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  • il y a 9 heures
Le jour de l’ouverture du Festival de Cannes, le 12 mai dernier, 600 professionnels du cinéma signent une tribune dans laquelle ils s’inquiètent de l’influence grandissante du milliardaire conservateur et propriétaire du groupe Canal +, Vincent Bolloré, sur le cinéma français. Les réactions ne se font pas attendre. Récit. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : LP/Fred Dugit - Musiques : François Clos, Audio Network - Archive : Le Figaro, France TV.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'est une tribune qui a fait beaucoup parler d'elle tout au long du dernier festival de Cannes qui
00:16s'est tenu du 12 au 23 mai.
00:19Dans ce texte paru dans la presse le jour de l'ouverture, 600 professionnels du 7e art s'inquiètent de
00:26la mainmise grandissante du milliardaire Vincent Bolloré.
00:30sur le cinéma français. Vincent Bolloré, premier actionnaire du plus gros financeur privé de films, le groupe Canal+,
00:37et qui est en passe d'acquérir le réseau de salles UGC. Les signataires y voient une menace pour la
00:44liberté de créer des films.
00:46On retrace cette séquence dans Codesource avec les deux journalistes qui ont couvert le festival de Cannes,
00:52les reporters cinéma du Parisien Catherine Ball et Renaud Baronian.
01:06Le samedi 23 mai, en début de soirée, c'est la cérémonie de clôture du 79e Festival de Cannes.
01:13Catherine et Renaud, vous êtes sur place pour le Parisien.
01:16Sur la scène du Palais des Festivals, la maîtresse de cérémonie, l'actrice Heye Aydara,
01:21commence par faire une allusion à l'atmosphère qui a régné pendant dix jours sur la croisette.
01:27Catherine, racontez-nous ça.
01:29Avant la cérémonie, on se demandait comment le sujet qui a agité un peu toutes les conversations pendant le festival,
01:33à savoir cette fameuse tribune zappée Bolloré, allait venir comme ça, l'air de rien, sur la scène du Palais
01:39des Festivals.
01:40Et en fait, on avait appris quelques heures avant la cérémonie qu'Hey Aydara allait faire une allusion.
01:46Cette croisette, ou cette année encore, se seront conjugués deux de nos passions françaises,
01:52celles pour le cinéma et celles pour les débats enflammés.
01:57Donc voilà, les débats enflammés, c'est cette fameuse tribune zappée Bolloré et tout ce qui a suivi.
02:02Ce soir, certains d'entre eux vont s'imposer, se distinguer.
02:07Voici venu le temps des palmes.
02:12Catherine, vous allez à Cannes depuis des années.
02:14Est-ce que vous aviez déjà eu affaire à pareils polémiques pendant le festival ?
02:18Ce qui est amusant, c'est qu'au moment où Cannes s'ouvre, il y a toujours des débuts de
02:22polémiques.
02:22Il y en a eu après l'affaire Weinstein sur Cannes ne fait rien pour le mouvement MeToo.
02:28Il y a parfois des sujets comme ça de sociétés un peu politiques qui animent le festival.
02:32Mais souvent, ils s'éteignent pendant le festival parce qu'en fait, on donne la place au film.
02:37Alors que là, c'est vrai que cette tribune zappée Bolloré qui est publiée le jour de l'ouverture de
02:41Cannes
02:41et qui connaît des rebondissements au milieu du festival,
02:45elle a vraiment alimenté les conversations et les débats enflammés, comme le dit Eyé Aïdara.
02:50Alors avant de nous raconter comment cette tribune a enflammé cette édition 2026
02:54et divisé le cinéma français,
02:56il faut d'abord expliquer comment un film se fabrique et se finance en France.
03:01Question toute simple, pour partir avec un ordre de grandeur dans la tête,
03:05ça coûte combien de faire un film ?
03:07Alors ça coûte très cher, ça coûte en moyenne 5 millions d'euros.
03:11Il faut savoir qu'un film, c'est évidemment des acteurs, des techniciens,
03:14c'est des décors, c'est des costumes, des outils de production, toute une technique.
03:18Il y a un quart des films en France qui se produisent pour moins d'un million d'euros,
03:22ce qu'on appelle les petits films,
03:24et il y a un quart qui coûte plus de 7 millions d'euros,
03:26et il y en a une poignée qui coûte 15 millions, 20 millions.
