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Après plusieurs jours d’incertitude, les 197 États représentés à la COP28 ont validé un accord largement qualifié d’« historique », mais qui reste insuffisant pour certains pays et ONG.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : INA, AFP
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00:02Bonjour, c'est Raphaël Puyot pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Une conférence sur le climat au pays des rois du pétrole.
00:15Du 30 novembre au 13 décembre, 197 pays étaient rassemblés aux Émirats Arabes Unis à Dubaï pour participer à la
00:23COP28.
00:23Après deux semaines de polémiques et de rebondissements, un compromis a finalement été trouvé.
00:29Pour la première fois, les États se sont mis d'accord pour abandonner progressivement les énergies fossiles responsables à 80
00:36% du réchauffement climatique.
00:38Une décision que Sultan Aljaber, le président de cette 28e conférence sur le climat, a qualifiée d'historique, alors que
00:46certains pays la jugent insuffisante.
00:48Codesources fait le point aujourd'hui avec deux journalistes du service futur du Parisien,
00:53Émilie Torgemene, journaliste spécialiste environnement, et Imrik Renou, envoyé spécial à Dubaï.
01:05Imrik Renou, fin novembre, quelques jours avant la COP28, vous arrivez aux Émirats Arabes Unis à Dubaï,
01:11une ville de plus de 3 millions d'habitants nichée entre le désert et le golfe Persique.
01:16C'est une ville construite en plein désert, construite en une trentaine d'années presque.
01:20Des quartiers entiers qui ressemblent à des mini Manhattan dans le désert se sont construits un peu partout.
01:25C'est une ville gigantesque.
01:27Par contre, il y a des contradictions.
01:28Il y a un endroit ahurissant, dans un mall, où on peut faire du ski sur une piste à moins
01:344 degrés.
01:35Dehors, il fait 30.
01:36Et au milieu de cette piste, qui n'est pas du tout ridicule, en neige artificielle, vous avez un chalet.
01:40Vous pouvez prendre un chocolat chaud sous des petites lampes chauffées au gaz pour être à l'aise.
01:45Donc on est dans un truc ahurissant, mais que leur richesse leur permet.
01:49Et d'où vient la richesse des Émirats Arabes Unis ?
01:51Alors, les Émirats Arabes Unis sont assis sur un sous-sol extrêmement riche en pétrole et en gaz.
01:57Maintenant, les Émirats Arabes Unis, ce sont différents Émirats.
02:01Abu Dhabi est très riche en pétrole et en gaz.
02:03Dubaï, ils ont des réserves, mais pas tant que ça.
02:05Eux, ils ont déjà misé sur l'après-pétrole et ils se sont mis en tête de devenir un hub
02:12commercial entre l'Europe et l'Asie.
02:15Ils ont mis à fond sur l'immobilier.
02:17Ils ont tellement d'argent pour construire quelque chose de nouveau qu'ils se mettent au diapason de la construction
02:23verte avec l'énergie solaire.
02:24Par exemple, ils construisent des tours en un an ou deux où l'isolation est tellement forte qu'il n
02:30'y a presque plus besoin de climatisation à l'intérieur.
02:33Mais en même temps, ils consomment tellement et ils en profitent tellement de leur argent que, dans la balance, la
02:38dépense énergétique est telle que les bons gestes verts sont assez anecdotiques pour l'instant.
02:46La 28e conférence sur le climat va donc se tenir pour la première fois aux Émirats Arabes Unis, 7e producteur
02:53de pétrole au monde.
02:54C'est la deuxième fois qu'un pays du Golfe accueille cette conférence après le Qatar en 2012.
03:00Émilie Torgemène, d'abord, en quoi consiste une COP ?
03:03En anglais, c'est Conference of Parties. En français, la Conférence des Partis.
03:07Ce sont tous les États, donc parties d'une convention climat de l'ONU, qui discutent une fois par an,
03:15qui négocient et qui vont arriver à des accords pour limiter le réchauffement climatique.
