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Guillaume Meurice est suspendu de France Inter depuis le 2 mai pour avoir réitéré une blague polémique sur Benyamin Netanyahou. L’affaire divise au sein de la première radio de France. Récit.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : France Inter, CNEWS
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Les voix de la première radio de France, France Inter, se déchirent depuis plusieurs semaines autour du cas Guillaume Meurice.
00:19L'humoriste de la station, pilier de la bande de Charline Vanhoenacker, a été mis à pied début mai de
00:25Radio France
00:25pour avoir répété, le 28 avril dernier dans l'émission Le Grand Dimanche Soir,
00:30une blague dans laquelle il compare le Premier ministre israélien à un nazi.
00:35Cette même blague avait provoqué une vive polémique lorsqu'il l'avait dite pour la première fois à l'automne
00:40dernier.
00:41Guillaume Meurice avait écopé d'un avertissement et il avait été convoqué à la police judiciaire à la suite de
00:48deux plaintes.
00:48Cet épisode de Code Source est raconté par deux journalistes du service Culture du Parisien, Grégory Plouvier et Benoît Darago.
01:05Benoît Darago, le dimanche 12 mai, l'antenne de France Inter ne ressemble pas à ce que connaissent les auditeurs
01:11et les auditrices de la station.
01:13Il y a de la musique depuis le matin, pas de matinale, pas beaucoup de programmes tout au long de
01:16la journée et surtout pas du Grand Dimanche Soir
01:18qui est l'émission de Charline Vanhoenacker et de Guillaume Meurice qui a lieu tous les dimanches en direct entre
01:2318h et 20h.
01:24Alors les salariés de France Inter ne font pas grève contre la réforme de l'audiovisuel public qui est en
01:29cours de réflexion.
01:30Ils font grève pour montrer leur soutien à Guillaume Meurice qui vient d'être mis à pied en attendant une
01:35sanction disciplinaire
01:36suite à une blague qu'il a fait quelques semaines auparavant.
01:39Et donc toute l'équipe de Charline a décidé de soutenir son chroniqueur vedette.
01:45On va voir ensemble comment on en est arrivé là.
01:48Mais avant, Grégory Plouvier, vous allez nous retracer très rapidement le parcours de Guillaume Meurice.
01:53Il a 42 ans, il a grandi en Haute-Saône, ses parents tenaient une maison de la presse.
01:59A l'âge de 20 ans, il décide d'arrêter ses études à l'Institut politique d'Aix-en-Provence.
02:04Et il part s'installer à Paris pour tenter d'entrer au cours Florent, un cours de théâtre réputé.
02:09En fait, les cours de théâtre, c'est un conseil que lui donne sa mère assez jeune dans l'adolescence
02:15pour, je cite, canaliser ses conneries.
02:19Et au cours Florent, justement, il a une espèce de révélation.
02:22C'est-à-dire que pour passer devant le jury et réussir à rentrer dans ce cours prestigieux, il doit
02:28fournir un monologue.
02:31Et en fait, il part dans un texte où il joue un journaliste belge et il voit la réaction de
02:37son public, essentiellement des camarades de classe.
02:39Ils sont morts de rire et voilà, il se dit, ça, cette réaction-là, ce que provoque le rire en
02:44moi, c'est ce que je veux garder toute ma vie.
02:46Et qu'est-ce qu'il fait ensuite ?
02:47Il va monter sur scène avec son tout premier one-man show.
02:50Il l'intitule annulé.
02:52Forcément, lorsqu'on voit dans la rue un spectacle intitulé annulé, on n'y va pas et ça ne nous
02:56trompe pas.
02:57Le public est totalement absent de ce premier spectacle.
02:59En septembre 2012, Guillaume Meurisse devient chroniqueur régulier sur France Inter dans l'émission On va tous y passer, animé
03:06par Frédéric Lopez.
03:08Il est comment dans cet exercice ?
03:09Il est dans un registre très poil à gratter déjà, à connotation politique, ces thèmes-là sont très présents.
03:17Dans une émission qui est très grand public, où il y a beaucoup d'artistes qui viennent faire leur promotion.
03:22Et la greffe ne prend pas tout à fait.
03:25Alors, ce n'est pas non plus un rejet, mais il n'y a pas vraiment d'engouement autour de
03:29sa personne à ce moment-là.
03:30Vincent Payon parle de morale, Nicolas Sarkozy va redevenir avocat, Nadine Morano se lance dans la communication politique.
03:37C'est incroyable, mais tout ça est vrai.
