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Après avoir été intoxiqué en 2004 par le Lasso, un herbicide produit par Monsanto, l’agriculteur charentais avait porté plainte contre la firme américaine. Son combat a pris fin en décembre dernier après plus de 15 ans de procédure judiciaire. Paul François revient sur son histoire au micro de Raphaël Pueyo.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : INA, France 2, TF1, France 3.
#agriculture #combat
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00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 7 novembre 2022, le tribunal judiciaire de Lyon a condamné le fabricant de pesticides Bayer
00:17à verser un peu plus de 11 000 euros d'indemnisation à un agriculteur céréalier français.
00:24Paul-François, 59 ans, avait été intoxiqué en 2004 par un pesticide de Monsanto,
00:30entreprise rachetée ensuite par Bayer, et dans cette affaire, la Cour de cassation
00:35avait définitivement confirmé la responsabilité de l'industriel en octobre 2020.
00:41Longtemps fier de participer à une agriculture intensive, Paul-François en est revenu suite à ce qu'il a vécu
00:47et il s'est complètement converti à une production biologique.
00:50Paul-François raconte son histoire aujourd'hui dans Codesources au micro de Raphaël Pueyo
00:55qui s'est rendu chez lui dans son exploitation à Bernac-en-Charente.
01:06Après avoir quitté la voie rapide de la Nationale 10 qui relie Poitiers à Angoulême,
01:11je remonte un petit chemin de terre qui longe une grande bâtisse en pierre de couleur ocre.
01:15Vous avez atteint votre destination.
01:23Sous un hangar, coiffé d'un toit en tôle d'acier, égaré à un tracteur rouge délavé des années 70.
01:28Au loin, des champs à perte de vue, des éoliennes et quelques vergers.
01:32Bonjour.
01:33Bonjour.
01:34Ça fait le Pueyo.
01:35Paul-François.
01:36C'est de cette ferme vieille de 300 ans dont Paul est tombé amoureux en 1990,
01:40après son mariage avec Sylvie.
01:42Et c'est à quelques kilomètres de là qu'il grandit dans le petit hameau de Pérido,
01:46en bordure de la ville de Ruffec avec ses cinq frères et sœurs.
01:54On est proche d'une commune avec, à l'époque, 7000 habitants, tout en étant à la campagne.
02:02Alors le mercredi, c'est les copains et les copines qui viennent parce que sur une ferme,
02:06il y a toujours affaire, on peut faire des cabanes, on peut faire plein de choses.
02:09Et tous les mercredis et les week-ends, c'était des grandes parties de rigolades.
02:13D'abord, il y avait un petit ruisseau qui nous servait de lieu de baignade.
02:17Quand il y avait plus d'eau dans le ruisseau, avec des bottes de paille, une bâche, on faisait une
02:20piscine.
02:22Ça a été un lieu de vie très, très agréable jusqu'en 1976.
02:25Alors je me dis, pourquoi je dis 1976 ?
02:26C'est parce qu'à ce moment-là, a été construite une autoroute qui a coupé la ferme en deux,
02:32a été créée une zone industrielle et cette campagne a été complètement saccagée.
02:37Je n'ai pas d'autres mots.
02:39Nous voici donc sur la zone industrielle de Ruffec, une zone viabilisée.
02:43Et vous voyez, il y a encore de la place pour accueillir de nouveaux industriels.
02:46Et ce petit hameau a commencé à perdre son âme et à perdre ses habitants.
02:53Le hameau de Péridot n'était plus le même.
02:55Paul est né le 5 janvier 1964.
02:58Ses parents, Alphonse et Thérèse, sont issus de la paysannerie vendéenne.
03:02Sur leur ferme de 80 hectares, ils cultivent du blé, de l'orge et du tabac,
03:06tout en s'occupant d'une centaine de vaches laitières et de quelques cochons.
03:09Au début des années 50, le père de Paul désherbe les champs à la main
03:13et laboure la terre avec ses trois chevaux.
03:16Mais dans les années qui suivent, l'agriculture française se modernise.
03:19Alphonse remplace ses chevaux par un tracteur flambant neuf.
03:23Nous sommes parvenus à ce stade d'une renaissance agricole
03:26que les plus optimistes se défendaient de prévoir aussi brillante.
03:29Voici 5 ans.
03:39Le père de Paul a désormais recours à de l'engrais de synthèse pour fertiliser la terre.
