,
00:30d'un homme qui défend le racialisme et le wokisme,
00:33et dénonçant une politique de déconstruction de la France.
00:36Au-delà de ses déclarations, qui est Papendiaï ? Quel est son parcours ?
00:40Élément de réponse aujourd'hui avec trois journalistes du Parisien,
00:43Rosalie Lucas, chef adjointe du service politique,
00:46Thomas Poupot, spécialiste éducation,
00:49et Gwenaëlle Bourdon du service Enquête Île-de-France.
00:58Gwenaëlle Bourdon, jusqu'ici, dans l'actualité,
01:00on parlait beaucoup plus souvent de la petite sœur de Papendiaï, Marie-Anne Diaï.
01:04C'est sa cadette de 20 mois et elle est écrivaine.
01:08Elle a d'ailleurs publié son premier roman à l'âge de 18 ans seulement.
01:11Et puis on la connaît surtout parce qu'elle a été lauréate du prix Goncourt en 2009
01:15pour son roman Trois femmes puissantes.
01:18Rosalie Lucas, le vendredi 20 mai, en tout début d'après-midi,
01:21l'équipe gouvernementale de la première ministre Elisabeth Borne est en cours de finalisation.
01:27Le nom de Papendiaï circule dans les rédactions parisiennes.
01:30Pour être honnête, on commence nous à avoir des bruits vers 13h.
01:33Et une demi-heure avant l'annonce officielle, on a cette confirmation.
01:37On est très étonnés, jamais son nom n'avait été cité.
01:40On sait tous que c'est le patron du musée de la Porte Dorée.
01:44Quand on creuse un peu sa bio, ce qui nous saute aux yeux, c'est qu'il est à l
01:49'opposé total de Jean-Michel Blanquer.
01:51À ce moment-là, Rosalie Lucas, vous vous dites quoi au service politique du Parisien ?
01:54Pourquoi Emmanuel Macron fait ce choix ?
01:56On sait que plusieurs personnalités de gauche ont été approchées et ont dit non pour entrer dans ce gouvernement.
02:01Mais Emmanuel Macron veut adresser un signal à ces électeurs de gauche
02:05qui ont voté notamment Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle,
02:09à des proportions auxquelles ils ne s'attendaient pas.
02:11Cette nomination de la part d'Emmanuel Macron, c'est de dire j'ai entendu l'électorat de gauche et
02:15je peux lui parler.
02:20La confirmation de cette nomination plus tard ce jour-là a entraîné de vives réactions,
02:25notamment de l'extrême droite.
02:26On va voir ça, mais d'abord, Rosalie Lucas, Thomas Poupot, Gonaël Bourdon.
02:30Vous allez nous résumer dans cet épisode de Code Source le parcours de Papendiaï.
02:35Papendiaï a 56 ans, il est marié à une sociologue, Jeanne Lazarus.
02:39Il a deux enfants, il est né le 25 octobre 1965 à Antony dans la Haute-Seine.
02:46Gonaël, que sait-on de son enfance et de ses parents ?
02:48Papendiaï est le fils d'une mère française, enseignante et d'un étudiant sénégalais
02:55qui était venu faire ses études à Paris et qui va repartir assez rapidement au pays
02:59alors que ses enfants sont encore tout petits.
03:02Et Papendiaï et sa sœur Marie vont donc grandir dans cette banlieue sud de la région parisienne
03:08avec des grands-parents paysans chez qui ils vont régulièrement en vacances.
03:12Et Papendiaï résume ça aujourd'hui en disant qu'il en a hérité un amour profond du terroir.
03:18Il se sent français, franchouillard, amoureux de la blanquette de veau, du vin, etc.
03:23Mais il dit en même temps, je suis aussi d'ailleurs.
03:25Et quand ils sont petits, leur mère, professeure de sciences naturelles en collège, fait tout pour les cultiver.
03:31Oui, elle les emmène très régulièrement voir des expositions, visiter les musées parisiens.
03:37Elle les emmène aussi au cinéma.
03:39Et toutes ces sorties vont titiller la curiosité du petit garçon qu'il est alors.
03:43Papendiaï fait des études brillantes.
03:45Classe préparatoire littéraire au lycée Henri IV à Paris,
03:48puis l'école normale supérieure de Saint-Cloud, il est agrégé d'histoire.
03:51Et Rosalie Lucas, quand il a la vingtaine, au milieu des années 80, il s'intéresse à la politique.
03:57Il s'intéresse à la politique et il va plutôt vers la gauche.
