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La cheffe du parti Fratelli d’Italia (FDI), décrite comme une héritière du fascisme, devrait devenir la première femme à diriger un gouvernement italien. Portrait avec Henri Vernet, journaliste au service politique du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : INA, Euronews.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Elle est la prochaine chef du gouvernement italien, la première femme à occuper ce poste.
00:16A 45 ans, Giorgia Meloni est arrivée en tête des élections législatives italiennes le dimanche 25 septembre,
00:22avec son parti Fratelli d'Italia, frère d'Italie.
00:25Ancienne admiratrice du leader fasciste Mussolini, elle dit aujourd'hui vouloir défendre Dieu, la patrie et la famille
00:33contre l'immigration, ce qu'elle appelle l'islamisation de la société ou encore le lobby LGBT.
00:39Qui est Giorgia Meloni ? Qu'est-ce qui a rendu possible son arrivée à la tête du gouvernement italien
00:44?
00:45On fait le point aujourd'hui avec Henri Vernet du service politique du Parisien, de retour de reportage en Italie.
00:58Henri Vernet, vous avez passé toute la semaine précédant les législatives italiennes en Italie, en reportage pour le Parisien.
01:05Et le 23 septembre, vous êtes dans le nord, à Prédapio, la ville de naissance de Benito Mussolini.
01:11Qu'est-ce que vous voyez sur place ?
01:12Je vois une bourgade qui était un petit peu la cité modèle du parti fasciste parce que, justement, le duche
01:18Benito Mussolini y était né.
01:20Et quand il est arrivé au pouvoir, il a voulu faire de ce village qui était vraiment une zone très
01:25pauvre d'Emilie Romagne,
01:26une vitrine pour la propagande fasciste.
01:30Donc quand on arrive, on voit une bourgade avec des immeubles très alignés.
01:35Vous savez, c'est assez géométrique.
01:36Et puis surtout, c'est démesuré.
01:38Il y a là-bas la maison du fascisme, une grande demeure qui est aujourd'hui un petit peu à
01:43l'abandon.
01:44Et une basilique qui, en réalité, pour ce village de 6 000 habitants, est aussi grande que le Duomo,
01:50c'est-à-dire la cathédrale de la grande ville d'Oisine de Forlis.
01:53Sauf que là, c'est pour 100 000 habitants.
01:55Est-ce qu'il y a des boutiques où on peut acheter des souvenirs avec l'image du Mussolini ?
01:59Et est-ce qu'il y a des nostalgiques du fascisme ?
02:01Oui, bien sûr. Et ça, c'est le côté sulfureux de cette petite ville près d'Apio.
02:05C'est à la fois un côté historique, un musée Mussolini à ciel ouvert.
02:10Comme dit l'Office du tourisme local, c'est aussi le lieu de rendez-vous des nostalgiques,
02:15mais parfois des pires nostalgiques, c'est-à-dire des skinnettes, des néo-nazis
02:18qui viennent faire le salut romain devant les vestiges, les reliques de Mussolini,
02:23puisqu'il y a là-bas plusieurs éléments symboliques qui sont le tombeau de Mussolini.
02:28Il y a sa maison natale et il y a aussi des boutiques où on vend toutes sortes d'uniformes,
02:34d'affiches à la gloire du fascisme, mais également des mugs, des services à café
02:38avec de l'iconographie naziste, c'est-à-dire des mugs avec des portraits de Hitler,
02:43avec des insignes de la division Charlemagne.
02:44Enfin, tout ça est totalement abject.
02:46À tort ou à raison, Georgia Meloni est présentée comme héritière du fascisme.
02:50C'était quoi le fascisme ?
02:51C'est un régime totalitaire qui a été mis en place par Benito Mussolini entre 1922 jusqu'à 1943.
02:57La chute de Benito Mussolini, mais protégée par son alliance avec l'Allemagne nazie,
03:04il a fondé sous le régime une république fantoche qui a duré un peu moins de deux ans dans le
03:08nord de l'Italie.
03:09Donc la véritable chute du fascisme, ce sera 1945 à la fin de la guerre.
03:13C'est un régime dictatorial, ça veut dire partie unique,
03:16ça veut dire évidemment les atteintes, les restrictions les plus terribles aux différentes libertés publiques individuelles,
03:21syndicats uniques, c'est vraiment le régime totalitaire comme on le connaît.
