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En pleine campagne pour l'élection présidentielle de 2017, le candidat Emmanuel Macron fait une promesse : rétablir le SNU abrogé en 2001. Mais lors de son arrivée à l’Elysée, quand il décide de mettre en place ce nouveau service national remanié, tout ne se passe pas comme prévu. Récit. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Emma Jacob, Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France TV.

#servicemilitaire #snu

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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'était une promesse d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle de 2017, il y a 6 ans,
00:17mettre en place un service national, universel et obligatoire pour former tous les jeunes à la vie civique.
00:23Depuis 2019, la mesure est expérimentée dans certains départements sur la base du volontariat,
00:28mais aujourd'hui, elle peine à séduire.
00:31On ne sait toujours pas quand elle sera généralisée, ni même si ce sera vraiment le cas un jour.
00:36Dans une interview au Parisien fin avril, le président Emmanuel Macron lui-même n'a pas été clair à ce
00:41sujet.
00:42Quel est le problème avec le SNU ? Pourquoi tarde-t-il à être mis en place ?
00:46Élément de réponse avec deux journalistes du Parisien, Frédéric Goyard, spécialiste éducation au service société,
00:52et Christelle Brigodeau de la cellule Récit qui a couvert ce sujet jusqu'en 2021.
01:06On a choisi de commencer cet épisode bien avant la naissance du SNU, plus de 20 ans plus tôt.
01:11Le 28 mai 1996, dans une allocution télévisée, le président de la République, Jacques Chirac,
01:18annonce la fin du service militaire obligatoire.
01:21Je propose donc que le service national que nous connaissons aujourd'hui soit supprimé dès le 1er janvier 1997,
01:31et qu'il cède la place à des volontariats.
01:35Frédéric Goyard, rappelez-nous ce qu'était le service militaire et pourquoi Jacques Chirac décide à ce moment-là d
01:40'y mettre fin.
01:41Le service militaire qu'on appelait à l'époque le service national,
01:44c'est un service militaire obligatoire qui existe quand même depuis près de 200 ans.
01:50C'est un creuset d'intégration, c'est là où des centaines de milliers, des millions même de jeunes français
01:56vont se rencontrer pour la première fois.
02:00Certains vont même faire la guerre, puisque lors de la première guerre mondiale, lors de la guerre d'Algérie,
02:05ils vont défendre les couleurs de la France.
02:07Et ce jour-là, Jacques Chirac décide la suppression du service militaire,
02:13tout simplement parce qu'il parle d'une armée moderne, pour une France moderne,
02:18parce que le service militaire tel qu'il existait à cette époque-là n'est plus adapté.
02:22Et puis il faut bien se souvenir qu'à ce moment-là, la guerre froide vient de terminer,
02:26donc il y a une illusion d'une paix intemporelle.
02:31Puis ça coûte cher aussi le service militaire, il faut le dire,
02:34et à ce moment-là, la France doit rentrer dans les clous pour son intégration dans l'euro,
02:38qui interviendra quelques années plus tard.
02:41Qui participait au service militaire ?
02:42Les jeunes hommes, les jeunes français, qui, sauf raison médicale, peuvent être appelés sous les drapeaux.
02:48À l'époque où Jacques Chirac décide de supprimer le service militaire,
02:52il y avait la possibilité pour certains de faire ce qu'on appelait un service civil,
02:57donc ils n'intégraient pas l'armée, mais ils pouvaient intégrer une association pour effectuer une mission d'intérêt général.
03:05Ce service obligatoire prend véritablement fin en 2001, c'est une décision qui fait débat à l'époque ?
03:11Pas vraiment. L'opinion, les éditorialistes sont plutôt favorables à cette mesure.
03:17On entre dans une ère moderne et projeter des jeunes hommes sur des terrains d'opération,
03:22ça n'est plus adapté.
03:24Plus tard, on va dire, le temps fait son œuvre et les nostalgiques vont apparaître.
03:29Des enquêtes d'opinion vont montrer en 2006, en 2012, qu'une majorité de français regrette le service national obligatoire.
03:38Alors, plus tôt dans les tranches d'âge âgées, les jeunes, eux, ne le regrettent pas vraiment.