03:21C'est la règle du consensus qui s'applique comme dans tous les sommets onusiens.
03:25Ça veut dire qu'un seul État, sur les quasi 200, peut faire capoter un accord.
03:29Émeric Renou, qui sont les participants attendus à Dubaï pour ces deux semaines de débat ?
03:34Il y a d'abord les délégations des pays qui sont participants, les fameuses parties, avec des délégations qui sont
03:39constituées de leaders et de négociateurs.
03:42La France, par exemple, a une équipe d'une quarantaine de négociateurs, tous spécialisés dans leur parti, conduits par l
03:47'ambassadeur du climat, Stéphane Crousa.
03:50Et puis, dans les délégations, il y a aussi des invités, donc ça peut être des industriels, ça peut être
03:54des experts, il y a des climatologues qui sont là, évidemment, qui sont invités par leurs organisations respectives, scientifiques ou
03:59non.
04:00Et puis, il y a les ONG, les associations, qui ont droit au chapitre, au titre de la défense des
04:05intérêts de la société civile.
04:06Et puis, enfin, il y a les fameux lobbies. Il y a des organisations plus ou moins professionnelles, des associations
04:12ou des syndicats professionnels qui défendent les intérêts de filières.
04:15Et on a beaucoup entendu parler pendant cette COP du lobby pétrolier, notamment.
04:20On va raconter avec vous comment cette COP 28 est parvenue à un accord que certains jugent historique.
04:25Mais d'abord, il faut revenir quelques années en arrière.
04:28En 1972, cette année-là, Émilie Torgemene, des scientifiques américains, publie un rapport sur l'impact de l'homme sur
04:36le climat.
04:37Oui, dans les années 70, il y a un rapport qui est très connu sous le nom de rapport Midos,
04:42donc qui est un rapport sur les limites à la croissance.
04:45Ça a été un tournant parce qu'en réalité, c'est le premier rapport qui estime que la croissance a
04:50un impact sur toute la Terre.
04:52On parle de pollution un peu plus que de réchauffement climatique à l'époque, mais ça commence à parler aux
04:56décideurs.
04:57Il faut dire un mot du rapport qui a été rédigé par un organisme dont vous avez peut-être entendu
05:03parler, qui s'appelle le Club de Rome.
05:05Contrairement à ce que l'on a pu penser jusqu'à présent, la Terre est limitée.
05:10Et à la fin des années 80, le français Jean Jouzel publie la première étude scientifique qui établit le lien
05:16entre la concentration de CO2 dans l'atmosphère et le réchauffement climatique.
05:20Jean Jouzel, qui sait, c'est un paléo-climatologue.
05:23Il regarde l'histoire du climat en allant chercher de la glace dans les pôles.
05:29Et qu'est-ce qu'il trouve au début des années 80 ?
05:32Il trouve en réalité, alors qu'il pensait qu'on allait rentrer dans une petite période glaciaire, donc que l
05:37'atmosphère allait se refroidir,
05:39il trouve que l'atmosphère se réchauffe et que c'est lié aux émissions de CO2.
05:44Ce qu'il montre avec différents chercheurs, c'est que les émissions de CO2 et de gaz à effet de
05:49serre en général sont responsables du réchauffement climatique.
05:52Et qu'est-ce qui est le plus gros émetteur de ces gaz à effet de serre ?
05:56Ce sont les énergies fossiles, à savoir le charbon, le gaz et le pétrole.
05:59Dans les décennies qui suivent, des conférences mondiales sur le climat sont organisées par les Nations Unies.
06:04La première COP a lieu à Berlin en 1995.
06:08Deux ans plus tard, en décembre 1997, elle se déroule au Japon, à Kyoto.
06:13Et à l'issue des débats, un accord est élaboré.
06:16C'est le protocole de Kyoto.
06:18Qu'est-ce qu'il prévoit en résumé ?
