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Après un accident de voiture il y a dix ans, Delphine et Cléo Ginterdaele, mère et fille, ont toutes les deux été amputées d’une jambe. Aujourd’hui, Cléo est une des premières ramasseuses de balle en fauteuil roulant à Roland Garros. Témoignage.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Grouzis, Thibault Lambert et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

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#podcast #accident #histoire

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News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Codesource vous propose aujourd'hui un témoignage rare, celui d'une mère et de sa fille.
00:16Leur vie a été bouleversée par un accident.
00:19Delphine, 56 ans, et Cléo, 14 ans.
00:22Il y a 10 ans, en 2015, elles ont été percutées par une voiture
00:26et elles ont toutes les deux dû être amputées d'une jambe.
00:28Parmi les choses qui ont aidé toute la famille à avancer, il y a le sport.
00:33Cléo est devenue championne de tennis et cette année, à Roland-Garros, elle est ramasseuse de balles.
00:38Delphine et Cléo Ginterdal racontent leur histoire dans un livre paru en mai,
00:43livre intitulé Debout, et elle témoigne aujourd'hui dans Codesource au micro de Barbara Goun.
00:59Je rencontre Delphine et Cléo aux Parisiens pour qu'elles me racontent leur histoire.
01:03Elles sont à Paris pour Roland-Garros parce que Cléo sera ramasseuse de balles pendant une semaine dès le lendemain
01:09de notre rencontre.
01:11À leur arrivée, je les trouve rayonnantes, toutes les deux ont un beau sourire.
01:15Elles sont debout, le fait qu'elles soient amputées est à peine visible.
01:19Leur prothèse est cachée par leurs pantalons.
01:22Le papa de Cléo, Samuel, les accompagne.
01:26Delphine, la maman, est originaire de Croix, une petite ville près de Lille.
01:31Dans les années 90, après avoir fait des études de commerce, elle tombe amoureuse de Samuel.
01:37Nous avions des amis en commun et on se voyait à peu près deux à trois fois par an à
01:44des anniversaires d'amis communs.
01:46Donc au début, on se voyait très très peu.
01:48Et puis un jour, on a passé ensemble un réveillon de Nouvel An.
01:52Et depuis, on s'est pu quitter et ça fait maintenant plus de 25 ans que l'on se connaît.
01:58Au bout de cinq ans de relation, Delphine tombe enceinte à 31 ans.
02:02Les trois premiers mois étaient un petit peu difficiles parce que j'avais des nausées.
02:07Mais après, c'était super.
02:10J'étais hyper dynamique.
02:13J'étais contente d'être enceinte.
02:15Et la préparation d'un enfant, c'est génial.
02:19Delphine et Samuel ont d'abord deux garçons, Louis et Paul.
02:23Puis le 17 mai 2011, Delphine met au monde Cléo.
02:27J'ai toujours voulu avoir une fille.
02:31Donc, elle est arrivée comme le Messie.
02:34Je l'attendais comme le Messie.
02:36J'avais eu deux garçons déjà.
02:38Donc, j'étais ravie d'avoir une fille.
02:40À cinq, ils vivent dans une belle maison à Croix.
02:42Samuel est médecin et Delphine est cadre.
02:45Le 24 janvier 2015, Delphine emmène sa fille de trois ans, Cléo, à la gym.
02:50À la fin de son entraînement, elle va la récupérer.
02:53Et elle l'emmène avec son grand frère, Paul, au marché de leur commune.
02:58Très souvent, le samedi matin, j'aimais avec mes enfants aller sur le marché, aller chercher des fleurs, des fruits,
03:05des légumes.
03:05C'était assez agréable.
03:07Donc, oui, c'était un samedi comme un autre.
03:10Tout à coup, une voiture arrive dans leur dos.
03:13Elle leur fonce dessus à toute vitesse et percute Delphine et Cléo.
03:18C'était une personne âgée qui a confondu la pédale de frein avec l'accélérateur et qui nous a projetées
03:25sur des étals de commerçants.
03:28On a été pris en charge tout de suite, heureusement, par des gens qui étaient là sur le marché, dont
03:34un médecin urgentiste et moi, une infirmière, qui m'a fait un garrot tout de suite.
03:39Je me souviens comme si c'était hier.
03:41Je voulais absolument retrouver mes enfants.