03:44Il utilise du maïs à haut rendement
03:46et des pesticides sont répandus en quantité sur les cultures pour tuer tous les parasites.
03:50Alphonse est fier de faire partie de cette nouvelle révolution agricole.
03:54L'essor de l'agriculture française peut être sans exagération taxé de remarquable.
04:01Moi, dans les années 70, quand j'ai une dizaine d'années que je participe aux travaux de la ferme,
04:05j'ai vu où on passait pratiquement d'un travail manuel pour arracher de l'herbe dans certaines cultures
04:10où avec la chimie, ça se fait beaucoup plus facilement.
04:15Et donc, on ne se pose pas de questions.
04:17Et on arrive à augmenter les rendements en céréales.
04:21Et quelque part, on est fier de dire qu'on nourrit une partie de la planète.
04:25Au début des années 90, après des études agricoles,
04:29Paul s'installe dans une ferme, juste à côté du hameau de ses parents,
04:32avec sa femme Sylvie, infirmière à l'hôpital,
04:34et leurs deux filles, Laura et Amandine.
04:37Il reprend l'exploitation familiale, achète d'autres terres
04:40et se retrouve quelques années plus tard à la tête de 240 hectares.
04:43Comme son père avant lui,
04:44Paul a recours aux pesticides pour traiter ses champs de blé, de colza et de maïs.
04:48Et chaque année, il se retrouve invité à Paris par plusieurs firmes de l'agrochimie.
04:53Parmi elles, il y a l'un des géants du secteur, l'américain Monsanto,
04:57venu présenter un nouveau produit révolutionnaire.
05:00Des agriculteurs comme moi, on était ciblés par ces firmes
05:03pour nous inviter à Paris, pour aller voir des essais de produits.
05:08Et le soir, dîner dansant, et tout ça a été payé par ces firmes.
05:13C'était des partenaires, ils étaient là pour nous aider à mieux produire.
05:17Et en plus, on banalise un maximum l'utilisation de ces pesticides.
05:23On ne parle pas de pesticides, on dit phyto, puis on nous dit que c'est des médicaments des plantes.
05:26Et quand le Roundup est arrivé, fin des années 70, début des années 80,
05:30c'était le produit miracle, parce qu'il n'y avait pas une plante qui ait dû résister.
05:34La France est un grand pays agricole.
05:3632 millions d'hectares de culture, 32 millions d'hectares à défendre contre les mauvaises herbes.
05:42Laissez faire Roundup.
05:45Roundup détruit totalement les mauvaises herbes, même les plus coriaces.
05:50Feuilles, racines, tout est éliminé.
05:53Roundup, des herbans autorisés pour toute culture.
05:58En plus, on nous dit, il n'est pas dangereux.
06:00La preuve, c'est qu'on peut en boire.
06:02Et les commerciaux prennent un verre et on les voit boire ce produit.
06:09Au début des années 2000, l'agriculture intensive basée sur l'utilisation des pesticides est la norme.
06:14Elle est subventionnée par l'État et défendue par le principal syndicat agricole, la FNSEA.
06:20Paul en fait partie, utilise plusieurs pesticides de la firme Monsanto,
06:24et il est fier d'appartenir à cette nouvelle génération d'agriculteurs.
06:27J'avais une image détestable des agriculteurs bio qui étaient incapables de nourrir la planète
06:33et qui vivaient avec trois chèvres, les cheveux longs, enfin tous les clichés.
06:37Alors nous, on était assez fiers de participer à cette modernité.
06:42C'est une certaine revanche sociale qui se fait pour certains d'entre nous.
06:46Et donc, le regard y change.
06:49Sur l'exploitation, c'est Paul qui réalise la grande majorité des épandages de pesticides.
06:53Et pour être plus efficace, il va jusqu'à utiliser un hélicoptère, un moyen très en vogue à l'époque.
07:01L'efficacité et la souplesse d'utilisation de l'hélicoptère ont toujours été unanimement reconnues.
07:06C'est un peu le rêve américain où là-bas ils traitaient avec des avions.
07:09Et donc, grâce à l'hélicoptère, on fait des épandages de granulés.
07:12Mais le pire, c'est qu'on est dessous.
07:15C'est qu'il faut guider. Il n'y a pas de guidage GPS comme aujourd'hui.