06:19Il admet la responsabilité des pays industrialisés sur le réchauffement climatique,
06:24puisque ces pays, notamment l'Europe et les Etats-Unis, ont utilisé historiquement beaucoup plus d'énergie
06:29et donc ont historiquement réchauffé plus le climat.
06:32Alors que tout un tas d'autres pays qui ne sont pas aussi développés sont moins responsables,
06:37même s'ils en sont tout autant, voire plus victimes.
06:39Et donc, ce que dit le protocole de Kyoto, c'est que les 55 pays les plus riches
06:44vont devoir respecter des contraintes, alors que les pays les plus pauvres, eux,
06:48ne sont pas obligés de s'astreindre à ces règles et peuvent continuer leur développement.
06:52Et pourquoi le protocole de Kyoto est jugé historique à l'époque ?
06:55Alors c'est historique pour deux raisons.
06:57D'abord, il y a une différenciation entre les pays les plus riches et les plus pauvres,
07:01ce qui est vraiment important et ce qui va donner le la à tout le reste des négociations.
07:05Et deuxième chose, les États ne se contentent pas de reconnaître qu'il y a un problème,
07:10ils se donnent des objectifs pour rectifier le tir et rectifier la trajectoire.
07:14On fait un saut dans le temps. En 2015, la COP a lieu à Paris.
07:19Émilie Torgemène, vous êtes sur place pour le Parisien.
07:21Et le 12 décembre, à 19h30, un accord est adopté.
07:25Laurent Fabius, qui était à l'époque le président de la COP de Paris,
07:29avait tapé avec un petit marteau en bois en forme de feuille pour valider l'accord de Paris.
07:34L'accord de Paris pour le climat est accepté.
07:39Pourquoi cette COP avait été vécue comme une COP réussie ?
07:42Parce que ce sommet international donnait un objectif chiffré.
07:46L'objectif, c'est celui-là, rester sous les deux degrés de réchauffement
07:51et si possible à 1,5 degré par rapport au niveau pré-industriel,
07:56en gros par rapport à la fin du 19e siècle.
07:59On en revient au début de cet épisode.
08:01Les représentants de 197 pays sont donc appelés à se réunir
08:05du 30 novembre au 12 décembre aux Émirats Arabes Unis à Dubaï.
08:09D'abord, Émeric Renou, à quoi ressemble le site où aura lieu la COP 28 ?
08:13C'est gigantesque.
08:14Il faut faire des kilomètres et des kilomètres pour arriver à un endroit,
08:17au pavillon untel, pour revenir à la plénière.
08:20C'est très beau.
08:21Il y a des magnifiques bâtiments architecturaux
08:24parce qu'en fait, il y a quelques années, en 2020,
08:25l'Expo Universelle se tenait ici.
08:27Donc chaque pays avait amené le meilleur de sa culture
08:31pour se représenter aux yeux du monde.
08:33Et puis il y a ce dôme extraordinaire en plein milieu de ce parc Expo
08:36qui est le plus grand dôme interactif à 360 degrés.
08:41Et en fait, le premier soir de la COP, il y avait une sorte de son et lumière dans ce
08:45dôme.
08:45C'est un peu comme si on était à Disneyland, Dubaï.
08:48Et où en est l'accord de Paris, 8 ans après sa signature ?
08:52Eh bien, on n'y est pas.
08:53Parce qu'en fait, plusieurs rapports du GIEC et de l'ONU,
08:56qui ont été publiés cette année,
08:57pointent le gros retard que l'ensemble des pays a pris
09:00par rapport aux objectifs de cet accord de Paris.
09:03On est à 3, voire 5% de baisse des émissions de gaz à effet de serre,
09:08alors qu'il faudrait atteindre au moins 43% de ces baisses
09:11d'ici à 2030, c'est-à-dire demain, pour respecter l'accord de Paris.
09:15Émilie Torgemène, avant même l'ouverture de la conférence,
09:18plusieurs éléments provoquent la polémique.
