Dans la nuit du 18 au 19 novembre, Thomas Perotto meurt après avoir reçu plusieurs coups de couteaux devant la salle des fêtes de Crépol, dans la Drôme, alors qu’il participait au bal du village. Dans les jours qui suivent, la mort de cet adolescent de 16 ans suscite de vives réactions politiques. Code source retrace le fil des événements et fait le point sur l’enquête avec Thomas Peyo, correspondant du Parisien dans la région, Vincent Gautronneau, du service police-justice, et Pierre Maurer du service politique.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Pierre-Loeiz Thomas et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : BFMTV, TF1.
#crepol #thomas
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 novembre, Thomas Perrotto, un adolescent de 16 ans,
00:18a succombé à ses blessures après avoir reçu plusieurs coups de couteau à la sortie d'un bal
00:23qui s'est terminé par des affrontements très violents entre jeunes dans le village de Crépole, dans la Drôme.
00:28Alors deux semaines après ce drame, où en est l'enquête ?
00:31Que sait-on de cette soirée tragique et des neuf personnes mises en examen dans ce dossier,
00:36notamment pour meurtre en bande organisée ?
00:38Et pourquoi cet événement a-t-il suscité autant de réactions politiques, notamment à l'extrême droite ?
00:45Code Source fait le point aujourd'hui avec Thomas Pueyo, correspondant du Parisien dans la région,
00:50en ligne avec nous depuis Grenoble, Vincent Gautronneau du service police-justice
00:54et Pierre Maurer du service politique.
01:05Thomas Pueyo, le dimanche 19 novembre, dans l'après-midi, quelques heures après la mort du jeune Thomas,
01:11le club de rugby dans lequel il jouait, le RC Romand Péage, dispute un match amical
01:17qui se déroule dans une ambiance forcément très particulière.
01:20Il y avait un match prévu de longue date auquel Thomas aurait dû participer.
01:25Et bien avant la rencontre, tous les joueurs vont se réunir au milieu de la pelouse pour une minute de
01:30silence
01:31qui sera suivie d'une minute d'applaudissement.
01:33Et voilà, l'émotion est palpable. Thomas est mort quelques heures avant.
01:37Il y a des larmes, il y a les gens qui se serrent dans les bras et ce match va
01:42quand même se dérouler.
01:43Qu'est-ce qu'on sait de Thomas Perrotto, ce jeune de 16 ans qui a été tué quelques heures
01:47plus tôt,
01:47dans la nuit de samedi à dimanche ?
01:49C'est un jeune sans histoire, c'est un enfant du pays qui a grandi dans la campagne autour de
01:54Crépole.
01:55Il était très investi dans son équipe de rugby.
01:58C'était un garçon au visage encore juvénile, il n'avait que 16 ans, il a un physique plutôt costaud,
02:04d'épais sourcils, le regard toujours rieur sur les photos qu'on a pu voir de lui.
02:08Et voilà, Thomas était un gamin de la campagne, un gamin comme il y en a beaucoup dans la Drôme.
02:18Le même jour, Thomas Puyot, vous vous rendez à Crépole, où Thomas a été poignardé à la sortie d'un
02:23bal du village
02:24qui a dégénéré, faisant neuf autres blessés. Est-ce que vous pouvez nous décrire cette commune ?
02:29Alors Crépole, c'est vraiment un tout petit village de la Drôme, il y a 500 habitants à peine.
02:34Il est levé dans ce qu'on appelle la Drôme des Collines, au nord du département.
02:38C'est un village vraiment typique de la campagne drômoise, avec son église.
02:42Il y a quelques commerces quand même, un bar tabac, une boucherie, une supérette.
02:46C'est entouré de champs, de champs de noyer notamment.
02:49Voilà, c'est vraiment un village très tranquille.
02:52A quoi ressemble la salle des fêtes de Crépole, qui a été le théâtre de ces violences la nuit d
02:57'avant ?
02:57C'est une salle qui est au centre du village.
03:00Elle est longue d'une trentaine de mètres, c'est des murs en crépit beche claire,
03:04un petit peu salis par les intempéries.
