- il y a 11 heures
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Le 16 novembre dernier, faute de majorité, la Commission européenne a tranché. Elle a décidé de reconduire pour dix ans l’autorisation du glyphosate, un herbicide pourtant controversé et classé « cancérigène probable » par l’OMS depuis 2015.
Pour Code source, Frédéric Mouchon et Emilie Torgemen, journalistes au service société du Parisien, reviennent sur la saga du glyphosate, qui défraie la chronique depuis plusieurs années.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : INA, France 2, L'OBS, Elysée
#glyphosate #herbicide #monsanto
Pour Code source, Frédéric Mouchon et Emilie Torgemen, journalistes au service société du Parisien, reviennent sur la saga du glyphosate, qui défraie la chronique depuis plusieurs années.
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00:01Bonjour, c'est Raphaël Peuillot pour Codesource, le podcast d'actualité du parisien.
00:11C'est l'herbicide le plus utilisé dans le monde, mais c'est aussi le plus controversé.
00:15Plébiscité par la majorité des agriculteurs pour son prix et son efficacité,
00:19le glyphosate est aussi considéré depuis 2015 comme un cancérogène probable
00:23par l'Organisation Mondiale de la Santé.
00:26Le 16 novembre dernier, la Commission européenne a pourtant décidé de réautoriser cet herbicide
00:31pour une durée de 10 ans, contre l'avis d'une partie de la communauté scientifique.
00:36Comment le glyphosate s'est imposé comme un herbicide incontournable ?
00:40Pourquoi la France a-t-elle encore du mal à s'en passer aujourd'hui ?
00:43Élément de réponse avec Frédéric Mouchon et Émilie Torjmen, journaliste au service Société du Parisien.
00:59Le 22 septembre 2017, des agriculteurs bloquent l'avenue des Champs-Elysées à Paris.
01:04On produit l'une des meilleures nourritures du monde.
01:07On a le système agricole le plus durable du monde et on nous met tout le temps des contraintes supplémentaires.
01:12Frédéric Mouchon, décrivez-nous cette scène.
01:15En fait, on a 250 agriculteurs qui se retrouvent près de l'Elysée.
01:19Ils déposent de la paille et ils viennent protester contre le fait que la France veuille interdire le glyphosate.
01:26A l'origine de cette manifestation, comme souvent, il y a la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles,
01:31la FNSEA qui est le principal syndicat agricole en France.
01:34Ils sont venus manifester, dire qu'ils sont contre et ils visent particulièrement Nicolas Hulot qui est le ministre de
01:40l'écologie.
01:40Qu'est-ce qu'il reproche à Nicolas Hulot ?
01:42Dans le dossier du glyphosate, c'est toujours un petit peu la même chose.
01:45Vous avez au sein du gouvernement un ministre de l'écologie qui défend le fait de sortir la France du
01:51glyphosate pour des raisons sanitaires,
01:52en estimant que ce produit est potentiellement dangereux pour les agriculteurs, pour les usagers, pour les sols.
01:58Et puis, dans le même gouvernement, vous avez le ministre de l'agriculture qui, généralement, lui, défend la position des
02:03agriculteurs,
02:04qui est de dire « nous, sans glyphosate, on ne peut pas cultiver, on ne peut pas s'en passer
02:07».
02:07Donc, il vise Nicolas Hulot qui, lui, évidemment, est sur la position de dire
02:11« moi, je défends la sortie du glyphosate pour des raisons sanitaires ».
02:18Pour comprendre pourquoi le glyphosate est devenu un sujet de controverse en France,
02:22il faut remonter plusieurs décennies en arrière.
02:25En 1974, la firme américaine Monsanto met sur le marché un nouveau produit, le Roundup.
02:31Frédéric Mouchon, pourquoi est-ce que ce produit est présenté comme une petite révolution dans le monde agricole ?
02:36Alors, il est présenté comme une révolution, d'abord par Monsanto, en fait, qui dit que c'est un désherbant
02:41total,
02:41qu'il élimine les mauvaises herbes des feuilles jusqu'à la racine.
