- il y a 12 heures
En ce mois « Dry January », Charlotte Peyronnet raconte dans un livre comment son addiction à l’alcool a progressivement pris le contrôle de sa vie. Témoignage recueilli par Ambre Rosala.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Depuis quelques années, le Dry January, traduisait défi de janvier ou janvier sobre en français,
00:18incite à ne pas boire d'alcool pendant un mois pour se questionner sur sa propre consommation.
00:24Cette opération de sensibilisation nous a donné envie dans CodeSource
00:27de vous faire entendre le témoignage de Charlotte Perronnet, 33 ans.
00:32Elle raconte dans « Et toi, pourquoi tu bois ? », un livre sorti début janvier,
00:37comment elle est devenue petit à petit alcoolique et comment elle a fini par s'en rendre compte.
00:42Charlotte Perronnet raconte son histoire au micro d'Ambre Rosala.
00:51Depuis qu'elle est toute petite, Charlotte Perronnet se fait appeler Charlie par tous ses proches.
00:56Elle a 33 ans, elle a les cheveux bruns coupés au-dessus des épaules et elle porte de grosses lunettes
01:02carrées
01:02qui encadrent ses yeux marrons.
01:04Je la rencontre chez elle, dans le 10e arrondissement de Paris.
01:08Nous nous installons autour de la table de sa cuisine et elle me raconte le souvenir qu'elle a
01:13de son tout premier verre d'alcool.
01:18Mon premier verre d'alcool, j'avais 13 ans.
01:21C'est un repas de famille pour Noël, grande tablée.
01:24Et en fait, à partir de 12-13 ans, en gros, il nous était servi un tout petit fond de
01:29verre.
01:29Donc vraiment pas grand-chose, mais un tout petit fond de verre de sauternes, de vin liquoreux.
01:33Et c'était présenté vraiment pour ma culture générale, côté vraiment très rétinitiatique, transmission.
01:40J'avais trouvé ça super âpre, dégoûtant.
01:43Le premier verre, je ne l'ai pas aimé, mais le problème, c'est que j'ai un peu trop
01:46aimé les suivants.
01:47Charlotte est née le 13 avril 1990.
01:50Elle grandit à Louve-Sienne, une petite commune des Yvelines, à l'ouest de Paris,
01:54dans une famille aimante et un milieu plutôt privilégié.
01:58Charlotte a trois sœurs, c'est la deuxième de la fratrie.
02:01C'est une petite fille très énergique, passionnée d'équitation depuis qu'elle a trois ans.
02:06Elle fréquente un collège, puis un lycée privé,
02:09et comme beaucoup d'adolescents, elle profite des week-ends pour faire des soirées avec ses amis.
02:13À partir de la seconde, tous les week-ends, on faisait des soirées avec les copains.
02:17Et on avait quand même un peu comme but de soirée, de se retourner la tête.
02:21On anticipait même le fait que, dans tous les cas, on allait trop boire,
02:23et donc on mangeait par exemple des spaghettis, parce que c'était plus facile à vomir.
02:26En plus, on était dans des baraques, les baraques de nos parents, on jouait à domicile.
02:30En fait, ce qu'on cherchait comme but, c'était de raconter des conneries.
02:33Raconter des conneries, danser comme des givrés au milieu du salon de nos parents.
02:37On déconnectait un peu notre cerveau.
02:38Alors oui, on ne pensait plus du tout à notre 4 ans maths qu'on avait ramené il y a
02:42quelques jours.
02:43Et Britney Spears à fond, les Space Girls, et voilà, c'était hyper festif.
02:48C'était l'époque où je faisais beaucoup, beaucoup d'équitation, pour le coup.
02:51Dans ma bande de potes, j'étais une des plus sages, parce que moi, je me réveillais à 5h du
02:55mat le dimanche
02:57pour aller faire des concours d'équitation à droite, à gauche, un peu partout.
03:01Et donc, j'avais toujours ce truc de, ok, je fais la soirée, ok, je bois,
03:03mais par contre, à 5h, je serais debout en tenue de poney.
03:07J'étais une de celles qui buvait, mais avec modération.
03:12Il y avait toujours ce truc où il fallait assurer le lendemain.
03:13Il y avait zéro gueule de bois, d'ailleurs.
03:15Même si je buvais à avoir la gueule de bois, il était hors de question qu'elle s'exprime.
03:19En juin 2008, Charlotte obtient son bac.