03:05Il y a des portes marrons tout autour, peu de fenêtres.
03:08Quand on arrive près de la salle, il y a des scellés de gendarmerie, personne ne peut y rentrer.
03:14On arrive juste à voir par un volet légèrement ouvert encore des gobelets qui n'ont pas bougé depuis la
03:19soirée du drame.
03:20Il y a du sang séché par terre devant la salle des fêtes.
03:23Et il y a encore une voiture garée sur le parking, une voiture à la carrosserie blanche,
03:27sur laquelle on voit des traces de sang rouge, ce qui montre quand même la violence qu'il y a
03:32pu avoir cette soirée-là.
03:33Sur place, les premiers habitants que vous rencontrez, ils sont sous le choc ?
03:36Oui, elles sont traumatisées et puis c'est surtout la consternation.
03:39Personne ne comprend pourquoi il y a eu autant de violence dans un si petit village sans histoire.
03:45Dès le lendemain, les gens viennent près de la salle sans un mot.
03:49Ils viennent juste se recueillir, ils déposent des bougies, des roses, parfois juste un petit mot.
03:54Parmi les parents qui viennent, il y en a beaucoup dont les enfants étaient à la soirée.
03:58Tous ont eu très peur que ce soit leur enfant qui soit victime de cette barbarie.
04:03Les parents nous disent que leurs enfants ne veulent pas sortir de leur maison.
04:06Ils ont peur que la violence se déchaîne de nouveau.
04:09Il y a un vrai traumatisme dans la population locale.
04:12Les anciens ont peur de sortir de chez eux, ils ont peur de se faire agresser.
04:15Et le plus gras, c'est surtout les parents qui ont peur de laisser même aller leurs enfants au sport.
04:21Donc aujourd'hui, c'est vraiment la place à la peur, notamment à la période de Noël, où il y
04:24aura tous les marchés.
04:25C'est vraiment la population en peur.
04:28Thomas Pueyo, ce bal d'hiver de Crépol, c'était une fête organisée pour les jeunes et a priori sans
04:33risque ?
04:34C'était un bal traditionnel.
04:36Il n'avait pas eu lieu depuis le Covid, donc s'il y avait une certaine excitation, est-ce qu
04:40'il ait lieu de nouveau ?
04:41Il y avait quatre vigiles qui surveillaient la soirée.
04:43C'était surtout pour des questions réglementaires, parce qu'on était dans un plan vigipirate.
04:48Mais voilà, il y avait beaucoup de lycéens.
04:50En tout, il y avait quand même 400 personnes.
04:52C'était un peu la soirée des premiers flirts.
04:54À la soirée, il y avait surtout des jeunes entre 15 et 25 ans, même s'il y avait certains
04:58qui étaient un peu plus jeunes, d'autres un peu plus âgés.
05:00Il y a certains jeunes qui viennent bien habillés, parfumés.
05:04Des gens qui étaient venus après avoir réservé la soirée, parce qu'il fallait respecter une jauge maximale pour la
05:11sécurité de la salle des fêtes.
05:13C'est une soirée qui devait se terminer à 2h du matin.
05:15Et jusqu'à 2h, tout s'était très bien passé.
05:17Il n'y avait pas eu de soucis à signaler.
05:19Tout devait bien se terminer, en fait.
05:21En parlant avec des personnes qui ont été témoins des violences, qui ont éclaté dans la soirée, qu'est-ce
05:26que vous comprenez de son déroulé ?
05:28Il y a certains participants de la soirée qui nous disent qu'il y a d'abord eu des coups
05:31et puis que des couteaux auraient été sortis.
05:33Des couteaux de cuisine.
05:35Et c'est à partir de là que vraiment ça aurait totalement dégénéré.
05:39Et qu'au moment où les premiers se sont fait poignarder, ça a été vraiment une panique totale.
05:46Certains parlent même de marre de sang.
05:48Donc on comprend que ça a été extrêmement violent.
05:51Il y en a certains, ils ont même du mal à nous raconter ce qui s'est passé tellement il
05:54y avait de confusion.
05:55Les gens couraient un peu dans tous les sens.
05:57La plupart se sont réfugiés dans la salle.