03:45On fait un saut dans le temps.
03:47Christelle Brigodeau, le samedi 18 mars 2017,
03:50Emmanuel Macron, qui est en pleine campagne pour l'élection présidentielle,
03:54fait une promesse qui ne figurait pas jusqu'ici dans son programme.
03:57Oui, il promet que s'il est élu, il instaurera un service national universel d'un mois.
04:03Pour tous les jeunes français, donc garçons et filles,
04:06au départ, il parle de jeunes de 18 à 21 ans, ça changera par la suite.
04:12Mais en tout cas, dans les premières semaines et dans les premiers mois
04:14où Emmanuel Macron parle de cette promesse de campagne,
04:17il parle bien d'un service militaire obligatoire.
04:20Le terme militaire figure ensuite dans ses propositions.
04:23Donc, on a l'impression d'une réactivation d'un service militaire, mais en version courte.
04:27Comment cette mesure est-elle perçue à ce moment-là ?
04:30C'est un peu l'étonnement, parce que tout de suite,
04:34tous les corps qui pourraient avoir un rapport avec la création de cette mesure
04:38s'interrogent déjà sur qui prendra en charge le coût,
04:41parce que c'est un coût extrêmement important,
04:43et qui lui prendra en charge l'organisation.
04:46Donc, l'armée se demande comment elle va faire,
04:48l'éducation nationale aussi, les institutions de jeunesse.
04:51En fait, dès que le sujet est posé sur la table,
04:55c'est des dizaines de questions qui surgissent
04:57et qui n'ont pas de réponse au moment où est proposée la mesure.
05:04Un an plus tard, en juin 2018, après des mois de consultations et de réflexions,
05:09le gouvernement dévoile finalement l'architecture du futur service national universel,
05:15Christelle Brigodeau, qui est concernée par le SNU,
05:18et à quoi ça doit ressembler ?
05:19L'idée, c'est d'intégrer toute une classe d'âge,
05:22donc tous les jeunes de 16 ans,
05:24finalement, on est revenu à un âge de 16 ans.
05:27L'idée, c'est de les faire participer, en fait, à un service en deux temps,
05:30avec un premier séjour de cohésion qui dure deux semaines,
05:33où les jeunes sont brassés, voilà,
05:36quel que soit leur milieu ou leur région d'origine.
05:38Et puis, une deuxième partie, là,
05:40qui consiste en une mission d'intérêt général
05:42dans une association ou une autre institution.
05:44Le côté le plus fort de ce service,
05:46c'est qu'il est censé être universel et obligatoire.
05:49Personne n'y échappe l'année de sa seconde, en fait.
05:52Sur quel calendrier s'appuie l'exécutif pour déployer ce SNU ?
05:56Alors, il parle d'une première expérimentation en 2019,
05:59avec une première cohorte de jeunes volontaires
06:02qui seraient appelés à essuyer les plâtres,
06:04puis une généralisation au plus tard en 2026.
06:07Christelle Brigodeau, le 14 juin 2019,
06:10à la veille de la première expérimentation du séjour de cohésion,
06:14ces deux semaines où tous les jeunes sont réunis dans des centres,
06:17loin de chez eux.
06:18Gabriel Attal, qui est alors le secrétaire d'État à la Jeunesse,
06:21en charge du SNU, vous accorde une interview.
06:24Quel est son état d'esprit ?
06:26Il se montre combatif.
06:27Le secrétaire d'État a à cœur de montrer
06:29qu'il porte très fortement la mesure du président de la République.
06:33Le service national universel, c'est une expérience exceptionnelle.
06:37C'est un rite de passage vers la citoyenneté.
06:39Il dit même qu'il veut accélérer le calendrier,
06:42qu'il pense pouvoir y arriver avant 2026,
06:44que tout va bien se passer.
06:45Il est absolument persuadé qu'il y a un élan dans la jeunesse
06:49pour davantage d'engagement.
06:52Il veut porter l'idée que ce séjour de cohésion et le SNU
06:55correspondent à une aspiration profonde des jeunes.
06:58Et concrètement, comment doit se passer l'expérimentation
07:00de la toute première phase, ce séjour de cohésion ?