03:25Et puis donc, à partir de la fin des années 30, l'alliance avec Hitler,
03:30les lois anti-juives, l'entrée dans la guerre,
03:33il y a un régime tout à fait ignominieux qui va être combattu par les alliés.
03:42Dans ce podcast, Henri Vernet, vous allez nous résumer le parcours de Giorgia Meloni
03:47et comment elle est parvenue à devenir la première femme en position de gouverner l'Italie.
03:52Giorgia Meloni a 45 ans, elle vit en concubinage avec un journaliste, ils ont un enfant ensemble.
03:57Giorgia Meloni est née le 15 janvier 1977 à Rome.
04:01Dans quel milieu est-ce qu'elle grandit ?
04:03Un milieu modeste parce que son père, qui est expert comptable, qui est plutôt de gauche d'ailleurs,
04:07qui est même communiste, va quitter le foyer conjugal alors qu'elle n'a que deux ans.
04:11Il va tout simplement tenter l'aventure et s'installer aux Canaries.
04:15Il abandonne donc la mère et sa fille qui vont du coup habiter dans un quartier populaire de Rome,
04:22quartier qui a été édifié il y a une centaine d'années pour justement loger la classe ouvrière.
04:27C'est au sud de la capitale italienne.
04:28Et c'est un fief de l'antifascisme à l'époque et du communisme.
04:34Quand elle a 15 ans, en juillet 1992, Giorgia Meloni est marquée par l'actualité.
04:39Elle est marquée par les images terribles de l'assassinat des deux juges anti-mafia,
04:44Borsellino et Falconet.
04:46Moins de deux mois après l'assassinat du juge Falconet,
04:49la mafia a une fois de plus frappé la justice à sa tête.
04:51Les images sont presque les mêmes.
04:53Cette fois, c'est une voiture piégée qui est venue percuter en milieu d'après-midi
04:57la voiture du juge Paolo Borsellino et son escorbe devant l'immeuble où résidait le magistrat dans la banlieue de
05:03Palerme.
05:04Quand elle voit ça, immédiatement, elle se dit qu'il faut remettre de l'ordre dans ce pays.
05:09Elle est adolescente.
05:10Qu'est-ce qu'elle fait ?
05:10Elle téléphone au siège du MSI.
05:13Le MSI, c'est le mouvement social italien.
05:15C'est le parti qui a été fondé, y compris par d'anciens dignitaires du régime fasciste
05:19et qui revendique tout simplement son côté post-fasciste.
05:22On est dans l'immédiat après-guerre.
05:24Il reprend les symboles musuliniens avec la flamme tricolore,
05:28avec tout cela sur un socle qui serait censé représenter le tombeau de Mussolini.
05:32Et il est ouvertement parti d'extrême droite cultivant cette nostalgie.
05:37Parce que pour beaucoup d'Italiens, le fascisme, il y a un petit peu deux époques.
05:41Il y a l'époque où l'Italie, en quelque sorte, était lancée dans des grands travaux.
05:44C'est un pays qui se développait sur le plan économique.
05:46Mais il y a évidemment la période beaucoup plus noire que nous avons décrite tout à l'heure.
05:51Georgia Meloni, d'un mot, on sait pourquoi elle va vers ce parti ?
05:53Parce que pour elle, à l'époque, c'est le parti de l'ordre.
05:56C'est le parti de l'autorité, c'est-à-dire c'est celui qui serait apte à lutter contre
06:00la mafia.
06:01Et puis l'espèce de rhétorique, l'espèce de théâtralité des mouvements fascistes
06:05peut attirer les jeunes.
06:07Et donc c'est ça qui attire Georgia Meloni, le côté assez radical quand elle est adolescente.
06:13En 1995, le MSI devient l'Alliance Nationale.
06:16Le leader du mouvement Gianfranco Fini lui confie des responsabilités.
06:20Georgia Meloni devient responsable de l'action étudiante du parti.
06:24En 1996, quand elle a 19 ans, un reportage d'une télé française, France 3,
06:29la montre militer pour son parti sur le terrain.