03:22En septembre, elle déménage dans un petit appartement en Normandie, à Rouen,
03:26pour entrer dans une école d'ingénieurs en agriculture.
03:28J'arrive à l'école, il y a cette phase vraiment d'intégration,
03:31qui est très organisée d'ailleurs par les deuxièmes années,
03:33et l'intégration ne se fait qu'alcooliser.
03:37J'ai ultra peur, en arrivant à l'école, de ne pas me faire de potes,
03:40parce que j'avais ma bande de potes du lycée,
03:43et là, j'arrive en école et je ne connais personne.
03:46Je me dis qu'il faut que je me fasse des copains.
03:47Je me rends bien compte que pour se faire des copains,
03:49il faut se faire intégrer, et se faire intégrer, c'est donc picoler.
03:54Je sais faire picoler, parce que je l'avais déjà fait avec mes copains du lycée.
03:59On ne me force pas à boire, mais je le fais.
04:01Je me rappelle de soirées, notamment la soirée d'intégration en première année,
04:05où, à ma connaissance, il n'y a pas une personne sur la centaine d'élèves présents
04:09qui tourne au soft.
04:11Personne ne boit autre chose qu'un minima de la bière.
04:15En plus, il y a plein de rites.
04:16Typiquement, on avait un truc, c'était l'aumône.
04:19Il fallait qu'on se mette à genoux, qu'on tende les mains comme si on priait,
04:22et on nous servait de l'alcool fort directement dans la bouche.
04:25On faisait plein de jeux à boire aussi, où on se mettait en ligne,
04:28et le but était de boire le plus vite possible sa bière,
04:31et de la taper sur la tête de son voisin, ça passait le relais,
04:33mais ça faisait vraiment partie de l'intégration.
04:36Les soirées organisées par le bureau des élèves se multiplient au fil des mois.
04:40En février 2009, quelques mois après son arrivée à Rouen,
04:44Charlotte est invitée par un ami qui étudie dans une autre école de la ville,
04:47à sa soirée de gala.
04:49On a bu des litres et des litres et des litres de champagne avec du ponche,
04:55et je me rappelle avoir senti vraiment cet espèce de coup de chaud,
05:00en disant je me sens pas bien, je me sens pas bien, j'ai chaud.
05:03Je suis tombé vraiment net, je me suis mise à vomir,
05:06puis j'ai atterri à l'hôpital en fait.
05:11Je me fais réveiller par une infirmière qui me dit
05:13« Bonjour, vous n'êtes plus à votre soirée, vous êtes au CHU de Petit Queville,
05:18donc en Normandie, vous avez fait un coma éthylique,
05:22vous en faites pas, ça va aller. »
05:24Et voilà, parce qu'en fait elle prend mes constantes et elle repart.
05:26Et moi, c'est la première fois que je ressens une honte,
05:30mais fracassante, quoi.
05:31Mais vraiment, là, je suis en robe de soirée,
05:35couché sur un lit d'hôpital,
05:37je suis perfusée, je sais même pas ce que c'est.
05:39J'ai quelques souvenirs, mais pas non plus énormément.
05:44Je me dis « Mais qu'est-ce qui s'est passé ? »
05:47Et donc en fait, ce que je décide de faire, c'est que j'arrache ma perf,
05:50je remets mes chaussures de gala,
05:51et je fuis de l'hôpital.
06:02Et malheureusement, ça change pas grand-chose ce coma.
06:05Je prends pas du tout conscience de la gravité,
06:07et que ce soit un moment, j'aurais quand même pu mourir en fait.
06:10C'est ce qui peut se passer après un coma quand même.
06:12Je prends pas du tout conscience de ça,
06:14et en fait, je me dis surtout « Bon, c'est le rhum qui m'a flinguée. »
06:17Et donc, ce que je prends comme résolution post-comma,
06:20c'est de ne plus boire d'alcool fort.
06:22Charlotte décide de ne plus boire que du vin ou de la bière.
06:25Dans son école d'ingénieur,
06:26des soirées sont organisées plusieurs fois par semaine
06:29pendant ses cinq années de scolarité.
06:32Charlotte est diplômée en juin 2013.
06:34Elle a 23 ans.
06:36Elle décide de passer des concours
06:37parce qu'elle voudrait devenir journaliste.
06:40Elle est finalement admise
06:41à l'école de journalisme de Sciences Po à Paris
06:44et fait sa rentrée en septembre.
06:46Je me rends compte d'une chose,
06:48c'est que ça boit un peu moins quand même
06:50en école de journalisme.