07:03C'est un tout petit échantillon, parce qu'il y a 2000 jeunes concernés.
07:07Sur une cohorte, normalement, une génération,
07:09c'est 600 000 à 800 000 personnes.
07:12Donc 2000, c'est très peu.
07:13Mais c'est une manière de vérifier que les choses déjà peuvent fonctionner.
07:16Ces 2000 jeunes, qui viennent de 13 régions différentes,
07:19vont se retrouver dans différents lieux, un peu partout en France,
07:23des lieux d'accueil collectif, par exemple des internats
07:25ou d'anciennes casernes, pour expérimenter pendant 12 jours
07:29à la fois des cours et des exercices et des exercices de sport aussi en commun.
07:33Pour le Parisien, vous décidez alors de suivre tout au long de ces deux semaines
07:37un jeune volontaire.
07:38Il s'appelle Nicolas.
07:39Il habite dans le Nord.
07:40Vous lui parlez juste avant son départ pour un centre situé dans le Val d'Oise.
07:45Présentez-nous ce jeune homme.
07:46Alors c'est un jeune homme qui est en classe de seconde,
07:49dans un lycée professionnel.
07:50Il est en seconde métier de la sécurité.
07:52C'est un jeune qui est passionné par l'armée.
07:54Il a un oncle qui est militaire, qui lui avait rapporté d'une opération
07:58quand il était petit, un casque qu'il a toujours gardé.
08:01Donc il a cette fibre militaire qui fait qu'un jour, sa mère,
08:05qui travaille comme chef d'équipe dans une petite entreprise de nettoyage,
08:09entend à la radio une publicité pour le SNU.
08:11Elle en parle à son fils en se disant « ça, ça va accrocher ».
08:13Parce que Nicolas, sinon, est un garçon qui n'aime pas trop l'école,
08:17qui est un petit peu renfermé.
08:19Victor, tu viens de faire ton service national universel.
08:21Tu nous racontes ?
08:22J'ai entendu parler du SNU par des amis et j'avais envie de tenter l'aventure.
08:26Je recommande à tout le monde.
08:27Et en plus, je sais que ça va me servir.
08:29Comme Victor, découvrez votre talent pour l'engagement.
08:31Gratuit, le SNU est ouvert à tous les jeunes de 15 à 17 ans.
08:34Rejoignez l'équipe 2022 en vous inscrivant dès maintenant sur snu.gouv.fr.
08:39Ceci est un message du gouvernement.
08:40Et donc, il place pas mal d'espoir dans ce SNU
08:43qu'il voit un peu comme un stage vers une future ville militaire.
08:46Vous suivez donc Nicolas, qui est affecté dans un internat privé
08:49transformé en SNU pour ces deux semaines.
08:51L'internat Saint-Martin-de-France, dans le Val-d'Oise.
08:54Nicolas et les autres volontaires s'y rendent le dimanche 15 juin 2019.
08:59Comment se passe leur arrivée ?
09:00C'est entre la colo et l'internat un peu à l'anglaise.
09:04Le lieu est très joli, très arboré, etc.
09:07Lui est un peu tout perdu.
09:08Il est là dans son jogging avec son sac à la main, sans savoir trop où aller.
09:13C'est la toute première fois qu'il part loin de chez ses parents.
09:15Il est un peu impressionné.
09:16Autour de lui, il y a d'autres jeunes qui sont tout aussi impressionnés.
09:19Et là, il va mettre pour la première fois son costume du SNU.
09:23C'est un uniforme avec un polo, une veste et un pantalon bleu marine.
09:29C'est marrant de voir la transformation de ces jeunes qui mettent leur uniforme
09:32et qui tout à coup ont l'air complètement changés.
09:34Même dans leur attitude, ils se redressent.
09:36Ils sont assez fiers.
09:37Et c'est comme ça que ça commence.
09:44Concrètement, comment se déroulent les journées là-bas ?
09:46Ça commence tôt.
09:48Ils prennent le petit déjeuner à 7h45, 7h dans la salle du réfectoire.
09:51Ils sont déjà fatigués au bout de quelques jours
09:53parce qu'il y a beaucoup de choses dans la journée.