06:32C'est une très jeune fille, presque une adolescente, un peu gothique,
06:35parce qu'elle est toute habillée de noir, avec un blouson de cuir,
06:38avec un gros médaillon sur la poitrine.
06:40Et on voit quelqu'un qui distribue des tracts,
06:42qui encadre des militants, une quarantaine de jeunes garçons.
06:45En plus, elle est quasiment la seule fille là-dedans.
06:47Et surtout, elle ne le cache pas, elle le revendique, elle est très fasciste.
06:51Georgia a 19 ans, elle milite depuis deux ans.
06:54D'abord dans son lycée, où elle rejoint une coordination d'étudiants de droite.
06:57Elle distribue des tracts et manifeste contre la gauche.
07:01Aujourd'hui, ses références politiques sont celles de l'Italie fasciste.
07:05Georgia ne s'en cache pas.
07:06Moi, je crois que Mussolini, c'était un bon politien.
07:12C'est-à-dire que tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour l'Italie.
07:15Et on ne le trouve pas, ça, dans les politiciens qu'on a eus dans les derniers 50 ans.
07:22En 1998, à 21 ans, elle se fait élire conseillère de la province de Rome.
07:27En 2006, elle fait son entrée à la Chambre des députés, l'équivalent de l'Assemblée nationale.
07:31Elle a 29 ans à ce moment-là et elle est la plus jeune députée de cette législature.
07:36Deux ans plus tard, en 2008, à 31 ans, elle devient ministre sous Berlusconi.
07:41Oui, parce que Berlusconi a fait alliance avec Gianfranco Fini, donc avec le chef de l'extrême droite de l
07:46'Alliance nationale,
07:47qui voulait en quelque sorte redorer un petit peu cette image, l'adoucir, presque dédiaboliser comme on ne disait pas
07:54encore.
07:55Et donc tous les deux croient beaucoup en Georgia Meloni parce que, par sa jeunesse, son charisme...
08:00Et puis, il faut le dire aussi, c'est un monde de machistes, le monde politique italien.
08:05Elle est blonde, elle a de la grâce, elle sait y faire, elle est très punchy.
08:09C'est souvent elle qui est envoyée sur les plateaux des télévisions parce qu'elle a le sens de la
08:14formule choc.
08:15Par exemple, elle y va pour dénoncer le caractère factieux des livres, des manuels scolaires qu'elle trouve complètement soumis
08:22à la gauche.
08:22En 2012, Georgia Meloni quitte la coalition de Silvio Berlusconi et fonde son propre parti, les Frères d'Italie, Fratelli
08:30d'Italia.
08:31Décrivez-nous le logo de ce parti.
08:34Eh bien, c'est tout simplement le logo du MSI, c'est-à-dire qu'elle reprend le logo du
08:38parti néofasciste de l'après-guerre.
08:41Ça veut dire qu'elle assume complètement cet héritage.
08:43C'est un héritage mussolinien, on le voit d'ailleurs même dans ses slogans.
08:46Quand elle insiste beaucoup sur Dieu, la patrie, la famille, c'était typiquement la doctrine du fascisme.
08:53Aux européennes de 2014, son parti rassemble moins de 4% des voix.
08:58En 2016, elle échoue à se faire élire à la mairie de Rome, elle termine 3ème.
09:02Aux législatives de 2018, son petit parti termine là encore aux environs des 4%.
09:07Mais Frères d'Italie, Fratelli d'Italia, progresse aux européennes de mai 2019, près de 6,5% des suffrages.
09:15Et Giorgia Meloni préside un groupe d'eurodéputés.
09:18Quelques mois plus tard, le samedi 19 octobre 2019, alors que toute la droite italienne est réunie à Rome, place
09:26San Giovanni,
09:27elle prononce un discours qui marque l'assistance.
09:30Oui, parce qu'elle affirme ses convictions, elle est tout sauf politiquement correcte et donc elle se met à clamer.
09:47Pourquoi dit-elle ça ? Parce que tout simplement, elle, elle dénonce ce qu'elle considère comme le danger de
09:52l'islamisation
09:53qui vient bousculer l'identité de l'Italie et ça, c'est vraiment son dogme principal en tant que candidate
09:59pour son parti.
10:01En quelque sorte, elle est de ce côté-là assez proche d'un Éric Zemmour en France quand il parle
10:06de grands remplacements.