03:30Là, on a parlé beaucoup ces dernières années de Astérix et Obélix, l'Empire du Milieu,
03:34qui a coûté plus de 60 millions d'euros,
03:36des Trois Mousquetaires ou de La Bataille de Gaulle qui sort ce 3 juin,
03:41qui a coûté, c'est un diptyque, mais ça a coûté 75 millions d'euros.
03:43Voilà, il y a des très très gros budgets, mais c'est très rare.
03:46La moyenne, c'est 5 millions d'euros.
03:48Et en France, Renaud Baronian, il y a tout un système qui permet au film de pouvoir se financer,
03:53un système que beaucoup de pays nous envient.
03:56Comment ça marche ?
03:56Alors, ça marche via le CNC, qui a été créé en 1946, avec plusieurs missions,
04:03mais dont cette mission qui est d'aider au financement du cinéma,
04:06via ce qu'on appelle l'avance sur recette, le système de l'avance sur recette.
04:10Alors, c'est un des leviers, il y en a plusieurs.
04:12Mais l'avance sur recette, c'est...
04:14Demain, on va voir, alors, il y a des commissions, on passe en commission, c'est accordé ou pas.
04:19On argumente, on dit, voilà, j'ai besoin d'une avance sur ce que le film va rapporter.
04:23C'est ça, l'avance sur recette.
04:25Elle est financée par le billet de cinéma.
04:28C'est-à-dire qu'en fait, en France, c'est là que tout le monde nous envie.
04:32C'est les gros films, on va dire, qui financent les petits.
04:35C'est-à-dire que sur chaque entrée de cinéma, il y a 10,72% exactement,
04:40qui part pour la TSA.
04:43C'est un fonds, en fait, qui va nourrir.
04:45Et après, quand on demande de l'avance sur recette, c'est cet argent-là, en fait,
04:49qui est avancé, entre autres, parce que ça sert à d'autres choses, la TSA.
04:52Et puis après, il y a plein d'autres moyens.
04:54Il y a des aides des régions, il y a des financiers privés, quand même,
04:58des studios aussi, qui financent aussi des producteurs privés.
05:02Mais c'est beaucoup de systèmes d'aide, d'avance.
05:07Et surtout, c'est très important de le dire, ça ne coûte pas d'argent aux contribuables.
05:11Le CNC, qui est donc le centre national du cinéma et qui dépend du ministère de la Culture,
05:17parmi ceux qui participent au financement des films, il y a aussi ce qu'on appelle les diffuseurs.
05:23Qu'est-ce que c'est ?
05:24Alors, les diffuseurs, c'est les chaînes de télé, les plateformes de streaming.
05:27Alors là, il y a deux systèmes.
05:28Un producteur peut très bien aller voir France Télévisions, Canal Plus, en disant,
05:32est-ce que via vos filiales de production cinéma, vous voulez bien rentrer en production dans le film ?
05:37Mais surtout, il y en a pas mal qui ont des obligations de production.
05:41Et ça, c'est de l'argent qui va au CNC aussi.
05:43Les chaînes de télé, ils sont obligés de reverser une partie de leurs bénéfices au CNC,
05:49c'est des aides à la production, en fait.
05:50Ça, c'est le système français qui veut ça.
05:52Et les plateformes, encore plus, en fait.
05:54C'est de l'argent privé qui vient nourrir tous les systèmes d'aide à la production.
05:58Et donc, dans cet écosystème, Canal Plus est souvent surnommé le grand argentier du cinéma français.
06:04La chaîne est obligée, depuis longtemps, de participer massivement au financement des films.
06:10Pour quelles raisons, Catherine Ball ?
06:11Quand Canal Plus, qui est une chaîne privée, a été créée en 1984,
06:15c'était sur deux piliers, sur le cinéma et le sport.
06:19Et Canal, c'est ce qu'on appelle la première fenêtre de diffusion des films.
06:22C'est-à-dire qu'une fois que les films sont sortis au cinéma,
06:24la première façon de les voir, chronologiquement, c'est sur Canal Plus.
06:29Et en échange de ce privilège de diffuser les films en premier après le grand écran,
06:34Canal Plus s'est engagée à financer le cinéma français,
06:39c'est-à-dire la production des films,
06:40et à verser une partie de son chiffre d'affaires au CNC, le Centre National du Cinéma.
06:45Et sa participation, elle est donc très importante ?
06:47Oui, comme je disais, il y a des accords qui sont signés régulièrement
06:50entre Canal Plus et le cinéma français.