04:00Il participe à un mouvement, un petit mouvement qui s'appelle Convergence Socialiste,
04:05avec Jean-Christophe Cambadélis,
04:06qui à l'époque est une façon d'emmener d'anciens trotskistes-lambertistes,
04:11donc c'est vraiment une petite chapelle, vers le Parti Socialiste.
04:14Du coup, il est proche de Jean-Christophe Cambadélis
04:16et c'est avec lui qu'il participe à la fondation du Manifeste contre le Front National.
04:21Gwenaëlle Bourdon, quand il a vingt-cinq ans, au tout début des années 90,
04:25Papandiaï part étudier aux Etats-Unis.
04:27Il a obtenu une bourse pour aller étudier à l'université de Virginie
04:32et dit-il, c'est ce passage aux Etats-Unis qui lui a permis de découvrir la question raciale.
04:37Il a eu, dit-il, une forme de révélation.
04:39On sait comment il a cette révélation, ce déclic ?
04:42Il a raconté avoir notamment été invité par des étudiants d'une fraternité noire,
04:46une association d'étudiants noirs, à une réunion qu'on qualifie de non-mixte.
04:51Il a dit avoir été choqué et puis ensuite y être retourné.
04:54Il faut se rappeler aussi qu'il est aux Etats-Unis au début des années 90,
04:58qui sont notamment marqués par les émeutes de Los Angeles,
05:01émeutes qui ont suivi l'acquittement de policiers blancs
05:04qui avaient tabassé un automobiliste noir, Rodney King.
05:07Il n'était pas du tout venu pour étudier la condition des Noirs aux Etats-Unis,
05:12mais il se lance à corps perdu un peu dans les bibliothèques.
05:16Il dévore tout ce qu'il trouve de livres sur l'histoire de l'esclavage,
05:19l'émancipation des Noirs américains.
05:21À son retour en France, l'historien devient maître de conférences
05:25à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris, le HESS.
05:28Et quelques années plus tard, les émeutes d'octobre et novembre 2005
05:31dans les banlieues françaises sont un nouveau déclic pour lui.
05:34Émeutes qui ont suivi la mort de deux adolescents électrocutés à Clichy-sous-Bois,
05:39en Seine-Saint-Denis, en tentant de fuir un contrôle de police.
05:42Alors il dit qu'il se sent tenu d'agir.
05:45Et trois ans plus tard, paraît son essai La Condition Noire.
05:48C'est le livre qui va vraiment le faire connaître en France.
05:50C'est, dit-on, le premier essai à traiter de la question noire
05:54du 18e siècle jusqu'à aujourd'hui.
05:57Et dans ce livre, il décrit une condition noire,
05:59une condition par laquelle des hommes et des femmes qui n'ont rien demandé
06:02sont considérés à un moment donné dans une société donnée comme noire.
06:07Vous parlez de solidarité qui serait fondée sur l'identité fine,
06:11par opposition à ce que vous appelez, à ce que vous conceptualisez,
06:14comme l'identité épaisse.
06:15Alors, fine épaisse, pour nous expliquer.
06:17L'identité fine, c'est au fond la manière dont on est considéré par les autres,
06:21c'est-à-dire le fait, par exemple, d'être considéré comme noir
06:25indépendamment de la qualité et de la subtilité de son identité choisie.
06:29Tandis que l'identité épaisse fait, elle, référence aux filiations,
06:32aux origines régionales, aux groupes ethniques, éventuellement,
06:36à tout ce qui constitue la richesse des individus.
06:39Si les noirs peuvent s'unir comme d'autres,
06:41c'est donc sur le fondement de leur tort commun,
06:44celui d'être considéré comme noir avec des stigmates,
06:47plutôt que sur celui d'une communauté rassemblée par des cultures communes.
06:52Rosalie Lucas, en 2005, Papendiaï avait aussi participé
06:55à la fondation du CRAN, le Conseil représentatif des associations noires.
07:00Oui, tout à fait. Il est sollicité par Patrick Lozès,
07:02qui est militant politique à l'UDF.
07:05Ils avaient déjà créé ensemble un cercle d'action
07:07pour la promotion de la diversité en France.
07:10Et après, ils lancent le CRAN.
07:12Le CRAN, c'est un conseil aussi,
07:14qui est notamment favorable aux statistiques ethniques
07:16et appelle les noirs à sortir de l'invisibilité en France.
07:19Sur la question des statistiques ethniques,
07:21Papendiaï a changé de position.