10:07Elle partage les mêmes convictions.
10:10Début 2021, l'Italie traverse une crise politique dont elle a l'habitude.
10:14Henri Vernet, l'Italie a un système parlementaire où il faut tout le temps faire des compromis, créer des coalitions.
10:20Et c'était une volonté suite à la guerre ?
10:22Oui, c'était surtout pour éviter l'aventurisme d'un parti et surtout d'un homme.
10:26En gros, éviter la reproduction d'une dictature à la Mussolini.
10:30Donc, il y a un Parlement qui est puissant, un président de la République qui est vraiment là pour inaugurer
10:35les crises en thème et un gouvernement.
10:37Mais ce gouvernement est dans les mains du Parlement.
10:39Et c'est vrai que les partis changent souvent de position par rapport à l'action gouvernementale.
10:45Et puis, facteur d'instabilité encore plus grande, quand vous êtes un député italien,
10:49vous pouvez changer d'étiquette en cours de législature.
10:52Ce qui, évidemment, ne simplifie pas les choses.
10:54Et donc, on arrive à ce qu'on appelle, vous savez, on parle souvent de l'art des « combinazioni
10:58»,
10:58c'est-à-dire les combinaisons, les arrangements parfois improbables entre partis
11:03pour soutenir à un moment donné tel ou tel chef de gouvernement pour mieux le lâcher dans les semaines qui
11:08suivront.
11:09Fin janvier 2021, le président du Conseil, Giuseppe Conte, du Mouvement 5 étoiles, voit sa coalition exploser.
11:17Il est obligé de démissionner.
11:18Et en février, le président de la République choisit Mario Draghi pour le remplacer.
11:23Mario Draghi, l'ancien patron de la Banque Centrale Européenne,
11:26qui forme à ce moment-là un gouvernement d'union nationale avec tout le monde.
11:31Mais Georgia Meloni, elle, décide de rester dans l'opposition.
11:35Oui, parce qu'elle ne veut pas participer à un gouvernement qu'elle estime un gouvernement de technocrate
11:40et surtout un gouvernement dans la main de Bruxelles.
11:43Mario Draghi est l'ancien patron de la Banque Centrale Européenne.
11:46Il est donc très en phase avec ses pairs européens et avec Bruxelles.
11:50Mais c'est un gouvernement qui va mettre en œuvre des réformes difficiles
11:54pour pouvoir bénéficier du plan d'aide massif post-Covid européen.
11:59Vous savez, ce sont ces dizaines, voire centaines de milliards qui ont été attribués aux différents pays.
12:04L'Italie est le premier bénéficiaire.
12:06Meloni, elle a compris ça.
12:07Et contrairement à son rival Salvini, à l'intérieur de la famille d'extrême droite,
12:11elle refuse d'entrer dans ce gouvernement.
12:13Elle est la seule à camper dans l'opposition.
12:15Et ça, c'est un calcul payant ?
12:17Oui, c'est un calcul payant parce qu'elle compte récupérer les voix de tous ceux qui seront déçus
12:22par la collaboration de Salvini, donc de la Ligue avec ce gouvernement,
12:27par l'entrée également, la participation à ce gouvernement des 5 étoiles,
12:31bref, de ces partis anti-système qui finalement rentrent dans le système.
12:36Eh bien, les Italiens, l'électorat ne les suit plus et ils se déplacent de l'un à l'autre.
12:40Il faut dire que l'électorat italien est extrêmement volatil.
12:42Il se déplace comme ça quasiment à chaque scrutin.
12:45Matteo Salvini, c'est l'autre figure d'extrême droite dont on parlait beaucoup jusqu'ici,
12:50le leader de la Ligue, l'ancienne Ligue du Nord.
12:53Pourquoi il s'essouffle à ce moment-là ?
12:54Justement parce que lui a beaucoup changé au point de passer pour un opportuniste.
12:58Il est passé d'un gouvernement avec les 5 étoiles à un gouvernement avec Mario Draghi.
13:02Et puis Matteo Salvini, malgré tout, son côté extrémiste a lassé les Italiens.
13:07Il est finalement considéré, lui, comme plus à l'extrême droite qu'une Georgia Meloni.