03:43J'étais au sol.
03:44Je voulais absolument voir où ils étaient.
03:47J'entendais tout le monde autour de moi.
03:49Il y avait de l'agitation.
03:50Il y avait des cris.
03:51Les gens ont eu peur.
03:53Ils se demandaient ce qui se passait.
03:54Et je ne voyais plus mes enfants.
03:56Et je voulais vraiment retrouver Cléo.
03:58Mais cette infirmière m'a dit, non, madame, ne vous inquiétez pas.
04:01Quelqu'un la prend en charge.
04:03Vous, vous perdez beaucoup de sang.
04:05Il faut que vous restiez tranquille.
04:07La jambe de Delphine a été écrasée.
04:09Son fils, Paul, va bien.
04:12Cléo, par contre, a une artère sectionnée.
04:15Elle perd beaucoup de sang.
04:16Paul est mise en sécurité et elles sont toutes les deux prises en charge à l'hôpital.
04:21Et puis au bout d'une semaine de souffrance atroce, on m'a annoncé l'amputation nécessaire de Cléo.
04:30Pour une question de vie ou de mort.
04:33Donc la décision a été rapidement prise.
04:37Moi, je me disais, plus je me bats contre cette douleur et plus j'aurai de possibilité de garder cette
04:44jambe.
04:45Et en fait, au bout d'une semaine, ça me faisait de plus en plus mal.
04:52Et le lendemain, on m'a annoncé la même chose pour moi.
04:56Je me suis effondrée complètement pendant des jours en me disant, mais c'est juste un cauchemar.
05:02En fait, je vais me réveiller et ça ira mieux demain.
05:05Et non, ça a été une horreur à vivre et un cataclysme dans nos vies.
05:15Cléo est amputée de la jambe entière.
05:18Comme elle n'a que trois ans à ce moment-là, elle n'a pas vraiment de souvenir d'elle
05:22avec deux jambes.
05:23Par contre, Delphine est amputée en dessous du genou et elle doit réapprendre à vivre.
05:29Ça fait bizarre quand on se regarde, en fait.
05:31Donc on voit d'un côté qu'il y a une partie de la jambe et de l'autre côté,
05:34non.
05:35Très vite, des douleurs de membres fantômes, on les appelle comme ça, sont arrivées.
05:40C'est-à-dire que c'est le cerveau qui ne comprend pas.
05:44On a des décharges électriques, tout est dans la tête, mais le cerveau disjoncte un peu à ce moment-là.
05:51Pour Delphine, c'est très difficile à accepter et elle s'éloigne de sa fille.
05:54Je ne supportais pas que ma fille soit physiquement abîmée.
05:58J'avais du mal à la regarder.
06:00Pour moi, c'était un milieu que je ne voulais pas connaître, le monde du handicap.
06:07Je voulais toujours refuser et je voulais le fuir, en fait.
06:13Je n'arrivais plus, je n'arrivais plus et je me disais comment moi, déjà, avec ce handicap,
06:19comment moi, en tant que mère, je vais pouvoir y savoir prendre en charge ma fille qui, elle-même, a
06:25un handicap.
06:26Donc ça me paraissait totalement insurmontable et irréalisable.
06:30J'ai eu une période de morale en berne pendant quelques temps à cause de ça.
06:37Delphine et Cléo partent en centre de rééducation pendant un an.
06:41Delphine y va le jour et rentre auprès de sa famille le soir.
06:44Cléo y va la semaine et rentre à la maison le week-end.
06:47Les premiers souvenirs de Cléo sont dans ce centre de rééducation.
06:52Je me souviens de, en particulier, une infirmière qui m'a marquée.
06:56C'était une dame qui s'occupait de la salle de jeu.
07:00Elle avait une blouse violette, contrairement aux autres infirmières qui ont des blouses blanches.
07:06Et moi, je l'appelais Marie-Violette et je me souviens, je l'aimais beaucoup et je la voyais tout
07:12le temps dès que j'allais en salle de jeu ou des voix de venir dans ma chambre m'apporter
07:16des jeux pour jouer.
07:17Au départ, quand on rentre dans un centre de rééducation, c'est la stupéfaction.
07:23De voir le nombre de personnes très malades, très impotentes, très démoralisées.