07:22Gwenaëlle Bourdon, il y était favorable au départ,
07:25mais en juillet 2019, dans une interview publiée par le journal Le Monde,
07:30il estime que ces statistiques ne sont pas nécessaires
07:32pour bien comprendre ce que vivent les personnes noires en France.
07:35Ce qu'il dit plus précisément,
07:37c'est qu'en France, on ne dispose pas de données ethno-raciales
07:41comme on peut en avoir aux États-Unis ou en Angleterre,
07:44mais que ça n'empêche pas les chercheurs de travailler
07:46parce qu'ils disposent malgré tout d'une certaine forme de statistiques ethniques.
07:50Et il cite d'ailleurs pour ça le travail d'un sociologue
07:53qui a permis d'établir la réalité de contrôle au faciès dans une gare parisienne
07:57en s'appuyant sur un certain nombre de données.
08:00Toujours dans cette interview, Papendiaï explique pourquoi lui
08:03et beaucoup d'autres professeurs ou chercheurs choisissent d'utiliser le mot « race ».
08:08Il rappelle qu'évidemment, la race n'existe pas sur le plan biologique,
08:13mais qu'en revanche, utiliser ce mot permet de décrire
08:16des phénomènes de discrimination qui, eux, sont bien réels.
08:19La race, dit-il, ça correspond à une catégorie imaginaire,
08:23une catégorie qui s'est construite à travers les siècles,
08:27une construction historique,
08:28et qui influe sur l'organisation des sociétés aujourd'hui.
08:32Toujours en 2019, le musée d'Orsay à Paris
08:34l'a intégré dans le comité scientifique d'une exposition,
08:38l'exposition « Le modèle noir » de Géricault à Matisse.
08:42La presse relate le rôle qu'il a joué dans la préparation de cette exposition
08:46et notamment les débats qui ont entouré la façon dont on présentait certains tableaux.
08:51Il y a par exemple un tableau qui représente une esclave en 1800
08:55et le débat tourne autour du titre de ce tableau
08:59et Papendiaï tient à garder le titre original de l'œuvre « Portrait d'une négresse »
09:05parce qu'il ne faut pas, dit-il, gommer la trace de l'histoire de ce tableau,
09:08mais par contre il faut évidemment l'accompagner d'un texte explicatif.
09:13Rosalie Lucas, en janvier 2021, Papendiaï est le co-auteur d'un rapport sur la diversité à l'Opéra de
09:19Paris.
09:19La direction de l'Opéra a été interpellée par plusieurs de ses artistes
09:22sur la question de la lutte contre les discriminations au sein de l'institution.
09:27Et donc la direction décide de faire un rapport et de le confier à Papendiaï
09:31et à la secrétaire générale du défenseur des droits, Constance Rivière.
09:35Donc quelques mois plus tard, tous les deux rendent ce rapport.
09:38Dans le rapport, effectivement, ça confirme ce que disaient certains artistes,
09:42c'est qu'à tous les niveaux, des techniciens jusqu'aux danseurs,
09:45la diversité est très très peu présente.
09:48Et il y a aussi plusieurs recommandations, dont par exemple la fin des Black Faces.
09:53Les Black Faces, pour ceux qui ne connaissent pas, ça consiste par exemple à des artistes blancs
09:56à se maquiller en noir pour jouer des personnes de couleur.
10:01Le rapport met aussi en avant le fait qu'il y a encore des termes racistes
10:05qui sont utilisés au sein de l'institution.
10:07Par exemple, il y avait un endroit au sein de l'Opéra Garnier qui s'appelait le Carré des Négresses.
10:11Le rapport insiste sur le fait qu'évidemment, il ne faut plus employer ce genre de termes.
10:15Moins de deux mois plus tard, le 1er mars, Papendiaï est nommé directeur du Palais de la Porte d'Oré
10:19dans l'Est de Paris, site qui comprend notamment le Musée National de l'Immigration.
10:24Gwenaëlle Bourdon, à ce moment-là, vous le rencontrez pour le Parisien.
10:27Il paraît très content d'être à ce poste-là.
10:30Papendiaï dit être très soucieux de pouvoir attirer la jeunesse vers ce lieu
10:35où il y a notamment le Musée de l'Immigration
10:37et d'y traiter une histoire qui suscite souvent des débats brûlants.
10:42Mais on peut les refroidir, dit-il, tout en racontant cette histoire.