07:18Et donc, on est avec des grandes perches, avec un jalon au bout pour guider l'hélicoptère.
07:23Et on est arrosé par le produit.
07:25Mais on ne se pose pas de questions.
07:27On prend une douche après.
07:31Le mardi 27 avril 2004, la météo est idéale.
07:34Il fait chaud et surtout, il n'y a pas de vent.
07:37Ce jour-là, Paul a prévu de faire un épandage dans ses champs de maïs.
07:41On est fin avril, il commence à faire chaud.
07:43On est en pleine période de traitement.
07:47Et vers midi, enfin c'était juste avant de déjeuner,
07:50sachant que la nuit qui allait suivre, j'allais faire un fongicide sur les colzans.
07:55Et là, il ne fallait surtout pas qu'il y ait de résidus de l'herbicide du maïs dedans.
07:59Je décide de vérifier que ma cuve embarquée soit propre.
08:04Au moment où j'ai ouvert le couvercle,
08:06j'ai été surpris par une chaleur qui est sortie de cette cuve.
08:09Et surtout, comme un gaz que j'ai inhalé, qui m'a chauffé tout le corps.
08:15Et là, j'ai été très surpris parce qu'habitué à utiliser ces produits,
08:18j'ai compris qu'il était resté du produit dans la cuve,
08:21qu'encore de circonstances, mélangé à de l'eau, il devient plus volatile.
08:25C'est une journée où il fait chaud et c'est devenu un gaz.
08:28Du coup, j'ai tout laissé sur place et je suis rentré à mon domicile.
08:32J'ai traversé la cour qui est derrière vous et je suis rentré.
08:35Et par chance, ma femme, ce jour-là, ne travaillait pas.
08:38Et je lui dis ce qui s'était passé.
08:39Donc, les premières précautions, prendre une douche, enlever ses vêtements.
08:44Et elle a appelé mon associé pour lui dire,
08:46« Paul, va pas bien ? »
08:48Et le temps qui monte, en fin de compte, j'étais en train de perdre connaissance.
08:52Sylvie a appelé l'hôpital en disant,
08:55« Préparez de l'oxygène, il est en difficulté respiratoire,
08:59et il a perdu connaissance, il faut préparer tel matériel. »
09:07Quand ils arrivent à l'hôpital de Ruffec, Paul est dans le coma.
09:11Sylvie raconte aux médecins que son mari a inhalé un herbicide
09:14alors qu'il travaillait sur la ferme.
09:16L'hôpital a appelé le centre antipoison de Bordeaux
09:19et qui a dit, « Gardez-le en observation,
09:23et d'ici quelques heures, une journée ou deux,
09:27tout va rentrer dans l'ordre. »
09:30Si il crache du sang, qu'il soit un peu comateux,
09:32c'est pas grave, il va revenir à lui.
09:34Quelques jours après, j'ai repris connaissance,
09:37je suis rentré chez moi,
09:38j'avais des problèmes d'élocution,
09:41j'ai toussé énormément,
09:42mais j'ai repris mon activité quelques semaines après.
09:47J'ai eu la visite d'un médecin du travail
09:49qui m'a expliqué que tout allait rentrer dans l'ordre.
09:53Pendant l'été 2004, Paul ne va pas mieux.
09:55Il perd plusieurs kilos,
09:57tient des propos incohérents
09:58et il est pris de violents maux de tête
09:59qui l'empêchent de travailler.
10:01Il tombe même dans le coma à plusieurs reprises
10:03et effectue une dizaine de séjours à l'hôpital.
10:05Mais les médecins ne trouvent rien.
10:07Sa femme Sylvie est persuadée
10:09qu'il existe un lien entre ses symptômes
10:11et son intoxication.
10:12Alors, elle décide d'appeler le siège français
10:14de Monsanto à Lyon.
10:22Quand Sylvie avait pris contact avec eux,
10:24elle lui disait
10:24« Non, non, vous n'inquiétez pas, Mme François,
10:26il n'y a pas de problème avec notre produit. »
10:28Elle les accusait de rien.
10:29Elle disait « Peut-être que vous avez eu des soucis
10:31dans les usines,
10:31vous connaissez peut-être l'antidote
10:33pour une intoxication avec votre produit. »
10:35J'étais donc entre la vie et la mort à l'hôpital.