09:56La journée commence par le lever des couleurs.
09:59C'est-à-dire qu'on hisse le drapeau français avec les jeunes au garde-à-vous.
10:03Paré, envoyé.
10:06Ils enchaînent ça avec aussi des cours qui peuvent avoir trait au développement durable,
10:11à la protection des données numériques.
10:13Il y a tout un tas de modules.
10:15Et puis aussi des exercices de sport
10:17et des exercices qui se rapprocheraient un petit peu plus
10:20de ce qu'on peut faire à l'armée, mais toujours sans armes.
10:23Vous allez vivre 15 jours intenses, avec beaucoup d'activités.
10:27L'objectif, c'est que vous vous appreniez au moins autant des activités
10:30et des modules qui vont vous être apportés
10:31que vous ensemble, les uns des autres.
10:35Qui sont les encadrants de ce séjour
10:37et comment ça se passe avec les volontaires ?
10:39Les encadrants, on les reconnaît à leur casquette rouge Grenat.
10:43Mais sous les casquettes rouges Grenat,
10:44il y a des personnes complètement différentes.
10:46C'est un peu l'alliance de la carpe et du lapin.
10:48Il y a à la fois des militaires
10:50qui parlent de manière complètement militaire
10:52devant des jeunes qui ne comprennent pas forcément ce qu'ils disent
10:55parce que quand ils disent « va percevoir tes affaires »,
10:57ils ne comprennent pas que ça veut dire « va chercher tes affaires ».
10:59Et puis il y a aussi des proviseurs de lycées,
11:03il y a aussi des encadrants qui viennent du monde associatif
11:06et du milieu de l'éducation populaire,
11:08donc ils n'ont rien à voir, pas du tout le même état d'esprit que les militaires.
11:11Après tout ce petit monde sait qu'ils sont en phase d'expérimentation,
11:15donc ça se passe plutôt bien,
11:16c'est que des gens qui sont volontaires, qui ont envie.
11:19Mais on voit en fait à travers ça, dès le départ,
11:21qu'il y a en fait une espèce de hiatus,
11:23les gens ne viennent pas apporter les mêmes choses aux jeunes.
11:25C'est deux mondes différents qui se retrouvent ensemble
11:28sans vraiment savoir quel est l'objectif le plus important de ces deux semaines.
11:32Vous, qu'est-ce que vous vous dites quand vous observez ces journées là-bas ?
11:36J'ai un peu l'impression d'un service militaire Canada Dry,
11:40c'est-à-dire on a tous les attributs du service militaire
11:42sans le côté militaire, c'est-à-dire sans armes et sans préparation à la guerre.
11:46Il ne s'agit pas du tout de ça,
11:47mais il y a un peu le décorum,
11:50il y a cette idée d'ordre,
11:52il y a quand même tous ces jeunes en uniforme,
11:54ça a un petit côté impressionnant,
11:56et puis on apprend à se tenir droit
11:58et à représenter quelque part la France
12:00dans des cérémonies commémoratives.
12:02Il y a un petit côté militaire sans le côté militaire.
12:08Le 18 juin, les 2000 volontaires du SNU
12:10assistent aux commémorations de l'appel du général de Gaulle de 1940,
12:14mais là où vous êtes, comme dans d'autres centres,
12:16ça ne se passe pas très bien.
12:18Le 18 juin en 2019, il fait extrêmement chaud,
12:21c'est une période, un moment de canicule,
12:23et tenir au garde-à-vous pendant tout le temps d'une commémoration,
12:27d'habitude ce sont des militaires de carrière ou des gendarmes qui le font,
12:30ce n'est pas du tout facile de rester droit sans bouger,
12:33et donc il y a une dizaine de jeunes de ce centre de Pontoise
12:35qui vont tomber dans les pommes de fatigue et de chaleur.
12:38Les pompiers ont l'habitude,
12:40ça arrive même d'ailleurs à des personnes aguerries
12:41de tomber dans les pommes quand ils sont au garde-à-vous,
12:43donc ils sont exfiltrés, et puis on va s'occuper d'eux,
12:46mais un peu plus tard, il y a une encadrante qui me confiera
12:49qu'elle est un peu inquiète en voyant l'état de fragilité
12:52des jeunes qu'elle doit encadrer,
12:54elle se dit qu'elle les imaginait un petit peu plus costauds.