03:39Pour vous donner une image, c'est un peu comme si Émile Louis ouvrait une agence matrimoniale.
03:43Ou comme si Jean-Pierre Coff faisait de la publicité pour Leader Price.
03:46Tout ça n'aura évidemment aucun sens.
03:48À la rentrée 2014, toujours sur France Inter, il devient chroniqueur permanent dans une toute nouvelle émission.
03:55Si tu écoutes Jeanne Hultou, animée par deux journalistes et humoristes belges,
03:59Charline Van Onacker et Alex Visorek, tous les après-midi à 17h.
04:04Dans ce programme, Guillaume Meurice trouve un nouveau concept pour ses chroniques.
04:08Il devient ce que Charline Van Onacker résumera par l'expression de comique d'investigation.
04:14C'est-à-dire qu'il va sur place, sur différents lieux insolites.
04:20Ça peut être un rassemblement de chasseurs, un congrès de militants du Front National,
04:26un comité de soutien à Balkany.
04:27Bref, en général, il va plutôt en terrain « hostile » à ses idées à lui qui sont clairement à
04:33gauche.
04:33Il ne s'en cache pas.
04:34Et il réalise des micro-trottoirs humoristiques, où les simples déclarations de passants,
04:43souvent baroques, ubuesques, assez extravagantes parfois, surlignées par deux ou trois relances de sa part, font mouche.
04:51Je suis donc calé devant un pôle emploi à Paris pour aider à la fois les chômeurs en leur trouvant
04:54un boulot,
04:55Emmanuel Valls en lui cherchant des ministres potentiels.
04:59Est-ce que vous seriez intéressée par un poste de ministre, vous ?
05:02Non, moi, je ne peux pas le faire.
05:06Parce que vous ne parlez pas très bien français ?
05:07Non, je ne suis pas ministre, il faut être intellectuelle quand même.
05:12Oh non, il ne faut pas être intellectuelle. Nadine Morano a été ministre, vous savez.
05:17L'émission est un succès d'audience, elle change de nom et devient Par Jupiter en septembre 2017.
05:22Benoît D'Aragon, au fil des années, Guillaume Meurice devient l'une des stars de cette petite bande,
05:27mais aussi des humoristes de France Inter.
05:29Il va s'imposer de saison en saison, un peu comme l'émission dans laquelle il travaille,
05:33c'est-à-dire qu'il commence sur une case qui est sinistrée, comme on dit en radio.
05:37C'est-à-dire qu'il y a peu d'auditeurs et de saison en saison, les auditeurs vont venir.
05:40À côté des deux Belges, Charline Van Henecker et Alex Vizorek, Guillaume Meurice va devenir un peu le troisième pilier.
05:46Et donc ce micro-trottoir, ça devient un des rendez-vous les plus attendus de l'émission.
05:50Et Guillaume Meurice ?
05:51Oui Alex, Alex, il y a beaucoup de courriers, de pitchounes qui me disent « mais alors c'est régional
05:56! »
05:57L'émission va voir ses audiences progresser, au point même d'aller talonner les fameuses grosses têtes de RTL,
06:03qui sont une institution dans le paysage radiophonique.
06:06Donc les Belges se sont fait une place dans le paysage radiophonique français.
06:10Et qu'est-ce qui fait ce succès ? C'est quoi leur identité ?
06:12C'est des sales gosses, en fait.
06:14C'est une bande de trois sales gosses, très politisés, mais qui aiment égratiner les personnalités politiques,
06:21notamment le président Emmanuel Macron et tout son gouvernement.
06:24Voilà, ils lâchent pas leurs coups.
06:26C'est devenu les nouveaux guignols de l'info, en fait.
06:28Donc évidemment, ça fait sourire, ça fait grincer des dents, parfois ça déplaît.
06:32Ils disent parfois tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas.
06:37Au printemps 2023, Charline Vanhoenacker et son équipe apprennent que leur émission quotidienne s'arrête
06:43et que la direction leur confie plutôt une nouvelle case horaire, le dimanche soir, pendant deux heures, en direct et
06:49en public.
06:50Benoît D'Aragon, comment la bande reçoit cette décision ?
06:53Alors, elle le reçoit mal, mais Charline Vanhoenacker, elle le savait que son émission allait s'arrêter, son émission quotidienne.
07:00Elle était un peu à bout de souffle, si on est très honnête.
07:02Alex Vizorek voulait s'en aller.
07:04Et du coup, la direction d'Inter dit, l'émission, il faudrait la repenser.