10:37Ils disent « S'il y a un problème,
10:39nous serons là pour vous aider. »
10:41Elle leur avait dit
10:42« Je ne vous demande pas de payer son enterrement,
10:43je vous demande de me dire
10:44si oui ou non,
10:45ce produit peut causer ces problèmes. »
10:48Début novembre 2004,
10:49Paul tombe à nouveau dans le coma.
10:51Il est hospitalisé à Poitiers,
10:52puis à Angoulême,
10:53mais les médecins ne comprennent toujours pas
10:55ce qui lui arrive.
10:56Alors, il le redirige vers le service neurologique
10:58de la Pitié-Salpêtrière à Paris,
11:00qui lui fait passer des examens.
11:02Les neurologues sont formels,
11:03Paul souffre de lésions cérébrales,
11:05mais ils y sont incapables de dire pourquoi.
11:08Alors, sa femme Sylvie décide de mener l'enquête.
11:10Elle fait analyser auprès d'un laboratoire
11:12le produit qui était resté dans la cuve
11:14et que Paul a inhalé.
11:15Il s'agit du LASSO,
11:17un herbicide vendu par Monsanto depuis 1967
11:19et qui est très populaire auprès des cultivateurs de maïs.
11:23Sur le soja et le maïs,
11:25pour désherber avant ou après le semis,
11:27il n'y a pas 36 solutions.
11:28C'est LASSO et c'est rentable.
11:30LASSO de Monsanto.
11:31Ensemble, défendons votre terre.
11:34Sylvie découvre que ce produit contient
11:36du monochlorobenzène et de l'alachlore,
11:38deux molécules très toxiques pour le système nerveux.
11:40Elle présente ses analyses à deux chercheurs du CNRS
11:43qui lui conseillent de faire d'autres analyses plus poussées
11:46de sang, d'urine et de cheveux.
11:49Paul découvre que ces deux molécules qui composent le LASSO
11:51sont toujours présentes à eau douce dans son organisme
11:54un an après en avoir inhalé.
11:56Quelques semaines plus tard,
11:58grâce à un traitement anti-poison,
12:00Paul va mieux.
12:01Après cinq mois à l'hôpital,
12:02il peut enfin rentrer chez lui.
12:04Mais dans les mois qui suivent,
12:05il continue de ressentir de violents maux de tête
12:07qui l'empêchent de travailler à plein temps.
12:09Alors, il décide de monter un dossier
12:11auprès de la MSA,
12:12la mutualité sociale agricole,
12:14pour obtenir la reconnaissance de sa maladie professionnelle.
12:19Je rencontre un médecin de la mutualité sociale agricole
12:23qui me dit, avec beaucoup d'ailleurs de condescendance,
12:26mais monsieur, le pesticide, c'est pas dangereux.
12:28Je ne prends pas votre demande en compte.
12:31Circuler, il n'y a rien à voir.
12:33Et comme j'avais possibilité de contester cette décision
12:36devant un tribunal des affaires de sécurité sociale,
12:38que je ne connaissais pas à l'époque,
12:40c'est ce que j'ai fait.
12:41Paul fait appel à François Laforgue,
12:43un avocat spécialiste du droit du travail
12:45qui a défendu des victimes de l'amiante.
12:47Le 3 novembre 2008,
12:49après plusieurs années de procédure,
12:51le tribunal d'Angoulême condamne la MSA.
12:54Paul obtient une indemnisation de 159 euros par mois,
12:57mais surtout, il obtient la reconnaissance du lien
12:59entre son intoxication au lasso
13:01et sa maladie professionnelle.
13:03En Charente, un agriculteur victime de coma
13:06et pétition obtenue du tribunal des affaires sociales d'Angoulême,
13:09la reconnaissance du lien entre sa pathologie et un herbicide.
13:12Paul François avait été intoxiqué en 2004.
13:15Son avocat, maître François Laforgue, réagit face aux médias.
13:18Nous espérons que cette décision sera préalable à d'autres actions
13:24engagées contre cette firme
13:26qui aujourd'hui est à l'origine de nombreuses pathologies pour des agriculteurs.
13:32Durant son combat contre la MSA,
13:34Paul fait la rencontre de Yannick.
13:36C'est un viticulteur de 44 ans
13:38qui se bat depuis plusieurs années contre une leucémie
13:40après avoir été exposé toute sa vie aux pesticides.
13:43Un jour, il lui rend visite sur son lit d'hôpital.
