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Un an après l’invasion de l’Ukraine, notre correspondant basé à Moscou raconte comment le président russe mène sa guerre. Crédits.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : France 24, Associated Press, Franceinfo, BFM TV, TF1.

#poutine #ukraine

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le jeudi 24 février 2022, la Russie annonçait l'envoi de son armée pour envahir l'un de ses pays
00:18voisins, l'Ukraine,
00:19pour le démilitariser et pour faire tomber le pouvoir en place.
00:23Un an après le début des opérations, la rédaction du Parisien se mobilise pour vous raconter l'évolution de cette
00:30guerre aux portes de l'Europe
00:31et ses conséquences sur celles et ceux qui la subissent.
00:35Cette semaine dans Code Source, nous y consacrons trois épisodes.
00:38Pour le premier aujourd'hui, nous sommes en ligne avec Paul Gogo, correspondant pour plusieurs médias, dont West France, basé
00:44à Moscou.
00:45Il nous raconte comment le président russe, Vladimir Poutine, mène cette guerre depuis les jours qui précèdent l'invasion.
00:56Paul Gogo, le lundi 7 février 2022, Vladimir Poutine reçoit le président français Emmanuel Macron au Kremlin, à Moscou.
01:04Rappelez-nous dans quel contexte les deux dirigeants se rencontrent et comment se passe l'entretien ?
01:08Eh bien cet entretien se passe dans un contexte forcément tendu.
01:13Il y a des milliers de soldats qui sont amassés à proximité des frontières ukrainiennes.
01:18Tout le monde se demande ce que Vladimir Poutine a en tête.
01:21Une fois que l'équipe d'Emmanuel Macron arrive au Kremlin, il y a cette image qui a fait le
01:26tour du monde d'un président russe qui est au bout de sa très longue table, dans un grand palais
01:31froid.
01:32Emmanuel Macron de l'autre côté de la table.
01:34Un président français qui parle, qui ne l'est pas entendu.
01:37La discussion d'aujourd'hui à mes yeux peut amorcer ce vers quoi nous devons aller, qui est une désescalade.
01:45Je me réjouis d'avoir l'opportunité de pouvoir commencer à bâtir une réponse utile collectivement pour la Russie et
01:53pour tout le reste de l'Europe.
01:54À ce moment-là, Vladimir Poutine n'a qu'un seul discours en tête, c'est celui de signifier au
02:01président français qu'il aimerait bien que les occidentaux s'éloignent de l'Ukraine et le laissent gérer la situation
02:07ukrainienne à sa façon.
02:08À ce moment-là, Vladimir Poutine ne cache pas dans ses écrits, dans ses discours, qu'il considère l'Ukraine
02:13comme une partie historique de la Russie.
02:15Oui, exactement. C'est un discours qui est tenu depuis quelques années. Il s'agit notamment de suggérer que l
02:23'histoire de l'Ukraine serait avant tout liée à l'histoire de l'URSS.
02:27Mais Vladimir Poutine est allé encore plus loin parce qu'à ce moment-là, il a écrit plusieurs articles très
02:32précis dans lesquels il explique très clairement, et c'est même assez inquiétant,
02:36que pour lui, l'identité ukrainienne n'existe pas et que, en quelque sorte, et ça a été dit de
02:41façon assez claire ensuite,
02:42que les Ukrainiens ont besoin d'être éduqués parce que les Ukrainiens ne comprennent pas que leurs intérêts sont en
02:49Russie et non pas vers l'Europe ou vers l'Occident.
02:57Deux semaines après sa rencontre avec Emmanuel Macron, le lundi 21 février, Vladimir Poutine réunit face à lui les plus
03:04hauts dignitaires du régime
03:06pour une réunion très spéciale du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie.
03:10Fait rare, ce rendez-vous est filmé et retransmis à la télévision.
03:14Et pendant cette séquence, Vladimir Poutine en vient à humilier le chef des renseignements.
03:19Il y a cette séquence assez étonnante.
03:23On voit Sergei Nerishkin, le chef des services de renseignement russe, à qui on demande de dire clairement, à voix
03:30haute, devant les caméras,
03:32qu'il soutient les décisions du président russe, qui demandait donc à pouvoir lancer cette intervention en Ukraine.