06:52Aussi parce qu'on est à Paris et que ça coûte beaucoup plus cher
06:54et qu'on est dans des bars et qu'évidemment,
06:55avec son salaire ou avec des tout petits salaires d'étudiant,
06:59c'est plus compliqué.
07:00Mais en fait, je me rends compte que
07:02l'école d'ingénieur m'a ancré un truc en moi,
07:04c'est que j'ai la peur du manque.
07:06Je prends de l'avance sur les gens.
07:09Donc on va faire des soirées,
07:09on en fait un peu moins souvent qu'à la Gris,
07:11mais moi, je vais boire deux, trois, quatre bières
07:14avant de rejoindre les copains
07:15ou alors juste avec une copine
07:17avant qu'on rejoigne les autres.
07:18Et puis aussi, j'ai toujours chez moi, par exemple,
07:21de quoi accueillir du monde.
07:22Et accueillir du monde, chez moi,
07:24ça se fait avec de la bière ou du vin.
07:26Mais je me rends compte en fait que je recrée
07:28ce que j'ai un peu toujours connu à la Gris.
07:30Après deux ans d'école,
07:31Charlotte obtient son diplôme de journaliste.
07:33Le 2 juillet 2015, à 25 ans,
07:36elle commence un CDD à la radio RMC
07:38en tant que reporter.
07:40Je travaille beaucoup et je bois beaucoup.
07:44C'est totalement la récompense.
07:45C'est vraiment le...
07:46Ouais, je l'ai bien mérité, quoi.
07:48J'ai une journée à courir partout,
07:51à droite, à gauche,
07:52pour tenter de trouver le bon client pour mon reportage.
07:54Franchement, le reportage est en boîte,
07:56je l'ai bien mérité.
07:57Et il y a aussi le truc où on boit un peu,
07:59quand même, dans la rédaction.
08:01Ça nous arrive très fréquemment.
08:02C'est le jeudi, au milieu de la rédaction.
08:04On se fait un pot entre collègues.
08:06On ouvre le pâté, le houmous,
08:09le verre de rouge et la bière, quoi.
08:11Enfin, c'est vraiment...
08:12C'est convivial.
08:13Et puis en plus, je me rends bien compte,
08:14en fait, assez rapidement,
08:15en arrivant dans ma rédac,
08:16qu'il faut en être.
08:19Qu'il faut en être.
08:20Et qu'en fait, les meilleurs reportages,
08:21on a envoyés sur les meilleurs sujets,
08:23les meilleurs terrains,
08:23ça ne se décide pas forcément
08:25de manière très officielle en réunion,
08:26mais ça se décide potentiellement
08:27de manière un peu plus officieuse en soirée.
08:29Je sortais déjà pas mal,
08:31mais là, franchement,
08:31je me force à sortir en me disant
08:32il faut que j'y sois.
08:33Et donc, je me mets à sortir
08:34pour boire des verres avec mes boss.
08:38Mais le problème,
08:38c'est que je bois déjà pas mal.
08:40C'est très compliqué de me limiter
08:41à un ou deux verres avec le boss.
08:42Et donc, j'ai toujours peur
08:43de lui montrer la face cachée.
08:46Le côté too much, quoi.
08:47À cette période-là,
08:49Charlotte est en couple avec un homme.
08:50Mais depuis l'adolescence,
08:52elle se pose des questions
08:53sur son orientation sexuelle.
08:55J'ai grandi du coup
08:57en banlieue ouest parisienne,
08:58milieu un peu catho.
09:00Et le mot lesbienne
09:01n'existait même pas
09:03dans mon vocabulaire.
09:04Ça faisait pas partie de ma matrice.
09:06Ça faisait déjà plusieurs années
09:06que j'avais ressenti
09:07ces premiers émois
09:10finalement pour des femmes.
09:12Mais je me suis pas dit que...
09:14Enfin, j'avais pas imaginé
09:15que je puisse être lesbienne
09:16parce que ça n'existait pas
09:18dans mon monde.
09:19Et à 26 ans,
09:21je me sépare de mon ex,
09:22donc un homme.
09:23Et là, en fait,
09:23ça me tombe dessus en boomerang, quoi.
09:25C'est vraiment cette petite voix
09:26dans la tête qui dit
09:26mais en fait,
09:27Charlie, t'es pas heureuse, quoi.
09:28Il serait peut-être temps
09:29de t'écouter.
09:29Et vraiment,
09:30ça me retombe dessus, quoi.