10:45Et ça permettrait à cette jeunesse, qui se pose beaucoup de questions sur l'histoire de la colonisation,
10:49sur l'immigration, sur l'identité, d'y trouver des réponses
10:54et de ne pas aller les chercher ailleurs, notamment auprès de bonimenteurs.
10:58En février 2021, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédéric Vidal, lance une polémique sur, je cite,
11:05« l'islamo-gauchisme qui gangrène selon elle la société dont l'université fait partie ».
11:10Déclaration le 16 février sur la chaîne de télé CNews.
11:13Papendiaï répond à cette polémique.
11:15Rosalie Lucas, quelques jours plus tard, le vendredi 19 février, dans la matinale de France Inter.
11:20Bonjour Papendiaï.
11:21Bonjour.
11:22Il est assez cash, c'est-à-dire qu'il s'oppose clairement à ce qu'a dit la ministre
11:26Frédéric Vidal.
11:27Il dit « ce terme d'islamo-gauchisme ne désigne aucune réalité ».
11:30Ce qui me frappe, c'est plutôt le degré de méconnaissance dans le monde politique en général,
11:37des recherches qui sont menées à l'université en sciences sociales et en sciences humaines.
11:40Ce terme ne désigne aucune réalité, bien entendu, dans l'université.
11:46C'est plutôt une manière de stigmatiser des courants de recherche.
11:50Il ne nie pas qu'il peut y avoir certaines difficultés avec certains thèmes sur lesquels travaillent des chercheurs.
11:56Il peut y avoir, en effet, des problèmes avec des formes de crispations identitaires,
12:01avec des formes de sectarisme parfois, mais il ne faut pas jeter le bébé avec le dubin.
12:05Il y a quelques problèmes, mais dans l'ensemble, on ne peut pas parler d'islamo-gauchisme au sein de
12:09l'université.
12:11Quelques mois plus tard, en juin 2021, Papandiaï s'exprime sur le mouvement woke ou le wokeisme
12:16dans le magazine du Monde aime le monde.
12:19D'abord, Gwenaëlle Bourdon, de quoi parle-t-on ?
12:21Alors, le terme woke, c'est un terme qui est hérité de l'argot des Noirs américains des années 60,
12:26qui découle du verbe awake, donc se réveiller.
12:29C'est revenu aux États-Unis dans les années 2010.
12:32Et c'est censé traduire l'État, effectivement, de vigilance de militants face à des injustices,
12:38des discriminations vis-à-vis de groupes d'hommes et de femmes en fonction de leur religion,
12:44de leur couleur de peau, de leur orientation sexuelle, etc.
12:47Et aujourd'hui ?
12:48Ça prend en France, notamment, une connotation négative.
12:52Il y a plus de gens qui dénoncent le wokeisme que de gens qui s'en réclament.
12:57C'est surtout utilisé par un certain nombre de gens, notamment à droite,
13:01pour dénoncer une forme de bien-pensance intolérante
13:05qui s'exprimerait à l'université, dans le champ culturel, etc.
13:10Alors, que dit-il sur les woke dans ce magazine ?
13:13Alors, lui, il identifie des militants woke au sein de Sciences Po,
13:17où il a été enseignant, et il dit qu'il ne s'est jamais opposé à eux,
13:21qu'ils partagent la plupart de leurs combats,
13:23notamment contre le racisme, pour la protection de l'environnement,
13:27combats féministes également,
13:29mais qu'en revanche, il peut déplorer des discours moralisateurs
13:33et voir des dérives sectaires qui peuvent parfois découler de ces mobilisations-là.
13:37Et il résume ça en ajoutant
13:38« Je me sens plus cool que woke »,
13:41c'est sans doute une question de génération.
13:45Gwenaëlle Bourdon, on rappelle qu'à ce moment-là,
13:47il est à la tête du Palais de la Porte Dorée à Paris,
13:49et donc du Musée de l'Immigration.
13:51Comment est-ce qu'il est décrit par ses collaborateurs ?
13:54Ce qu'en dit Benjamin Béchaud,
13:56qui est notamment directeur de la communication
13:58au sein du Palais de la Porte Dorée,
14:00c'est que Pape Ndiaye,
14:02qui est le premier historien nommé à ce poste-là,
14:05aura laissé une trace importante.
14:07Il a été, dit-il, très calme,
14:10très à l'écoute,
14:11très respectueux de tout le personnel de l'institution,
14:15et il a lancé ou accompagné un certain nombre de projets importants
14:19pour ce lieu culturel.