06:52Le dernier accord, il date de mars 2025.
06:54À ce moment-là, Canal signe un accord sur trois ans
06:57et il s'engage à verser 480 millions d'euros au minimum au cinéma français.
07:04Donc, 150 millions en 2025, 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027.
07:10C'est ce qui lui vaut son surnom de grand argentier du cinéma français
07:13puisque c'est le premier financeur privé des films français.
07:16Et on le voit bien quand on va voir un film français au cinéma.
07:19Il y a très souvent le logo de Canal Plus au début du film.
07:22Ça, c'est quelque chose qui montre la présence de Canal Plus dans le cinéma français.
07:26Oui, et souvent, au début d'un film, il y a écrit
07:28« Avec l'aide, avec le soutien du CNC, de la région PACA ».
07:32En mars 2025, quand Canal a renouvelé son accord avec le secteur du cinéma français,
07:37ils ont imposé que désormais, il y ait une mention qui dise
07:41« Avec le soutien essentiel de Canal Plus ».
07:43Donc, ce n'est plus « Avec l'aide de Canal Plus »,
07:45c'est « Avec le soutien essentiel de Canal Plus ».
07:47C'était une espèce de petite contrepartie dans ce deal qui est toujours assez tendu.
07:52À partir de 2012, le milliardaire breton Vincent Bolloré
07:56prend progressivement le contrôle du groupe Canal Plus.
07:59Il impulse la transformation de la chaîne d'info e-télé qui devient CNews.
08:04Il met la main sur le groupe Lagardère qui possède Europe 1 et le journal du dimanche.
08:08L'homme d'affaires est au fil des années accusé de se servir de ses médias
08:13et des maisons d'édition qu'il contrôle pour diffuser ses idées conservatrices et d'extrême droite.
08:19Au fil des années, il gagne aussi une réputation d'homme de fer,
08:23quelqu'un qui est capable de tenir tête à des mouvements de grève
08:27et de limoger tous ceux qui manifestent un désaccord avec lui.
08:30C'est ce qu'il se passe encore très récemment, en avril 2026,
08:35dans la maison d'édition Grasset.
08:37Rappelez-nous cet épisode, Catherine, pour qu'on comprenne bien la suite des événements.
08:41Les éditions Grasset font partie du groupe Hachette,
08:44dont l'actionnaire majoritaire est Vincent Bolloré.
08:46Depuis 26 ans, le PDG des éditions Grasset, c'était Olivier Nora.
08:51Et le 14 avril, Olivier Nora, ce patron historique,
08:54est viré par Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère, qui est le patron du groupe Hachette.
09:00Et il est remplacé par un homme qui s'appelle Jean-Christophe Thierry,
09:04qui n'est pas très connu, mais qui est ce qu'on appelle un Bolloré Boy.
09:06C'est-à-dire que c'est un homme de confiance de Vincent Bolloré.
09:09Il ne vient pas du tout de l'édition, mais il a toujours travaillé pour Vincent Bolloré.
09:13Et en fait, ce limogé d'Olivier Nora et son remplacement,
09:17il crée vraiment une fronde chez les auteurs des éditions Grasset.
09:21Très rapidement, il y a 200 auteurs qui annoncent qu'ils ne publieront plus leurs livres chez Grasset.
09:27Ce qu'ils disent, c'est qu'ils sont contre ce limogé brutal.
09:30Et ils pensent que c'est une menace pour la liberté d'expression.
09:34C'est-à-dire qu'ils craignent que Vincent Bolloré ne veuille utiliser sa maison d'édition
09:37comme outil de propagande pour ses idées conservatrices et d'extrême droite.
09:47On en vient donc à cette édition du Festival de Cannes
09:50que vous allez couvrir comme chaque année, tous les deux, pour le Parisien.
09:53Le jour de votre arrivée sur la Croisette, le mardi 12 mai,
09:57le journal Libération publie une tribune signée par plus de 600 professionnels du secteur du cinéma.
10:03Que dit cette tribune, Catherine Bolle ?
10:05Cette tribune, elle s'intitule « Zappé Bolloré ».
10:07C'est un petit jeu de mots avec Canal, le zapping.
10:10Elle rappelle d'abord que le groupe Canal+, a acquis l'automne dernier 34% du capital d'UGC.
10:17UGC, c'est le troisième plus grand réseau de salles de cinéma en France.