09:32Et moi, qu'est-ce que je fais ?
09:33Bah, je la fais taire,
09:34cette petite voix dans la tête.
09:36Et je la fais taire
09:38avec de la despée
09:39et du vin rouge.
09:41Je m'assomme
09:42et je multiplie
09:42les rencontres amoureuses
09:43avec des hommes
09:44pour me rassurer
09:44sur le fait que
09:46je puisse
09:47ne pas être lesbienne.
09:48Sauf que pour rencontrer
09:49des hommes,
09:50il faut que je boive
09:51parce que je suis incapable
09:52de rencontrer un homme
09:53en étant sobre.
09:54Et l'alcool accompagne vraiment
09:55ces mois
09:56et ces mois d'errance, quoi.
09:58Et jusqu'à ce qu'un jour,
09:59je ne saurais pas trop expliquer
10:00pourquoi ce jour-là,
10:01je m'inscris sur une application
10:02de rencontre
10:02et je rencontre Ali.
10:04Et là,
10:06instantanément,
10:07waouh !
10:08Quand je rencontre Ali,
10:10j'ai même plus envie de boire.
10:11Je suis tellement heureuse.
10:13J'ai l'impression
10:13de me sentir vraiment moi
10:14à 100%.
10:16Mais bon,
10:16je suis assez naturel
10:17et reviens au galop.
10:18Et donc,
10:19très rapidement,
10:20quand même,
10:21je fais découvrir Ali mon monde
10:22et mon monde,
10:22c'est celui où on enchaîne
10:25deux ou trois soirées
10:26dans la même soirée.
10:26On fait un apéro,
10:28on fait un dîner
10:29et on fait une soirée.
10:30Tout l'intérêt
10:30de faire trois soirées en une,
10:32c'est que je remets mon compteur
10:33de verre,
10:34but,
10:35à chaque fois à zéro
10:36avec les nouvelles personnes
10:37que je rencontre.
10:38Et donc Ali,
10:40rapidement,
10:40se dit
10:44bonne descente.
10:47Charlotte et sa compagne Ali
10:48emménagent ensemble.
10:50Après quatre ans
10:50à enchaîner
10:51les petits contrats
10:52à RMC,
10:53la situation professionnelle
10:54de Charlotte
10:55reste très précaire.
10:56Elle décide alors
10:57d'arrêter le journalisme.
10:59Elle s'associe
11:00avec un ami d'enfance
11:01pour ouvrir
11:02un restaurant à Paris.
11:03Ils travaillent
11:04sur le projet,
11:05empruntent de l'argent
11:06à la banque
11:06et leur restaurant
11:07ouvre le vendredi
11:092 août 2019.
11:10Son amie s'occupe
11:11de la cuisine
11:12et elle de l'accueil,
11:13du service
11:14et du bar.
11:15Et je me mets
11:16à boire
11:17tous les jours.
11:19Enfin,
11:20tous les jours
11:20le resto est ouvert
11:20donc à quelque chose
11:21près tous les jours.
11:23On a des petits verres
11:24un peu rituels
11:25avec mon associé
11:27qui sont les verres
11:28de le calme
11:29avant la tempête
11:30juste avant
11:30le service du soir.
11:31On boit ce verre là.
11:33Mais après,
11:34on a aussi des moments
11:34de dégustation
11:35par exemple
11:35pour étayer
11:36notre carte de vin.
11:37En fait,
11:38on a beaucoup
11:38d'occasion de boire
11:39quand même
11:39quand on est patron
11:41de restaurant,
11:42de bar.
11:43Puis,
11:43il y a toujours aussi
11:43ce verre
11:44de fin de service
11:46où je vais trinquer
11:46avec les clients
11:47parce qu'il y a quand même
11:47beaucoup de clients
11:48dans la salle
11:48que je connais
11:49ou alors
11:50c'est des amis d'amis.
11:51Et moi,
11:52je veux donner
11:54cette image
11:55de la restauratrice
11:56super sympa
11:57et d'ailleurs,
11:57les clients me le disent
11:58qu'ils viennent
11:59et qu'ils reviennent
11:59aussi pour cette raison-là
12:00parce que la patronne
12:02du resto
12:02est sympa
12:03et trinque avec eux
12:04en fin de soirée.
12:05Je bois pour trinquer
12:07tout le temps.
12:07Je vais boire
12:08l'équivalent
12:08de 3-4 peintres
12:10par jour en fait.