13:47Sur son lit d'hôpital, il me dit
13:49« Tu crois vraiment que c'est les produits qui m'ont empoisonné ? »
14:16Donc on voulait vraiment se battre pour qu'enfin ça sorte du silence.
14:23Avec d'autres agriculteurs,
14:24Paul crée l'association Phyto-Victime
14:26pour venir en aide aux victimes de pesticides.
14:29Conforté par sa victoire en justice face à la MSA,
14:32Paul veut maintenant s'attaquer à Monsanto,
14:34la firme américaine qui fabrique le lasso.
14:36Il en fait part à son avocat,
14:38maître François Laforgue.
14:40Il me dit
14:41« Je vous suis,
14:43mais je dois vous mettre en garde.
14:45C'est une procédure qui sera très longue,
14:48qui va être coûteuse
14:49et vous attaquez à une multinationale américaine.
14:53Et ce n'est pas rien. »
14:56J'en parle avec Sylvie,
14:57je lui explique
14:58et là ma femme me dit
14:59« Écoute, autant je t'ai d'accord pour
15:01tuer la reconnaissance en maladie professionnelle,
15:03mais ne porte pas plainte contre cette firme.
15:05D'abord, tu gagneras jamais,
15:06ensuite tu vas nous mettre en danger.
15:08Ce combat t'échappera,
15:10ça ne sera plus le tien après. »
15:11Paul décide de porter plainte contre Monsanto.
15:13« C'est un peu le combat de David contre Goliath.
15:16En Charente, un céréalier a décidé d'attaquer la firme Monsanto.
15:20L'agriculteur estime que ses ennuis de santé
15:23sont dus à un herbicide
15:24produit par ce géant de l'agrochimie. »
15:27En vue du procès,
15:28il part mener l'enquête en Belgique
15:29aux archives du ministère de la Santé
15:31où il met la main sur le dossier d'homologation du lasso.
15:34C'est quand j'ai eu accès à ce dossier
15:36grâce à l'aide d'une ONG
15:38que j'ai compris que Monsanto
15:40ne pouvait pas ignorer la toxicité de ce produit.
15:44Pour preuve, c'est que la première alerte
15:45remontait à 1977,
15:48que Monsanto, on voit dans ce dossier,
15:51n'arrive pas à apporter la preuve
15:53de la non-dangerosité du produit.
15:56Les firmes s'étaient servies de gens comme moi
15:58pour développer leurs produits
16:00et que savaient pertinemment que leurs produits
16:02représentaient un danger pour nous, agriculteurs,
16:04pour nos descendants,
16:05pour les consommateurs,
16:07pour la planète.
16:07Ces fameux collaborateurs
16:09qui étaient là pour nous aider
16:10à faire une agriculture soi-disant
16:12qui allait nourrir la planète et propre,
16:14en fin de compte,
16:15nous vendent des produits
16:16qui nous empoisonnent au quotidien.
16:20Paul fait d'autres découvertes
16:21à propos du lasso.
16:23Il apprend qu'il est interdit au Canada,
16:25en Belgique, au Royaume-Uni
16:26et dans certains États américains
16:28depuis le début des années 90,
16:30parce qu'il est considéré comme cancérigène.
16:32Il apprend aussi qu'en France,
16:34le lasso a été autorisé jusqu'en 2007
16:36avant d'être retiré du marché
16:38par la Commission européenne
16:39avec comme argument
16:41« trop dangereux pour l'utilisateur ».
16:43Le procès contre Monsanto
16:45se tient le 11 décembre 2011
16:46au tribunal de grande instance de Lyon.
16:49Le 13 février 2012,
16:51quelques semaines après le procès,
16:52Paul et sa femme Sylvie
16:53sont dans le bureau de son avocat à Paris.
16:56C'est là qu'ils apprennent
16:57la décision du tribunal.
16:59Paul décroche sa première victoire
17:00contre la firme américaine.
17:02Après de longs moments de doute,
17:04Paul-François est maintenant soulagé.
17:06Monsanto a été jugé responsable
17:08du préjudice qu'il a subi.
17:09Le céréalier Charentais
17:11a été intoxiqué au printemps 2004
17:12par un herbicide, le lasso.
17:15Intoxication par un produit dangereux
17:17et des informations organisées
17:19par le fabricant
17:20ont été retenues
17:21par le tribunal de grande instance de Lyon.