03:45Et ce responsable des renseignements, qui est quelqu'un en Russie, qu'on le connaît comme dur,
03:50comme quelqu'un qui ne tremble pas, qui a toujours suivi Vladimir Poutine,
03:53et bien là, il se retrouve à la télévision en train de bégayer.
03:56Et Vladimir Poutine l'humilie, lui demande de répéter plusieurs fois, de lui dire clairement qu'il soutient ses décisions.
04:10Et ce moment est à mon avis un moment clé qui nous a permis de comprendre qu'à partir du
04:15début de ce conflit,
04:16Vladimir Poutine était plus seul que jamais dans ses prises de décision.
04:21Quatre jours plus tard, le jeudi 24 février, dans la nuit, Vladimir Poutine annonce, dans une allocution télévisée,
04:28l'envoi de troupes russes pour, je cite, dénazifier et démilitariser l'Ukraine.
04:34C'est donc le début de l'invasion russe.
04:37Paul Gogo, comment est-ce que le président russe apparaît en prononçant ce discours ?
04:40Eh bien, Vladimir Poutine apparaît seul dans un bureau.
04:44Il n'est pas entouré de militaires comme on aurait pu l'imaginer pour de telles circonstances.
04:48Il apparaît évidemment très dur. Il est là pour lancer une guerre.
04:55Le message envoyé est effectivement assez étonnant, même du point de vue des Russes,
05:00parce qu'encore une fois, il est seul à son bureau.
05:03Et donc tout le monde se demande désormais
05:04qu'est-ce qui a motivé Vladimir Poutine à intervenir en pleine nuit, à lancer cette opération,
05:10et quels sont les objectifs du Kremlin en Ukraine.
05:14Le 27 février, pendant que les pays occidentaux accroissent leurs sanctions économiques envers la Russie,
05:20Vladimir Poutine prend la parole.
05:21Dans une allocution, il demande à son ministre de la Défense et à son état-major, je cite,
05:26de mettre les forces de dissuasion de l'armée russe en régime spécial d'alerte au combat,
05:32ce qui inclut donc l'arme nucléaire.
05:35Pourquoi est-ce qu'il brandit cette menace ?
05:37L'objectif, il est clair pour le président russe, c'est avant tout de tester notre capacité à être unis
05:44en Europe, à l'Ouest,
05:45et de tester nos limites.
05:47Vladimir Poutine est bien conscient qu'en mettant en avant cette menace de l'arme nucléaire,
05:52ça a fait parler dans nos pays, dans nos démocraties, nos télévisions, nos médias,
05:56se sont posé la question au quotidien, est-ce que Vladimir Poutine est vraiment prêt à utiliser cette arme ?
06:01Est-ce qu'il faut le prendre au sérieux ? Est-ce qu'il bluffe ?
06:04Et rien que de se poser cette question-là, pour Vladimir Poutine, c'était une avancée dans sa quête de
06:09division des Européens et de l'Ouest.
06:12Mais je remarque aussi qu'il a mesuré, modéré un peu l'usage de cette technique,
06:17qui est à mon avis avant tout une technique de guerre de l'information, plus qu'une réelle volonté d
06:21'utiliser cette arme.
06:22Parce que, quand on y pense, menacer l'Europe d'utiliser cette arme-là, ça concerne aussi les Russes.
06:29Et je peux vous dire qu'au sein de la population russe, quand Vladimir Poutine a commencé à parler d
06:33'armes nucléaires,
06:33tout le monde a commencé à avoir très peur.
06:35Et peut-être que le Kremlin s'est rendu compte qu'en voulant effrayer les Européens,
06:40eh bien il effrayait aussi sa propre population.
06:42Le 14 mars, pendant le journal télévisé de la principale chaîne du pays,
06:46la journaliste Marina Ovznyakova arbore devant la caméra un message anti-guerre.
06:51Elle est tout de suite arrêtée.
06:53Paul Gogo, c'est le signe que Poutine a organisé une propagande massive pour soutenir l'invasion en Ukraine.
06:59Oui, effectivement.
07:00Mais ce qu'il faut garder en tête, c'est que cette propagande massive, elle existe depuis très longtemps.