14:21Au fil du temps,
14:22Pape Ndiaye se rapproche d'Emmanuel Macron.
14:24Nos confrères du monde le présentent même dans un article
14:26comme un conseiller culture de l'ombre du président
14:29pendant la seconde campagne présidentielle,
14:31celle de 2022.
14:32Et Rosalie Lucas,
14:34après la réélection d'Emmanuel Macron,
14:35le 24 avril,
14:36et pendant la formation du gouvernement d'Elisabeth Borne,
14:40le président rencontre à nouveau Pape Ndiaye.
14:42Emmanuel Macron sait que cette nomination va faire du bruit,
14:45donc il veut quand même s'assurer avant,
14:47que Pape Ndiaye a les épaules,
14:49et surtout qu'ils sont sur la même longueur d'onde tous les deux.
14:52Donc ils discutent longuement,
14:53et le président est tout à fait rassuré,
14:55puisqu'il voit qu'ils ont tous les deux le souci
14:58des valeurs républicaines,
14:59tous les deux le souci aussi de l'émancipation par le savoir.
15:02Donc à la sortie de cette rencontre,
15:04Emmanuel Macron est totalement conforté dans son choix.
15:06Et le vendredi 20 mai,
15:07Pape Ndiaye est nommé ministre de l'éducation.
15:10La composition du gouvernement est annoncée à 16h15
15:12par le secrétaire général de la présidence de la République
15:15sur le perron de l'Elysée.
15:17Monsieur Pape Ndiaye,
15:19ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
15:23Thomas Poupot, d'abord,
15:24comment réagissent les syndicats d'enseignants
15:26à l'arrivée de Pape Ndiaye à la tête de l'éducation nationale ?
15:29La première réaction, c'est la surprise.
15:30Le nom est complètement inattendu.
15:32A peu près tous les syndicats se disent méfiants,
15:35c'est leur mot,
15:36vis-à-vis de ce personnage qui est complètement nouveau,
15:38qui ne connaît pas forcément les arcanes d'un ministère,
15:40surtout que c'est un ministère démesuré.
15:42Il y a 12 millions et demi d'élèves,
15:44il y a 850 000 profs.
15:45Les syndicats se demandent s'il va avoir les épaules
15:47pour gérer un tel mastodonte.
15:49Rosalie Lucas,
15:50cette nomination entraîne de vives réactions
15:52dans la classe politique,
15:53notamment de la part de l'extrême droite.
15:54Oui, très rapidement sur Twitter,
15:56quelques minutes après la nomination,
15:58Éric Zemmour, Marine Le Pen réagissent
16:00et parlent de déconstruction du pays.
16:02Marine Le Pen, elle, parle d'un indigéniste assumé.
16:05Macron a fait le choix de la provocation
16:07en nommant à la tête de l'éducation nationale,
16:09c'est-à-dire de l'avenir de nos enfants,
16:13quelqu'un qui défend une idéologie racialiste,
16:17indigéniste, wokiste.
16:19Et ça, c'est un signal très inquiétant pour l'avenir.
16:22Son adjoint, Bardella, parle d'un militant racialiste et anti-flic.
16:26Et même du côté de la droite, il y a des réactions,
16:28puisque Éric Ciotti parle d'un, je cite,
16:31« un adepte de l'islamo-gauchisme ».
16:39Le soir même, peu avant 19h,
16:41c'est la passation de pouvoir au ministère de l'Éducation nationale
16:43entre le sortant Jean-Michel Blanquer et son successeur.
16:47Décrivez-nous ce moment, Thomas Poupon.
16:48En fait, c'était très chaleureux.
16:51Il y a eu une chorale des Hauts-de-Seine
16:52qui a chanté quelques chansons, notamment la marseillaise.
16:55Et la poignée de main entre les deux hommes
16:57a été longue, chaleureuse, souriante.
16:59Le nouveau ministre a fait un discours assez convenu
17:02dans lequel il a parlé de sa femme, de ses enfants,
17:04disant de lui-même qu'il était un enfant de la méritocratie.
17:07« Je suis un pur produit de la méritocratie républicaine
17:11dont l'école est le pilier. »
17:13Et ensuite, il est rentré dans le ministère
17:16pendant que Jean-Michel Blanquer le quittait
17:17en saluant tous les employés du ministère.