17:24Je me souviens que le lendemain matin,
17:27je me dis que j'ai rêvé,
17:29on a gagné,
17:29est-ce que c'est vrai ou pas ?
17:31Parce que c'est Monsanto,
17:32c'est une des plus grandes multinationales mondiales
17:35et qui est face à toi.
17:36C'est la seule et unique
17:38condamnation de Monsanto.
17:39Parce qu'aux Etats-Unis,
17:40on parle de condamnation,
17:42il n'y a jamais eu de condamnation.
17:43Ce sont des accords
17:44qui ont été passés entre les partis,
17:46comme le droit américain le permet,
17:48mais Monsanto n'a pas été condamné.
17:49Mais le combat judiciaire contre Monsanto
17:51est loin d'être terminé.
17:53Le géant américain a fait appel
17:54et ses avocats multiplient les expertises
17:57et contre-expertises
17:57pour les décourager en vue du procès.
17:59Ils tentent même de le faire passer pour un fou
18:01et vont jusqu'à nier son intoxication au lasso.
18:04Dans le même temps,
18:05Paul a toujours de graves problèmes de santé.
18:08La stratégie de Monsanto,
18:10c'est la stratégie des firmes américaines
18:12et c'est-à-dire que
18:14c'est dénigrer celui qui porte plainte.
18:17C'est-à-dire qu'au départ,
18:18ils disaient que je n'avais pas la preuve
18:19que j'avais acheté le produit,
18:21que je n'avais pas la bonne facture.
18:25Plusieurs fois, j'ai réfléchi à arrêter
18:27et c'est là où Civit me disait
18:28« Non, maintenant, tu n'arrêtes pas. »
18:31Parce que ça ne t'appartient plus,
18:32je te l'avais dit.
18:33Il y a des milliers de gens
18:34qui t'ont soutenu,
18:35qui croient en ton combat
18:36et il faut que tu ailles au bout.
18:38Tu dois tenir.
18:39Le 10 septembre 2015,
18:41Paul a une nouvelle fois rendez-vous
18:42chez son avocat à Paris
18:43après un procès particulièrement éprouvant
18:46contre Monsanto en mai.
18:47La cour d'appel de Lyon
18:48valide la décision de 2012.
18:50C'est un peu la victoire de David
18:52contre Goliath.
18:53Le géant américain Monsanto
18:55devra bien indemniser
18:56un agriculteur français intoxiqué en 2004.
18:59Monsanto décide de se pourvoir en cassation.
19:01Quelques mois plus tard,
19:02à l'été 2017,
19:04Paul est à l'hôpital
19:04entre la vie et la mort.
19:05Il vient de se faire opérer
19:07d'une tumeur à la thyroïde
19:08et il est victime en l'espace
19:09de quelques jours
19:10de cinq septicémies
19:11et d'une embolie pulmonaire.
19:13C'est à ce moment-là
19:14que son avocat l'appelle
19:15pour lui apprendre
19:16que la cour de cassation
19:17a décidé de renvoyer le dossier
19:19en cours d'appel une nouvelle fois
19:20en raison d'un vice de procédure.
19:22Il y aura donc
19:23un quatrième procès contre Monsanto.
19:27Il se trouve que je suis à l'hôpital
19:29on m'a enlevé une tumeur
19:31sur la thyroïde
19:32j'ai des complications
19:34je me dis
19:35j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle
19:37la mauvaise c'est que la cour de cassation
19:40casse la décision
19:41la bonne c'est qu'il nous renvoie
19:42devant la cour d'appel
19:44pour une raison qui pourra être
19:46une jurisprudence qui sera plus large
19:48et ça sera meilleur pour les autres victimes.
19:51Il fallait continuer à se battre
19:52sur un nouveau fondement.
19:53C'est ce qu'on a fait.
19:54A sa sortie de l'hôpital
19:55Paul reprend son combat contre Monsanto
19:57mais le 11 septembre 2018
19:59il perd sa femme Sylvie
20:01emportée à 54 ans
20:02par une rupture d'anévrisme.
20:04Ça ça a été
20:06un choc
20:07un choc sans nom
20:08parce qu'elle est décédée dans son sommeil
20:11on s'était plutôt préparé
20:12à ce que ce soit moi
20:13qui décède avec mon intoxication
20:15mais pas parce que Sylvie disparaisse
20:17et après
20:19appeler mes filles
20:20pour leur expliquer
20:20que leur maman n'est plus de ce monde
20:21c'est quelque chose de
20:24ouais
20:24on trouve ça injuste
20:26incompréhensible
20:27et ça a été terrible.