13:11Il imite, par exemple, Mussolini dans son comportement, sa façon de se revêtir d'un uniforme de policier,
13:17sa façon de parader torse nu, un peu comme le Duce faisait,
13:20sa façon parfois même de parler au balcon sur lequel Mussolini parlait.
13:25Ce qui passe mal également, c'est son soutien total à Poutine, y compris après l'invasion de l'Ukraine.
13:30Donc les Italiens se lassent de quelqu'un qui pourrait, par son extrémisme, finir par isoler le pays.
13:37Georgia Meloni, elle, elle est clairement aux côtés des Ukrainiens ?
13:39Elle a tout de suite affirmé son soutien à l'Ukraine après l'invasion.
13:44Elle a aussi affirmé son appui aux politiques de livraison d'armes à l'Ukraine.
13:48Et elle a réaffirmé l'appartenance totale, l'adhésion totale du pays, si elle en prenait l'RN, à l
13:55'OTAN,
13:55c'est-à-dire à l'organisation militaire sous l'égide des États-Unis.
13:58Par rapport au leader de la Ligue, Matteo Salvini, elle semble moins extrême.
14:02Mais pourtant, elle réaffirme régulièrement ses positions sur plusieurs sujets.
14:06Par exemple, au mois de juin, à Marbella, en Espagne, invité au congrès du parti d'extrême droite espagnol Vox,
14:12elle affirme clairement ses positions.
14:16Oui, sur les thèmes qui sont au cœur de son ADN, c'est-à-dire la défense de la famille
14:20telle qu'elle la conçoit,
14:22la croisade contre l'islam et le rejet des immigrés.
14:26Et donc, ce jour-là, elle dit oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT.
14:30Oui à l'identité sexuelle, non à l'idéologie du genre.
14:43Oui à la culture de la vie, non à l'abysme de la mort.
14:48Oui à la culture de la vie, non à celle de la mort.
14:50Oui au verleur universel chrétien, non à la violence islamiste.
14:54Oui au volontaire sûr, non à l'immigration massive.
14:57Oui au travail honnête, non à la grande finance internationale.
15:00Non à la grande finance internationale.
15:03Oui à la souveraineté du peuple, non à la bureaucratie de Bruxelles.
15:06Non à la bureaucratie de Bruxelles.
15:09Et oui à notre civilisation.
15:11On voit bien, c'est une déclaration enflammée,
15:14avec des caractères évidemment anti-islam,
15:17un petit peu antisémite également.
15:19On est dans un discours que n'aurait pas renié un Mussolini en campagne.
15:27Au mois de juillet, nouvelle crise politique en Italie.
15:30Le mouvement 5 étoiles refuse un vote de confiance.
15:33Mario Draghi démissionne.
15:35Et des élections législatives anticipées sont donc annoncées pour le 25 septembre.
15:40Henri Vernet, à ce moment-là, Georgia Meloni choisit quelle stratégie ?
15:44Elle choisit très clairement la dédiabolisation, le lissage de son image.
15:47C'est-à-dire que le meeting que l'on vient d'évoquer en Espagne,
15:50eh bien elle comprend, et ses stratèges lui font comprendre,
15:53c'est surtout ce qu'il ne faut plus entendre.
15:55Parce que quand elle a dit ça en Espagne,
15:57elle ne pensait pas que la crise politique surviendrait,
16:00et que donc elle serait éventuellement en position de briguer le pouvoir.
16:04Donc là, elle fait un virage sur l'aile et elle va s'efforcer,
16:08en tout cas c'est ce qu'elle promet,
16:10de modérer son ton et son image pour faire plus première ministrable.
16:15Et elle va faire une alliance avec le mouvement Forza Italia de Silvio Berlusconi
16:19et avec la Ligue de Matteo Salvini.
16:21Tous les trois rejettent l'étiquette d'extrême droite.
16:24Ils se présentent comme une coalition de centre-droit.
16:27Henri Vernet, concrètement, sur quel thème fait campagne Georgia Meloni ?
16:31Elle parle beaucoup de la famille, elle parle beaucoup d'économie,
16:34parce que ça c'est un thème par exemple qui est cher à Berlusconi,
16:37et aux Italiens, le moins d'impôts, moins de taxes,
16:40un État qui soit moins présent.