12:114-5 peut-être.
12:12Le restaurant
12:12marche plutôt bien
12:13même pendant
12:14le premier confinement
12:15parce qu'il continue
12:16à faire des plats
12:17à emporter.
12:18En juin 2020,
12:19un peu plus d'un an
12:20après l'ouverture
12:20de l'établissement,
12:22son ami décide
12:22de quitter le projet
12:23sans vraiment
12:24lui donner d'explication.
12:26Il disparaît
12:26du jour au lendemain
12:27et moi,
12:28je me retrouve
12:28avec un gros bébé
12:29ce resto,
12:30toute seule.
12:31Je me dis
12:31mais merde,
12:32on a un crédit
12:33de 300 000 euros,
12:33on a un resto.
12:34Puis moi,
12:35je l'aime
12:35mon métier de restauratrice
12:36mais du coup,
12:36comment je vais faire ?
12:37Je ne peux pas y arriver
12:37toute seule.
12:38C'est la panique
12:39en fait.
12:39C'est la panique à bord
12:40quoi.
12:40Et qu'est-ce que je fais
12:41quand je panique ?
12:41Je bois.
12:43Et donc là,
12:44ce qui se passe,
12:44c'est que là,
12:45je me mets à boire
12:48en continu
12:49ou presque.
12:51Je cale
12:51tous mes rendez-vous
12:52pros le matin
12:53parce que le matin,
12:54je n'ai pas bu.
12:55Et puis en fait,
12:56je me mets à boire
12:56à 11 heures.
12:57C'est le moment
12:58où je me rends compte
12:58que j'ai besoin
12:59de ce verre-là
12:59parce qu'en fait,
13:00sinon,
13:00j'ai l'impression
13:01que je ne vais pas tourner.
13:02J'ai l'impression
13:02que la tristesse,
13:03la colère,
13:04l'incompréhension,
13:05tout ça va me rattraper.
13:06Avec ce verre de bière,
13:07je me fabrique
13:08un bouclier quoi.
13:09Et je me mets à boire
13:118, 10, 12 litres
13:13de bière par jour.
13:15Des verres que je planque
13:16quand mes serveuses arrivent.
13:17Je les planque
13:18derrière ma troncheuse
13:19dans la cuisine.
13:20Je les planque
13:20au niveau de la plonge.
13:22J'ai toujours sur moi
13:22du parfum,
13:23du maquillage,
13:24ma brosse à dents.
13:25Le matin,
13:26quand je pars de chez moi,
13:27j'ai déjà préparé
13:28mon pyjama pour le soir
13:30parce qu'en fait,
13:30je sais que sinon,
13:31je vais arriver chez moi
13:32et que je vais tanguer
13:33et que je vais me prendre
13:34tous les murs.
13:35Et en fait,
13:36je me dis,
13:36elle va me voir
13:36et va me démasquer.
13:38Elle va se dire,
13:38t'as bu combien de litres ?
13:40Ça va pas ou quoi ?
13:41Et ce qui est absurde,
13:42c'est que j'ai commencé
13:43vraiment de l'alcool
13:44en étant jeune,
13:45en me disant
13:45c'est super rock'n'roll.
13:47Il y avait ce truc
13:47de sentiment de liberté.
13:49Puis même à Sciences Po,
13:51je buvais aussi un peu
13:51pour emmerder les élites.
13:52Il y avait ce truc de
13:53ouais, ouais, ouais,
13:54je suis une femme
13:55et ouais, je picole.
13:56Et là, en fait,
13:57au restaurant,
13:58le piège se referme.
14:00Je suis plus du tout libre,
14:01en fait.
14:02Tout est calculé,
14:03tout est réglé,
14:04mais vraiment,
14:05mais zéro liberté.
14:08Quand on boit
14:098, 10, 12 litres
14:10de bière par jour,
14:12on se sent pas très bien.
14:15J'en ai même
14:15des pensées suicidaires,
14:16en fait,
14:16en me disant
14:18je vais arrêter ça,
14:19en fait.
14:20Ce qui me rattrape beaucoup,
14:21c'est Ali,
14:21et c'est ma petite soeur aussi,
14:23Agathe,
14:23ma petite soeur handicapée.
14:24Je me dis,
14:25ah non,
14:25ma famille a déjà
14:26son lot d'emmerdes,
14:27là,
14:27c'est pas possible,
14:28on peut pas rajouter ça.