07:04Et que depuis 2014, le début de la guerre dans le Donbass,
07:07on explique tous les jours à la télévision russe que les Ukrainiens sont des nazis,
07:10que le président ukrainien est un clown.
07:13En gros, les Ukrainiens n'ont pas de légitimité à exister.
07:16Et ce qui est intéressant, ce que cette journaliste a montré et démontré,
07:20c'est qu'il y a beaucoup de personnel au sein de ces télévisions
07:23qui sont conscients qu'ils font de la propagande.
07:25Ils sont conscients de ce qu'ils font.
07:27La motivation est avant tout financière pour rester au sein de ces rédactions.
07:30Mais on a aussi appris grâce à elle qu'il y avait certains journalistes ou techniciens
07:34qui souffraient au sein de ces médias.
07:36En Russie, il faut le rappeler, il y a quand même beaucoup de gens qui ont des liens avec l
07:39'Ukraine.
07:39Et pour beaucoup de gens, et même des journalistes qui participaient à cette guerre de l'information,
07:44tout ça est devenu insoutenable.
07:45Le 18 mars, Vladimir Poutine célèbre le 8e anniversaire de l'annexion de la Crimée
07:50dans le plus grand stade du pays, à Moscou.
07:56Libérer les gens de ces souffrances et de ce génocide, c'est la raison principale,
08:00le motif et le but de l'opération militaire que nous avons lancée dans le Donbass et en Ukraine.
08:08Une quinzaine de jours après cette démonstration de force, au tout début du mois d'avril,
08:12des dizaines de corps de civils sont découverts dans les rues de Boucha,
08:16une ville cossue dans la banlieue de Kiev, occupée pendant plus d'un mois par les troupes russes
08:21qui se sont finalement retirées.
08:23Au total, plus de 400 corps ont été retrouvés.
08:26L'armée russe est accusée d'avoir massacré la population et commis des crimes de guerre.
08:30Vladimir Poutine, lui, parle de fake et pour cause, Paul Gogo,
08:35à ce moment-là, sans souci, c'est surtout de convaincre la population russe du contraire.
08:39Effectivement, et c'est une situation qui a poussé la Russie, le Kremlin,
08:44à vraiment prendre un contrôle total de l'information.
08:47Quand vous parlez de ces événements aux Russes, ils vont vous expliquer que c'était des fakes.
08:51Les images de ces crimes de guerre sont diffusées sur les télévisions russes.
08:55Le message est, lui, par contre, inversé.
08:58Et donc, on explique ou bien que ce sont des fakes,
09:01ou bien que ce sont les Ukrainiens qui sont à l'origine de ces massacres.
09:04Et ça, c'est une autre victoire du Kremlin, en tout cas à l'intérieur du pays,
09:08d'être parvenu à faire croire aux Russes que tout se déroulait selon les plans.
09:13Et c'est un objectif essentiel pour le Kremlin, encore aujourd'hui.
09:17À cette période-là, précisément, la guerre éclair qu'a promis Vladimir Poutine n'a pas lieu.
09:22Elle se heurte à la résistance ukrainienne.
09:24Oui, effectivement. Et là, la communication devient encore plus importante
09:29parce qu'il va falloir expliquer aux Russes pourquoi cette guerre que l'on promettait rapide et claire
09:36va finalement durer dans le temps.
09:38Et ça s'est fait très progressivement.
09:40On a d'abord tenté d'expliquer aux Russes que c'était finalement plus une question de mois que de
09:45semaines.
09:45Et puis, on est ensuite arrivé à une situation où on a dû préparer l'opinion publique russe à une
09:52vie en guerre
09:53et une vie en guerre qui pourrait durer des années et des années.
10:00Toujours au début du mois d'avril, les renseignements américains laissent entendre que les conseillers du président russe
10:06ont peur de lui et qu'ils n'osent pas lui dire la vérité sur la situation militaire
10:10ou même les répercussions des sanctions économiques.
10:12Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ça semble crédible ?
10:14Alors, c'est une situation qu'on a déjà vue en Russie, notamment pendant le Covid,
10:18où les chiffres des décès pouvaient diminuer à chaque niveau en Russie.