02:45Roundup détruit totalement les mauvaises herbes, même les plus coriaces.
02:50Feuilles, racines, tout est éliminé.
02:54Roundup disparaît sans laisser de traces.
02:56Roundup permet le grand nettoyage des terres.
03:00Roundup, désherbant autorisé pour toute culture.
03:04Pour les agriculteurs, c'est une vraie révolution parce que c'est un produit qui ne coûte pas cher,
03:08qui permet de désherber facilement et qui leur épargne beaucoup de travail de désherbage manuel qu'ils pratiquaient il y
03:16a encore quelques décennies.
03:17Pour eux, c'est une vraie modernité, en fait, ce produit.
03:20Quels sont les composants du Roundup ?
03:22Dans ce produit, la molécule principale, c'est le glyphosate.
03:25Mais dans le produit Roundup, il y a d'autres produits autour du glyphosate.
03:29Mais encore une fois, la molécule principale de ce désherbant s'appelle le glyphosate.
03:33Émilie Torgemène, à cette époque, dans quel état se trouve l'agriculture française ?
03:37L'agriculture française, depuis les années 50, se développe autour des produits phytosanitaires,
03:43donc des pesticides ou de l'herbicide Roundup dont on vient de parler.
03:47Et en fait, la commercialisation des pesticides a permis d'augmenter très largement les rendements agricoles.
03:53Dans le cas précis du glyphosate, ça permet aussi d'avoir de plus grandes exploitations avec moins de main-d
03:59'œuvre.
03:59Ça permet vraiment de pouvoir racheter globalement le champ du voisin et de désherber en pulvérisant du glyphosate
04:06plutôt que de passer difficilement des tracteurs, ce qui par ailleurs permet aussi d'économiser du fioul.
04:13Dans les années 70, est-ce que les pesticides ou les herbicides sont un sujet d'inquiétude,
04:18notamment auprès de la communauté scientifique ?
04:21Alors, en France et dans le monde, il y a un discours de scientifiques et d'environnementalistes
04:26dès les années 70 sur les pesticides.
04:28Certains scientifiques s'inquiètent de l'omniprésence de ces molécules chimiques
04:34dans nos corps, dans notre alimentation, mais aussi dans la terre
04:38et s'inquiètent aussi de l'effet sur la biodiversité, sur les autres êtres vivants.
04:43En 1971, c'est une date vraiment importante, on a interdit le DDT, qui était un pesticide
04:48et qui est passé du rang de produit miracle à ennemi public numéro 1.
04:54Donc oui, à ce moment-là, dès le début du glyphosate,
04:57on est déjà très au courant des risques de ces produits chimiques.
05:00Avec le Roundup, le glyphosate devient aussi très populaire auprès des particuliers
05:04ou des collectivités.
05:06Émilie Torgemène, dans les années qui suivent, comment évoluent les ventes de glyphosate en France ?
05:10À partir de la mise sur le marché de ce produit, en fait, les ventes explosent.
05:15La consommation de glyphosate en France ne fait qu'augmenter.
05:18Et pour les chiffres officiels les plus récents, on sait que de 2009 à 2018,
05:24la France est passée de 6500 tonnes par an à 10 000 tonnes par an.
05:28C'est proprement énorme, la France est un des premiers pays consommateurs de glyphosate.
05:34Et il faut savoir que le glyphosate est le produit phytosanitaire le plus vendu au monde.
05:39On estime qu'on en consomme environ 700 000 tonnes chaque année.
05:48En novembre 2001, la réhomologation du glyphosate est votée à l'unanimité par les États membres de l'Union Européenne.
05:54Mais quelques mois plus tard, une équipe du CNRS publie une étude sur le glyphosate.
05:59Frédéric Mouchon, que dit cette étude et est-ce qu'elle remet en cause l'homologation du glyphosate en Europe
06:04?
06:05Cette étude est une des premières qui fait un parallèle entre les mécanismes qui conduisent au fait d'avoir un
06:11cancer
06:11et les effets sur les cellules de certains désherbants.
06:14Elle dit en gros, en substance, que certains désherbants agissent sur la division normale des cellules.