09:21Organiser un sommet climat dans un pays pétrolier,
09:23ça fait sourire les humoristes et ça fait hurler un certain nombre de militants écologistes.
09:29On se pose beaucoup de questions sur les droits de l'homme aussi,
09:33qui ne sont pas loin de là exemplaires dans le pays,
09:36donc ça pose aussi des questions de boycott.
09:38Et finalement, malgré les polémiques,
09:40la plupart des ONG environnementales vont choisir de se rendre sur place
09:44pour, disent-elles, ne pas laisser le terrain libre au lobby pétrolier.
09:48Le choix du président de la COP28 pose aussi question.
09:51Pourquoi ?
09:52Eh bien, le président de la COP28 s'appelle Sultan Al-Jaber.
09:56C'est un homme de 49 ans, à vrai dire, il en fait même moins.
09:59Il a l'air dynamique, jeune.
10:01Il est habillé de la traditionnelle candoura, vous savez, cette longue tenue blanche.
10:06Mais surtout, il a mille et une vies.
10:08Parce que cet homme-là, en plus d'être président de la COP,
10:11il est surtout président de ADNOC,
10:13donc c'est Abu Dhabi National Oil Company,
10:16ce qui veut dire la compagnie pétrolière nationale.
10:18Il est aussi le président de Mazdar.
10:21C'est un mastodonte public des énergies renouvelables.
10:24Et puis, il est accessoirement le ministre de l'industrie et des nouvelles technologies.
10:28Donc, toutes ces casquettes et principalement son rôle de président d'une immense compagnie pétrolière
10:34posent question quand la COP doit, entre autres, régler la question des énergies fossiles
10:40qui émettent des gaz à effet de serre et donc qui réchauffent l'atmosphère.
10:44Emmerick Renou, quel va être son rôle durant les deux semaines de débat ?
10:47Alors, il doit tenir le rôle du président de la conférence.
10:50Et donc, il a un rôle de facilitateur pour atterrir à un consensus.
10:56Et effectivement, ça coince un petit peu.
10:58Parce que faciliter des discussions quand on est soi-même patron d'une grande compagnie pétrolière
11:03sur la sortie éventuelle des énergies fossiles, ça pose beaucoup de questions.
11:09Fin mai, le Guardian avait publié une enquête sur Sultan Al-Jaber.
11:13En résumé, il aurait demandé à ses équipes de supprimer certains passages gênants de sa page Wikipédia
11:18liés à ses activités de président d'ADNOC afin de verdir son CV.
11:22Et le 27 novembre, trois jours avant l'ouverture de la COP28,
11:26c'est la BBC qui publie une nouvelle enquête sur Sultan Al-Jaber.
11:30Émilie Torgemene, qu'est-ce que révèle le média britannique ?
11:33La BBC accuse Sultan Al-Jaber d'avoir utilisé son rôle de président de la COP
11:38pour conclure des marchés au nom de sa compagnie pétrolière ADNOC.
11:46On est en plein conflit d'intérêts, c'est une accusation très grave.
11:50Ce que montre la BBC, c'est que le président de la COP a fait le tour du monde avant
11:57la COP à partir de janvier.
11:59C'est normal, c'est son rôle, il met de l'huile dans les rouages pour faire avancer les débats.
12:03Mais en plus de ce rôle-là, il a utilisé ses rencontres avec vraiment les leaders internationaux
12:08pour faire gagner de l'argent à sa compagnie.
12:15Le 30 novembre, la 28e conférence sur le climat est officiellement lancée.
12:19Son président, Sultan Al-Jaber, prononce un discours à la tribune.
12:23Il est essentiel qu'aucun sujet ne soit laissé de côté.
12:28Emmerick Renou, quelle est sa position en résumé ?
12:31Alors il est étonnant ce Al-Jaber parce qu'il apparaît comme quelqu'un qui veut tout aborder.
12:36Il n'y a aucun sujet tabou, il dit d'ailleurs,
12:38aucun débat ne doit être interdit lors des deux semaines de négociations.