10:21Et Canal+, ne cache pas son intention de vouloir acquérir 100% des parts d'UGC d'ici 2028.
10:27Donc ce que disent les signataires de la tribune, c'est qu'en 2028,
10:29le groupe Canal+, sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films,
10:35de leur financement, comme on l'a vu tout à l'heure,
10:37jusqu'à leur distribution en salles et leur diffusion sur le petit écran.
10:42Donc concrètement, ce qu'ils craignent, c'est que Vincent Bolloré, à travers le groupe Canal+,
10:46influe sur la ligne éditoriale des films, donc censure des films, en promeuve d'autres.
10:52Et il parle d'un risque de prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif.
11:00Qui sont, dans les grandes lignes, les signataires de cette tribune ?
11:03Est-ce qu'il y a des gens connus dans cette liste ?
11:05Il y a assez peu de gens connus.
11:07C'est surtout des techniciens du monde du cinéma,
11:09donc des costumiers, des décorateurs, des scripts.
11:13Il y a quelques acteurs quand même.
11:15Parmi les acteurs les plus connus, il y a Adèle Haenel, dont on connaît le militantisme.
11:19Il y a Swan Arlo, qui a eu un César.
11:21Il y a quand même Juliette Binoche, c'est sans doute la plus connue de tous les 600 signataires.
11:26Il y a aussi quelques réalisateurs.
11:28Et ce qui est intéressant, c'est qu'au moment où le festival commence,
11:30il y a deux réalisateurs français, qui s'appellent Arthur Harari et Emmanuel Marre,
11:35qui ont des films qui sont en compétition à Cannes et qui signent la tribune.
11:39Donc ça, c'est quand même assez fort.
11:42Renaud Barognan, le Festival de Cannes démarre donc le mardi 12 mai,
11:46avec la cérémonie d'ouverture.
11:48Est-ce que, dès ce jour-là, très vite, la tribune arrive dans les conversations ?
11:53Oui, oui, on en parle évidemment, puisque ça fait quand même du bruit dans le milieu du cinéma.
11:57Il y a ceux qui disent « c'est génial, c'est super qu'ils aient fait ça ».
12:01Il y en a d'autres qui disent « oula, attention, il ne faudrait peut-être pas cracher dans la
12:03soupe ».
12:04Mais ce n'est pas d'une ampleur phénoménale le premier jour.
12:07Et d'un mot, au Festival de Cannes, cette année, il y a beaucoup de films qui sont projetés en
12:12compétition ou hors compétition
12:13et qui sont financés par Canel+.
12:1585% exactement.
12:17Mais attention, ça ne veut pas dire qu'ils sont financés par la filiale de production de cinéma Studio Canal.
12:22C'est via le système, justement, français qu'ils ont eu de l'argent via les systèmes de taxes, du
12:28CNC, etc.
12:30Mais Canal+, est présent dans 85% des films.
12:34Mais parfois, de façon très, très, très, très minoritaire.
12:37Et au fil des jours, c'est ce que vous nous disiez, vous qui vivez ce Festival de l'Intérieur,
12:42au fil des projections et des événements, cette tribune, elle crée des remous.
12:46Alors, ça crée des remous et surtout, ça crée des remous en projection, ce qui est assez rare à Cannes.
12:51Je crois que la toute première dans mes souvenirs, c'est la projection d'un film de Quentin Dupieux,
12:56qui est présenté en séance spéciale.
12:59Là, le logo est hué et il y a même des insultes à l'adresse de Vincent Bolloré,
13:04qui partent dans la salle.
13:05Et à partir de là, ça se répand, ça va devenir un petit jeu.
13:08C'est-à-dire que chaque fois que le logo de Canal+, est en générique de début,
13:13il y aura des hués aux projections officielles.
13:15C'est-à-dire avec le maire de Cannes, les équipes, ça ne va plus s'arrêter.
13:21Et il y a aussi des gens qui portent des petits badges, c'est ça ?
13:24Il y a un badge qui commence à circuler sur la croisette.
13:27On voit des gens qui arborent le badge Zappé-Bolloré dans les files d'attente des projections.
13:31Pendant tout ce festival, Renaud, il y a beaucoup de professionnels du cinéma avec qui vous parlez
13:35et certains vous disent qu'ils sont gênés ou agacés par cette tribune,
13:40voire ils défendent Canal+.
13:42Qu'est-ce qu'ils vous disent à ce sujet ?