07:08On va plutôt organiser un grand show le dimanche soir.
07:10Ils comptent mettre des moyens en public, en direct, avec beaucoup de techniciens.
07:14Donc Charline ne l'avait pas dit à son équipe.
07:17Elle espérait sans doute que la direction allait changer d'avis.
07:20Du coup, ils l'apprennent par la presse, par le Parisien.
07:22Ils ne vont pas du tout être contents et les auditeurs non plus, qui vont lancer une pétition qui va
07:26recevoir plus de 100 000 signatures.
07:27Les auditeurs d'Inter sont très peinés de cet arrêt.
07:30La direction d'Inter a beau leur dire que ce n'est pas du tout une sanction,
07:34forcément, passer de cinq fois une heure par semaine à une fois deux heures,
07:38c'est vu comme une punition par les auditeurs, mais aussi par les chroniqueurs de l'émission.
07:43La nouvelle émission de la troupe, le grand dimanche soir, est lancée en septembre 2023 et c'est un succès
07:48d'audience.
07:48Elle double le score de la case en seulement quelques mois et rassemble en moyenne plus de 650 000 auditeurs
07:55chaque dimanche.
07:56Le 29 octobre, Guillaume Meurice vient faire sa chronique habituelle et il y évoque les célébrations d'Halloween qui ont
08:03lieu le lendemain.
08:04Grégory Plouvier, qu'est-ce qu'il dit dans cette chronique ?
08:06Effectivement, c'est une chronique qui parle d'Halloween et donc c'est un micro-trottoir qu'il va réaliser
08:12auprès d'enfants de Kid Expo.
08:15Kid Expo, c'est un grand rassemblement pour donner aux parents des idées de sorties et de jeux pour leurs
08:21enfants.
08:22Dans cette introduction-là, il évoque les déguisements qui font le plus peur.
08:27Et voilà, dans un trait qui se veut humoristique, il dit...
08:30Alors en ce moment, il y a le déguisement Netanyahou qui marche pas mal pour faire peur.
08:33Vous voyez qui c'est ? C'est une sorte de nazi mais sans prépuce.
08:36Voilà.
08:37Il y a beaucoup de rire en fait en moment de cette séquence-là.
08:40La gêne viendra plutôt a posteriori.
08:42Le lendemain, sur la chaîne CNews, dans son émission de débat L'Heure des Pros, l'animateur Pascal Praud décide
08:48de revenir avec ses invités sur cette blague faite par Guillaume Meurice.
08:53Pascal Praud l'écoute beaucoup France Inter et il s'arrache souvent les cheveux en écoutant France Inter.
08:57Il n'aime pas et dès qu'il y a quelque chose qui le choque ou qui lui déplaît, il
09:00le dit, il n'hésite pas à en parler à l'antenne.
09:02Et ce lundi matin-là, cette blague de Guillaume Meurice, elle est passée totalement inaperçue.
09:06Personne ne l'a relevé et lui, il va en parler dans son émission.
09:09Alors je voulais vous faire écouter Guillaume Meurice. Guillaume Meurice est un humoriste.
09:14On peut le présenter comme ça, qui est présent sur France Inter, qui était généralement...
09:19C'est quelqu'un qui se croit drôle entre les cas.
09:20On va quand même rappeler qu'on est trois semaines après les attentats du 7 octobre.
09:25Ces attentats perpétrés par le Hamas qui ont traumatisé Israël et choqué dans le monde entier.
09:30Pascal Praud va dire que cette chronique participe à un antisémitisme d'atmosphère.
09:35Il y a une sorte d'antisémitisme d'atmosphère qui existe désormais, notamment dans les médias.
09:39Et il va rappeler que comme tous les salariés de France Inter, Guillaume Meurice est payé par de l'argent
09:43public.
09:44Et que du coup, il doit être totalement exemplaire.
09:46Et selon lui, cette blague n'a absolument pas sa place sur les antennes d'un groupe public.
09:52Et dans les heures et les jours qui suivent, cette blague est de plus en plus reprise
09:55et dénoncée par des personnalités politiques ou encore des auditeurs.
09:59La très médiatique rabbin Delphine Horvillère demande à circoncire le temps d'antenne de Guillaume Meurice.
10:06Or Atika, la comédienne de La Vérité Sijeman, qui tweet tout simplement « Au revoir France Inter ».
10:11Donc voilà, on sent que tout d'un coup, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de réactions.
10:14Et pas seulement dans la classe politique ou dans, on va dire, la droitosphère.