20:29D'ailleurs je me suis posé la question
20:30après son décès
20:31si on devait continuer
20:32et mes filles ont dit
20:33ben tu vas le faire
20:34rien que pour la mémoire de maman
20:36il faut continuer.
20:37Le 6 février 2019
20:39s'ouvre à Lyon
20:39le quatrième procès
20:40de Paul contre Monsanto
20:41le premier sans sa femme
20:42Sylvie à ses côtés.
20:44Il est assis dans la salle d'audience
20:45avec ses filles
20:47Laura et Amandine.
20:48C'était difficile
20:49parce que
20:50deuxième cours d'appel
20:51et Sylvie n'est plus là
20:54et je crois qu'une des phrases
20:55les plus terribles
20:56que j'ai pu entendre
20:57c'est
20:59cette intoxication
21:00ce ne sont que des oui-dires
21:01de madame François.
21:03Pourquoi le jour
21:04de l'intoxication
21:05elle n'appelle pas
21:06les pompiers
21:07et elle ne fait pas
21:07venir un huissier
21:08pour regarder
21:09qu'est-ce que c'est
21:10comme produit dans la cuve
21:11nous n'avons aucune preuve.
21:13Ça veut dire que
21:14ma femme le jour
21:14de l'intoxication
21:15aurait dû appeler
21:16un huissier
21:17pour garder le produit
21:18et appeler les pompiers
21:19ma femme
21:20elle a pensé
21:20à me sauver.
21:22La cour d'appel de Lyon
21:23donne encore raison à Paul
21:24et le 21 octobre 2020
21:27Monsanto
21:27est définitivement
21:28condamné
21:29par la cour de cassation.
21:30C'est un soulagement
21:31après 14 ans
21:33de bataille judiciaire
21:34Paul François
21:35est reconnu
21:36comme victime
21:36du lasso.
21:37La cour de cassation
21:38a tranché
21:39elle a rejeté
21:40tous les recours
21:41du groupe phytopharmaceutique.
21:43Il faut attendre
21:44deux ans
21:44pour que le marathon
21:45judiciaire de Paul
21:46prenne fin
21:47puisqu'il lui reste
21:48un dernier procès
21:49pour réclamer
21:49devant la justice
21:50plus d'un million d'euros
21:51de dommages et intérêts.
21:56Près de 15 ans
21:57après avoir déposé plainte
21:58le 7 novembre 2022
22:00son avocat
22:01lui apprend
22:01qu'il touchera
22:02finalement 11 135 euros
22:03d'indemnité
22:04de la part de Monsanto.
22:07Je me suis effondré
22:08je lui ai dit
22:09mais c'est pas possible
22:11c'est une farce
22:12que la justice
22:13que la législation
22:15ne fasse pas
22:16qu'on n'ait pas
22:17pris en compte
22:17correctement
22:18le préjudice économique
22:19sur la ferme
22:20qui a été estimé
22:20à plus de 700 000 euros
22:23il faudra la diviser
22:24parce que c'est
22:24une vraie jurisprudence
22:26et d'autres agriculteurs
22:27pourront porter plainte
22:28et auront des indemnisations
22:30en ligne de ce nom
22:31il faut positiver
22:32mais sur le coup
22:33ça a été une grande claque
22:34dans la gueule
22:35et après
22:36faire appel
22:37c'était une décision
22:38avec mes filles
22:39et on a décidé
22:40de stopper
22:42parce que
22:43on n'avait pas de garantie
22:44d'abord de toucher plus
22:45et puis
22:45il faut à un moment donné
22:47tourner la page
22:48j'avais toujours dit
22:48que ma première motivation
22:50était de faire
22:50condamner Monsanto
22:51ils sont condamnés
22:53définitivement
22:54je n'ai même pas envie
22:55de parler d'argent
22:56j'ai envie de dire
22:56que
22:58ça m'a coûté
22:59une partie de ma vie
22:59et ça
23:01ça n'a pas de prix
23:02le temps qu'on a passé
23:03avec Sylvie
23:05le temps que je me battais
23:06je n'étais pas sur la ferme
23:07non plus
23:07donc on a perdu de l'argent
23:08sur tous les points de vue
23:10c'est plus
23:10tous les sacrifices
23:11à ce que j'ai fait vivre
23:12à mon entourage