05:59Ils nous ont vraiment raconté l'angoisse avant l'arrivée des secours et des gendarmes.
06:03En tout cas, à ce moment-là, c'est très dur de savoir ce qu'il s'est réellement passé.
06:06Il y a beaucoup de flou.
06:07Oui, c'est très difficile de dégager une version.
06:10On parle d'abord d'une attaque, mais en fait, rien n'est vraiment vérifié.
06:14On ne sait pas ce qui s'est passé.
06:18Et déjà, il y a des rumeurs qui circulent sur les personnes qui ont agressé les participants du bal
06:23et qui, à ce stade, n'ont pas encore été identifiées.
06:26Elles disent quoi ces rumeurs ?
06:27Elles disent d'abord que les coupables viendraient du quartier de la Monnaie à Romand-sur-Isère.
06:32Romand-sur-Isère, c'est une ville moyenne qui se situe à à peu près 20 minutes de Crépole.
06:37Et le quartier de la Monnaie, c'est un quartier sensible.
06:40Un quartier où il y a des barres d'immeubles, une forte population d'origine immigrée.
06:46Et donc, pointe le quartier de la Monnaie comme étant le quartier d'où viendraient les responsables de ces agressions.
06:52Qu'est-ce qui fait dire à ces participants que les agresseurs viennent de ce quartier, le quartier de la
06:57Monnaie ?
06:57Il y a le côté vestimentaire.
06:59C'est-à-dire que les jeunes qui sont venus là, la plupart sont habillés de manière un peu chic.
07:04Et eux, ils identifient les gens de la Monnaie comme ceux étant en jogging, avec des baskets.
07:10Et puis, les jeunes entre eux se connaissent.
07:12Ils sont tous des mêmes lycées de Romand-sur-Isère.
07:15Donc, d'une certaine manière, ils savent que certaines personnes peuvent venir de ce quartier.
07:20Une enquête est alors ouverte pour homicide et tentative d'homicide en bande organisée.
07:25Le procureur de la République de Valence en charge de l'enquête prend la parole le lundi 20 novembre dans
07:30un communiqué.
07:32Qu'est-ce qu'il peut dire à ce stade sur ce qu'il s'est passé à Crépole ?
07:35À ce moment-là, le procureur de la République est très prudent.
07:39Il écarte quand même la logique d'attaque.
07:43C'est-à-dire que, pour lui, les premiers éléments de l'enquête indiquent que les jeunes ne seraient pas
07:48venus spécialement pour en découdre avec des jeunes qui étaient au bal.
07:53Et il précise bien que l'enquête ne fait que commencer.
07:55Et qu'il faut quand même rester très prudent sur les motivations des agresseurs.
08:01Vincent Gautrono, le mardi 21 novembre, les gendarmes du GIGN procèdent à une série d'arrestations.
08:07En réalité, depuis les heures qui ont suivi la RICS, les gendarmes ont une bonne idée de personnes ayant été
08:13impliquées dans cette RICS.
08:15Ils commencent par remonter sur ces suspects.
08:18Ils en identifient formellement certains en ayant la conviction de leur présence sur place.
08:25Et très vite, ils mettent ces jeunes sous surveillance.
08:28Et ils découvrent que certains d'entre eux ont pris la route avec la voiture de la mère d'un
08:33des suspects.
08:34Finalement, cette voiture est repérée par les policiers à Toulouse.
08:38C'est ensuite la BRI, la brigade de recherche et d'intervention de la police,
08:42qui va aller surveiller ces jeunes qui sont visiblement en train de prendre la fuite
08:46pour éviter qu'ils ne puissent échapper à la police.
08:51Et quelques minutes plus tard, les gendarmes de l'antenne GIGN de Toulouse arrivent sur place
08:55et interpellent sept suspects qui étaient pour une grande partie d'entre eux présents lors de la RICS à Crépaule.
09:01Dans le même temps, à l'issue de ces arrestations, le GIGN interpelle deux autres personnes à Romand-sur-Isère.
09:07Quel est le profil de ces neuf personnes ?