10:18Ça dépasse largement les simples téléspectateurs habituels de Pascal Brown.
10:23Grégory Plouvier, concrètement, que lui reprochent ses détracteurs ?
10:27En faisant cette blague, Guillaume Meurice compare un juif à un nazi.
10:31Alors qu'il y a, c'est ce que dit ses détracteurs, des milliards de façons de dénigrer un dirigeant
10:37qui est empêtré dans une pratique meurtrière en Palestine.
10:43Mais comparer un juif à un nazi au regard des millions de victimes de la Shoah est pour beaucoup inacceptable.
10:52Comment réagit la directrice de la station, Adèle Vendrette ?
10:55Adèle Vendrette, elle est poussée très rapidement à réagir parce que la médiatrice de Radio France a reçu des tonnes
11:01et des tonnes d'emails.
11:02L'Arcom, qui est l'ancien CSA, le gendarme de l'audiovisuel a aussi été saisi par des auditeurs.
11:07Bref, elle est très vite obligée de réagir et elle reçoit le Parisien dans son bureau à la maison de
11:12la radio.
11:12Et elle est assez claire, elle dit « on ne vire pas un humoriste pour une mauvaise blague ».
11:15Grégory Plouvier, à ce moment-là, en coulisses, cette blague de Guillaume Meurice provoque des désaccords
11:21et même de vives tensions dans l'équipe de Charline Vanhoenacker.
11:24Disons qu'à cette époque, ça discute beaucoup sur les groupes WhatsApp de l'émission.
11:28Au final, au bout de quelques jours, Charline Vanhoenacker, la productrice et animatrice de l'émission,
11:34publie un communiqué de presse dans lequel elle dit que la tension a mal été évaluée par Guillaume Meurice.
11:41Elle a rappelé au préalable le principe de liberté d'expression qui reste chevillé au corps pour elle.
11:47Mais voilà, peut-être que le contexte a mal été interprété par l'humoriste qui, lui, reste droit dans ses
11:53bottes à ce moment-là.
11:55Dans l'équipe, ça crée effectivement des crispations.
11:58Il y a même deux chroniqueurs de l'émission qui vont claquer la porte.
12:02Hippolyte Girardot et Clara Dupourmonot qui, en plus, était l'éditrice de Guillaume Meurice.
12:08Le lundi 6 novembre, Guillaume Meurice est convoqué par la présidente de Radio France, Sibyl Veil,
12:13et il écope aussi d'un premier avertissement.
12:16En clair, Benoît D'Aragon, que lui reproche la direction ?
12:19La direction, elle lui reproche sa blague, bien entendu, mais surtout son attitude.
12:23C'est-à-dire qu'au lieu de s'excuser, il lui reproche d'avoir avancé sa liberté d'expression
12:27à ceux qui lui reprochaient une blague totalement détestable.
12:30Et en fait, ce qu'il lui reproche, c'est d'avoir fait le sale gosse au lieu de s
12:34'excuser,
12:34comme a fait Charline. Charline avait publié un communiqué sur les réseaux sociaux pour faire une clarification
12:39et pour essayer de calmer un peu le jeu.
12:42Lui, au contraire, a mis un peu d'huile sur le feu et a plus été dans la provocation suite
12:46à sa blague que dans l'apaisement.
12:50Fin novembre, l'ARCOM, le gendarme de l'audiovisuel, adresse une mise en garde à Radio France
12:54en estimant qu'avec ce sketch, le groupe a, je cite, porté atteinte au bon exercice de ses missions
13:00et à la relation de confiance qu'elle se doit d'entretenir avec l'ensemble de ses auditeurs.
13:05Sur le plan judiciaire, le procureur de la République de Nanterre ouvre une enquête préliminaire
13:10pour injure publique et provocation à la haine raciale à la suite de deux plaintes,
13:15dont l'une déposée par une association, OJE, l'Organisation Juive Européenne.
13:20Et le mardi 21 novembre, Guillaume Meurisse est convoqué au siège de la police judiciaire de Paris
13:26au 36 quai des Orfèvres.
13:28Ce n'est que cinq mois plus tard, dans un livre publié en mars 2024,
13:33que l'humoriste raconte en détail cette audition.
13:36Grégory Plouvier, vous le rencontrez au moment de la promotion de la sortie de ce livre
13:40dans l'oreille du cyclone pour une interview.
13:44Concrètement, qu'est-ce qu'il a dit face aux policiers ?
13:46Déjà, il n'est pas venu seul. Il est venu accompagné d'un avocat,
13:49ce qui montre que la situation n'est pas anodine.