06:21Ça ne remet pas en cause l'homologation du glyphosate.
06:24D'ailleurs, c'est ce que dit Monsanto.
06:25En fait, sa défense, c'est de dire que son produit a été réhomologué à l'unanimité des États membres.
06:30Donc, circuler, il n'y a rien à voir.
06:32Treize ans plus tard, en juillet 2015, une étude réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer relance
06:39le débat.
06:40Cette étude, en fait, ce qu'elle dit, c'est que le glyphosate,
06:42donc la substance active de plusieurs herbicides très courants, dont le Roundup,
06:46est à classer cancérogène probable.
06:48Et c'est à partir de cette étude que la mobilisation contre cet herbicide
06:53se développe beaucoup en France, mais aussi à l'étranger.
06:56La même année, l'Agence européenne de sécurité des aliments, l'EFSA,
06:59qui doit donner son avis en vue des autorisations de mise sur le marché du glyphosate,
07:04publie elle aussi une étude.
07:05Elle conclut qu'il est improbable que le glyphosate puisse présenter un danger cancérogène pour l'homme.
07:11Émilie Torgemene, sur quoi se base l'EFSA pour rendre ses conclusions ?
07:14L'EFSA se base en partie sur une auto-évaluation des industriels.
07:17Elle commande au metteur sur le marché, donc dans le cas précis, le producteur du glyphosate,
07:22elle lui demande une évaluation de la dangerosité de son produit et elle s'appuie aussi en partie sur les
07:28études scientifiques disponibles.
07:29L'autre particularité du protocole de l'EFSA, c'est qu'elle ne s'intéresse qu'au glyphosate.
07:35Elle ne s'intéresse qu'à la molécule glyphosate, est-elle dangereuse, est-elle cancérogène ?
07:39Mais ce qu'elle ne regarde pas, c'est est-ce que cette molécule, qui n'est pas vendue pure,
07:43mais qui est vendue en mélange avec d'autres produits, est rendue dangereuse par un effet cocktail ?
07:49Elle ne teste pas, typiquement le round-up, elle ne teste pas la dangerosité du produit dans son entièreté.
07:54Deux ans plus tard, le 15 septembre 2017, une enquête est publiée par deux quotidiens italiens et britanniques.
08:01Quelles sont leurs révélations ?
08:02On a parlé pour cette enquête des Monsanto Papers.
08:05En fait, il s'agit d'une fuite de documents de Monsanto qui ont permis de mettre à jour le
08:10fait que le rapport de l'EFSA
08:12était pour partie copié-collé des documents de l'industriel, de Monsanto.
08:17Il y a une centaine de pages qui sont, peu ou prou, la même chose dans le rapport de l
08:21'EFSA et dans les documents de Monsanto.
08:24Cette enquête tombe très mal puisque c'est le moment où l'Europe est en train de s'interroger sur
08:29la réautorisation de cette molécule.
08:33Le 27 novembre 2017, l'Europe vote finalement la réautorisation du glyphosate pour 5 années supplémentaires.
08:39Et en début de soirée, le président de la République, Emmanuel Macron, réagit à ce vote dans un tweet.
08:45Il dit vouloir prendre, je cite, les dispositions nécessaires pour que l'utilisation du glyphosate
08:50soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées et au plus tard dans 3 ans.
08:57Frédéric Mouchon, pourquoi le chef de l'Etat fait cette déclaration à ce moment-là ?
09:01Cette intervention du chef de l'Etat, elle se passe juste après ce vote européen
09:05et il se trouve que la France a voté contre la réautorisation du glyphosate.
09:08Donc la France, sa position est d'être contre.
09:10Et le chef de l'Etat, en fait, en annonçant ça, c'est un peu un geste envers tous ceux
09:15qui ont des doutes sur ce glyphosate.
09:17Donc en fait, lui, il dit, ok, je vous fais une promesse, on va sortir du glyphosate.
09:21Et surtout, il veut, à travers cette déclaration, faire une sorte de marqueur de son quinquennat
09:26et dire, voilà, moi, sous mon quinquennat, on va sortir du glyphosate.