09:09Ce sont soit des mineurs, soit des très jeunes majeurs,
09:11des gens qui ont entre 18 et 22 ans en ce qui concerne les majeurs.
09:17Ce sont des jeunes qui sont presque tous originaires de Romand-sur-Isère, de la ville de Romand-sur-Isère.
09:23Pas forcément tous d'ailleurs du quartier de la Monnaie,
09:25ce quartier qui avait été très vite ciblé comme étant potentiellement le quartier d'origine des agresseurs du jeune Thomas.
09:32Ce sont pour la plupart des petits délinquants,
09:35connus pour des faits mineurs, des amendes, des conduites sans permis, des petits délits.
09:43Et l'un d'entre eux est désigné par au moins un témoin comme celui qui aurait porté les coups
09:47de couteau mortels à Thomas Perrotto.
09:49Qui est-il ?
09:50C'est un jeune qui s'appelle Shaïd, il a 20 ans,
09:53et effectivement dans les premières heures de l'enquête,
09:55il est désigné aux gendarmes comme étant l'auteur des coups de couteau mortels ayant visé le jeune Thomas.
10:02Ce jeune homme, c'est un jeune homme de Romand-sur-Isère,
10:05qui est connu de la justice pour de faits lui aussi très mineurs.
10:10Il a été condamné notamment pour un recel,
10:14et une autre fois une amende de 200 euros pour avoir porté un couteau.
10:21Thomas Puyot, le lendemain, vous vous rendez pour Le Parisien à la marche blanche organisée à Romand-sur-Isère
10:26pour rendre hommage à Thomas.
10:28Qu'est-ce qui vous frappe sur place ?
10:30C'est d'abord le nombre de personnes.
10:32Il y a 6000 personnes qui occupent tout le boulevard devant le lycée de Thomas.
10:37Et malgré ces 6000 personnes, il n'y a aucun bruit.
10:40C'est le silence total.
10:41A cette marche, il y a la famille bien sûr de Thomas,
10:44mais cette famille est protégée,
10:47notamment des journalistes par les amis de rugby,
10:50qui essaient de leur éviter toute sollicitation médiatique.
10:54Il n'y a pas de politique à cette marche,
10:55si ce n'est la mère de Romand-sur-Isère ou la mère de Crépole,
10:59mais qui sont là sans leur écharpe d'élus.
11:02Et quand la marche arrive sur le stade de rugby du club du RC Romand-Péage,
11:08il n'y a pas de discours.
11:10Seulement quelques mots du speaker avant un lâcher de ballon.
11:13Et puis après, tout le monde se disperse.
11:16Mais pendant quand même une bonne heure,
11:19les gens vont rester sur la pelouse,
11:21vont parler toujours à voix basse,
11:23toujours en chuchotant.
11:24Il y aura des étreintes,
11:24des gens qui vont déposer des roses sur les grillages entourant le stade de rugby.
11:30Donc ça a été une marche qui s'est faite quand même dans le respect
11:33et sans aucun débordement.
11:35Et qu'est-ce que vous ont dit les personnes
11:36avec qui vous avez pu échanger tout au long de cette marche ?
11:39Alors il y avait beaucoup d'anonymes et beaucoup de lycéens,
11:43beaucoup de camarades de classe de Thomas.
11:48Et ils sont contents qu'il y ait autant de monde qui soit venu pour lui rendre hommage.
11:52Il y a d'autres personnes qui, elles, expriment beaucoup plus leur colère.
11:55Il y a quand même pas mal de paroles de vengeance,
11:58notamment il y en a qui disent qu'il faut rétablir la peine de mort,
12:02il y en a qui disent qu'il faut la prison à vie,
12:04il y en a qui disent que la justice ne sera jamais assez sévère
12:09pour contrebalancer le chagrin de la disparition de Thomas.
12:15Pierre Morer, à ce moment-là, on est cinq jours après la mort du jeune homme
12:18et depuis, ce drame de Crépole fait des remous au sein de la classe politique.
12:22Oui, immédiatement, en fait, l'extrême droite s'est saisie du meurtre de Thomas
12:26pour tenter d'imprimer son propre récit politique sur ce qu'il s'est passé.