14:29Mais j'y pense,
14:31et un jour,
14:32je me fracasse la tête
14:36dans les escaliers
14:37de mon restaurant.
14:40Ali me récupère
14:41à l'hôpital,
14:41vraiment,
14:42j'ai de la bouche
14:44déchiquetée,
14:44et moi,
14:45ce jour-là,
14:45je me dis,
14:46ok,
14:47t'as un problème.
14:49Ce jour-là,
14:50je pense que je réalise
14:51que je m'arrête pas
14:53quand je peux.
14:57Cette chute a lieu
14:58en novembre 2020,
14:59Charlotte a 30 ans.
15:01Quelques mois plus tard,
15:02à la fin du mois
15:03de janvier 2021,
15:05elle tombe à nouveau
15:06à cause de l'alcool.
15:07Cette fois-ci,
15:08ça se passe
15:08dans les escaliers
15:09de son immeuble,
15:10en rentrant chez elle
15:11après son service.
15:12Je dévai à le 18 mars,
15:14je fais un bruit d'enfer
15:14à minuit,
15:16alors on est en plein couvre-feu,
15:17c'est pas le genre
15:17de truc très classique.
15:19et Ali entend
15:21ce bruit
15:21dans la cage d'escalier
15:23et Ali sait que c'est moi.
15:25Et le voisin sort.
15:26Je me fais secouer
15:27par le voisin
15:27qui dit
15:28« Madame,
15:28vous allez bien ? »
15:30Parce que j'ai la tête
15:31en sang
15:31au niveau des cheveux.
15:33J'ai la tête en sang
15:35et...
15:35Mais en fait,
15:36à ce moment-là,
15:36très honnêtement,
15:37je sais même pas
15:38si j'ai vraiment envie
15:38de me réveiller.
15:40Et ça va qu'elle y est là.
15:42Ali mérite que je me réveille.
15:44Notre amour mérite
15:44que je me réveille
15:45et c'est la seule personne
15:46qui compte encore
15:46vraiment énormément
15:47pour moi à ce moment-là.
15:48Et donc,
15:48quand Ali arrive au-dessus de moi,
15:50évidemment que j'ouvre les yeux
15:51et elle me porte
15:52sur deux étages.
15:54Je vois ses larmes.
15:56Ali me regarde
15:56et me dit
15:57« T'as un problème
15:58avec l'alcool.
16:00Si tu ne fais rien,
16:01tu vas sombrer.
16:02T'as pas le droit
16:02d'entraîner tes proches
16:03avec toi.
16:05Donc,
16:05je peux pas sombrer avec toi.
16:07Donc,
16:07si tu ne fais rien,
16:08je vais me barrer.
16:09Je l'aime,
16:10je n'ai pas envie de la perdre.
16:11Donc,
16:12je me dis
16:12« Bon,
16:12bah,
16:13ok. »
16:14Charlotte prend rendez-vous
16:15chez un addictologue
16:16qu'elle voit dès le lendemain.
16:17Et je lui dis
16:18« Il se pourrait que peut-être
16:19que paraîtrait que
16:21je suis un peu trop
16:22une bonne vivante.
16:23Déni absolu.
16:24Mais parce que
16:24l'alcoolique,
16:25ce n'est pas moi.
16:25Parce que j'ai une famille aimante,
16:27je suis en couple,
16:28j'ai un job.
16:28Alors certes,
16:29un peu casse-gaule
16:30avec un associé qui se barre,
16:32mais sur le papier,
16:33c'est pas non plus
16:34insurmontable.
16:35Et il me dit,
16:36l'addictologue me dit
16:38« Ok,
16:39bah,
16:39vous savez quoi ?
16:39On va essayer de diminuer.
16:41Est-ce que vous pouvez
16:42vous passer de certains vers ?
16:43On va essayer de faire ça. »
16:45Ce qui se passe,
16:45c'est pendant deux mois,
16:46je négocie
16:47en permanence
16:48avec mon cerveau
16:49à expliquer à ma tête
16:50que non,
16:51ce vers-là,
16:52tu n'as pas le droit
16:52pour telle raison.
16:54Celui-ci,
16:54tu as le droit,
16:54mais parce que
16:55c'est avec telle personne.
16:56Celui-là,
16:57non,
16:57c'est non.
16:57Et c'est infernal,
16:59mais je deviens folle.
17:01Un jour,
17:02en fait,
17:02j'arrive pour mon rendez-vous
17:04avec l'addictologue
17:05et là,
17:05en fait,
17:05je pète un plomb
17:06dans son cabinet
17:08et je lui dis
17:08« Mais non,
17:08mais ce n'est pas possible.