16:42Et surtout, elle insiste beaucoup sur les thèmes de restauration de l'image de l'Italie,
16:46retrouver la souveraineté de l'Italie en expliquant qu'elle est bradée
16:50par les politiques qui sont actuellement au pouvoir, au profit de Bruxelles.
16:54Sur le thème de la sécurité, elle répète qu'elle est fière de faire peur,
16:57de faire peur aux mafieux, aux trafiquants de migrants, aux délinquants.
17:00Elle parle aussi, bien sûr, beaucoup d'immigration.
17:03Oui, c'est un thème fort de son parti, de sa campagne,
17:05mais depuis le début de Frères d'Italie,
17:07et elle a vraiment des solutions extrêmes,
17:08qui sont de bloquer l'accès au port par un blocus militaire naval,
17:12et elle veut renégocier avec l'Europe le pacte migratoire.
17:15Georgia Meloni devient la grande favorite des sondages,
17:18entre 23 et 25% des intentions de vote,
17:21et le 10 août, elle cherche à dédiaboliser un peu plus son image,
17:25avec une vidéo postée sur YouTube en plusieurs langues.
17:28Elle s'adresse à ses futurs partenaires, pense-t-elle, si elle est élue,
17:32donc les Français, les Allemands, les Espagnols,
17:35enfin tous les grands acteurs de l'Union européenne,
17:38et de Bruxelles bien évidemment,
17:40pour expliquer qu'elle au pouvoir, ce ne serait pas le cataclysme,
17:43parce qu'évidemment, eux se souviennent qu'à un moment,
17:45elle a prôné la sortie de l'Italie de l'euro.
17:49Il n'est surtout plus question de ça, donc c'est ce qu'elle explique.
17:51Bonjour à tous, je suis Georgia Meloni, j'ai 45 ans,
17:55et je suis la présidente des Fratelli d'Italie,
17:57le parti politique des conservateurs italiens.
18:01Depuis plusieurs jours, j'ai lu des articles dans la presse internationale
18:06sur les prochaines élections qui donneront à l'Italie un nouveau gouvernement,
18:11dans lesquelles je suis décrit comme un danger pour la démocratie,
18:16pour la stabilité italienne, européenne et internationale.
18:20J'ai lu que la victoire de Fratelli d'Italia aux élections de septembre
18:25conduirait en désastre, en tournant autoritaire à la sortie de l'Italie de l'euro
18:31et à d'autres absurdités de ce genre.
18:35Rien de tout cela n'est vrai, mais je sais très bien que ces articles
18:39sont inspirés par les puissants circuits médiatiques de la gauche.
18:43Elle a bien compris en réalité que l'Italie qui est très endettée,
18:47qui va mal économiquement, a besoin de la manne financière
18:50et que donc, en quelque sorte, les réformes, tout ce qui a été entamé
18:54par Mario Draghi, eh bien, il faudra le continuer.
18:57Vous, Henri Vernet, dans la dernière ligne droite, à l'approche des législatives,
19:01vous êtes donc en reportage en Italie et à la veille du scrutin,
19:04le samedi 24 septembre, vous êtes à Rome, dans le quartier Garbatella,
19:08ce bastion de gauche où elle a grandi, et vous voyez des électeurs de gauche inquiets.
19:12Ils sont inquiets parce que, notamment, j'ai en tête un pompier retraité de 80 ans
19:17qui craint vraiment une espèce de retour du fascisme.
19:20Alors évidemment, pas sous les mêmes atours que Mussolini,
19:22mais sous un côté peut-être plus à la Viktor Orban, le premier ministre hongrois,
19:28c'est-à-dire ces espèces, ce qu'on appelle les démocratures,
19:30les démocraties illibérales, qui sont marquées par des atteintes quotidiennes aux libertés,
19:35liberté de la presse, indépendance de la justice, liberté d'enseignement, etc.
19:39Ça, c'est une crainte qu'ont beaucoup d'électeurs rencontrés à Garbatella.
19:45On en arrive au dimanche 25 septembre.
19:48Tard dans la nuit, les résultats sont dévoilés.
19:49Le parti de Méloni, frère d'Italie, arrive en tête avec 26% des suffrages,
19:54plus de 43% pour sa coalition avec la ligue de Matteo Salvini
19:59et Forza Italia de Silvio Berlusconi.