09:30À ce moment-là, quelles sont les réactions dans le monde agricole à la suite de cette annonce ?
09:34Alors, il y a certains agriculteurs, minorités, on va dire,
09:37qui expliquent qu'eux ont réussi à sortir du glyphosate en utilisant d'autres techniques de culture.
09:42Mais on va dire qu'une majorité d'agriculteurs qui utilisent massivement le glyphosate
09:46disent qu'ils ne peuvent pas s'en sortir.
09:48Et d'ailleurs, à l'appui de leur dire, en fait, ils citent un rapport parlementaire
09:52qui estime que sortir du glyphosate, en fait, pour désherber,
09:56il faudrait investir dans du matériel supplémentaire, employer plus de main-d'oeuvre
10:00et que ça multiplierait par 3 ou 4 l'usage de carburant pour désherber ces parcelles,
10:06ce qui représenterait 50 à 150 euros de plus par hectare,
10:09donc si on n'utilise plus de glyphosate.
10:17Le 24 février 2018, Emmanuel Macron est au salon de l'agriculture.
10:21Émilie Torgemene, ce jour-là, le président, est interpellé par un agriculteur.
10:25Décrivez-nous la scène.
10:26En fait, il est dans les allées du salon de l'agriculture
10:28et il se fait siffler par un certain nombre de personnes.
10:31Il passe son chemin et puis finalement, il fait demi-tour et il va parler avec un agriculteur.
10:35Mais on entend la discussion, l'explication et ça parle de glyphosate.
10:40Le glyphosate, il n'y a aucun rapport qui dit que c'est innocent.
10:43Il y en a qui disent que c'est très dangereux, d'autres moyennement dangereux.
10:45Moi, j'aurais à répondre de ce que je fais, demain, après-demain.
10:49Dans le passé, on a dit l'amiante, ce n'était pas dangereux.
10:51Et après, les dirigeants qui l'ont laissé passer, ils ont eu à répondre.
10:54Moi, les ouvriers agricoles, les consommateurs qui demain diront
10:58vous aviez le glyphosate, vous le saviez, vous n'avez rien fait,
11:01ils me regarderont les yeux dans les yeux.
11:02À ce moment-là, il n'y a pas de doute, le président de la République est droit dans ses
11:06bottes
11:06et il veut interdire le glyphosate d'ici à 2020.
11:10Fin mai 2018, les députés examinent le projet de loi agriculture et alimentation,
11:15un des chantiers phares du quinquennat Macron.
11:18Pourtant, pas un mot sur le glyphosate dans le projet de loi. Pourquoi ?
11:21Le fait qu'il n'y ait pas un mot du glyphosate dans ce projet de loi important,
11:25ça envoie un message très clair.
11:26Le président Macron est en train de revenir sur sa promesse.
11:29Au sein de la Macronie, c'est un petit peu un coup de tonnerre,
11:34ça divise, puisqu'il y avait même un certain nombre de députés,
11:36plusieurs dizaines, qui étaient prêts à déposer des amendements
11:39pour faire revenir l'interdiction du glyphosate dans ce texte de loi,
11:43ce qui montre bien à quel point ça divise jusque dans le camp de la majorité.
11:47Et que disent les associations environnementales que vous interviewez ?
11:50Eh bien, elles sont furieuses, notamment Génération Futur,
11:53qui est l'association qui porte le dossier des pesticides.
11:56Elles n'en reviennent pas de cette espèce de trahison du chef de l'État.
12:00Quelques mois plus tard, le 28 août 2018,
12:03Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique,
12:05est l'invité de la matinale de France Inter.
12:07Ce jour-là, c'est un moment de radio assez exceptionnel,
12:10parce que pour la première fois, un ministre,
12:13alors qu'il n'a prévenu personne avant, annonce qu'il démissionne.
12:17Je ne veux plus me mentir.
12:18Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement
12:23signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là.
12:26Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement.
12:29Aujourd'hui.
12:30Vous êtes sérieux ?
12:31Oui, je suis sérieux.
12:32Pourquoi il démissionne ?