17:10Soit on ouvre le robinet,
17:11soit on le ferme,
17:12mais cette espèce
17:13d'entre-deux foireux
17:14où j'ai le droit
17:15de boire certains verres
17:16et je n'ai pas le droit
17:16d'en boire d'autres,
17:17mais c'est n'importe quoi.
17:19Non,
17:20moi,
17:20ça ne me va pas.
17:21En fait,
17:21c'est peut-être ça.
17:22En fait,
17:22je suis peut-être alcoolique. »
17:24Il me regarde,
17:25il sourit
17:25et il dit
17:25« Voilà,
17:26c'est ce que j'attendais.
17:28Mais il fallait
17:28que ça vienne de vous.
17:30Il fallait que ça vienne de vous
17:31et il fallait peut-être
17:32passer par cette phase
17:33de tentative de diminution
17:34pour que vous vous rendez compte
17:35qu'une personne alcoolique,
17:36une personne malade alcoolique
17:39ne sait pas se modérer,
17:40ne sait pas diminuer.
17:42Il n'y a qu'un seul secret,
17:44pour tenir bon,
17:45c'est zéro. »
17:47Son addictologue
17:47lui prescrit un médicament
17:48qui aide à réduire
17:49la dépendance à l'alcool
17:50mais qui ne peut être pris
17:52qu'en cas d'abstinence totale.
17:54Ce mardi 23 mars 2021,
17:57Charlotte se prépare donc
17:58à boire son dernier verre d'alcool.
18:01« Ce que je fais,
18:02c'est que j'organise
18:02mes adieux à la boisson
18:04avec Ali,
18:05en tête à tête.
18:07Puis j'achète
18:07tout ce que j'aime.
18:08J'achète une super bière,
18:09j'achète un super vin blanc,
18:11même un champagne,
18:11un blanc de blanc
18:12qui est le bourge.
18:13Et moi, je bois
18:14et je me dis
18:14« Mais ce n'est pas possible,
18:15jamais je ne vais y arriver comme ça. »
18:18Je me projette,
18:19je me dis
18:19« Mais attends,
18:20dans à peu près 15 jours,
18:21tu as ton anniversaire,
18:22mais comment tu vas fêter
18:23tes 31 ans sobres ?
18:24C'est impossible en fait.
18:25Ça, c'est pas possible. »
18:26Et donc, je me dis
18:27« Je vais le faire,
18:27mais honnêtement,
18:28je n'y crois pas trop. »
18:30Et le lendemain,
18:31j'installe une application
18:32qui va se mettre
18:33à compter les jours pour moi.
18:34Et il faut donner une raison
18:35dans cette application
18:36de « Pourquoi on arrête de boire ? »
18:38et j'écris sur cette application
18:39« Je veux redevenir moi. »
18:42Je suis sobre
18:43depuis un peu plus
18:44de deux ans et demi.
18:44Ça fera trois ans
18:45le 24 mars.
18:48Donc, les premiers mois
18:49n'ont pas été simples.
18:50Pour autant,
18:51j'ai arrêté de boire,
18:51je n'ai vraiment pas
18:52arrêté de vivre.
18:53Dès le premier jour,
18:54je sortais.
18:56J'ai dû réapprendre
18:56à danser sobre.
18:59C'est pas toujours facile
18:59encore aujourd'hui,
19:00mais quand je le fais,
19:02je me sens tellement puissante
19:03et je suis trop heureuse.
19:05Je suis tellement heureuse
19:06de passer du temps aussi
19:08avec mes proches
19:08sans le prisme de l'alcool.
19:10J'ai des vraies conversations
19:10avec les gens.
19:11Et puis, en fait,
19:12surtout,
19:12ce qui est très chouette,
19:13c'est que je fais tout
19:13aujourd'hui en pleine conscience.
19:16Je me rappelle le tout.
19:18Je prends soin de moi, en fait.
19:20Enfin, je me trouvais
19:21des bonnes raisons de boire
19:22et maintenant,
19:22je me trouve des bonnes raisons
19:23d'être sobre.
19:25Mais globalement,
19:25je le suis surtout pour moi
19:26parce que ça vaut le coup.
19:51Ambre, comment ont réagi
19:52les proches de Charlotte
19:53quand elle leur a dit
19:53qu'elle était alcoolique ?