13:52Il garde son côté franc-tireur, il garde son côté humoriste
13:57jusque dans les locaux de la police judiciaire,
13:59c'est-à-dire qu'il va tourner certaines questions en dérision,
14:01notamment une lorsque les policiers lui demandent, pour vous,
14:04qui est le nazi absolu.
14:06Il répond Adolf Hitler, parce qu'il sent bien que ce n'est pas le moment
14:09de faire une blague là devant les policiers,
14:12mais il va continuer à être assez impertinent
14:16et va même tenter de prendre les policiers à leur propre piège en disant
14:20« Mais qu'est-ce qui vous fait penser que moi je ne suis pas juif ? »
14:23Donc les policiers embrayent en disant « Mais Guillaume-Murice, êtes-vous juif ? »
14:26Et là, il les prend à revers en disant « Mais la police française n'est quand même pas en
14:29train de me demander
14:30quelle est ma religion ? »
14:32Donc voilà, il est sans cesse dans l'impertinence, même face à la police.
14:36Vous, Grégory Plouvier, quand vous le rencontrez au moment de l'interview,
14:40est-ce qu'il dit « regretter avoir fait cette blague » ?
14:43Mais alors, radicalement non.
14:44En fait, il en fait clairement une affaire de principe.
14:47C'est-à-dire que lorsque je lui dis qu'à mon avis,
14:52s'il avait fait un rétropédalage au bout de 24 heures,
14:55la polémique se serait éteinte,
14:56il me répond que c'est une option qu'il n'avait même pas envisagée
15:01parce qu'il se considère dans son droit le plus strict.
15:05Il dit alors à ce moment-là,
15:06la direction de France Inter en fait avait deux solutions.
15:09Soit elle juge que la blague est antisémite
15:11et elle avait le devoir de me licencier,
15:15soit cette blague n'est pas antisémite
15:17et elle avait le devoir de me protéger.
15:19Est-ce qu'il vous dit avec le recul comment il a vécu cette période-là ?
15:23Oui, c'est l'une des premières questions que je lui ai posées.
15:26Je l'imaginais atteint, touché.
15:29Et en fait, toute la polémique, lui,
15:31l'a vécu avec un détachement certain
15:35parce que ce qui l'intéressait, c'était de voir
15:37comment la machine allait se mettre en marche
15:40et que lui, lorsqu'il était trop, entre guillemets,
15:43atteint par les messages,
15:44simplement, il éteint son téléphone et il passe à autre chose.
15:46Ce n'est pas un détachement de façade.
15:48J'ai cru ça au début.
15:49Et véritablement, en discutant une heure avec lui ce jour-là,
15:52non, je me rends compte que c'était vraiment sa vraie position.
15:56En public et en direct du studio 104 de la Maison de la Radio et de la Musique,
16:00vous allez vivre le Grand Dimanche Soir !
16:04Le dimanche 28 avril, dans l'émission Le Grand Dimanche Soir,
16:07Guillaume Meurice est présent pour sa chronique hebdomadaire.
16:11Quelques jours plus tôt, le parquet de Nanterre
16:13a classé sans suite les deux plaintes
16:15qui avaient été déposées contre lui à l'automne
16:17et l'humoriste ne se prive pas d'en parler à l'antenne.
16:20Qu'est-ce qu'il dit exactement dans cette chronique ?
16:22En fait, c'est une chronique qui est consacrée aux devoirs de réserve
16:26qui s'imposent aux radios durant la période électorale.
16:30Donc là, en l'espèce, celle des élections européennes qui approchent.
16:34Et donc, il fait la liste des choses qu'il n'a pas le droit de dire.
16:36Il y a des choses que je ne peux pas dire.
16:38Par exemple, si je dis arrêtez de voter pour des fachos
16:40qui confondent les élections avec leur névrose
16:41et se pignolent sur leur xénophobie.
16:43Et non, je ne peux pas le dire.
16:44Parce que vous avez reconnu Bardella et Marion Maréchal-Le Pen.
16:47Très rapidement, il dit « En revanche, il y a une blague
16:49que je n'ai le droit de prononcer ».
16:50Il y a des choses qu'on peut dire.
16:51Par exemple, si je dis Netanyahou est une sorte de nazi
16:54mais sans prépuce, c'est bon, le procureur, il a dit « C'est bon, il a dit ».
16:57Donc, il claironne la décision du parquet de Nanterre
17:00quelques jours plus tôt.