12:31Et en fait, rapidement, Marine Le Pen, Éric Zemmour, Marion Maréchal et d'autres
12:36essayent d'opposer une France qui serait paisible,
12:40une France patriote des campagnes face à une France beaucoup plus dangereuse,
12:44voire délinquante, qui habiterait dans les quartiers populaires.
12:47Par exemple, Marine Le Pen, elle dit que la mort de Thomas est le fait de milices armées
12:51qui opèrent des radias, donc elle utilise à dessein un mot arabe.
12:57Et Éric Zemmour, le patron de Reconquête, lui, il reprend à son compte
13:01l'hypothèse d'un francocyte, qui est un terme qu'il a développé,
13:06qui serait l'assassinat ciblé de citoyens français.
13:09Et il y ajoute que le meurtre de Thomas a des allures de djihad du quotidien.
13:14Et donc, eux, ils défendent clairement l'hypothèse selon laquelle des jeunes du quartier de la Monnaie
13:19sont venus spécifiquement à ce bal blesser des participants.
13:23Oui, en fait, en dépit des résultats de l'enquête, puisqu'elle n'est pas terminée,
13:27Marine Le Pen, Éric Zemmour et l'extrême droite dans son ensemble
13:31cherchent immédiatement à cibler la population du quartier de la Monnaie à Romand-sur-Isère,
13:37et notamment de jeunes citoyens français d'origine maghrébine,
13:41qui, selon eux, seraient venus spécifiquement à Crépole pour en découdre,
13:45puisqu'ils avaient des couteaux sur eux.
13:48Vincent Gautreneau, le samedi 25 novembre, à l'issue de leur garde à vue,
13:52les neuf suspects de cette enquête sont mis en examen
13:55pour meurtre en bande organisée et violence volontaire.
13:59Six d'entre eux sont incarcérés, les trois autres placés sous contrôle judiciaire.
14:03Est-ce que les auditions des suspects et des témoins
14:06ont permis de préciser le rôle de Shaïd A dans cette histoire ?
14:10Alors, Shaïd A, comme on l'a dit, il avait été formellement désigné
14:13par au moins une personne, comme l'auteur des coups de couteau mortels
14:17ayant tué Thomas.
14:19À l'issue de cette garde à vue, son rôle paraît plus flou.
14:23Le témoin qu'il avait reconnu est revenu sur ses propos.
14:27Il pense, en fait, qu'il s'agissait d'une autre personne.
14:30Et surtout, la description vestimentaire de Shaïd A ce soir-là
14:35ne correspond pas à la description de l'auteur des coups de couteau mortels.
14:40Dans le même temps, le soir du 25 novembre,
14:43Thomas Pueyo, des dizaines de militants de l'ultra-droite
14:46se rendent à Romand-sur-Isère et notamment dans le quartier de la Monnaie.
14:50Comment ça se passe ?
14:51Il y a un groupe de 80 militants venus de toute la France
14:55cagoulés avec des barres de fer pour certains.
14:58Ils scandent des slogans comme
15:01« La France aux Français », « Islam hors d'Europe ».
15:04« La France, la France, nous appartient ! »
15:08Donc voilà, ce sont des groupes identitaires très virulents
15:12qui vont être vite bloqués à l'entrée du quartier de la Monnaie
15:15par les forces de police qui avaient anticipé cette manifestation.
15:20Ces militants, ils vont ensuite revenir au centre de Romand-sur-Isère
15:24où il y a à peu près une vingtaine d'entre eux
15:26qui vont être interpellés, dont 17 placés en garde à vue.
15:29Mais entre-temps, quand ils sont passés à proximité du quartier de la Monnaie,
15:33il y a un des militants d'extrême droite
15:35qui a été molesté par des gens de la Monnaie.
15:39Heureusement, des habitants de la Monnaie sont intervenus
15:41pour le mettre en sécurité
15:42et pour que les forces de l'ordre viennent un peu à son secours.
15:46Qu'est-ce qu'on sait du profil de ces militants et de leur motivation ?
15:49C'est des gens plutôt jeunes, âgés entre 18 et 25 ans
15:52pour ceux qui ont été interpellés.