17:20« Hors micro, on sait ce qu'a pensé Jean-Michel Blanquer
17:22de cette nomination ? »
17:23« On sait depuis que Jean-Michel Blanquer est très amer,
17:26amer d'avoir dû quitter le gouvernement,
17:28mais aussi amer de cette nomination
17:30qui correspond à une nomination totalement inverse
17:34à ce que représentait Jean-Michel Blanquer. »
17:36Thomas Poupot, au fond, précisément,
17:37en quoi c'est un anti-Blanquer, Papendiaï ?
17:40« Alors, c'est un anti-Jean-Michel Blanquer
17:41parce que sur quelques-uns des thèmes phares
17:43de Jean-Michel Blanquer,
17:45évidemment, on pense à l'islamo-gauchisme,
17:46à l'université et au wokisme,
17:49dont Jean-Michel Blanquer avait fait
17:51un de ses chevaux de bataille,
17:52Papendiaï a dit exactement le contraire
17:54et pense exactement le contraire.
17:56Donc, en ça, c'est vraiment le miroir inversé
17:58du ministre sortant. »
18:00Thomas Poupot, jusqu'ici,
18:01est-ce que Papendiaï se démarque réellement
18:02de son prédécesseur ?
18:04« C'est la grande question,
18:05parce que passé la surprise
18:06du nom lui-même de Papendiaï,
18:08on se demande s'il va vraiment
18:09y avoir une rupture,
18:10notamment parce qu'il vient de nommer
18:12son bras droit, qui est Jean-Marc Huard,
18:14qui est en fait un très proche de Blanquer,
18:15ancien directeur général
18:16de l'enseignement scolaire. »
18:18Rosalie Lucas, les très vives réactions
18:19de l'extrême droite qu'on a entendues,
18:21à votre avis, est-ce qu'elles sont justifiées
18:23par rapport à ce qu'a réellement fait
18:24ou dit Papendiaï jusqu'ici ?
18:26« Non, par rapport à tout ce qu'on a dit
18:28par exemple jusqu'à présent
18:29sur le rapport sur l'Opéra de Paris
18:30où finalement ses recommandations,
18:32ça paraît plutôt être du bon sens
18:33qu'autre chose.
18:34Sur le wokisme, finalement,
18:35on voit qu'il a pris ses distances
18:37par rapport à certains militants wok.
18:39Donc tout ça, c'est évidemment
18:41des réactions assez caricaturales
18:43de la part de l'extrême droite.
18:45Il y a d'autres réactions
18:46qui vont peut-être monter
18:47dans les prochains jours.
18:49C'est sur ces enfants,
18:50la scolarisation de ces enfants,
18:52qui tous les deux sont à l'école alsacienne,
18:54qui est une école élitiste privée.
18:56Donc forcément, pour un ministre
18:58de l'éducation nationale,
18:59ce n'est pas simple à gérer.
19:00Il n'est pas le seul
19:01à avoir été dans ce cadre.
19:02Deux de ses prédécesseurs l'ont été,
19:03Jean-Pierre Chevènement
19:04et Lionel Jospin.
19:05Lionel Jospin, à l'époque,
19:07ça avait été une lourde polémique
19:08à gérer pour lui.
19:09Donc on verra comment Papendiaï
19:11gère cette situation. »
19:13Thomas Poupot,
19:13quelles sont ses missions prioritaires
19:15en arrivant à ce ministère ?
19:16« Alors il y en a deux fondamentales.
19:18La première, c'est le changement de méthode.
19:19C'est ce que réclament
19:20tous les enseignants
19:21et plus largement tous les professeurs.
19:23La méthode de concertation,
19:24la méthode de dialogue
19:25avec le personnel
19:27de l'éducation nationale,
19:28il va falloir concerter.
19:29C'est le maître au mot.
19:30Et la deuxième,
19:31c'est évidemment
19:31la revalorisation des enseignants.
19:34Le candidat Macron
19:34a fait plusieurs promesses
19:35qui ne sont pas satisfaisantes.
19:37Donc les syndicats
19:38attendent vraiment au tournant
19:38Papendiaï sur le salaire des profs.
19:48Merci à Gwenaëlle Bourdon,
19:50Rosalie Lucas et Thomas Poupot.
19:52Cet épisode de Code Source
19:53a été produit par
19:54Clara Garnier-Amourou,
19:56Raphaël Pueillot,
19:56Thibault Lambert,
19:57Sarah Amny,
19:58Lola Sauti et Inès Chayeb.
20:00Réalisation,
20:01Julien Moncoupiole.
20:03Code Source
20:03est le podcast d'actualité du Parisien.
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