20:01Comment réagit Giorgia Méloni après cette victoire ?
20:04Elle dit qu'elle va gouverner pour tous les Italiens.
20:10Si nous sommes appelés à gouverner cette nation, nous le ferons pour tous les Italiens.
20:16Nous le ferons dans le but d'unir les gens et de valoriser ceux qui les rassemblent
20:21plutôt que ceux qui les divisent.
20:23Et elle s'engage aussi à ne pas décevoir, c'est-à-dire qu'elle leur dit
20:28« vous nous avez fait confiance, eh bien nous ne vous décevrons pas ».
20:31Il faut remarquer aussi que les élections de dimanche ont été marquées par un fort taux d'abstention,
20:36environ 36%.
20:37Alors évidemment, en vue de France, ça paraît au contraire très faible,
20:40sauf que les Italiens, traditionnellement, votent beaucoup plus que nous.
20:43Et ce taux d'abstention, il illustre une espèce de fatigue démocratique,
20:48une lassitude des Italiens qui, depuis 20 ans, ont vu se succéder des gouvernements
20:52de toutes étiquettes, de toutes capacités.
20:54Et donc, ils s'abstiennent ou ils s'en remettent à ceux qui portent un discours démagogique.
20:59Disons qu'en gros, tout va changer du jour au lendemain, on verra bien.
21:03Comment la victoire de Giorgia Meloni est-elle perçue en Italie ?
21:07Est-ce qu'une partie des Italiens sont inquiets ?
21:09Oui, certains sont inquiets, sont inquiets d'une dérive autoritaire,
21:12sont inquiets aussi d'une certaine incompétence.
21:14Parce que le Premier ministre qui vient d'être chassé, Mario Draghi,
21:17il ne leur plaisait peut-être pas politiquement,
21:19mais c'est un homme qui connaissait le système, qui avait une grande compétence économique.
21:24Giorgia Meloni, parfois, même ceux qui ont pu voter pour elle,
21:27reconnaissent qu'elle est assez novice et qu'autour d'elle, dans son camp extrémiste,
21:31il y a des gens qui n'ont jamais vraiment été aux affaires, qui n'ont jamais gouverné.
21:35Alors, certes, il y a Berlusconi, mais enfin, Berlusconi, c'est aussi quelqu'un
21:38qui a énormément d'ennuis judiciaires et qui n'a pas laissé une Italie très prospère
21:41et moins encore stable.
21:42Donc, il y a cette crainte de l'arrivée au pouvoir d'amateur.
21:46Giorgia Meloni sera donc bientôt présidente du Conseil,
21:50chef du gouvernement d'ici quelques semaines.
21:52Henri Vernet, qu'est-ce qui peut changer en Italie ?
21:54Elle a annoncé que déjà, elle voulait changer le régime, le système politique italien.
21:58Elle veut aller vers une présidentialisation,
22:00avec un président de la République élu, comme en France.
22:03En tout cas, ce qu'elle veut, c'est donner beaucoup plus de pouvoir et de moyens
22:06à l'exécutif, évidemment au détriment du Parlement.
22:10Une grande partie de la gauche, mais également des Italiens, sont assez inquiets
22:15parce que le régime actuel, il est certes instable, mais il a été bâti pour éviter
22:20qu'il y ait trop de pouvoir entre les mains d'un seul homme ou, en l'occurrence, d'une
22:24seule femme.
22:24Donc ça, c'est vraiment quelque chose qui sera à suivre.
22:27Est-ce qu'elle pourra mener à bien sa réforme ?
22:29Si sa majorité est suffisante, mais ça ne semble pas être le cas,
22:33elle ne pourra pas le faire sans passer par un référendum.
22:36Donc on verra si elle se lancera dans cette aventure ou pas.
22:38Pour le reste, il faudra évidemment surveiller ce qu'elle fera
22:42sur les droits à l'avortement, les libertés pour les minorités, etc.
22:50Merci Henri Vernet.
22:52Cet épisode de Code Source a été préparé avec Emma Jacob,
22:55production Raphaël Pueyo et Thibaut Lambert,
22:58réalisation Julien Moncouquiol.
23:00Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
23:02un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
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