12:33Parce qu'il estime que beaucoup de rapports de force
12:36qu'il a eus avec le ministère de l'Agriculture,
12:38notamment sur le glyphosate, il les a perdus,
12:40du fait notamment du poids des lobbies.
12:43Il utilise souvent ce mot de lobby,
12:44que ce soit pour la chasse, mais aussi pour l'agriculture.
12:46Et en l'occurrence, là, le mot glyphosate ne figurait même pas
12:49dans le texte de loi qui a été étudié quelques mois auparavant.
12:53Donc pour lui, c'est vraiment un échec.
12:55Et en fait, il estime qu'il n'a pas pesé,
12:57il n'avait pas un poids suffisant face à ces lobbies
12:59qui ne voulaient pas qu'on renonce au glyphosate en France.
13:07À partir du 1er janvier 2019,
13:09la France interdit la vente du glyphosate aux particuliers
13:12après l'avoir fait début 2017 pour les collectivités.
13:15Quelques jours plus tard, le 24 janvier 2019,
13:18à Bourg-de-Péage dans la Drôme,
13:19le président de la République participe à un débat citoyen.
13:22Au cours de la réunion, un participant interpelle le président
13:25au sujet du glyphosate.
13:26Bonjour monsieur le président, messieurs les ministres,
13:30quel est votre point de vue sur le glyphosate ?
13:31Que répond Emmanuel Macron ?
13:33Alors, Emmanuel Macron dit en substance
13:36qu'il ne va pas interdire le glyphosate en France
13:39parce que ça créerait en quelque sorte
13:41une trop grande distorsion de concurrence,
13:43voire ce serait contre-productif sur le plan environnemental
13:46et qu'on se retrouverait à acheter des produits
13:49d'autres pays qui utilisent des substances encore plus dangereuses.
13:52Le glyphosate, moi je me suis déjà exprimé plusieurs fois,
13:54je suis pour qu'on en sorte.
13:56Maintenant, est-ce qu'on peut dire
13:57qu'il n'y aura plus du tout de glyphosate dans trois ans ?
13:59Impossible.
14:00Je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas vrai.
14:02Pourquoi ? Parce que si je vous disais ça,
14:05c'est simple,
14:06je tue complètement certaines filières.
14:08Il reprend à ce moment-là exactement presque mot à mot
14:11les arguments du monde agricole.
14:13Il pointe aussi le manque d'alternatives
14:16à ce moment-là pour sortir du glyphosate.
14:18Oui, il dit que tout un tas d'exploitations
14:20se retrouvent sans solution.
14:22Un des exemples les plus souvent cités,
14:23c'est celui des vignes en pente.
14:25Dans ces terrains, il est très difficile
14:27de faire passer des machines pour désherber.
14:29Et dans ces cas-là,
14:30les agriculteurs estiment qu'il est impossible
14:32donc de se passer de glyphosate.
14:34Le 10 janvier 2020,
14:35Émilie Torgemène,
14:36vous publiez un article dans Le Parisien
14:38pour raconter le défi de la SNCF
14:40qui a fait le pari de se passer du glyphosate
14:43pour entretenir ses rails.
14:44Alors on ne le sait pas beaucoup,
14:46mais la SNCF,
14:46c'est le premier consommateur de glyphosate en France
14:49tout simplement parce qu'elle a de très nombreux
14:51et très longs terrains autour de ses rails
14:54qu'il faut désherber.
14:55La SNCF promet de sortir du glyphosate
14:57et pour ça, une des solutions,
14:59c'est d'envoyer de l'eau bouillante
15:01grâce à un wagon désherbant le long de ses rails.
15:05Il y a aussi un désherbant qui est plus naturel,
15:09qui est à base de soja et de tournesol.
15:11En tout cas, la SNCF a mis le paquet,
15:13les mots sont ceux de l'entreprise.
15:15Ça coûte plus cher, mais c'est faisable.
15:18Le 27 novembre 2020,
15:20trois ans jour pour jour
15:20après la promesse d'Emmanuel Macron,
15:22le gouvernement se fixe un nouvel objectif,
15:25obtenir l'interdiction du glyphosate
15:27à l'échelle de l'Union européenne
15:28à partir de 2022.
