L’ancienne star du rap français revient, dans le documentaire «Salam» disponible prochainement en streaming, sur ses années de succès et de dépression. Elle explique aussi comment la foi l’a aidée à trouver du bien-être. Code source retrace le parcours de Diam’s avec Emmanuel Marolle, chef du service culture du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Conception et préparation : Clara Garnier-Amouroux - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound, Diam’s - Identité graphique : Upian
Archives : BrutX, INA, TF1.
#diams #salam #rap
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Elle a marqué l'histoire du rap français avec un album vendu à 700 000 exemplaires,
00:17Dans ma bulle, sorti en 2006.
00:21Depuis, Diams a arrêté la musique, s'est converti à l'islam,
00:24a décidé de porter le voile et de partir vivre aux Émirats Arabes Unis,
00:28autant de choix qui n'ont pas toujours été compris par une partie de son public.
00:32Elle raconte aujourd'hui son cheminement et pourquoi elle s'est tournée vers la religion
00:36dans un documentaire diffusé à Cannes et une longue interview publiée par Le Parisien le 27 mai.
00:43Retour sur le parcours de Diams, aujourd'hui dans Codesource,
00:46avec Emmanuel Marolle, chef du service culture du Parisien.
00:58Emmanuel Marolle, le dimanche 15 mai, à Paris, dans le salon d'un hôtel,
01:01vous rencontrez Diams pour une interview rare et exclusive pour Le Parisien.
01:05Racontez-nous cette rencontre.
01:07C'est une rencontre assez importante, parce que ça fait très très longtemps qu'on ne s'est pas vu.
01:11C'est le genre d'interview que vous attendez avec à la fois de l'impatience et de l'appréhension.
01:18Diams, je l'ai beaucoup rencontré, beaucoup interviewé à l'époque où elle était star du rap,
01:23chanteuse, musicienne, et là c'est pas du tout la même personne a priori que j'allais retrouver.
01:28Je suis assis dans le hall de l'hôtel,
01:31elle arrive dans mon dos si je puis dire, elle arrive de l'extérieur je crois,
01:35et tout de suite elle m'interpelle en me disant « Ah Emmanuel, comment tu vas ? Ça fait plaisir
01:40de te retrouver ».
01:41Et c'est très spontané et en quelques secondes je retrouve Mélanie, puisque c'est son vrai prénom,
01:49telle que je la connaissais à l'époque, comme deux personnes qui ne s'étaient pas vues depuis très très
01:52longtemps
01:53et qui prenaient des nouvelles l'une de l'autre.
02:00Si vous rencontrez Diams, c'est à l'occasion de la présentation à Cannes le 26 mai d'un documentaire
02:04sur sa vie
02:05qu'elle a co-réalisée, ce documentaire et cette interview permettent sans doute aujourd'hui
02:10de mieux la connaître, de mieux la comprendre.
02:12Mais justement, Emmanuel Marolle, avant de dire ce qu'on y apprend,
02:16on va d'abord raconter l'histoire de Diams comme le public l'a vécu à l'époque de l
02:21'extérieur.
02:22Mélanie Georgiades est née le 25 juillet 1980 à Chypre, à Nicosie.
02:26Son père, qui est chypriote, travaille dans une société de construction de route.
02:30Sa mère est assistante de direction, ses parents voyagent beaucoup,
02:34Chypre donc, le Liban, Londres. Où est-ce qu'elle grandit ?
02:38Quand ses parents arrivent à Paris, elle s'installe dans le centre de la capitale,
02:43du côté du Champ de Mars. Et puis après, ses parents se séparent.
02:47Quand elle a deux ans, son père part vivre en Grèce.
02:51Et là, sa mère se retrouve toute seule avec sa fille et commence à déménager en banlieue,
02:56à différents endroits. Et elle atterrit finalement dans l'Essonne,
03:00pas très loin d'Orsay, où elle grandit avec sa maman dans un petit pavillon de banlieue.
03:06Et puis peut-être avec un petit peu moins de moyens financiers quand elle a vécu toute seule avec sa
03:10mère.
03:13Quand elle est ado, à 15 ans, en 1995, Mélanie Georgiades fait une tentative de suicide.
03:19C'est vraiment le mal-être adolescent. Il y a vraiment le manque du père pour elle.
03:22Elle va le voir de temps en temps, quelques fois par an, pendant les vacances en Grèce.
03:27Et puis au fil du temps, elle n'a plus vraiment de lien avec son père et elle en souffre
03:32intérieurement.