10:23Il y a des responsables qui ont un intérêt à minimiser les problèmes, à minimiser les situations.
10:28Et donc, vous aviez déjà à l'époque des hôpitaux qui pouvaient déclarer un tel nombre de morts.
10:33Et puis, progressivement, à chaque étape, au niveau de la ville, au niveau régional,
10:36et puis ensuite au niveau fédéral, tout le monde diminuait un peu la gravité de la situation.
10:41Ce qui faisait qu'à la fin, Vladimir Poutine se retrouvait avec des rapports sur son bureau
10:45qui ne correspondaient pas à la réalité.
10:47Il est très probable que ce soit également le cas dans cette situation.
10:50Et ça, c'est quelque chose qui est notamment une conséquence du système qu'il a construit ces dernières années,
10:56où progressivement, en supprimant les opposants, en supprimant les instituts de sondage,
11:00en supprimant un peu tous ces thermomètres de la population,
11:04lui-même s'est privé des vrais chiffres, des vraies données qui concernent sa population.
11:08Et c'est ce qui rend aujourd'hui beaucoup plus difficile sa capacité à diriger son pays
11:13et à comprendre le pays tel qu'il est.
11:17Sur le terrain, en Ukraine, Vladimir Poutine peut compter sur une autre armée que l'armée régulière,
11:23armée de moins en moins secrète au cours du printemps, le groupe Wagner.
11:28Rappelez-nous ce que c'est.
11:29C'est une milice militaire, ce sont des mercenaires, des combattants,
11:33qui sont recrutés par un homme d'affaires proche de Vladimir Poutine, Evgeny Prigozine.
11:37C'est en quelque sorte l'équivalent de l'armée russe, mais en société privée.
11:42L'avantage du point de vue du Kremlin d'avoir ce genre d'armée,
11:45c'est qu'il y a des règles, les lois de la guerre qui n'est plus nécessaire de respecter.
11:49Ces soldats sont capables tout et surtout du pire,
11:53et capables de toutes les exactions qu'on puisse imaginer.
11:56Ce sont des combattants sanguinaires,
11:58et peut-être d'autant plus en ce moment,
12:01maintenant qu'Evgeny Prigozine recrute des soldats dans les prisons russes.
12:09Le lundi 9 mai, dans un discours très attendu pour l'anniversaire de la victoire de 1945 sur l'Allemagne
12:15nazie,
12:16le président russe justifie son offensive en Ukraine
12:20et dénonce la menace inacceptable de l'Occident.
12:23Les pays de l'OTAN n'ont pas voulu nous entendre,
12:26ce qui veut dire qu'en réalité, ils avaient des projets bien différents.
12:29Ils ont préparé une nouvelle opération d'invasion dans le Donbass, y compris la Crimée,
12:33et cela est une menace absolument inacceptable pour notre pays.
12:37Cette attaque était imminente et la Russie n'a pas eu le choix que de répliquer.
12:47A cette période, et pendant l'été, est-ce que Vladimir Poutine dialogue encore avec ses homologues européens,
12:54notamment le président français ?
12:55Il n'en fait pas plus que ce dont il a besoin,
12:58c'est-à-dire qu'il considère le président français comme l'interlocuteur qui va parler au nom de tous
13:04les Européens.
13:05C'est vraiment pour Vladimir Poutine l'occasion de continuer à répéter son message
13:10qu'il faut que les Occidentaux laissent l'Ukraine, que l'Ukraine n'est pas un pays souverain.
13:16Ça, c'est pour ses homologues à l'Ouest.
13:18Il n'y en avait plus beaucoup déjà à cette époque-là.
13:21Mais le président russe, lui, par contre, continue à parler notamment au président chinois,
13:26continue à parler à ses partenaires du Moyen-Orient notamment,
13:30continue à parler au président turc.
13:32Donc le président russe met un point d'honneur à montrer à l'Europe et aux Américains
13:37qu'il n'est pas si isolé qu'il a l'air de l'être
13:40et qu'il a encore des gens à appeler quand il le souhaite.
13:45Après l'été et à partir du début du mois de septembre,
13:48suite à la livraison d'armes de l'Occident en Ukraine,
13:52l'armée russe essuie plusieurs revers importants.