15:30Émilie Torgemene,
15:31est-ce que c'est un aveu d'échec
15:32pour Emmanuel Macron ?
15:33Oui, et il le concède assez facilement.
15:36Par exemple, devant la Convention citoyenne en 2020,
15:39il explique aux citoyens
15:40qui ont été tirés au sort
15:42que sur le glyphosate,
15:44on ne peut pas sortir tout seul du glyphosate
15:46parce qu'on n'a pas, dit-il,
15:48d'élément de substitution.
15:49On n'a pas de solution
15:51pour tout un tas d'exploitations.
15:54On en vient aux événements récents.
15:55Le 6 juillet 2023,
15:57l'Agence européenne de sécurité sanitaire,
16:00l'EFSA, dévoile une nouvelle étude
16:02de plus de 2000 pages sur le glyphosate.
16:05Frédéric Mouchon, en résumé,
16:06quelles sont ses conclusions ?
16:07En fait, l'EFSA estime que l'herbicide
16:09ne présente pas de domaine critique
16:11de préoccupation
16:12et elle dit ne pas avoir identifié
16:15de domaine de préoccupation critique
16:17chez les humains.
16:18Et cette conclusion, en fait,
16:19l'Agence européenne des produits chimiques
16:21est une autre agence européenne
16:22d'évaluation des produits chimiques.
16:24Elle en vient à peu près
16:25aux mêmes conclusions
16:26puisqu'elle-même a jugé
16:27que les preuves scientifiques disponibles
16:28ne permettaient pas
16:29de classer cet herbicide
16:30comme cancérigène.
16:31Le 13 octobre,
16:33l'Europe est appelée à voter
16:34pour autoriser ou non
16:35le glyphosate
16:36pendant les 10 prochaines années.
16:37Quelle est la position
16:38de la France sur le sujet ?
16:39C'est un peu une position fidèle
16:42à l'esprit d'Emmanuel Macron
16:44qui est le « en même temps ».
16:45C'est-à-dire ne pas donner
16:46de blanc-seing à l'industrie chimique
16:49en autorisant aveuglément
16:51le glyphosate pendant 5 ou 10 ans de plus.
16:54Là, en l'occurrence,
16:54c'est 10 ans de plus.
16:55Mais interdire le glyphosate
16:57par dire du principe
16:58qu'on l'interdit
16:58dès qu'une solution alternative
17:00est possible.
17:00C'est résumé par le ministre
17:01de l'Agriculture
17:02qui dit depuis plusieurs mois
17:03« pas d'interdiction sans solution ».
17:05Et que donne le vote ?
17:06Il n'y a finalement
17:07pas de majorité
17:08dans un sens ou dans un autre.
17:09Ce qui aurait permis
17:10de prendre une décision définitive.
17:12Donc le vote est reporté d'un mois.
17:13Un second vote
17:14est donc organisé le 16 novembre.
17:16Une nouvelle fois,
17:17les États membres
17:17ne parviennent pas à s'entendre
17:19pour faire émerger une majorité.
17:21Les États membres de l'Europe
17:22n'arrivent pas à se mettre d'accord
17:23qu'il n'y a pas de majorité
17:25pour ou contre
17:26le projongement du glyphosate.
17:27Donc c'est la Commission européenne
17:28qui reprend la main
17:29et qui, s'appuyant
17:30sur la rapport de l'EFSA,
17:32décide de prolonger
17:33pour 10 années supplémentaires
17:35l'autorisation
17:36mise sur le marché du glyphosate.
17:40Aujourd'hui, Frédéric Mouchon,
17:42est-ce qu'il est possible
17:43d'imaginer une sortie complète
17:44du glyphosate
17:45en France
17:45dans les prochaines années ?
17:47Théoriquement, oui.