12:43Même, nous devons faire en sorte d'inclure le rôle des combustibles fossiles dans ces débats.
12:48Alors tout le monde s'est dit, mais incroyable, on va pouvoir parler de la sortie des énergies fossiles.
12:54Le jour même, un texte sur la création d'un fonds perte et dommage est adopté.
12:58Que prévoit ce fonds ?
12:59C'est une sorte de financement mondial auquel doit abonder chaque pays qui souhaite le faire.
13:04Afin que les dégâts provoqués par les catastrophes naturelles, on va dire,
13:09à cause du réchauffement climatique, dont les pays riches sont les plus responsables,
13:13ces mêmes pays riches doivent financer un fonds pour aider les plus pauvres
13:17à faire face à ces catastrophes climatiques et à la pollution, pour faire simple.
13:22C'est historique, d'abord parce que c'est dès le premier jour,
13:25donc ça donne un élan positif ahurissant à cette COP,
13:29qui semblait un peu mal barrée à cause de son président, justement.
13:32Et d'un autre côté, ça fait 30 ans que de petits états insulaires dans le Pacifique,
13:37notamment, réclament la constitution de ce fonds,
13:39parce que eux, à cause de la montée des océans,
13:42sont directement menacés par le réchauffement climatique.
13:45Dans les jours qui suivent, Émilie Torgemène, un sujet se retrouve au cœur des débats.
13:49Oui, c'est la question des énergies fossiles.
13:51Et en fait, c'est un tabou des COP.
13:53C'est presque la première fois qu'on parle d'énergie fossile au niveau des États.
13:58Évidemment, les ONG le réclament depuis la toute première COP.
14:02À la 26e COP, donc à Glasgow, il y a deux ans,
14:05on avait dit « bon, il faudrait commencer à sortir, mais c'est compliqué,
14:09mais peut-être on sortira du charbon un jour ».
14:12Et depuis, plus rien.
14:14Cette année, le tabou, quelque part, est levé.
14:16Et la question des énergies fossiles, particulièrement du pétrole,
14:21est posée, ce qui a un côté extrêmement paradoxal au pays du roi des pétroles.
14:25Et dans ces débats, il y a plusieurs camps qui s'opposent.
14:28Évidemment, les pro-pétrole, les pro-gaz, ceux qui le produisent.
14:31Évidemment, les pays du Golfe, mais aussi les États-Unis.
14:34Il y a ceux qui veulent en sortir.
14:36En gros, les pays occidentaux et l'Europe en premier lieu,
14:39qui ont profité du pétrole et du gaz, mais qui ont les moyens d'en sortir.
14:41Et puis, entre les deux, il y a les pays pauvres,
14:43qui aimeraient bien en sortir, mais qui n'ont pas les moyens.
14:46La deuxième semaine de la COP28 s'ouvre le lundi 4 décembre.
14:49Mais quatre jours plus tard, alors que la conférence touche à sa fin,
14:53une polémique enflamme les débats.
14:55Une lettre au cœur de toutes les conversations.
14:58Elle a été rédigée par le secrétaire général de l'OPEP,
15:02l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole.
15:05Il demande, en urgence, à ses membres,
15:08de rejeter proactivement tout accord ciblant les énergies fossiles.
15:14À la tribune, le représentant des Émirats Arabes Unis
15:17prend lui aussi la défense du pétrole, du gaz et du charbon.
15:24Nous devons continuer à utiliser toutes les énergies,
15:27sinon le monde ne pourra pas faire face à la demande.
15:30Émilie Torjemen, comment réagissent les délégations sur place ?
15:34Après cette lettre, il y a beaucoup de réactions.
15:36La ministre de la Transition énergétique en France a dit qu'elle était scandalisée
15:40de ce message adressé aux pays pétroliers.
15:43Et le risque, c'est donc que ces pays qui sont membres de l'OPEP
15:46s'opposent à un accord qui viserait la sortie des énergies fossiles.