13:55Le plus grand choc, ça a certainement été le pont de Crimée,
13:59touché certainement par un tir qu'on attribue à l'Ukraine.
14:02C'était vraiment le symbole de l'annexion de la Crimée.
14:05C'était un pont, je rappelle, que certains appellent encore le pont de Poutine en Russie.
14:11Donc c'est quelque chose qui est vraiment lié aux actions du président russe.
14:14Et ça, ça a été un choc de voir que l'Ukraine était capable de frapper un tel symbole.
14:18Et puis derrière, il y a eu la perte de Kyrsten,
14:21qui était une grande ville, qui était une des quatre capitales régionales
14:24que la Russie voulait annexer.
14:27Cette perte aussi a montré que les choses ne se déroulaient pas du tout selon les plans
14:31et qu'il allait falloir engager plus que l'armée,
14:35qu'il allait falloir engager tout le pays pour pouvoir conquérir ces territoires.
14:39À ce moment-là, est-ce que les critiques, elles atteignent Vladimir Poutine lui-même ?
14:43Est-ce que le président est critiqué ?
14:44Ce qu'on voit en Russie, c'est que les critiques peuvent atteindre le ministre de la Défense.
14:50Quand il s'agit de personnalités publiques qui critiquent la façon dont les choses sont gérées en Ukraine.
14:55Mais au niveau de la population, les critiques dépassent rarement le niveau régional.
14:58Et donc on va critiquer le responsable de l'armée au niveau régional.
15:01On va critiquer les responsables des commissariens militaires.
15:05Mais le système russe s'est fait de telle sorte
15:07à ce que les critiques n'atteignent jamais le président Poutine,
15:10que la foudre soit toujours redirigée sur quelqu'un d'autre.
15:13Et force est de constater que ça fonctionne d'autant plus fort aujourd'hui
15:16qu'avec les revers que l'armée russe peut subir dans le Donbass,
15:20la population aurait plutôt tendance à se dire que l'heure est à resserrer les rangs,
15:25à se regrouper derrière Vladimir Poutine.
15:27Le mercredi 21 septembre, le président russe annonce le recours à une mobilisation partielle,
15:33en clair, l'appel de 300 000 réservistes pour renforcer les troupes russes en Ukraine.
15:39C'est la mobilisation la plus importante dans le pays depuis la Seconde Guerre mondiale.
15:44Paul Gogo, pourquoi ce choix ?
15:45Est-ce que ce n'est pas au fond un peu un aveu de faiblesse à ce moment-là ?
15:48C'est en tout cas comme ça que nous on le voit, un aveu de faiblesse.
15:51Mais les choses ont été évidemment vendues autrement par la propagande en Russie.
15:55On explique alors aux Russes qu'il ne s'agit plus d'une guerre contre les Ukrainiens,
15:58mais que tout l'Ouest se ligue contre la Russie.
16:01Et c'est un changement radical, vraiment, dans la population russe.
16:04Jusqu'à ce moment-là, le Kremlin faisait tout pour que personne ne s'intéresse à la guerre.
16:09Et là, avec la mobilisation, le ton a totalement changé.
16:12C'est-à-dire qu'on s'est mis à expliquer aux Russes qu'il fallait que toute la population
16:15se mobilise,
16:16que les femmes devaient soutenir les hommes qui partaient au front,
16:19que les usines devaient se mettre en économie de guerre,
16:21et que la mobilisation était donc nécessaire,
16:24mais qu'elle n'était pas rendue nécessaire par la difficulté d'application des plans du Kremlin,
16:28mais par la présence en face d'ennemis plus vigoureux que ce qui était prévu.
16:33Et donc, du jour au lendemain, la guerre est arrivée dans les appartements des Russes,
16:37et c'est tout un peuple qui a été poussé à participer à une économie de guerre.
16:45Le vendredi 16 septembre, Vladimir Poutine rencontre son homologue chinois et rare allié,
16:51le président Xi Jinping, à Samarkand, en Ouzbékistan.
16:55Selon vous, cette rencontre, elle est importante, Paul Gogo.
16:57Pourquoi ? Comment ça se passe ?