12:57Comment se déroule la fin du séjour pour Nicolas,
12:59ce jeune que vous suivez ?
13:01Quand il repart, il est comme tous les autres d'ailleurs
13:04assez triste de quitter ses amis,
13:06il y a une ambiance un peu fin de colo,
13:07tout le monde se tombe dans les bras en pleurant,
13:09en disant « t'es mon meilleur ami pour la vie »,
13:10enfin voilà, c'est assez chouette à voir d'ailleurs,
13:13il y a des vrais liens qui se sont créés,
13:15et Nicolas, lui, qui était arrivé avec l'idée
13:18de se tester avant peut-être une carrière militaire,
13:21sort conforté dans cette idée,
13:23il repart content et assez fier de ce qu'il a fait.
13:26Dans l'ensemble, est-ce que les jeunes volontaires
13:27ressortent satisfaits de cette première expérience ?
13:30Oui, d'après le rapport qui ensuite sera fait par l'INJEP,
13:34l'INJEP c'est l'Institut National de la Jeunesse
13:36et de l'Éducation Populaire,
13:38et cet institut, missionné par les services de Gabriel Attal,
13:42vont faire une étude partant de toute une série d'entretiens
13:46avec ces jeunes,
13:47et il ressort que 94% de ces 2000 jeunes
13:50qui expérimentaient le SNU ressortent contents.
13:53Mais il faut quand même tempérer ce résultat
13:56par le fait que ces jeunes volontaires,
13:58ce n'est pas n'importe quel jeune,
13:59ils sont 30% à être des enfants de militaires,
14:02donc ce n'est pas du tout représentatif
14:05de la jeunesse française ordinaire.
14:07Christelle Brigodeau, la deuxième phase du SNU,
14:10qui est destinée elle aussi à devenir obligatoire,
14:13celle de la mission d'intérêt général de deux semaines,
14:16se déroule pour une grande partie des volontaires
14:18en octobre 2019, mais elle est beaucoup critiquée.
14:21Elle suscite des critiques de la part des organisations
14:24de jeunesse et d'éducation populaire,
14:26qui clament d'ailleurs depuis le départ
14:29qu'on ne peut pas demander de l'engagement
14:31à des jeunes de manière obligatoire,
14:33on ne peut pas être engagé de façon forcée,
14:35et donc elle conteste ce principe
14:38de forcer toute une génération
14:40à aller dans des associations.
14:41La crainte, c'est d'avoir des jeunes
14:43qui sont là assis sur une chaise à rien faire
14:46parce qu'ils n'ont pas envie,
14:47au lieu de vraiment aider.
14:51Au mois de janvier 2020,
14:52le gouvernement lance un nouvel appel aux volontaires
14:55pour la seconde édition du SNU,
14:57avec beaucoup plus d'ambition.
14:59Il espère cette fois-ci recruter 30 000 candidats,
15:01mais la session 2020 tombe à l'eau
15:04en raison de la pandémie de Covid-19.
15:06L'année d'après, en 2021,
15:08Frédéric Goyard, un nouvel appel à candidature est lancé.
15:11Est-ce qu'il suscite l'engouement ?
15:12Pas vraiment, puisque le gouvernement
15:15tablait sur 25 000 volontaires,
15:17et ils sont à peine à 15 000.
15:19Il faut dire qu'en 2021,
15:22la pandémie est encore présente dans l'Hexagone,
15:24donc il y a des restrictions Covid qui sont encore là,
15:28mais effectivement, les jeunes ne sont pas au rendez-vous.
15:30L'année suivante, en 2022,
15:32le gouvernement se fixe l'objectif de 50 000 participants.
15:3632 000 jeunes se portent finalement en volontaires,
15:39mais quelques jours avant le début du séjour de cohésion,
15:42en juin, l'expérimentation tourne au grand cafouillage.
15:45Aux Parisiens, nous sommes alertés par des parents
15:47qui s'inquiètent quelques jours avant,
15:49trois jours avant le départ de leur enfant.