03:33C'est une ado un peu paumée. Elle est déscolarisée ou quasiment...
03:37Enfin, en tout cas, elle n'est pas très très copine avec le milieu scolaire.
03:42Et elle finit par faire une tentative de suicide, qui est sans doute un appel au secours à cet âge
03:47-là.
03:47Mélanie Georgiades a aussi été victime de violences de la part de son compagnon quand elle avait 17 ans.
03:53Emmanuelle Marolle, c'est dès l'adolescence qu'elle se lance dans le rap.
03:56Elle sort un premier disque en janvier 1999, à l'âge de 18 ans.
04:01À l'époque, il faut se souvenir qu'il y avait des possibilités comme ça pour des jeunes de banlieue
04:07qui écoutaient du rap, qui avaient envie d'écrire, qui avaient envie d'en faire,
04:09d'appeler une radio qui s'appelait Génération et qui permettait comme ça à des auditeurs de faire des freestyles
04:14à la radio.
04:15Et Mélanie, c'est ce qu'elle a fait un jour.
04:17Elle a vraiment marqué les esprits et l'animateur lui a dit
04:21« Ah, comment tu t'appelles, mec ? » ou je sais pas quoi, un truc comme ça.
04:24Et elle lui dit « Non, non, mais je suis une fille. »
04:26Et puis après, de fil en aiguille, elle rencontre des personnes qui gravitent autour du monde de la musique, du
04:31rap.
04:31Et puis à un moment, on lui propose un contrat pour faire un disque.
04:35Donc elle a une avance, elle a de l'argent et elle commence à travailler sur ce premier disque
04:40qui s'appelle « Premier mandat » qu'elle fait avec un acolyte.
04:48C'était assez, je sais pas comment dire, mais impressionniste, un peu flou dans l'intention.
04:56Et c'est un disque qu'on a presque oublié, c'est-à-dire qu'il s'est vendu à
04:59quelques milliers d'exemplaires à peine.
05:02Son deuxième album, Brut de Femme, sort en 2003 et il contient un tube DJ.
05:07Cette chanson, c'est une chanson hyper dansante qu'on peut reprendre en chœur.
05:12Elle est construite autour d'une vieille chanson des années 50 qui s'appelle « Kien Serra ».
05:16C'est un mambo qui a été repris par plein de gens, par Dean Martin, par Benny King, etc.
05:21C'est une jeune nana qui est dans une boîte de nuit et qui dit à une autre
05:45En gros, viens pas me faire chier et va voir justement le DJ là.
05:48Je peux te le présenter si tu veux, d'où le nom de la chanson.
05:54Emmanuel Marolle, vous voyez Diams sur scène la première fois dans les mois qui précèdent la sortie de son troisième
05:59album,
06:00fin 2005, un concert organisé dans la banlieue de Lille.
06:03Son équipe me propose d'aller la voir en concert dans un quartier sensible, on va dire, de la banlieue
06:09lilloise.
06:10C'est une sorte de MJC de quartier et Diams se monte sur scène et on sent tout de suite
06:15que le concert va être compliqué
06:17et qu'elle va peut-être même se retrouver face à un public à la fois qui est content de
06:21la voir,
06:22en tout cas pour une partie des gens qui sont là, et il y a une autre partie qui est
06:24là pour foutre le bordel, clairement.
06:26Et voire même essayer d'interrompre le concert.
06:28Il y a eu une ou deux fois, elle a dit « Écoutez, il va falloir que vous vous calmiez
06:32parce que sinon je vais arrêter ».
06:33Je me rappelle même qu'elle avait parfois interrompu certaines chansons.
06:36Son troisième album, « Dans ma bulle », donc, sort le 6 février 2006 avec ce tube « La Boulette
06:42».
06:42Oui, La Boulette, c'est une chanson vraiment énorme. La Boulette, c'est elle. Elle se surnomme comme ça parce
06:48qu'elle est un petit peu rondouillarde
06:49et puis elle dit elle-même que toutes les petites nanas de l'époque qui ont un peu de problèmes
06:54avec leur physique,
06:55on peut les considérer comme des boulettes. Elle parle d'elle dans cette chanson, mais pas seulement.
06:59Elle parle aussi de la jeunesse de l'époque.
07:01« Comme un goût de haine quand je marche dans ma ville, comme un goût de gêne quand je parle
07:05de ma vie,
07:06comme un goût d'écreur chez les jeunes de l'an 2000, comme un goût d'erreur quand je vois
07:09le tout dessus. »
07:10Donc c'est vraiment une façon à la fois d'être dans l'intime, dans ce qu'elle ressent elle,
07:15et puis aussi de regarder ce qui se passe autour d'elle.