13:43Oui, ils pensent que les signataires ont tort de s'en prendre de façon aussi virulente à Canal+,
13:48parce que ça peut mettre en péril tout le système.
13:50Et que par ailleurs, il y a des signataires qui en profitent.
13:54Et que c'est quand même bizarre de profiter d'un côté de l'argent de Canal+,
13:58et d'après d'aller dire, oulala, Canal+, c'est le diable.
14:04On a bien vu quelles étaient les craintes exprimées par les signataires de cette tribune.
14:08Est-ce qu'il y a des exemples de films financés ou non financés
14:13à la demande de Vincent Bolloré par le passé ?
14:16Oui, il y a deux exemples qui sont quand même cités à chaque fois qu'on parle d'une éventuelle
14:20censure de Vincent Bolloré.
14:21Il y a d'abord le film Grâce à Dieu de François Ozon sur la pédophilie dans l'église.
14:25Les films d'Ozon ont été systématiquement financés par Canal+,
14:28à l'exception de Grâce à Dieu.
14:31Et on sait que Vincent Bolloré est un très fervent catholique.
14:34Donc il y a cet exemple-là.
14:35Le deuxième exemple, c'est Christophe Honoré, qu'il a raconté dans un magazine.
14:39Il dit qu'au moment de faire financer son film Plaire, aimer et courir vite,
14:43qui est une histoire, c'est la romance entre trois homosexuels pendant l'épidémie du sida.
14:48Pendant le comité de validation, Vincent Bolloré aurait déclaré
14:52qu'il ne voulait pas financer des films avec des PD ou des syndicalistes.
14:55C'est vrai que c'est très peu d'exemples sur la masse de films financés par Canal+,
15:00mais c'est suffisant pour alimenter l'inquiétude chez certaines personnes.
15:03Le dimanche 17 mai, au sixième jour du festival,
15:06Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal+,
15:09est l'invité d'un petit déjeuner qui rassemble des dizaines de producteurs de films.
15:14Et il en profite pour prendre la parole et répondre à cette tribune.
15:19Qu'est-ce qu'il dit ?
15:20Alors il parle d'abord du soutien indéfectible de Canal+, pour le cinéma français,
15:24qui ne se tarira pas.
15:26Et puis tout d'un coup, il dit, voilà, il y a aussi l'éléphant dans la pièce, les signataires.
15:30Il dit qu'il a vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes de Canal+,
15:34qui, selon lui, s'attache à défendre l'indépendance de Canal+,
15:37donc vis-à-vis de Vincent Bolloré, dans tout ce qu'il appelle la diversité de ses choix.
15:42Et il dit très clairement, il dit, je vous le dis,
15:44je ne souhaite plus que Canal+, travaille avec les gens qui ont signé cette pétition.
15:47Donc là, évidemment, ça jette un froid.
15:50Quelles sont les réactions, justement, dans la salle, immédiatement, et dans les heures qui suivent ?
15:54Alors tous les portables vibrent sur la croisette, parce que là, il annonce quand même un boycott.
15:58Il y a 600 personnes qui ont signé cette pétition, et il dit,
16:01ces 600 personnes, elles sont punies, on ne travaille plus avec elles,
16:05sachant que Canal+, finance un film sur deux.
16:07Certains signataires sont présents à ce moment-là au Festival de Cannes.
16:11C'est le cas de l'acteur Swan Arlo.
16:13Comment il réagit après la prise de parole de Maxime Saada ?
16:17Alors Swan Arlo, on l'a dit, c'est l'un des signataires de la tribune.
16:19C'est un acteur qui a reçu un César pour son rôle dans Petit Paysan.
16:23Il a joué dans Anatomie d'une chute, le film qui a eu La Palme d'Or, des Oscars.
16:28Après l'intervention de Maxime Saada, Swan Arlo publie une tribune dans l'Humanité,
16:32et il dit, faut-il attendre sagement qu'il soit trop tard ?
16:35En gros, ce qu'il explique, c'est que, voilà, effectivement, pour l'instant,
16:39il n'y a pas de problème avec les équipes de Canal+,
16:41il n'y a pas de ligne éditoriale idéologique, mais il dit qu'il y a une inquiétude.
16:46Il rappelle la crise chez Grasset, il parle de CNews, du JDD,
16:52qui, selon lui, véhicule l'idéologie d'extrême droite de Vincent Bolloré,
16:55et donc il dit, il y a un risque.