17:48Il y a des chercheurs,
17:49notamment de l'INRAE,
17:51l'Institut National
17:51de Recherche Agronomique,
17:52qui ont fait un plan
17:53en fait à 2050
17:54de sortie des pesticides,
17:56de sortie du glyphosate notamment,
17:58où ils expliquent
17:58comment,
17:59en utilisant des modes
18:01de désherbage
18:01plus mécaniques,
18:02en utilisant
18:03beaucoup moins
18:03de produits chimiques,
18:04en faisant
18:05de la rotation de terre,
18:06en utilisant
18:07plusieurs techniques
18:07en fait agronomiques,
18:08on pourrait se passer
18:09du glyphosate.
18:10Mais pour beaucoup
18:11d'agriculteurs
18:12qui sont habitués
18:13à utiliser ce produit chimique,
18:14c'est presque,
18:15les gens de l'INRAE
18:16que j'avais rencontré
18:16me parlaient
18:17d'un parapluie chimique en fait.
18:18Ils sont tellement habitués
18:19à utiliser ce produit
18:20que pour eux,
18:21repasser à des modes mécaniques,
18:22c'est presque repasser
18:23à la charrue en fait,
18:25au siècle dernier.
18:26Donc, c'est compliqué,
18:28il y a beaucoup de freins,
18:29mais techniquement,
18:30c'est possible.
18:31Mais ça mettrait
18:32beaucoup, beaucoup de temps
18:33et il y a des freins considérables
18:35de la part
18:35d'une majorité
18:37d'agriculteurs.
18:38Émilie Torgemène,
18:39est-ce qu'on peut dire aussi
18:40que le conflit ouvert
18:41entre le ministère
18:42de l'Agriculture
18:42et le ministère
18:43de l'Écologie
18:44en France
18:45est aussi un élément
18:46qui permet d'expliquer
18:47qu'il est impossible
18:48aujourd'hui
18:48de sortir du glyphosate ?
18:50Oui, politiquement,
18:51on voit que la question
18:52du glyphosate
18:53et des pesticides
18:54en général d'ailleurs
18:55est toujours
18:56un point de friction
18:58entre le ministère
18:59de l'Agriculture
19:00qui défend ses troupes
19:01et puis le ministère
19:03de l'Environnement
19:04qui voit les risques
19:05et qui pense
19:06principe de précaution
19:08qui voit les risques
19:09pour la santé humaine
19:09et aussi pour l'environnement.
19:11C'est vraiment récurrent.
19:12Alors, on l'a vu
19:13dernièrement très fort
19:14entre les ministres
19:15Christophe Béchut
19:16et Marc Fénaud.
19:17Christophe Béchut
19:17pour l'Environnement
19:18et Marc Fénaud
19:19pour l'Agriculture.
19:20Mais très honnêtement,
19:21depuis 2007
19:22et le Grenelle
19:22de l'Environnement,
19:23la question et le conflit
19:25est le même
19:25entre tous les ministres.
19:28Frédéric Mouchon,
19:29le 13 octobre dernier
19:30dans Le Parisien,
19:31vous avez publié
19:32un article
19:33intitulé
19:34« Effet du glyphosate
19:35sur la santé,
19:36le poison du doute ».
19:37Dans le cadre
19:38de cet article,
19:39vous avez rencontré
19:39des Français
19:40qui ont été exposés
19:41au glyphosate
19:41et qui sont aujourd'hui
19:42atteints de cancer.
19:44Ils font clairement
19:45le lien entre leur maladie
19:46et le glyphosate.
19:47Oui, j'ai notamment
19:48rencontré un ancien
19:50agent de Voiry
19:51qui a officié
19:52pendant des années
19:53dans une petite commune
19:54de l'Isère.
19:54Il me racontait
19:55que pendant 15 ans,
19:57à raison de 3 fois par an,
19:58il pulvérisait
19:59des zones à traiter
19:59sur sa commune
20:01en utilisant
20:02un bidon de 300 litres
20:03rempli de Roundup,
20:04la fameuse matière active
20:06du glyphosate.
20:06Et il se trouve
20:07qu'au bout d'un certain temps,
20:08cet agent de Voiry
20:09a contracté
20:10un cancer,
20:12un lymphome
20:12non-hudschkinien.