07:17Et là, le refrain, c'est quelque chose qui va faire de cette chanson un hymne.
07:21« Alors ouais, on est faune, ouais ouais, on est faune, non non, c'est pas l'école qui nous
07:24a adopté nos faules, non non, génération, non non. »
07:29En gros, la vie, moi, Diams, je ne l'ai pas apprise sur les bancs de l'école et en
07:35allant au collège ou au lycée.
07:37Je l'ai appris dans cette vie quotidienne et dans cette façon d'observer le monde qui m'entoure.
07:42Dans cet album, il y a aussi « Ma France à moi ».
07:45« Ma France à moi », c'est une vraie chanson engagée à l'époque.
07:48Et elle oppose sa France à elle, d'où le titre « Ma France à moi »,
07:52à une France qui va aimer un certain nombre de choses qui ne sont pas du tout ses valeurs à
07:57elle,
07:57et encore une fois, les valeurs de la jeunesse de l'époque.
08:00« Ma France à moi, elle parle fort, elle vit à bout de rêve, elle vit en groupe, parle de
08:04bled et déteste les règles.
08:06Elle sèche les cours le plus souvent pour ne rien foutre.
08:08Elle joue au foot sous le soleil, souvent du coca dans la gourde. »
08:12Et au bout d'un moment, cette chanson, elle bascule dans autre chose
08:16et comme un cri du cœur, même dans sa voix.
08:19La voix se fait plus violente, plus intense.
08:21Et là, à ce moment-là, elle va dire
08:23« Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui va t'extrême,
08:26celle qui bannit les jeunes en tirap sur l'AFM,
08:29celle qui se croit au Texas, celle qui a peur de nos bandes,
08:32celle qui vénère sarco, intolérante et gênante,
08:34celle qui regarde du l'esco et regrette le temps des choristes,
08:37qui laisse crever les pauvres aimer ses propres parents à l'hospice. »
08:40Donc, il y a le côté « la France un peu poussiéreuse »,
08:43le côté « c'était mieux avant et on n'aime pas trop cette époque ».
08:46Et évidemment, elle, c'est une idée qu'elle ne supporte pas.
08:49« Alors aux armes, la jeunesse, ma France à moi,
08:51elle leur tiendra tête jusqu'à ce qu'ils nous respectent. »
08:54Emmanuel Marolle, il faut aussi dire un mot d'un autre titre,
08:56« Jeune demoiselle ».
09:00Là, c'est Diams intime.
09:02Donc, en gros, elle fait un peu son CV idéal
09:05et son casting idéal du mec qu'elle recherche.
09:07« Jeune demoiselle recherche un mec bordel,
09:10un mec qui pourra me donner des ailes,
09:12un mec fidèle et qui n'a pas peur qu'on l'aime.
09:14Donc, si t'as des critères, babe, laisse-moi ton email. »
09:17Donc, voilà, c'est une chanson féminine
09:19à défaut d'être féministe, « Jeune demoiselle ».
09:26Et cet album, dans ma bulle, est un énorme succès.
09:30Oui, l'année de sa sortie, c'est le disque qui se vend le plus en France.
09:33Il dépasse les 700 000 exemplaires.
09:36C'est un énorme, énorme carton.
09:38À l'époque, c'était extrêmement rare.
09:40On avait connu des gros succès populaires avec NTM, avec IAM, avec MC Solar,
09:46mais c'était des gens qui étaient installés depuis très, très longtemps.
09:48Et d'un seul coup, il y a cette petite rappeuse
09:50qui arrive avec ses chansons hyper percutantes
09:53et qui vend 700 000 exemplaires en une année.
09:57IAMS fait un « Face au lecteur du Parisien »,
09:59une interview-événement menée par un panel de nos lecteurs,
10:03publication le jeudi 25 mai 2006.
10:05La une et les pages 2 et 3 du Parisien.
10:08C'est une forme de consécration pour elle ?
10:10Elle est vraiment contente de faire cet exercice
10:12parce qu'elle mesure l'importance du « Face au lecteur du Parisien ».
10:15C'est peut-être la plus jeune artiste qui fait un « Face au lecteur » au Parisien à cette
10:20époque-là.
10:21Et c'est la première rappeuse de mémoire.
10:23On n'a jamais fait un « Face au lecteur ».