15:54Ils sont tous issus de mouvances identitaires
15:56et eux, ils sont venus clairement pour montrer leur soutien à Thomas,
16:01exprimer aussi ce besoin de vengeance qu'ils ont en eux.
16:03Ils sont là en signe de représailles contre les habitants de la Monnaie.
16:08Des dizaines de CRS en armes
16:10et des fouilles de véhicules.
16:13La petite commune de Romand-sur-Isère,
16:15habituellement si calme,
16:17était aujourd'hui méconnaissable aux yeux de ses habitants.
16:20Je n'ai plus l'impression d'habiter à Romand-sur-Isère.
16:22J'ai l'impression d'habiter ailleurs que dans une petite ville de province.
16:26Je n'ai pas l'habitude d'avoir autant de CRS.
16:29Pierre Morer, comment le gouvernement réagit à ces expéditions punitives ?
16:33Au départ, le gouvernement met un peu de temps à réagir
16:37et en fait l'extrême droite a la place pour dérouler son discours.
16:41Selon l'entourage du chef de l'État, ça a beaucoup agacé Emmanuel Macron.
16:45Et Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement,
16:48a fini par se rendre à Crépaule dix jours après le meurtre de Thomas.
16:52Thomas avait le visage de ce fils, ce frère.
16:54Il est venu à Crépaule pour alerter sur le risque d'un basculement de la société.
17:00Ce qui a coûté la vie à Thomas n'est ni un fait divers,
17:02ni une simple rixe en marge d'un bal de village.
17:05C'est un drame qui nous fait courir le risque d'un basculement de notre société
17:09si nous ne sommes pas à la hauteur.
17:11Et sur place, d'après plusieurs habitants, il y avait peu de monde,
17:15mais il y a notamment un homme qui l'a interpellé
17:18et qui lui a lancé en criant
17:19« Honte à vous de défendre la France des quartiers ».
17:22Il y en a un autre aussi, un vieux monsieur,
17:24qui lui a dit qu'en 2002, il avait fait barrage à Jean-Marie Le Pen
17:27et que cette fois, en 2027, il n'hésiterait pas à voter pour Marine Le Pen.
17:31Et au lendemain de ce déplacement d'Olivier Véran,
17:34c'est au tour du ministre de l'Intérieur de réagir le mardi 28 novembre sur France Inter.
17:39Gérald Darmanin qui veut demander la dissolution de trois groupuscules de l'ultra-droite,
17:44dont la division Martel, un groupuscule dont au moins un des membres
17:48est soupçonné d'avoir participé au défilé de Romance sur Isère.
17:52On en revient maintenant à l'enquête.
17:54Vincent Gautreneau, à ce stade, deux semaines après les violences au bal de Crépole
17:58et au regard des informations que vous avez pu recueillir,
18:02est-ce que vous pouvez nous dresser le scénario de cette nuit tragique du samedi 18 novembre ?
18:07De ce que l'on sait du déroulé de cette soirée, c'est qu'on a un groupe d'une
18:11dizaine de personnes,
18:13notamment du quartier de la Monnaie, qui viennent au bal ce soir-là.
18:18Certains rentrent sans difficulté et participent à la soirée.
18:21C'est notamment le cas, par exemple, de Shahid Ha, dont on a parlé,
18:25qui laisse son couteau au vigile à l'entrée.
18:28Une partie du groupe donc rentre faire la fête.
18:31Ils ont une attitude qui est décrite comme un petit peu déplacée parfois.
18:35Visiblement, d'autres membres du groupe restent, eux, en dehors de la salle,
18:38à proximité d'un supermarché, où ils boivent de l'alcool et ils s'amusent,
18:42sans pour autant pénétrer dans la salle.
18:45Sur ensuite ce qui fait la naissance de cette rixe,
18:48qui va malheureusement se terminer tragiquement,
18:51les témoignages qui commencent à remonter de l'enquête des gendarmes
18:55laissent penser que tout a commencé en réalité dans la salle,
18:59quand un des jeunes de Romand-sur-Isère a eu, vers 2h du matin,
19:03selon les témoignages, une altercation avec un jeune rugbyman
19:08qui était lui aussi au bal de Crépole.