20:13Et il se trouve
20:14que plusieurs études
20:15conduites en Suède,
20:16aux États-Unis,
20:17au Canada,
20:17ont montré
20:18des risques
20:18accumulés
20:19de lymphomes
20:19non-hudschkinien
20:20du fait
20:21de l'utilisation
20:22de ces produits chimiques.
20:24sa maladie a fini
20:25par être reconnue
20:26comme une maladie professionnelle.
20:27J'ai notamment
20:28eu en ligne
20:30une association
20:31qui s'appelle
20:31Phyto-Victime
20:32qui croule
20:33sous les appels
20:33de professionnels
20:34qui, comme ce fameux
20:35Michel que j'avais rencontré,
20:37craignent d'avoir subi
20:38les effets des pesticides
20:38en les manipulant.
20:39Cette association
20:40qui a été créée en 2021,
20:42elle a reçu
20:42plus de 1000 appels
20:43de professionnels
20:44qui relient leur maladie
20:46à l'utilisation
20:47de pesticides
20:48comme le glyphosate.
20:49Vous mentionnez ici
20:50des professionnels
20:51mais il y a aussi
20:52des particuliers,
20:54des habitants
20:54qui disent avoir été victimes
20:55de cette molécule
20:56le glyphosate
20:57et qui témoignent
20:58dans les médias.
20:59Oui, c'est notamment
21:00le cas de Sabine Grattalou.
21:02Son fils Théo
21:03souffre depuis la naissance
21:04de malformations
21:05au niveau de l'œsophage
21:06et de la trachée
21:07et le Fonds d'indemnisation
21:09des victimes des pesticides
21:10vient de reconnaître
21:11que le lourd handicap
21:12de son enfant
21:13qui est aujourd'hui
21:13âgé de 16 ans
21:14est possiblement en lien
21:16avec l'utilisation
21:17par sa maman
21:18pendant sa grossesse
21:19d'un désherbant
21:20à base de glyphosate.
21:21J'ai aussi pu interroger
21:22d'autres personnes
21:24qui, pour le coup,
21:26vivent en fait
21:27à proximité
21:28de parcelles agricoles
21:29sur lesquelles
21:30des agriculteurs
21:31utilisent
21:32ou ont dit
21:33l'utiliser
21:34pendant des années
21:34le glyphosate
21:35et il se trouve
21:36que la famille
21:37que j'ai interviewée,
21:38la maman
21:38et un des enfants
21:39sont tous les deux
21:40tombés malades
21:41à un an d'intervalle
21:41et j'ai intitulé
21:44mon article
21:44« Le poison du doute »
21:45parce que,
21:46sans pour l'instant
21:47faire le lien direct
21:48avec l'utilisation
21:49des pesticides
21:50dans le champ voisin,
21:51en tout cas,
21:52ces familles-là
21:52s'interrogent
21:53et se demandent
21:54si elles n'ont pas
21:55été empoisonnées.
21:56Et est-ce que Monsanto,
21:57qui a été racheté en 2018
21:58par les laboratoires Bayer,
22:00a été poursuivi en justice ?
22:02Actuellement,
22:02il y a plusieurs dizaines
22:03de milliers de procédures
22:04qui ont été lancées
22:06par des particuliers
22:07contre Bayer.
22:09D'ailleurs,
22:09Bayer vient d'être
22:10condamné aux Etats-Unis,
22:11alors ils ont fait appel,
22:12mais ils ont été
22:13condamnés par un jury
22:14à verser plus de
22:151,5 milliard de dollars
22:16à trois plaignants
22:17qui affirment
22:18que leur cancer
22:18est lié au désherbant round-up
22:19à base de glyphosate.
22:21Preuve que le groupe
22:22s'inquiète vraiment
22:23des conséquences
22:24à long terme
22:24que peuvent avoir
22:25ces procédures.
22:26Ils ont provisionné
22:2716 milliards de dollars
22:29pour couvrir
22:29le risque juridique
22:30lié au round-up.
22:38Merci à Frédéric Mouchon
22:40et Émilie Torgemène.
22:41Cet épisode a été produit
22:43par Thibault Lambert
22:44et Barbara Gouy,
22:45réalisation Pierre Chaffanjon.
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