10:26C'est quand même deux pages dans le Parisien,
10:27avec quelqu'un qui vient du monde du rap à cette époque-là.
10:31Et puis le Parisien, c'est son journal.
10:32Quand le « Face au lecteur » s'est terminé,
10:34elle avait dit « Je suis super fière de l'avoir fait ».
10:37Vous êtes devenue la numéro 1 ?
10:38Oui, paraît-il, maintenant, on ne reste jamais très longtemps numéro 1.
10:42Donc l'idée, c'est de rester.
10:43Et je n'avais pas visé cette place-là, très sincèrement.
10:46L'idée, c'est plus de pouvoir faire ça très longtemps.
10:49Donc je préfère être numéro 10 longtemps que numéro 1 de moi.
10:53Donc pour le moment, je suis très, très, très contente, bien sûr, de tout ce qui m'arrive.
10:57Le regard, les regards ont changé sur vous ?
10:59Oui, bien sûr.
11:03Dans les années qui suivent ce succès, vous gardez le contact avec elle,
11:06Emmanuelle Marolle, par exemple, en janvier 2007,
11:09vous la contactez pour un article intitulé « Ces filles qui secouent le rap ».
11:13On s'échangeait des textos assez régulièrement.
11:16Et c'est notamment comme ça que, alors qu'elle n'était plus du tout en promo pour faire des
11:19interviews,
11:20elle m'avait gentiment répondu et rappelé pour faire ce sujet sur les nouvelles artistes féminines dans le rap.
11:27Mais dans les années 2008-2009, elle ne vous répond plus.
11:30Pas de réponse.
11:31Et je me rappelle qu'un jour, je l'ai sollicité pour un sujet, je ne me rappelle plus exactement
11:35quoi,
11:35mais pas de réponse non plus.
11:37Et puis la date d'apparition du sujet allait arriver.
11:39Et donc, je me suis permis d'insister un petit peu.
11:42Et là, il y a sa manageuse qui m'appelle en disant
11:44« Écoute, je sais que ça t'arrive de communiquer directement avec Mélanie,
11:47c'est plus la peine de la contacter dans les prochains mois, elle ne te répondra pas. »
11:52Bon, je ne prends plus de nouvelles et je la laisse tranquille
11:55puisque apparemment, c'était le message qu'on me faisait passer.
11:57Le 8 octobre 2009, l'hebdomadaire Paris Match sort des photos exclusives de Diams
12:03qui vont beaucoup faire parler.
12:06Oui, on découvre à ce moment-là une Diams telle qu'on ne la connaissait pas du tout jusqu'à
12:10maintenant.
12:11Elle est totalement voilée.
12:13Elle sort d'une mosquée.
12:15Et là, l'article de Paris Match nous explique qu'elle s'est convertie à l'islam
12:19et qu'elle est devenue très pratiquante et que donc elle a complètement changé de vie.
12:24Et là, ça fait beaucoup parler parce que tout ce qu'on vient de se dire sur sa personnalité,
12:28sur ce qu'elle l'incarnait, sur ce qu'elle racontait dans ses chansons,
12:33paraît remis en cause.
12:35À ce moment-là, on dit « mais elle a pété les plombs ».
12:38C'est un modèle absolument désastreux pour les jeunes filles de banlieue
12:41qui la prenaient jusqu'à maintenant pour un modèle d'émancipation.
12:47Donc ça a été des commentaires assez violents
12:49parce que c'était des questions sans réponse finalement.
12:53On se disait « mais qu'est-ce qui lui arrive ? »
12:56Quelques semaines plus tard, le 16 novembre, elle sort un nouvel album
12:59et on comprend à ce moment-là que ce sera sans doute le dernier album intitulé S.O.S.
13:04Emmanuel Marolle, ce disque, vous l'écoutez en avant-première
13:07avec d'autres journalistes à Paris, dans les bureaux de la maison de disques EMI.
13:11On est rassemblés dans l'auditorium d'EMI
13:13où on nous dit « vous allez écouter l'album de Diams,
13:17elle ne parlera pas, elle ne fera pas d'interview
13:20et c'est la seule possibilité d'écouter l'album avant sa sortie. »
13:24Donc on se retrouve à plusieurs dizaines de journalistes,
13:26la salle est pleine et le disque est diffusé.
13:30C'est un disque qui s'appelle S.O.S.
13:32et qui porte bien son nom
13:34parce qu'on sent à travers ça
13:37toute la souffrance par laquelle Diams est passée.