16:57Et il utilise une métaphore, il dit, c'est l'histoire de la grenouille.
17:00La grenouille, si vous la plongez dans l'eau bouillante,
17:02elle va avoir le réflexe de sauter hors de la casserole pour se sauver,
17:05alors que si vous la plongez dans l'eau froide
17:07et que vous augmentez tout doucement la température jusqu'à ce que ça boue,
17:11et bien la grenouille se laisse mourir.
17:14Catherine, vous interrogez le réalisateur du film
17:17L'Histoire de Souleymane, qui avait reçu quatre Césars en 2025.
17:21C'est un film qui raconte le quotidien difficile d'un migrant sans papier
17:25qui survit en livrant des repas à vélo dans Paris.
17:29Lui, ce réalisateur, pourquoi est-ce qu'il a signé la tribune ?
17:32Boris Loshkin, il dit, je ne suis pas un cinéaste fâché contre Canal+,
17:35je suis un citoyen préoccupé.
17:37Il dit qu'il n'a rien à reprocher aux équipes de Canal+,
17:40avec qui il a toujours travaillé et qui ont financé ses films,
17:42mais il dit qu'il s'inquiète quand il voit ce qui se passe dans d'autres secteurs,
17:45dans les domaines de l'édition, dans les médias,
17:47voilà cette ligne éditoriale des médias du groupe Bolloré
17:51qui se droitisent ou qui s'extrême-droitisent.
17:53Et il dit qu'en plus, cette concentration arrive à un moment
17:57où le CNC, le cinéma français en général,
18:00est attaqué notamment par des élus du Rassemblement National
18:03qui disent qu'il faut démanteler le CNC,
18:06qu'il faut arrêter de financer des films woke de gauche.
18:09Et donc il dit qu'il y a tout un contexte.
18:11Il tire une sonnette d'alarme.
18:12Renou, quelle est l'ambiance à partir de là, sur la croisette,
18:16à partir donc de la réaction de Maxime Saada ?
18:19Il y en a beaucoup qui disent,
18:20mais comment ils vont pouvoir boycotter autant de personnes ?
18:22Et moi, j'ai la chance, parce que ça tombe par hasard,
18:25j'interview Emmanuel Marre le lendemain.
18:28Emmanuel Marre, il a un film en compétition,
18:30Notre Salut, c'est le film dans lequel il y a Swan Arlo, justement.
18:34C'est un film sur la collaboration, qui est un film assez dur.
18:37Et lui, bon, il finit par me répondre,
18:39et il me dit, j'envoie un texte,
18:40et dans son texte, il explique que, bon, lui non plus,
18:43il n'a rien contre Canal+, actuellement,
18:46mais par contre, il assume.
18:47Et il me dit, si ce que je dis là,
18:49et si le fait que j'ai signé la tribune,
18:52eh bien, ça me prive de financement de Canal+,
18:55eh bien, j'irai voir ailleurs.
18:56Moi, j'assume totalement d'avoir signé cette tribune.
18:59Catherine Ball, dans les faits,
19:00est-ce que Canal+, pourrait vraiment se passer
19:02de toutes les personnes qui ont signé la tribune ?
19:04Alors, on voit mal comment,
19:05parce que le monde a fait un calcul.
19:07Sur les films financés par Canal+,
19:10ces cinq dernières années,
19:11il y a dans un sur deux,
19:13au moins un des signataires de la tribune.
19:15Donc, ça voudrait dire qu'il y a la moitié des films
19:18qui ne se seraient pas produits.
19:18Voilà, est-ce que Canal va faire une traque aux signataires,
19:23enlever chaque technicien qui a signé la tribune,
19:25chaque acteur, mettre fin à des projets ?
19:28Bon, on voit mal concrètement comment ça pourrait se dérouler.
19:30D'autant que si la tribune, le 12 mai,
19:33elle compte 600 signataires.
19:34Après l'intervention de Maxime Saada,
19:36il y a des centaines de nouveaux signataires
19:38qui rejoignent la tribune.
19:39Et aujourd'hui, la tribune Zappé-Bolloré,
19:41elle compte 4800 signataires.
19:43Parmi ces nouveaux signataires,
19:45il y a quelques personnalités internationales
19:47comme les acteurs Marc Ruffalo et Ravier Bardem
19:51ou encore le cinéaste Ken Lauch.
19:53Est-ce qu'il y a d'autres noms français connus ?