17:01Ce qui provoque à l'antenne une réaction de sa comparse
17:05Charline Venelecker qui rigole mais qui dit
17:07« Oh là là, je suis décédé ».
17:09Benoît D'Aragon, le jeudi 2 mai,
17:11Guillaume Meurisse annonce dans un tweet
17:13qu'il est mis à pied de France Inter
17:14et convoqué le 16 mai à un entretien préalable
17:18à une éventuelle sanction qui peut aller jusqu'à l'interruption
17:21de son contrat à durée déterminée.
17:23Que lui reproche la direction de Radio France cette fois-ci ?
17:26Elle lui reproche tout simplement d'avoir répété sa blague.
17:28Peu importe que le contexte ne soit pas le même.
17:30Pour eux, c'est assez simple.
17:32On lui avait interdit de faire cette blague.
17:33Il l'a refaite.
17:34Ils n'ont pas du tout aimé tout l'épisode du livre non plus.
17:37C'est quelque chose que Sybille Veil n'a pas du tout apprécié.
17:41Et donc, elle considère qu'il met de l'huile sur le feu en permanence.
17:44Et donc, elle va lancer une procédure disciplinaire contre lui
17:47qui peut aller jusqu'à la rupture de son CDD.
17:50Il est en contrat jusqu'au 30 juin.
17:52Mais celui-ci pourrait s'arrêter beaucoup plus tôt que prévu.
17:54Trois jours plus tard, le dimanche 5 mai,
17:56l'émission « Le Grand Dimanche Soir »
17:58est annoncée par sa présentatrice
18:00comme une émission en soutien à Guillaume Meurisse.
18:03Dès le début, Charline Venelecker donne le ton.
18:06Vous savez, nous, notre mission à la radio,
18:08c'est de vous faire oublier le blues du dimanche soir.
18:11Mais si c'est à nous qu'on met le blues, là, ça se complique.
18:15Guillaume étant mis à pied par Radio France,
18:17on va devoir faire sans lui.
18:18Guillaume Meurisse, il est absent,
18:19mais il est présent dans toutes les chroniques.
18:21On ne parle que de lui.
18:22C'est quasiment une émission spéciale,
18:23Guillaume Meurisse, sur France Inter.
18:25Et Charline, dès le lancement,
18:26parle effectivement de plainte classée sans suite.
18:30Alors, classée, oui, mais sans suite.
18:34Alors, j'ai une pensée émue pour le procureur
18:36qui a classé la plainte.
18:39Il doit penser, OK, donc moi, je dis un truc,
18:43mais à Radio France, tout le monde s'en carte, en fait.
18:46Le public applaudit, le public est là en soutien.
18:49L'émission, ça va être un vrai plaidoyer
18:51pour la liberté d'expression.
18:53On sent qu'ils sont vent debout contre leur direction.
18:55Et il n'y a pas un des chroniqueurs
18:57qui essaye de calmer le jeu.
18:58Ils sont clairement tous en soutien à Guillaume Meurisse.
19:00À la fin de la première heure,
19:01l'un des humoristes, Jamil Le Schlag,
19:03prend la parole pour sa chronique.
19:04Et il revient, lui aussi,
19:06sur la mise à pied de Guillaume Meurisse.
19:08La justice a classé sans suite la blague de Guillaume.
19:11Mais la direction l'a quand même punie.
19:13C'est le contraire d'Éric Zébourg.
19:15Lui, il est multirécidiviste, condamné.
19:18Mais sachez de le soutenir.
19:20En fait, il y a plus de liberté d'expression
19:23sur CNews que sur France Inter.
19:25Et à la fin de sa chronique,
19:27il annonce en direct son départ de l'émission.
19:29Je vais faire une Lionel Jospin 2002.
19:31Une Jospinade, comme on dit dans le milieu.
19:34J'en tire les conclusions
19:35en me retirant du service public.
19:38Après, après la fin de l'émission de ce soir.
19:42Voilà.
19:43Beno Daragon, vous vous dites quoi
19:45en écoutant cette émission ?
19:46Je me dis qu'ils entament un grand bras de fer
19:48avec la direction de Radio France.
19:49Ils précisent bien à chaque fois
19:51que c'est la direction de Radio France
19:52et pas la direction de France Inter.
19:54Parce qu'à ce moment-là,
19:55ils sont soutenus par la direction de France Inter.
19:57Je me dis, on entend rarement
19:58des personnes à l'antenne
19:59partir en opposition frontale
20:02avec leur direction.