13:41Elle dit par exemple dans une chanson qui a un titre anglais
13:43qui s'appelle « I am somebody »
13:45donc « je suis quelqu'un » littéralement.
13:47« Petite star, je suis fini, vu de la clinique psychiatrique,
13:49j'en sors en vrac, vrac, lait, lait, mes docks me montent au crâne. »
13:52Donc on en conclut, il y avait eu des rumeurs,
13:54mais on en conclut à travers ça
13:55qu'effectivement, elle a fait un séjour en hôpital psychiatrique.
13:59Et puis l'album se termine par une chanson
14:02qui est assez incroyable
14:03qui s'appelle « Et si c'était le dernier ? »
14:06C'est une chanson de dix minutes
14:08où elle hurle, elle pleure,
14:11elle raconte sa descente aux enfers.
14:13« Ces putains de mes docks sont venus me couper les jambes
14:16au fil du temps, sont venus me crier les neurones.
14:18Ces charlatans de psy ont bien vu prier mes euros. »
14:21Donc on est tous un petit peu estomaqués par ce qu'on entend
14:23et le dernier couplet,
14:26Diams apparaît dans la salle,
14:27elle le rappe en direct, devant nous.
14:30Avec énormément d'émotions,
14:31on sent qu'elle est au bord des larmes,
14:33mais elle est là, elle est présente,
14:35ça fait plaisir de la voir, de la revoir physiquement.
14:38Et elle ajoute juste à la fin de la chanson,
14:40à notre intention,
14:41« Je voulais juste dire à ceux qui se posent des questions
14:45que je vais très bien. »
14:47Et c'est le seul moment, pendant des années,
14:49où elle s'est adressée directement aux journalistes.
14:51Comment se vend ce disque ?
14:52Beaucoup moins bien que « Dans ma bulle ».
14:54C'est moitié mois à l'arrivée,
14:56quelques centaines de milliers d'exemplaires,
14:58parce qu'il y a une partie du public qui l'a lâchée, clairement.
15:01La tournée, c'est pareil,
15:02elle est beaucoup moins importante que la tournée de « Dans ma bulle ».
15:06À l'époque, elle avait fait une cinquantaine de zénithes.
15:09Là, c'est des plus petites salles de 2000 places.
15:12Elle finit par une belle date à Paris,
15:13mais ce n'est pas du tout le triomphe de « Dans ma bulle ».
15:16Diams va vivre à l'étranger,
15:18notamment au Maroc, puis aux Émirats arabes unis.
15:20En 2012, elle publie un livre racontant son parcours,
15:24livre intitulé « Autobiographie ».
15:26Et à cette occasion, elle répond à l'émission 7 à 8 sur TF1.
15:29Au moment où je décide de me convertir,
15:32j'avertis mes proches,
15:33j'avertis les gens qui travaillent avec moi,
15:35et il s'avère que j'ai été prise de court
15:38par la presse à scandale.
15:40Effectivement, c'est un tremblement de terre.
15:42On voit en photo,
15:43je sortant de la mosquée,
15:44et le monde entier découvre que Diams,
15:46la rappeuse, effectivement, porte le voile.
15:49Ça, ça a été du vol.
15:51On m'a volé.
15:52On m'a volé une partie intime de ma vie.
15:54On m'a volé...
15:55Votre mère ne savait pas.
15:56Ma mère ne m'avait jamais vue habillée comme ça.
15:59Ni mes grands-parents,
16:00ni mon oncle,
16:01ni mes amis.
16:02Tout le monde a perdu pied.
16:04Mon entourage proche, certes,
16:05mais les gens qui travaillaient avec moi,
16:07j'ai perdu quasiment une grande partie de mon équipe
16:09parce que plus personne n'avait confiance.
16:13Et puis ensuite, plus rien ou presque pendant 10 ans.
16:16Que fait-elle pendant ces 10 années ?
16:18Elle se reconstruit personnellement
16:20parce que la musique, le succès, la pression,
16:24tout ça l'a beaucoup abîmée.
16:25Et puis elle construit une famille.
16:28Elle se marie une première fois.
16:30Elle a une fille qui s'appelle Mariam.
16:32Après, elle se sépare de son premier mari.
16:34Elle divorce et elle s'est remariée.
16:37Et aujourd'hui, elle a deux autres fils.
16:39Abraham qui a 7 ans
16:41et Lucman qui a 5 ans.
16:42Et parallèlement,
16:44elle a créé une association
16:46qui s'appelle Big Up,
16:47une association humanitaire
16:49qui vient en aide notamment
16:51aux orphelins en Afrique.