15:54Émeric Renoux, est-ce que vous rencontrez beaucoup de lobbyistes du secteur pétrolier sur place ?
15:59Les lobbyistes, ils sont partout.
16:01Certains ne se cachent pas du tout.
16:02C'est le cas de l'OPEP qui tient stand,
16:04comme si on était au Parc Expo à Versailles.
16:06Enfin, il n'y a aucun problème.
16:08Il y a un rapport qui sort le 5 décembre,
16:10réalisé par une ONG anglaise qui s'appelle Global Witness,
16:14qui fait le compte.
16:15Et en regardant les inscriptions,
16:17elle note que 2456 personnes sont présentes
16:21pour défendre les intérêts de la filière pétrolière,
16:23contre seulement 636 l'année dernière,
16:26à l'occasion de la COP 27 à Charmelchec.
16:28Les lobbies pétroliers sont présents en nombre à Dubaï,
16:31mais ils sont aussi très actifs sur les réseaux sociaux.
16:34Oui, c'est une autre étude qui est réalisée par une autre ONG,
16:38qui regarde un petit peu l'activité publicitaire sur Google,
16:42notamment, il y a plus de 5000 spots
16:44qui ont été commandés par des compagnies pétrolières,
16:47Total, Esso, parmi les plus connues,
16:49qui envoient des messages très verts,
16:52ça c'est ce qu'on appelle du greenwashing,
16:53en plein milieu des débats de la COP.
16:55Ces lobbies pétroliers font notamment la promotion
16:57d'une nouvelle technologie,
16:59le captage et le stockage du carbone.
17:02Emre Krenou, en quoi ça consiste ?
17:04Pour faire simple, vous avez une usine
17:05qui envoie de la fumée dans l'atmosphère,
17:07vous captez cette fumée-là,
17:09vous la traitez par des procédés chimiques,
17:11où vous pouvez la liquéfier,
17:13liquéfier le CO2 qu'elle contient,
17:15et l'injecter sous terre,
17:16dans par exemple d'anciens gisements de pétrole ou de gaz,
17:20et l'oublier.
17:21C'est une solution technique assez peu réaliste,
17:24et en fait c'est une des technologies
17:25que ces lobbies mettent en avant,
17:27parce qu'en fait, ça le permettrait
17:29de continuer à consommer du pétrole sans polluer.
17:32Le lundi 11 décembre,
17:34alors que la COP doit prendre fin le lendemain,
17:36en fin de matinée,
17:37un projet d'accord est rendu public,
17:39et il n'est finalement pas question
17:41d'une sortie, mais plutôt d'une réduction des énergies fossiles.
17:44Ce projet d'accord donné par la présidence
17:47évacue complètement le sujet des énergies fossiles.
17:50Et là, c'est la douche froide,
17:51parce que tous les pays qui pensaient
17:54avoir pesé dans le débat,
17:55pour pouvoir faire apparaître le sujet
17:57de la sortie des énergies fossiles,
18:00se rendent compte qu'en fait,
18:01il va y avoir un gros gros problème,
18:03et qu'ils ne vont pas pouvoir signer cet accord.
18:04Alors là, il y a tout un jeu diplomatique
18:06qui se met en place.
18:07L'Union européenne,
18:08et la France,
18:09et l'Allemagne,
18:10vont jouer un rôle assez important
18:12pour rameuter au maximum
18:14des pays qui tiennent absolument
18:16à ce que les énergies fossiles
18:18apparaissent dans ce texte.
18:20Et on arrive à presque 130 pays,
18:22sur 200,
18:23qui rejoignent cette coalition.
18:25Donc il y a les pays européens,
18:27mais il y a aussi des pays africains,
18:29le Kenya,
18:29il y a les pays d'Amérique du Sud,
18:31les petits États insulaires,
18:33ça commence à faire beaucoup, beaucoup de voix
18:35pour peser dans la balance
18:36et dire au président de la COP
18:39« Nous, on ne va pas signer ça,
18:40donc il faut revoir sa copie. »
18:42Et comment réagit le président émirati,
18:44Sultan Al-Jaber ?