20:03Grégory Plouvier, le lendemain de cette émission,
20:05sur le plateau de C'est à vous sur France 5,
20:07Sophia Aram, une autre humoriste de France Inter
20:10qui officie dans la matinale,
20:11est interrogée à ce sujet.
20:13Elle est invitée, non pas pour parler de France Inter,
20:15elle est invitée parce qu'elle vient
20:16de remporter le Molière de l'humour.
20:18Elle dit, en fait, c'est pénible
20:20que toute une rédaction soit réduite
20:22à une blague pourrie.
20:23Une blague pourrie, c'est un terme
20:25qu'elle répète à de nombreuses reprises.
20:26On est en train de ramener tout France Inter
20:29à cette blague pourrie.
20:31Parce que, franchement, c'est ça,
20:34c'est une blague pourrie.
20:35Et elle va même dire,
20:37dans une tribune publiée dans Le Parisien,
20:39que c'est une blague qu'auraient pu faire
20:41des personnalités comme Dieudonné ou Soral,
20:45qui sont des personnalités d'extrême droite.
20:47Donc la guerre, en fait, est clairement ouverte
20:49au sein des humoristes de France Inter
20:51avec deux clans qui se dessinent,
20:53un pro-Meurys et l'autre plus pro-Sorale.
20:57Parmi ceux qui désapprouvent la blague
20:59de Guillaume Meurice, on retrouve notamment
21:00le chroniqueur Tanguy Pastureau.
21:02Mais d'autres, vous l'avez dit,
21:04profitent de leur temps d'antenne
21:05pour apporter leur soutien à Guillaume Meurice.
21:08C'est le cas, par exemple, de François Morel
21:10dans sa chronique du vendredi 10 mai
21:12dans la matinale.
21:13Que dit-il en résumé ?
21:14En fait, en résumé, il dit que
21:17la direction de Radio France
21:18aurait pu jouer l'apaisement
21:20et se montrer, entre guillemets,
21:22bon joueur, c'est son expression.
21:24C'est extrêmement dommage pour Radio France,
21:27dont la direction,
21:28après la décision du parquet de Nanterre,
21:31aurait pu jouer l'apaisement,
21:32se montrer bon joueur,
21:34mais une fois de plus,
21:35dans un contre-temps délétère,
21:37s'attaque à la pratique de l'humour.
21:39Ce qui est assez étonnant
21:40dans cette prise de parole,
21:42c'est que François Morel
21:44est une voix historique de la station,
21:46mais c'est surtout un artiste
21:47connu pour ses engagements poétiques
21:51plus que politiques.
21:52Le fait qu'une personnalité comme lui,
21:54un peu au-dessus de la mêlée,
21:56remette en cause sa propre direction,
21:59ça montre que le malaise
22:00est désormais généralisé.
22:02On en revient au début de cet épisode.
22:04Le dimanche 12 mai,
22:05l'antenne de France Inter
22:06est perturbée par un mouvement de grève
22:08et l'émission de Charline Van Onacker,
22:10le grand dimanche soir,
22:11est remplacée par une playlist musicale.
22:13Dans les jours qui suivent,
22:15plusieurs humoristes de la station
22:16ironisent à l'antenne
22:17sur le malaise qui règne en interne.
22:19Et le jeudi 16 mai,
22:21c'est le jour où Guillaume Meurice
22:22est convoqué aux ressources humaines
22:24de Radio France.
22:25On sait comment ça se passe.
22:26C'est un long rendez-vous
22:28qui va durer deux heures.
22:29Guillaume Meurice est accompagné
22:30d'un représentant syndical
22:32du syndicat Sud.
22:33Il va se défendre,
22:35défendre le fait qu'il ait réitéré
22:37sa blague une deuxième fois.
22:38Et c'est le début de l'ouverture
22:40d'une sanction disciplinaire
22:41qui va durer quelques semaines.
22:43Guillaume Meurice risque
22:44soit un deuxième avertissement,
22:46soit un blâme,
22:46soit une mise à pied
22:48d'une semaine maximum.
22:49Bon, il a déjà fait
22:50plus de 15 jours.
22:51Ou alors une rupture anticipée
22:53de son CDD.
22:54Et puis, globalement,
22:56on sent que sa reconduction
22:57pour la saison prochaine
22:58paraît de plus en plus compromise.
23:01Quatre jours plus tard,
23:02le grand dimanche soir
23:03a cette fois-ci lieu,
23:04diffusé en direct
23:06sur France Inter,
23:07toujours en l'absence
23:08de Guillaume Meurice.
23:09Allez, comment cette émission
23:10Grégory Plouillier ?