16:53Elle a aidé à l'aménagement
16:55d'un orphelinat au Mali.
16:57Et après, elle a mené des actions
17:00dans différents pays,
17:01des actions plus ponctuelles.
17:03Et tout ça, grâce à ce qu'elle a gagné
17:06au moment où elle a triomphé dans la musique.
17:08Ce qu'il faut comprendre,
17:09c'est que sa maman,
17:11travaillant dans une maison de disques,
17:13a très très bien géré les choses pour elle.
17:15Elle s'est mise à gagner énormément d'argent
17:16quand elle a vendu beaucoup de disques.
17:18Ce qui fait qu'aujourd'hui, encore,
17:20elle continue à pouvoir vivre de la musique.
17:23Vous renouez le contact avec elle
17:24sur Instagram en 2019.
17:26Ensuite, vous échangez de façon épisodique,
17:29notamment chaque début d'année.
17:30Et au printemps, le 29 avril,
17:32est annoncé la sortie prochaine
17:34d'un documentaire sur la vie de Diams,
17:36produit pour la plateforme de vidéo Brutix.
17:39Oui, ça a été une surprise qui est venue
17:41du Festival de Cannes.
17:42L'événement était en train de dévoiler
17:43sa programmation et a annoncé une séance spéciale
17:46avec un film qui s'appelle Salam,
17:48co-réalisé et co-écrit par Mélanie Georgiades,
17:52en l'occurrence Diams,
17:54qui suscite instantanément de la curiosité.
17:56On sait à ce moment-là pas grand-chose du documentaire,
17:59si ce n'est que ça va raconter la vie de Diams,
18:03ou en tout cas ce qu'elle est aujourd'hui.
18:04Grâce à ce documentaire que vous avez vu
18:07et à la longue interview exclusive
18:08que Diams vous a accordée le dimanche 15 mai,
18:11vous en savez beaucoup plus aujourd'hui
18:13sur ce dont souffrait la rappeuse
18:16et sur ce qu'elle vivait en 2007, 2008, 2009.
18:19Et là, on revient en arrière.
18:22Diams raconte en résumé qu'à cette période,
18:25elle n'arrivait pas à vivre.
18:26En fait, elle dit elle-même
18:27qu'elle était son plus grand mystère.
18:29C'est ce qu'elle dit dans le documentaire.
18:31Quand elle descend de scène,
18:33quand les lumières s'éteignent,
18:35elle souffre de solitude dans tous les sens du terme.
18:39C'est-à-dire qu'elle est habitée par une forme de mal-être.
18:42Alors elle m'a dit pendant l'interview,
18:44et elle en parle dans le doc,
18:45qu'il y avait une forme de peur de la mort
18:47qui la hantait depuis toujours ou presque.
18:50Et puis elle est enfermée dans une vie d'artiste et de star
18:54qui ne lui convient pas complètement.
18:58Elle me disait pendant l'interview,
19:01le moment suspendu, le moment génial que je vivais tous les jours,
19:04c'était les deux heures où j'étais sur scène.
19:07Sauf qu'après, il y avait les 22 autres heures
19:11avant le prochain concert.
19:13Et là, c'était une souffrance permanente.
19:16Sauf qu'elle n'a pas le droit de souffrir.
19:18Quand elle commençait à dire aux gens autour d'elle,
19:21« Je ne vais pas bien »,
19:22ils disaient « Mais de quoi tu te plains ? »
19:24« T'as l'argent, t'as le succès, tout le monde t'adore. »
19:28« Mais tu te rends compte,
19:28les gens qui sont vraiment malheureux autour de toi,
19:30il y a des gens qui crèvent de faim,
19:32et toi, tu te plains ? »
19:33Elle m'expliquait ça dans l'interview,
19:34elle dit « Mais il n'y a que des gens qui sombrent
19:36dans des dépressions profondes
19:38et qui connaissent des vraies maladies psychologiques,
19:40voire psychiatriques, qui peuvent comprendre ça. »
19:46Un jour, en janvier 2008,
19:47sa manageuse, Nicole, se rend compte de son mal-être.
19:51Oui, c'est un témoignage qu'on voit dans le documentaire.
19:54Nicole Schluss, qui est sa manageuse,
19:55qui a été aussi la manageuse de M, de Vanessa Paradis,
19:58raconte qu'elle déjeune avec Mélanie à Paris,
20:02et qu'à un moment,
20:05Mélanie relève ses manches comme ça,
20:07pour montrer ses avant-bras,
20:08et là, elle se rend compte qu'elle a des scarifications sur les bras.