19:11Selon la version de ce jeune homme, Iliès,
19:14il aurait été importuné, alors qu'il buvait un verre par un rugbyman,
19:20qui lui aurait tiré les cheveux et qui se serait moqué de sa coiffure,
19:24l'appelant notamment Nikita ou Chiquita,
19:26en référence notamment à une chanson du rappeur Joule.
19:29Les deux hommes seraient assez rapidement venus aux insultes
19:34et auraient décidé d'aller s'expliquer dehors.
19:36Et c'est à ce moment-là que la soirée bascule
19:40et que ce qui est à ce moment-là une altercation entre deux personnes
19:43dégénère en rixe avec énormément de monde.
19:46La suite de cette rixe, elle se passe exclusivement dehors.
19:50On a de nombreuses personnes qui se bagarrent à ce moment-là.
19:54Certains d'entre eux sont armés de couteaux.
19:56Et le bilan est finalement assez lourd.
19:58On a 14 blessés, dont 4 blessés graves.
20:01Et malheureusement, parmi ces blessés graves,
20:03le jeune Thomas qui décèdera lors de son transport à l'hôpital.
20:06Vincent Gontruneau, il reste encore beaucoup de flou autour de cette enquête,
20:09à commencer par l'identité de celui qui a porté les coups mortels à Thomas Perrotto.
20:14Ce que l'on sait avec certitude dans cette enquête à ce stade,
20:17c'est qu'elle ressemble malheureusement à une tragique bagarre entre deux groupes,
20:23sauf qu'il y en a qui sont armés de couteaux.
20:25On n'est pas sûr, comme ça a pu être dit au départ des investigations,
20:30sur une expédition de jeunes de banlieue étant venus à Crépaule pour tuer des Blancs.
20:36D'ailleurs, ce qui établit cela à ce stade, en tout cas formellement,
20:41c'est que le caractère raciste du meurtre de Thomas n'a pas été retenu.
20:46Effectivement, certains témoins disent avoir entendu « on va planter des Blancs ».
20:51C'est quelque chose qui est revenu des témoignages, que les gendarmes ont entendu aussi.
20:55Pour autant, cela n'a à ce stade pas été retenu comme une circonstance aggravante,
20:59donc on ne peut pas parler de crime raciste pour le moment.
21:02En revanche, on a aussi des zones d'ombre dans cette affaire,
21:05et la principale zone d'ombre, c'est l'auteur du coup de couteau mortel.
21:08À ce stade, les gendarmes ont des témoignages concordants
21:12qui établissent que l'auteur des coups de couteau ayant tué Thomas
21:16est un jeune avec les cheveux longs, bruns et bouclés.
21:21Sauf que parmi les personnes mises en examen,
21:24cela peut correspondre à deux suspects, un majeur et un mineur.
21:28Et donc à ce stade, on ne sait formellement pas qui a tué Thomas.
21:32Cette enquête est donc loin d'être terminée ?
21:34Effectivement, il y a encore beaucoup de versions à entendre.
21:38Il y avait énormément de témoins dans cette soirée.
21:40Plus de 100 personnes ont été entendues par les gendarmes comme témoins.
21:43Des gens qui ont parfois été réentendus et qui donnent des versions un petit peu différentes.
21:48Donc c'est effectivement une enquête qui va être longue, en tout cas pour arriver à la vérité.
21:54La certitude, et c'était aussi la logique du caractère de bande organisée
21:59retenue par le procureur de la République de Valence.
22:02C'est qu'aujourd'hui, tous ces jeunes hommes sont mis en examen pour leur participation à la RICS.
22:07Le procureur estimant que c'est une coaction,
22:10malgré tout, il va être au cours de l'instruction,
22:12évidemment indispensable de savoir qui a donné les coups de couteau mortels à Thomas.
22:24Merci à Thomas Pueillot, Pierre Maurer et Vincent Gautronneau.
22:28Cet épisode a été produit par Pierre-Loyce Thomas, Raphaël Pueillot et Clara Garnier-Amourou.
22:33Réalisation, Julien Moukoukiol.
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