15:51Ils n'ont toujours pas reçu l'endroit
15:54où leur fils ou leur fille va être logé.
15:56Ils ne savent même pas comment ils vont se rendre sur les lieux.
15:59L'État a du mal à trouver des centres d'accueil
16:02pour héberger tous ces jeunes.
16:04Il y a aussi des problèmes par rapport aux chauffeurs de bus
16:07parce qu'en France, on rencontre une pénurie de chauffeurs
16:11et donc trouver les chauffeurs
16:13et le nombre de bus adéquats, c'est compliqué.
16:17On en vient à cette année 2023.
16:19Au mois de janvier,
16:20Emmanuel Macron indique qu'il doit prendre la parole
16:22et faire des annonces sur le SNU,
16:24mais elles tardent à arriver.
16:26Pourquoi ça ?
16:26Au début de l'année, lors des voeux à la nation,
16:29Emmanuel Macron, le président de la République,
16:30annonce en effet qu'il va poser les jalons du nouveau SNU.
16:35Je poserai dans les toutes prochaines semaines
16:37les premiers jalons d'un service national universel.
16:40Il le répète d'ailleurs lors de ses voeux aux armées
16:43quelques jours plus tard.
16:44Mais finalement, tout cela va être percuté
16:46par le projet de loi de réforme des retraites,
16:49la contestation grandissante,
16:51les jours de grève à répétition
16:53vont faire que ces annonces n'auront pas lieu.
16:56En réalité, au même moment,
16:57le gouvernement réfléchit à une autre forme
16:59que pourrait prendre le SNU.
17:01Deux scénarios sont donc à l'étude.
17:03Lesquels exactement ?
17:04Alors, il y a l'option numéro un,
17:07celle qui prévaut, j'ai envie de dire,
17:09depuis le début,
17:10c'est-à-dire un service national universel obligatoire.
17:12Et une deuxième option,
17:14qui elle est plus light, on va dire,
17:17qui elle ne serait pas obligatoire,
17:18c'est-à-dire qu'on garderait la formule actuelle,
17:21c'est-à-dire 12 jours sur la base du volontariat.
17:24Mais on essaierait d'effectuer une montée en gamme,
17:27une montée en charge,
17:29en rendant le SNU plus attractif,
17:31avec par exemple le passage du permis de conduire
17:33ou le passage du brevet d'aptitude aux fonctions d'animateurs.
17:38Ça permettrait, espère-t-on,
17:40du côté du gouvernement,
17:41d'attirer de plus en plus de jeunes.
17:42Le mercredi 8 mars,
17:44un rapport rédigé par des sénateurs
17:45met en lumière les problèmes dans la mise en place du SNU.
17:48On parle de quoi exactement ?
17:50Il y a plusieurs problèmes.
17:51Le premier est logistique,
17:52puisqu'il faudrait des centres d'accueil de grande taille
17:56pour accueillir tous ces jeunes.
17:59Le deuxième, ça concerne les personnels encadrants,
18:02qu'il faudrait aussi là pour encadrer,
18:05pour accueillir tous ces jeunes
18:06et pour les épauler pendant les séjours de cohésion.
18:09Et puis le troisième, peut-être le plus important,
18:11il est d'ordre financier,
18:13puisqu'un rapport qui avait été transmis
18:15au Premier ministre de l'époque en 2018,
18:18tablait déjà sur un coût de compris
18:21entre 2,4 et 3,1 milliards par an
18:24pour le service national universel obligatoire.
18:29A cette même période, la presse et les autorités révèlent
18:32plusieurs incidents survenus au cours des derniers mois
18:35pendant des séjours de cohésion,
18:36des incidents qui n'arrangent pas la réputation du SNU.
18:39Oui, qui s'allisent vraiment à l'image du SNU,
18:41puisqu'on parle quand même d'agression sexuelle.
18:44Une jeune fille dépose de plainte, d'ailleurs,
18:47contre un encadrant du SNU.
18:49On parle aussi de faits de harcèlement sexuel,
18:53de racisme.
18:55On parle également de jeunes qui sont pris de vomissements,
18:59d'évanouissements lors d'un bivouac en altitude.