18:45Alors, à ce moment-là,
18:47Sultan Al-Jaber est dans une situation
18:48un peu inconfortable,
18:49parce qu'il s'est mis lui-même
18:50une grosse, grosse pression.
18:52Souvenez-vous,
18:52au premier jour de la COP,
18:54il dit « Il n'y a aucun sujet
18:56qui ne peut pas être abordé »
18:57et là, il se retrouve un peu coincé.
18:58Il sait que si le texte reste dans cet état-là,
19:02il n'y aura pas d'accord.
19:02Parce que ces pays à haute ambition,
19:05comme on les appelle,
19:06vont refuser de signer.
19:07Il faut qu'il amadoue
19:08les pays pétroliers
19:10et qu'ils adoucissent leur position
19:12un petit peu.
19:13Dans la nuit de mardi à mercredi,
19:15il va multiplier les rencontres
19:17et il va réussir
19:18à convaincre l'Arabie Saoudite,
19:20le Koweït,
19:21l'Irak,
19:22qui sont les plus opposés
19:23à la mention énergie fossile
19:25dans le texte,
19:26à revoir leur position.
19:27Et à 6h le matin,
19:28un nouveau projet arrive.
19:31On comprend que Sultan Al-Jaber
19:33a réussi son coup.
19:35Il a trouvé une formulation
19:37qui pourrait convenir à tout le monde.
19:39Donc on ne parle plus
19:40de sortie des énergies fossiles,
19:42on parle de transitionner
19:44vers un avenir
19:46sans énergie fossile.
19:47Tout ça est subtil,
19:48mais en fait,
19:50ça permet
19:50à toutes les délégations représentées
19:52d'aller vers un consensus.
19:54Reste encore une étape à franchir.
19:56Et là,
19:57il se franchit 2h après,
19:58vers 8h le matin,
19:59quand une nouvelle séance plénière
20:00est convoquée.
20:02Et là,
20:02le texte est proposé.
20:04Sultan Al-Jaber
20:05regarde l'assistance.
20:07Et là,
20:07il suffit qu'un seul
20:08des pays lève la main
20:09en signe de mécontentement.
20:11Et là,
20:11tout est foutu.
20:13Finalement,
20:14il lève son marteau,
20:15comme Laurent Fabius
20:16l'avait levé
20:16quelques années auparavant
20:18à Paris.
20:19Et il déclare
20:20ne voyant aucune objection,
20:23il tape
20:23l'accord est accepté.
20:25Et là,
20:26comme à Paris,
20:27tout le monde se tombe
20:27dans les bras.
20:28On a un consensus.
20:33Dans son discours de clôture,
20:35Sultan Al-Jaber
20:35parle d'un accord historique.
20:38Emmerick Renaud,
20:38est-ce qu'on peut dire
20:39que cet accord
20:40est une réussite ?
20:41C'est un consensus
20:42à presque 200 pays.
20:44Donc forcément,
20:45il y a une avancée
20:46effectivement historique
20:47puisque pour la première fois
20:49on évoque
20:49le rôle essentiel
20:51des énergies fossiles
20:53gaz,
20:54pétrole
20:54et charbon
20:55et leur responsabilité
20:57dans le réchauffement climatique.
20:58Donc ça,
20:58c'est historique.
20:59Deuxième fait historique,
21:00l'accord
21:01autour de la mise en place
21:03de ce fonds financier mondial
21:04pour les pertes
21:05et dommages
21:06au bénéfice
21:07des pays les plus pauvres.
21:08Ça aussi,
21:08c'est historique.
21:09Après,
21:09il faut que ça se mette en place.
21:11Et là,
21:11l'histoire
21:12est à construire
21:13et on va voir
21:14si ces engagements,
21:16cet accord,
21:17ce consensus
21:18se transforment
21:19dans la réalité.