20:12Mais comme si c'était un appel au secours, finalement,
20:14parce qu'elle se scarifie les bras,
20:16mais aussi le visage.
20:17Et elle me disait pendant l'interview,
20:19j'ai revu des photos qui étaient parues dans la presse à l'époque,
20:23et les gens pouvaient croire que j'avais juste une égratignure,
20:27enfin un truc bizarre,
20:28alors qu'en fait, moi, je savais très bien que c'était ça.
20:30Diams est accueilli dans un hôpital psychiatrique.
20:32Oui, il y a un moment où elle ne va vraiment pas bien,
20:35et là, elle se retrouve en hôpital psychiatrique,
20:37et elle vit,
20:38et elle le raconte très très bien dans le documentaire,
20:41la camisole chimique,
20:43c'est-à-dire le fait de prendre 8 ou 9 médicaments par jour,
20:47où elle va passer par tous les stades,
20:49c'est-à-dire d'être complètement éteinte et gazée par les médicaments,
20:54et puis après totalement désinhibée,
20:56avec des phases où elle est prête à faire n'importe quoi.
20:59Elle voit un psy 20 minutes par jour,
21:02et elle me disait,
21:03mais moi, je me retrouvais à l'hôpital,
21:05où je passais d'une suractivité artistique à rien,
21:11et on me proposait simplement de voir un psy pendant 20 minutes.
21:13Mais moi, ce n'était pas 20 minutes que j'avais envie de parler avec quelqu'un,
21:16c'était 5 heures, c'était des heures, toute la journée.
21:18Là, elle ne trouvait pas non plus une solution à ses problèmes
21:22et une façon de se soigner pour aller mieux.
21:26Quand Diams sort de l'hôpital psychiatrique Saint-Anne à Paris,
21:29tout n'est pas réglé, loin de là,
21:31et elle va même faire une tentative de suicide.
21:33Plus tard, un soir,
21:35Diams dîne avec son amie chanteuse Vita.
21:38Vita et Diams sont les meilleurs amis du monde,
21:40elles ont fait un duo qui s'appelait Confession Nocturne,
21:42et donc elles dînent ensemble,
21:44et puis il y a une copine de Vita qui est là,
21:46et puis cette copine en question, à un moment,
21:47dit « bon, moi je vous laisse, je vais prier ».
21:50C'est une musulmane,
21:51et donc elle a son rituel qu'elle veut faire à ce moment-là.
21:55Et Diams, très spontanément, comme ça,
21:58sans se poser plus de questions,
21:59lui dit « ah ben, je vais te suivre, j'ai envie de le faire aussi ».
22:02Et donc, elle se prosterne,
22:04elle fait la prière,
22:06et c'est une vraie révélation pour elle.
22:07C'est une révélation quasi physique,
22:10c'est-à-dire le fait d'avoir le front,
22:12le visage par terre comme ça,
22:14et de se prosterner,
22:15elle sent à ce moment-là un bien-être
22:18et une connexion à Dieu.
22:20C'est quelque chose qui, pour une fois,
22:22à ce moment-là,
22:22alors qu'elle ne sait pas comment s'apaiser,
22:24l'apaise instantanément.
22:26Quelques temps plus tard,
22:27Diams et Vita sont en vacances
22:29dans l'océan Indien, sur l'île Maurice.
22:31Une nuit, sous les étoiles,
22:33elle est sur la plage,
22:34et elle commence à lire les 100 premières pages du Coran.
22:38Et là aussi,
22:39c'est une seconde révélation pour elle.
22:41C'est-à-dire que toutes les interrogations
22:43qu'elle avait par rapport à la vie,
22:45la mort,
22:46elle a le sentiment, à ce moment-là,
22:47de trouver les réponses dans le Coran.
22:50Et là, à ce moment-là,
22:51elle se dit,
22:52il faut que je change de vie,
22:53il faut que je change des choses.
22:55Et elle fait une liste de ses envies.
22:58En premier, elle met
22:59« Appeler ma mère »,
23:00pour lui raconter tout ça.
23:02Deux, changer de numéro.
23:03En gros, tous les gens qui ont mon numéro
23:04de l'époque où j'étais artiste,
23:06il faut qu'ils l'aient plus.
23:07Trois, me convertir.
23:09Et quatre, faire mon dernier album.
23:11Et ce point de bascule-là,
23:12c'est finalement le point de bascule de sa vie.