23:11Elle est très spéciale.
23:12Déjà, elle est écourtée
23:13parce qu'en plus
23:14de l'absence de Guillaume Meurice,
23:15il y a également
23:16Émeric Lompré
23:17qui manquait à l'appel
23:18parce qu'il avait dit
23:19que par solidarité,
23:20il irait passer
23:21son dimanche soir au bar.
23:23Sans Guillaume Meurice
23:25et sans Émeric Lompré.
23:28Du coup, plutôt que de le remplacer,
23:29Charles Nvenenacker
23:30a fait le choix
23:31de mettre plus de musique
23:33pour remplir son émission.
23:34Donc, il y a déjà
23:34ce premier aspect.
23:35Ensuite, c'est à nouveau
23:37une tribune
23:39contre la décision
23:40de la direction
23:41de Radio France
23:42avec un élément important,
23:44c'est la présence
23:45dans le public
23:46ou carrément
23:47au micro
23:49de certaines voix
23:50historiques de la station,
23:52en tout cas
23:52des voix emblématiques
23:53comme Rebecca Manzoni,
23:55la présentatrice
23:55du Masque et la Plume,
23:56mais également
23:57Fabienne Santes.
23:58Et il y a
23:59un dernier pied de nez
24:00dans cette émission,
24:01c'est la présence
24:02même symbolique
24:03de Guillaume Meurice
24:03dont la voix, en fait,
24:06apparaît à un moment
24:06dans l'émission,
24:07même si elle est
24:08entre guillemets
24:10camouflée autour
24:10d'un accent
24:11en disant
24:11« je suis Jean-Michel Dugers »,
24:12c'est clairement
24:13Guillaume Meurice.
24:14Oui, bonjour,
24:15c'est Jean-Michel Dugers.
24:16Non, coupez ça tout de suite !
24:17Non, vous me coupez ça tout de suite !
24:19Mais là aussi,
24:20c'est une provocation
24:21envoyée à la direction.
24:22Attendez,
24:23la liberté d'expression,
24:23d'accord,
24:24mais enfin,
24:24il a dit
24:25« salut,
24:26c'est Jean-Michel Dugers ».
24:27C'est intolérable !
24:29Je ne peux pas laisser passer ça,
24:30ça ne passe pas à l'arc comme...
24:32Benoît D'Aragon,
24:33au-delà du sort
24:34de Guillaume Meurice,
24:35c'est la bande entière
24:36de Charline Vanhoenacker
24:37qui pourrait ne pas
24:38rempiler la saison prochaine ?
24:39Tant qu'il ne s'en prenait
24:40qu'à la direction de Radio France
24:41et qu'il faisait vivre
24:42une sorte de débat
24:43autour de l'humour,
24:45la direction de France Inter
24:46nous disait que l'émission
24:47pouvait totalement être reconduite,
24:48peut-être sans Guillaume Meurice,
24:50mais qu'en tout cas,
24:50elle pouvait être reconduite.
24:51Là, c'est vrai qu'avec
24:52les dernières émissions,
24:53on sent qu'ils sont quand même
24:54allés très loin
24:54et on voit mal
24:56comment ils vont pouvoir
24:56sauver leur peau.
24:57En tout cas,
24:58il y a un schisme
24:59qui dépasse totalement
25:00la bande de Charline Vanhoenacker
25:01puisqu'il y a d'autres personnalités
25:03d'antenne qui se sont mobilisées
25:04et donc, voilà,
25:05on sent que France Inter,
25:07qui est la première radio de France
25:08qui a des niveaux d'audience
25:09stratosphériques
25:10où tout devrait aller bien,
25:11on sent que là,
25:12il y a une énorme faille
25:13qui est apparue
25:14dans cette radio
25:14et il va falloir
25:15des saisons et des saisons
25:17avant de la refermer.
25:22Merci à Benoît D'Aragon
25:23et Grégory Plouvier.
25:25Cet épisode a été produit
25:26par Clara Garnier-Amourou,
25:28Barbara Gouy
25:29et Raphaël Pueillot.
25:31Réalisation,
25:31Julien Moncouquiole.
25:33Code Source,
25:34c'est le podcast quotidien
25:35d'actualité du Parisien.
25:37Aidez-nous à le faire connaître
25:38en le partageant,
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25:47du Parisien,
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25:50et Le Sacre,
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25:53d'un ou une médaillée d'or
25:54olympique ou paralympique
25:56à retrouver chaque mercredi.
25:58Merci.
25:59Merci.