23:13qui me coûte aujourd'hui
23:32Raphaël
23:32il y a une chose
23:33dont Paul François
23:34n'a pas souhaité parler au micro
23:35c'est que
23:36fin janvier
23:37dans la nuit du 30 au 31 janvier
23:39chez lui
23:39à Bernac
23:40en Charonde
23:41il a été victime
23:42d'une agression
23:42oui en fait
23:43il m'a raconté
23:44que cette nuit
23:45il rentrait de chez sa mère
23:46il avait mangé chez sa mère
23:47et au moment de sortir
23:48de sa voiture
23:49il y a trois hommes cagoulés
23:50qui l'agressent
23:51ils vont le ligoter
23:52ils vont le menacer
23:53avec un couteau
23:54et ils vont lui faire avaler
23:55un liquide inconnu
23:57encore aujourd'hui
23:57tout en lui disant
23:58on en a marre de t'entendre
24:00et de voir ta gueule
24:01à la télé
24:01alors il ne sait pas du tout
24:03qui sont ces hommes
24:03une enquête a été ouverte
24:05par le parquet d'Angoulême
24:06pour violence en réunion
24:07d'un mot
24:08lui il ne pense pas
24:08que c'est Monsanto
24:09qui est derrière cette agression
24:10non il ne pense pas
24:11que ce soit Monsanto
24:12qui soit derrière tout ça
24:13la procédure judiciaire
24:15est aujourd'hui terminée
24:16et donc selon lui
24:17la firme américaine
24:18elle n'aurait aucun intérêt
24:19à faire ça
24:20concernant sa santé
24:21après son intoxication
24:22de 2004
24:23il en est où aujourd'hui ?
24:24aujourd'hui son système immunitaire
24:26il est très affaibli
24:27en fait à chaque fois
24:28qu'il a une petite infection
24:30tout prend des grandes proportions
24:32et puis il a des lésions
24:33cérébrales irréversibles
24:34ce qui fait qu'il a
24:35des crises à répétition
24:36avec des violents maux de tête
24:38où il doit rester alité
24:39pendant plusieurs jours
24:40et donc du coup
24:41pour faire face à ça
24:42il a de la morphine
24:43constamment avec lui
24:43et il me dit aussi
24:44qu'il est très suivi
24:45par le personnel médical
24:46parce que dans ce cas
24:47d'intoxication aux pesticides
24:49souvent comme c'est le cas
24:50pour d'autres agriculteurs
24:51les maladies elles arrivent
24:52des années après
24:53et donc il peut très bien
24:55développer une maladie
24:56en ce moment même
24:57et donc il est très contrôlé
24:58par le personnel médical
24:59son combat judiciaire
25:00avec Monsanto
25:01aura duré 15 ans
25:02est-ce qu'il sait
25:03combien ça lui a coûté
25:04en frais d'avocat par exemple ?
25:05lui il ne m'a pas donné
25:06de chiffres exacts là dessus
25:07par contre il m'a parlé
25:09des contre-expertises
25:10qu'il a dû produire
25:11qui ont été demandées
25:12par Monsanto
25:13et qu'il a dû payer lui-même
25:14et donc tout ça
25:16avec les préjudices
25:17qu'il a subis sur sa ferme
25:18puisqu'il ne pouvait pas
25:18travailler normalement
25:20ça se compte en plusieurs
25:21centaines de milliers d'euros
25:22c'est pour ça que
25:23durant la procédure
25:24il a demandé un million d'euros
25:25de dommages et intérêts
25:27et donc il a ouvert
25:27une cagnotte participative
25:29sur le site Ulule
25:30pour qu'on puisse l'aider
25:31justement à faire face
25:31à toutes ces dettes
25:34Merci Raphaël Pueyo
25:36cet épisode de Codesource
25:37a été produit par
25:37Thibaut Lambert
25:38et Emma Jacob
25:39réalisation
25:40Julien Moncouquiol
25:41Codesource est le podcast
25:43quotidien d'actualité
25:44du Parisien
25:45vous pouvez nous suivre
25:45sur Twitter
25:46at Codesource
25:47ou nous écrire
25:48directement
25:49codesource
25:50at leparisien.fr
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