21:20Émilie Torgemène,
21:21est-ce que cet accord
21:22fait l'unanimité
21:23au sein de la communauté internationale ?
21:25Beaucoup ont noté
21:26des faiblesses
21:28dans cet accord.
21:29On parlait du fonds
21:30pertes et dommages.
21:31Peut-être qu'il n'est pas assez financé.
21:33Pour l'instant,
21:33400 millions de dollars
21:34sont mis sur la table.
21:36Ça a l'air d'être des gros chiffres,
21:37mais pas du tout.
21:37C'est l'équivalent
21:38des trois plus gros salaires annuels
21:40des footballeurs.
21:41Donc quand on voit
21:41la différence
21:42entre trois personnes
21:43qui jouent au foot
21:44et puis des catastrophes naturelles,
21:45on a l'impression
21:46que ce n'est pas tout à fait
21:47à la hauteur des enjeux.
21:48L'autre problème,
21:49c'est que même si
21:51la transition
21:52en dehors
21:53des énergies fossiles
21:54a été actée,
21:55il n'y a pas de date.
21:57Donc on ne sait pas
21:57à quelle date
21:58on doit sortir
21:59des énergies fossiles.
22:00Alors c'est une scientifique
22:01très connue
22:02qui plaisantait
22:03Valérie Masson-Delmotte
22:04qui nous expliquait
22:05que c'est la différence
22:06entre quand on dit
22:08à son enfant
22:08« range ta chambre »,
22:10efficacité toute relative
22:11et « range ta chambre maintenant ».
22:14Donc là,
22:14il manque quand même
22:15quelques éléments
22:16pour que cet accord
22:17soit véritablement efficace.
22:19Et puis plus globalement,
22:20et ça c'est la règle
22:21pour les COP,
22:22il n'y a pas
22:22de gendarme.
22:25Chaque État
22:25est souverain
22:26et décidera
22:27de ses politiques
22:28comme il l'entendra.
22:30En tant que journaliste
22:31spécialisé dans l'environnement,
22:33vous échangez régulièrement
22:34avec des scientifiques
22:35spécialistes du climat.
22:37Est-ce que selon eux,
22:38les COP ont une réelle utilité
22:39dans la lutte
22:40contre le réchauffement climatique ?
22:42Alors c'est une question
22:43qui est posée tous les ans
22:45et même c'est une question
22:46qu'on se pose
22:46quand nous on décide
22:47de couvrir les COP
22:48et donc d'aller,
22:49de prendre l'avion,
22:51clairement,
22:51d'aller dans des endroits
22:52lointains
22:53avec un bilan carbone
22:54qui commence à compter
22:55pour couvrir ces COP.
22:57Notre réponse aux Parisiens
22:58et c'est la réponse
22:59d'une partie des scientifiques,
23:00c'est que ça vaut le coup.
23:02Pourquoi ?
23:02Parce que,
23:04à minima,
23:04ça braque les projecteurs
23:06sur cette question importante
23:08et puis c'est devenu
23:09une question vraiment essentielle,
23:11vraiment largement grâce au COP.
23:12Maintenant,
23:13tous les scientifiques
23:13ne sont pas d'accord
23:14et il y en a quelques-uns
23:16qui ont décidé
23:17que ça ne servait plus à rien.
23:18Cette année,
23:19il y a eu d'ailleurs
23:19une contre-COP
23:20qui a été organisée à Bordeaux
23:22par tous ces scientifiques
23:23qui expliquent que là,
23:24il faut trouver
23:25un autre moyen
23:25pour la société civile,
23:26pour les scientifiques
23:27de se mobiliser
23:29et d'agir
23:29de manière plus rapide.
23:40Merci à Émeric Renoux
23:41et Émilie Torgemène.
23:43Cet épisode a été produit
23:44par Clara Garnier-Amouroux,
23:47réalisation Julien Moncouquiole.
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