19:56Il y a aussi Laure Calamy qui a rejoint les signataires,
19:59il y a le réalisateur Robin Campiot
20:01qui avait signé 100 rebattements par minute.
20:03Il y a beaucoup d'acteurs
20:05qui ne sont pas forcément des premiers rôles
20:06mais qu'on voit très souvent dans les films français.
20:09Le festival de Cannes s'achève le samedi 23 mai.
20:13Le film Fjord du réalisateur roumain Christian Mounjou
20:16décroche la palme d'or.
20:18Et quelques jours plus tard,
20:20le vendredi 29 mai,
20:21Maxime Saada reparle de cette tribune,
20:24cette fois-ci à l'Assemblée Générale de Canal+.
20:27Et il tente de rassurer.
20:29Qu'est-ce qu'il dit ?
20:30Alors d'abord, il dit qu'il n'y a pas de liste noire.
20:32J'ai évidemment jamais parlé de liste noire.
20:34Il n'est pas question pour nous d'aller traquer
20:36les techniciens qui ont signé la pétition
20:39de ne plus travailler,
20:40de ne plus financer les films pour lesquels ils travaillent.
20:42On a un minimum de conscience.
20:43On ne va pas traquer des gens
20:44qui ont besoin de leur travail
20:46pour manger et pour vivre.
20:47Évidemment, il n'en a jamais été question.
20:49Il n'en sera jamais question.
20:50Mais il précise qu'il va ajouter
20:52une nouvelle dimension sur les dossiers qu'il va étudier.
20:55Il va étudier quelle est la considération
20:57portée par les personnes qui portent un projet
20:59vis-à-vis de Canal.
21:00Il est vrai que je vais ajouter une nouvelle dimension
21:02sur les dossiers qu'on va étudier.
21:04Mais je ne veux pas m'en cacher.
21:05Et cette dimension, ça sera
21:07quelle est la considération
21:08qui est portée par les personnes
21:10qui portent ce projet
21:10vis-à-vis de Canal+.
21:12Est-ce que ces personnes ont porté
21:13un préjudice à Canal+, ou non ?
21:15Il dit qu'il ne peut pas
21:16ne pas prendre en compte ça.
21:17Et il a cette formule.
21:18Il dit...
21:19Si quelqu'un sonne chez vous,
21:21vous traite de fasciste
21:22et ensuite vous demande de l'argent,
21:24peut-être que vous ne lui donnerez pas de l'argent.
21:26Et on va faire exactement pareil.
21:28Donc, voilà.
21:29Le propos est nuancé.
21:31Mais enfin, sur le fond,
21:32on comprend qu'il va quand même y avoir
21:33des personnes qui seront exclues
21:35des films Canal.
21:38Est-ce qu'il faut s'attendre
21:39à ce que des acteurs ou des actrices
21:41de premier plan puissent perdre
21:43des opportunités
21:44parce qu'ils ont signé cette tribune ?
21:46Alors aujourd'hui, voilà,
21:47tout est possible.
21:48On ne sait pas encore.
21:49Il n'y a pour l'instant
21:49pas de cas signalés,
21:52de boycott,
21:54de personnes écartées de projets.
21:55Mais le message de Maxime Saada
21:57est clair.
21:58Il dit qu'on ne peut pas donner de l'argent
21:59à des gens qui nous traitent de fascistes.
22:01Voilà, il y a des réalisateurs
22:02et des acteurs,
22:04y compris connus,
22:05qui ont signé cette tribune.
22:06Qu'est-ce qui va se passer pour eux
22:07à l'avenir ?
22:08On ne le sait pas encore,
22:09mais c'est tout à fait possible
22:10qu'il y ait des sanctions.
22:20Merci à Catherine Ball
22:22et Renaud Baronian.
22:23Cet épisode de Code Source
22:25a été produit par Clara Garnier-Amourou,
22:28réalisation Julien Moncouquiole.
22:30Vous pouvez retrouver
22:31un nouvel épisode de Code Source
22:33tous les soirs,
22:34du lundi au vendredi,
22:35sur toutes les plateformes d'écoute
22:37et sur la chaîne YouTube du Parisien.
22:39Abonnez-vous pour n'en rater aucun.
22:41Et puis, le samedi,
22:43on vous propose Crime Story,
22:44notre podcast consacré
22:46aux affaires criminelles,
22:47avec Claudia Prolongeau
22:49et Damien Delsenis,
22:50le chef du service
22:51police-justice du Parisien.
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