16:59Cette rencontre, elle est importante, parce que Vladimir Poutine essaye d'expliquer
17:03que désormais, cette guerre en Ukraine, c'est plus seulement une question d'aller protéger les gens du Donbass,
17:07que c'est une question d'ordre mondial, et que l'ordre mondial va évoluer à l'initiative de la
17:12Russie.
17:13Et donc, cette rencontre, c'est une façon de montrer qu'il a le soutien de la Chine.
17:17Et ce que nous, pendant cette rencontre, on voit, c'est que le président chinois,
17:21eh bien, il apparaît pas aussi emballé par les plans du Kremlin que ce qu'on aurait pu imaginer.
17:29Et le président chinois se contente de participer à cette mise en scène,
17:34de montrer qu'il veut aussi se rapprocher de la Russie.
17:37Mais par contre, on est loin d'un soutien ouvert et affirmé au président russe,
17:43et surtout à son opération militaire dans le Donbass.
17:45Ça veut dire que même s'il a su garder des alliés, Poutine reste quand même isolé à cause de
17:50cette guerre ?
17:51Oui, ce qu'on retient de cette rencontre, c'est qu'évidemment qu'il existe des présidents dans le monde
17:56entier
17:56qui continuent à parler à Vladimir Poutine.
17:58Mais la réalité des choses, c'est que cette guerre, elle a plutôt tendance à agacer tout le monde,
18:04à bouleverser justement le fonctionnement du monde.
18:07Finalement, le Kremlin peut communiquer autant qu'il le souhaite sur ce genre de rencontres,
18:11mais Vladimir Poutine apparaît encore et toujours plus que jamais seul.
18:15Le jeudi 29 septembre, il admet devant son conseil de sécurité des ratés dans la mobilisation partielle
18:22qu'il y a des erreurs à corriger. De quoi est-ce qu'il parle exactement ?
18:25Concrètement, c'est des hommes qui sont mobilisés et qui sont envoyés sur le front sans vêtements,
18:30parfois sans armes, parfois sans nourriture ou pas assez de nourriture.
18:34Et puis il y a aussi des gens qui sont mobilisés alors qu'ils ne devraient pas l'être
18:38parce que tous les métiers ne sont pas immobilisables.
18:40À ce moment-là, Vladimir Poutine est visiblement conscient qu'il y a une colère au sein de la population,
18:44que la mobilisation, c'est quelque chose qui a touché tous les Russes personnellement.
18:49Ce qu'il explique dans son discours, c'est que des gens vont être punis,
18:52que les choses vont être mieux organisées à l'avenir.
18:55Et il est vrai qu'il y a eu quelques histoires d'hommes qui ont été mobilisés
18:59et qui ont ensuite été ramenés chez eux après étude de leur dossier
19:05parce qu'on a considéré qu'ils n'auraient pas dû être mobilisés.
19:08Le lendemain, le président russe apparaît dans la salle Saint-Georges du Kremlin.
19:13Il signe devant les caméras le rattachement à la Russie de quatre régions d'Ukraine,
19:18soit 20% de son territoire.
19:25C'est évidemment une séquence, de notre point de vue, assez hallucinante
19:30parce qu'en fait, il signe le rattachement de régions dont il n'a pas le contrôle.
19:35C'est aussi une façon de montrer aux Russes qu'il avance.
19:38Il y a toute une mise en scène qui est organisée avec les responsables de ces régions.
19:41Il y a ensuite ce référendum qui est organisé dans les quatre régions.
19:46Très rapidement et sans règle démocratique, c'est un référendum pour la forme.
19:51Mais voilà, le Kremlin a de quoi communiquer auprès de son peuple,
19:54de dire voilà, on a avancé, on a enfin récupéré nos territoires.
19:58Et auprès des Occidentaux, de dire voilà, vous posez la question de mes objectifs militaires,
20:03et bien maintenant, vous les avez, mes objectifs militaires, à vous de les prendre en compte.
20:07Et dans les jours qui suivent, l'Ukraine fait face à une riposte sanglante de Moscou
20:11avec notamment un déluge de bombes le 10 octobre.