19:03Donc effectivement, ça pose des problèmes
19:04sur la sécurité et l'encadrement de ces jeunes.
19:08Au-delà de ça, au-delà de ces incidents,
19:10est-ce que l'idée que le SNU devienne obligatoire
19:13séduit les jeunes ?
19:14On peut en douter.
19:15Déjà en 2018, lors d'une consultation numérique,
19:19un jeune sur deux se disait favorable au SNU.
19:22En 2022, on voit que sur la base du volontariat,
19:27seulement 32 000 jeunes ont répondu favorablement.
19:30Donc de là à le rendre obligatoire,
19:32ça semble quand même assez compliqué.
19:38Au moment où on se parle,
19:39le SNU est un engagement civil, citoyen,
19:43qui est volontaire.
19:44Le 30 avril, sur le plateau de Dimanche Politique
19:46sur France 3, des déclarations de la secrétaire d'Etat
19:49à la jeunesse, Sarah El Haïry, font polémique.
19:52Qu'est-ce qu'elle dit dans cette émission ?
19:54La secrétaire d'Etat se prend les pieds dans le tapis,
19:57puisque lors d'un débat avec un jeune militant écologiste,
20:01elle va affirmer que le président de la République
20:04n'a jamais parlé d'un service national et universel obligatoire.
20:08C'est une annonce d'Emmanuel Macron.
20:09Mais à aucun moment, le président de la République...
20:11Il a souhaité le faire.
20:13Il a souhaité généraliser.
20:15Généraliser, ça veut dire rendre obligatoire.
20:16Absolument pas.
20:17Ce qui est complètement faux.
20:19Il suffit d'une recherche sur Internet
20:20pour retrouver un tweet d'Emmanuel Macron
20:23en pleine campagne présidentielle,
20:25où il affirme qu'il fera un service national universel obligatoire.
20:30Même sur le site Internet du SNU,
20:33il est écrit de manière très claire
20:36que le SNU, tel qu'il est envisagé aujourd'hui,
20:39a vocation à devenir obligatoire.
20:41C'est les mots qui sont employés dans le texte.
20:46Frédéric Goyard, Christelle Brigodeau,
20:48six ans après la promesse de campagne d'Emmanuel Macron,
20:51comment expliquer que le cap du service national universel
20:54soit toujours aussi flou ?
20:56On a l'impression d'un projet qui a manqué sa cible,
20:58parce que du départ, il était flou.
21:00Finalement, le choix n'a jamais vraiment été fait
21:03entre le côté militaire ou civil.
21:05On a l'impression d'un projet, oui,
21:07mal ficelé au départ,
21:09sur lequel se sont ajoutées tout un tas de choses,
21:11notamment le Covid,
21:12qui font que là, six ans après,
21:14on en est presque au même point.
21:15Et on se demande comment il va pouvoir trouver
21:17un deuxième ou un troisième souffle.
21:19Et un SNU qui a d'autant plus raté sa cible
21:22qu'au départ, il était fait pour brasser les jeunes.
21:24Aujourd'hui, la mixité qui est chère
21:27au président de la République dans ce projet
21:28n'est absolument pas au rendez-vous.
21:30Ce SNU, est-ce qu'il va finir par devenir obligatoire,
21:33comme c'était prévu,
21:34ou bien est-ce que cette idée peut tout simplement tomber à l'eau ?
21:37Le président de la République, en tout cas,
21:38semble y croire,
21:39puisque dans un face au lecteur du Parisien,
21:42le 24 avril dernier,
21:43il parlait d'une montée en charge,
21:46avec une obligation dans certains départements,
21:50et puis au fur et à mesure,
21:51à tous les départements.
21:52Donc, lui, semble encore vouloir que ce projet aille à son terme.
21:58Mais ça pose quand même un problème,
22:00parce qu'imposer à certains jeunes dans un département
22:02de faire un service universel obligatoire
22:05et à d'autres non,
22:06ça crée une rupture d'égalité entre les jeunes.
22:23Merci à Christelle Brigodeau et Frédéric Goyard.
22:26Cet épisode a été produit par Emma Jacob et Clara Garnier-Amouroux,
22:30réalisation Pierre Chaffanjon.
22:32Code Source, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
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