19:55Elle m'a expliqué
19:55que certains de ses proches
19:56s'étaient rendus compte
19:57qu'elle avait un problème
19:58avec l'alcool,
19:59comme sa mère
19:59ou des amis proches,
20:00par exemple.
20:01Donc, eux,
20:02ils étaient plutôt soulagés
20:03à l'idée qu'elle se fasse
20:04aider par un addictologue.
20:06Par contre,
20:07elle m'a aussi raconté
20:08que beaucoup de gens
20:08avaient été très surpris
20:09quand elle leur avait annoncé
20:10qu'elle était alcoolique
20:11et qu'elle arrêtait
20:12de boire complètement.
20:13Ils étaient nombreux à penser
20:14que c'était une bonne vivante
20:15qui tenait bien l'alcool
20:16et pour eux,
20:17ce n'était pas ça
20:18être alcoolique.
20:19Mais en fait,
20:19elle m'a dit
20:19qu'ils ne s'en rendaient pas compte
20:21aussi parce qu'elle leur cachait
20:22beaucoup de verre
20:23et qu'ils n'avaient pas conscience
20:24de la quantité d'alcool
20:26qu'elle buvait.
20:26Ça fait donc bientôt trois ans
20:28que Charlotte Perronnet
20:29ne boit pas d'alcool.
20:30Comment elle fait
20:30pour surmonter cette addiction
20:32sur le long terme ?
20:33Alors,
20:33elle a vraiment beaucoup de soutien
20:34de la part de sa famille,
20:35de ses amis,
20:36de sa compagne
20:37et elle m'a expliqué
20:38que ce qui l'avait aussi
20:39beaucoup aidé,
20:40c'était le fait
20:40d'aller aux alcooliques anonymes.
20:42Elle était très réticente
20:43à l'idée d'y aller à la base
20:44mais elle a fini par essayer
20:45une première fois
20:45il y a deux ans pour voir
20:47et en fait,
20:48depuis,
20:48elle y va toutes les semaines
20:49et ça l'aide beaucoup.
20:50Elle a rencontré plein de gens
20:51de milieux
20:52et de profils très variés
20:53et ça l'a vraiment aidé
20:54à rester sobre.
20:55Alors,
20:55elle m'a aussi dit
20:56que ce n'était pas facile
20:56tous les jours
20:57mais que quand ça ne va pas,
20:58elle regarde son compteur
20:59qui compte donc
21:00le nombre de jours de sobriété
21:02et comme elle n'a absolument
21:03pas envie qu'il retombe à zéro,
21:05ça l'aide à la faire tenir.
21:06J'en parlais au début
21:07de cet épisode,
21:08elle a raconté son histoire
21:09dans un livre
21:10sorti au début du mois de janvier.
21:12Pourquoi est-ce qu'elle a tenu
21:13à témoigner ?
21:14Elle m'a dit que
21:14si un livre comme celui-ci
21:16avait existé avant,
21:17donc un témoignage
21:18d'une jeune femme bien entourée
21:19pour qui tout va bien
21:20sur le papier,
21:21peut-être qu'elle se serait
21:23rendue compte plus tôt
21:24qu'elle avait un problème
21:24avec l'alcool.
21:25Donc,
21:26elle a vraiment écrit ce livre
21:27pour aider des gens
21:28qui pourraient se reconnaître
21:29dans ce qu'elle a vécu.
21:31Et puis,
21:31avec ce livre,
21:32elle veut aussi amener
21:33les gens qui boivent
21:34de manière modérée
21:35à se poser la question
21:36de pourquoi ils boivent,
21:38est-ce qu'ils sont capables
21:39de s'en passer ou pas ?
21:40Donc voilà,
21:41sans pour autant pousser
21:42les gens à arrêter de boire,
21:43avec ce livre,
21:44elle veut initier
21:45une réflexion plus générale
21:46sur la consommation d'alcool.
21:48Merci Ambre Rosala,
21:49je rappelle les références
21:50du livre de Charlotte Perronnet
21:52« Et toi,
21:53pourquoi tu bois ? »
21:54paruchée de Noël.
21:55Et si vous avez besoin d'aide,
21:56vous trouverez des liens
21:58et des numéros
21:58à contacter
21:59dans la fiche de cet épisode.
22:00Cet épisode de Code Source
22:02a été produit par
22:03Clara Garnier-Amourou
22:04et réalisé par
22:05Julien Moncouquiole.
22:06N'oubliez pas
22:07de nous laisser un commentaire
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22:21...
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