20:14Oui, effectivement, c'est devenu une nouvelle stratégie pour le Kremlin
20:19de s'attaquer aux infrastructures énergétiques
20:22et surtout d'essayer de créer des journées de bombardements intensifs
20:25pour en gros, tout simplement, maintenir la population ukrainienne dans la terreur.
20:30C'est aussi quelque chose, à ce moment-là, qui est réclamé par des partisans d'une ligne dure.
20:35On commence à les connaître en Europe.
20:36Il y a Ramzan Kadirov, le leader de la Tchétchénie,
20:39qui a lui-même des hommes sur le terrain en Ukraine.
20:41Il y a Evgeny Prigogine, le responsable de Wagner.
20:44Et puis, il y a aussi toute une pelletée de ce qu'on appelle des blogueurs militaires,
20:49des gens assez influents sur les réseaux sociaux qui sont sur le terrain.
20:52Et donc, toutes ces voix qui appelaient à bombarder de façon plus intense l'Ukraine
20:57et à mettre les Ukrainiens dans le noir,
20:59et bien Vladimir Poutine a visiblement répondu à ces gens
21:01en changeant à plusieurs reprises de généraux et en changeant donc de stratégie.
21:09Le 27 novembre, pour la fête des maires en Russie,
21:12Vladimir Poutine rencontre 17 maires de militaires partis au combat.
21:16Le tout est filmé et retransmis à la télévision.
21:19Alors, Vladimir Poutine ressent à ce moment-là le désir de rencontrer des maires de soldats
21:24parce qu'il entend cette colère, cette grogne qui existe tout de même suite au lancement de la mobilisation.
21:31Il sait aussi que par le passé, les maires de soldats ont pu être très virulentes envers le Kremlin
21:37et même se trouvent être parmi les plus critiques du pouvoir.
21:41Il sait donc qu'il faut leur parler, qu'il faut communiquer.
21:44Il accueille ses femmes autour d'une grande table.
21:45Il est lui-même au milieu de cette table, assis au milieu d'entre elles.
21:52J'ai pu parler avec certains soldats directement au téléphone.
21:56Lorsque j'ai discuté avec eux, j'ai été surpris par leur bon état d'esprit.
22:02Il leur donne la parole une par une.
22:04Tout ça est retransmis à la télévision.
22:06Mais officiellement, Vladimir Poutine rencontre ce jour-là des maires de soldats.
22:10Mais des voix s'élèvent par la suite pour critiquer cette séquence qui semble avoir été montée de toute pièce.
22:15Il n'y a aujourd'hui en Russie plus de séquences de ce type qui ne sont pas montées de
22:19toute pièce.
22:20Vladimir Poutine ne rencontre jamais de vrais, entre guillemets, russes.
22:24Il rencontre des gens qui appartiennent ou bien au parti Russie-Uni, le parti politique lié au Kremlin,
22:31ou bien des responsables régionaux.
22:33Après enquête, on se rend compte que certaines de ses maires n'ont même pas d'hommes partis au front.
22:37Le Kremlin voit bien qu'en face de lui, il a un président ukrainien qui est très bon en communication
22:43et que lui, Vladimir Poutine, est plus habitué à une communication soviétique à base de mise en scène.
22:48Et donc, à chaque fois qu'il met en scène ce genre de rencontres,
22:51on se rend compte, dans les heures qui viennent, que rien n'avait de sens et que tout était mis
22:55en scène.
22:59Près d'un mois plus tard, le 21 décembre, au cours d'une réunion avec les chefs de son armée,
23:04le président russe évoque les objectifs militaires de l'année à venir.
23:07Il promet dans ce domaine un financement illimité.
23:10Cette réunion est diffusée à la télévision.
23:13Paul Gogo, à un moment où Vladimir Poutine se fait de plus en plus rare dans les médias.
23:17Alors, il se fait clairement beaucoup plus rare parce que Vladimir Poutine,
23:21avant, il avait certains rendez-vous qu'on retrouvait tous les ans à peu près à la même date.
23:26Il y avait cette émission qu'on appelait l'InDirect,
23:29où Vladimir Poutine parlait en direct avec des Russes.
23:31Alors évidemment, on sélectionnait, c'était aussi des mises en scène,
23:33mais il répondait aux questions des Russes pendant des heures.