23:14C'est-à-dire qu'à ce moment-là,
23:15elle se dit,
23:16Diams, c'est terminé.
23:17En tout cas, Diams,
23:18tel que tout le monde l'a connu,
23:20c'est derrière moi,
23:22et ça ne sera plus possible.
23:25Elle a pu être accusée de faire du prosélytisme,
23:27mais elle s'en défend.
23:29Oui, parce qu'elle raconte son histoire personnelle.
23:33Elle me dit,
23:34à l'époque, on disait,
23:35« Ouais, t'es une porte-parole des filles de banlieue,
23:38t'es un modèle, etc. »
23:39Elle dit, « Mais moi, j'ai jamais voulu être ça. »
23:41Et puis, on a commencé à faire de moi
23:43une porte-parole politique,
23:45une porte-parole de banlieue, etc.
23:47Et là, c'est la même chose.
23:48C'est-à-dire qu'elle vit sa foi musulmane personnellement,
23:52et elle n'est pas du tout là pour faire du prosélytisme.
23:55Est-ce qu'elle dit pourquoi elle a choisi de porter le voile ?
23:57Elle me dit dans l'interview que le voile,
23:59pour elle, quelque part,
24:01ce n'est pas un sujet, en fait.
24:02Que c'est un choix personnel
24:05et que le cheminement,
24:08pour se rapprocher de Dieu,
24:09ce qui lui fait du bien,
24:11ça passe par un certain nombre de choses.
24:12Ça passe par le jeûne,
24:14ça passe par le fait d'aider l'orphelin,
24:18et ça passe par le fait de porter le voile
24:21tel qu'elle le porte.
24:22Mais elle ajoute,
24:23« Mais ça n'engage que moi, surtout. »
24:27Emmanuel Marolle, pendant cet entretien,
24:29est-ce que vous la sentez heureuse ?
24:31Je la sens vraiment heureuse.
24:33Je l'ai sentie apaisée,
24:35avec son histoire,
24:36avec son passé.
24:38Elle s'en est beaucoup, beaucoup posée,
24:39des questions,
24:40mais maintenant,
24:40elle a trouvé des réponses.
24:42Et il y a une scène qui est très, très forte
24:44dans le documentaire,
24:45c'est Diams,
24:46qui revient aujourd'hui
24:47dans le zénith de Paris,
24:49où elle a triomphé à l'époque,
24:51dans un zénith qui est totalement vide,
24:53où on la voit sur scène.
24:55On sent qu'elle est contente d'y retourner,
24:57c'est ce qu'elle m'a dit.
24:59Elle a ajouté,
24:59quand on en a discuté,
25:01à l'époque,
25:02les salles étaient pleines,
25:03mais moi, j'étais vide.
25:04Et là, aujourd'hui,
25:05quand j'y suis revenu au zénith,
25:06la salle était vide,
25:07mais moi, j'étais pleine.
25:08Parce que je vais bien aujourd'hui.
25:11Ne viens pas faire le gangster,
25:14à mes yeux,
25:14t'es qu'un mortel.
25:15Tu vas crever tout comme moi,
25:16tout comme elle.
25:17Tu vas mourir,
25:18et puis qu'est-ce que t'auras laissé ?
25:20Que de la merde,
25:20je te conseille de mettre ton cœur à l'essai.
25:23Car j'ai compris,
25:24après des années d'égarement,
25:25que ni les hommes,
25:26ni l'argent
25:26ne font le bonheur des gens.
25:28Aucun humain n'a eu le pouvoir
25:30de me soigner,
25:31quand après la gloire,
25:32dans le noir,
25:32je me suis noyé.
25:33Merci à Emmanuel Marolle.
25:35Cet épisode de Codesources
25:36a été produit par Thibault Lambert,
25:38réalisation Pierre Chaffanjon.
25:40Codesources est le podcast
25:41d'actualité du Parisien,
25:43un nouvel épisode publié
25:44chaque soir de la semaine
25:45pour n'en rater aucun.
25:47N'oubliez pas de vous abonner
25:48sur votre application audio préférée.
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25:51sur Twitter,
25:53ou nous écrire
25:55codesource
25:55at leparisien.fr
25:57Tout ce que je mérite,
25:58c'est un royaume
25:58pas d'avoir à faire des courbettes
26:00devant des clowns
26:01et des gnomes.
26:01Je prône l'honneur d'un peuple,
26:03celui de nos pères et nos mères.
26:05Lève ta main en l'air.
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