23:36Il y avait aussi, et ça c'est quelque chose normalement qui est rendu obligatoire par la loi,
23:41le président russe doit normalement s'exprimer une fois par an devant la Douma et le Sénat.
23:46Il ne l'a pas fait cette année, en 2022.
23:49Et donc, on a compris effectivement qu'il voulait communiquer le moins possible
23:53et que chaque communication qu'il faisait était liée à la guerre
23:57et avait pour seul objectif de mobiliser la population.
24:00On en vient à cette année 2023.
24:01À la mi-janvier, Vladimir Poutine procède à des changements dans le commandement des opérations.
24:06Il y a eu une valse de généraux depuis le début,
24:09mais ce changement particulier qui intervient début janvier,
24:13il est très intéressant parce qu'il en revient à un général,
24:17qui est un fidèle parmi les fidèles, Valéry Gerasimov.
24:21Et on comprend donc le message.
24:23Le message, c'est que durant ces derniers mois,
24:26les miliciens de Wagner ont semblé,
24:29en tout cas, ils ont beaucoup communiqué là-dessus,
24:31ils ont semblé être un peu plus efficaces que l'armée régulière russe.
24:34À tel point qu'Evgeny Prigozhin a énormément communiqué
24:38qu'il est désormais connu de tous les Russes, de toute la Russie.
24:42Et donc, c'est une volonté de Vladimir Poutine
24:44de rappeler à certaines personnes,
24:46et notamment à Evgeny Prigozhin,
24:48que l'armée russe est encore là,
24:49que c'est bien sur l'armée russe qu'elle va se reposer
24:51pour la suite des opérations, la suite de la guerre sur le front.
24:54On en vient à ce mardi 21 février,
24:57à trois jours de la date anniversaire du début des opérations,
25:00Vladimir Poutine prend la parole pour son discours annuel
25:03très attendu devant la Douma, la chambre basse du Parlement russe.
25:11Dans ce discours très offensif envers l'Occident,
25:14il affirme qu'il est, je cite,
25:16« impossible de battre la Russie sur le champ de bataille »
25:19et qu'il continuera soigneusement, c'est le terme qu'il choisit,
25:22son offensive en Ukraine.
25:25Paul Gougo, il prononce enfin cette phrase,
25:27qui peut résumer cette année écoulée,
25:29ouvrez les guillemets,
25:30« nous avons réfléchi pas à pas,
25:32et nous réglerons les défis qui se posent à nous »,
25:35fermez les guillemets.
25:36Ça veut dire qu'il ne semble pas du tout prêt à renoncer aujourd'hui ?
25:39Pour Vladimir Poutine, il est hors de question de perdre.
25:43Donc il continue à signifier, à répéter ce message aux Occidentaux,
25:47et vraiment, je pense qu'il est vraiment sincère en disant qu'il ira jusqu'au bout.
25:51Avec cette seule petite fenêtre qu'il nous ouvre,
25:54qui serait celle de négocier,
25:56mais de négocier selon les termes de la Russie.
25:58Donc qu'est-ce que ça veut dire ?
25:59Ça veut dire considérer que les régions que le Kremlin réclame,
26:02il faut les donner au Kremlin,
26:04et lui, en échange, promet une paix et l'arrêt de la guerre.
26:08Pour le reste, Vladimir Poutine risque de continuer à mobiliser sa population
26:12et envoyer des milliers et des milliers d'hommes à la mort sur le terrain,
26:17jusqu'à peut-être qu'il y ait une évolution politique au sein de son pays
26:21et éventuellement un mécontentement qui monte au sein de la population.
26:40Merci Paul Gogo, je rappelle que vous êtes journaliste correspondant à Moscou depuis 5 ans
26:45et que l'on peut retrouver notamment vos reportages dans Ouest-France.
26:49Cet épisode de Codesource a été produit par Clara Garnier-Amourou,
26:53réalisation Pierre Chafanjon.
26:55Codesource, c'est le podcast d'actualité du Parisien.
26:58N'oubliez pas de vous abonner à Codesource sur votre plateforme d'écoute préférée,
27:02à laisser des petites étoiles ou un commentaire
27:04et vous pouvez aussi nous écrire à cette adresse
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