07:31Et je me suis dit, waouh, qu'est-ce que je fais là ? Je ne veux pas être là.
07:35Puis une fois qu'on s'est dit ça, on se dit, qu'est-ce qu'on fait ?
07:40Deux solutions, on avance, on se morfond.
07:44Donc, j'ai regardé un petit peu autour de moi, j'ai élargi mon horizon et je me suis dit,
07:49tiens, il y a quand même des gens qui ont de graves et de lourds handicaps et qui sourient quand
07:55même.
07:55Et donc, je me suis intégrée, j'ai réussi à m'intégrer et j'ai réussi à me faire des
08:00amis.
08:01Delphine finit par se sentir comprise.
08:04Elle rencontre des personnes qui se sont faites amputer, comme elle, et qui ont les mêmes douleurs qu'elle.
08:09C'est ce qui lui a permis d'accepter de plus en plus son handicap et elle se rapproche de
08:14nouveau de sa fille Cléo.
08:15Au bout de quatre mois de rééducation, Delphine peut mettre sa première prothèse.
08:20Franchement, ça a été un bonheur incalculable.
08:25Jusqu'à ce moment-là, je regardais les gens assises et je devais lever les yeux pour les regarder.
08:31Et je me disais, je ne suis pas à la même hauteur qu'eux, ça ne va pas, je ne
08:36suis pas dans le même univers qu'eux.
08:39Je ne me sentais pas bien, mais le jour où j'ai mis cette première prothèse, où j'ai marché
08:42entre deux barres, j'étais debout.
08:45Et là, ça a fait un bien extraordinaire.
08:48Cléo se souvient également de quand elle a pu marcher avec une prothèse.
08:52Je ne sais pas si c'était pour la première fois, mais en tout cas, c'était l'une des
08:57premières fois, je suis certain, que je mettais ma prothèse.
08:59Et je me souviens, c'est peut-être grâce aux vidéos ou pas, mais en tout cas, je sais que
09:03j'ai un souvenir de moi qui fait des pas, pas très stables, avec une poupée dans les mains, une
09:08infirmière qui me tient par les deux bras.
09:10Je fais des grands pas et je finis par tomber, tout ça en rigolant.
09:16Chaque prothèse est unique. Elle est adaptée à la personne qui la porte, mais marcher avec une prothèse reste un
09:22véritable effort.
09:23C'est très lourd et ça demande beaucoup d'énergie.
09:27Donc Delphine et Cléo utilisent aussi leurs fauteuils roulants régulièrement.
09:30Et toute la famille se rend bien compte que la maison n'est pas adaptée.
09:35Des marches, des portes qui sont trop étroites pour faire passer un fauteuil roulant, avec des dénivelés partout, des salles
09:44de bain, rien n'était adapté.
09:47C'est compliqué, surtout quand on est deux fauteuils roulants dans une même maison.
09:52C'est très, très compliqué.
09:54Donc on a dû rechercher une autre maison et au final on a fait construire une maison que l'on
10:02a réfléchi au mieux pour l'adapter correctement.
10:07On a fait des espaces relativement larges, on a fait une maison sans seuil quasiment, des salles de bain pour
10:16Cléo et moi, à l'italienne, totalement à l'italienne, avec des bancs.
10:21On a réfléchi à beaucoup de choses. Et là ça a été, oui, depuis qu'on est dans cette maison,
10:25c'est un vrai bonheur, on souffle un peu.
10:29Son compagnon Samuel a été un soutien de taille pour elle.
10:32Déjà il m'a dit qu'il resterait avec moi, ce qui est énorme, puisque c'est vrai que quand
10:37on vit des choses comme ça, des drames comme ça, en général les familles éclatent plutôt que se rapprochent.
10:43Et là au final, ça a été inverse, il m'a beaucoup aidée à me rassurer, moi, et à prendre
10:50en charge au Cléo.
10:51Le 30 septembre 2017, deux ans et demi après l'accident, Samuel et Delphine décident de se marier.
10:58On a voulu justement montrer que malgré tout ça, on pouvait être une famille soudée et qu'on allait l
11:05'officialiser.
11:07Et ça nous a permis aussi de rassembler et notre famille et nos amis qui nous avaient vraiment, vraiment bien
11:12entourés pendant toutes ces années.
11:14C'était une belle fête, c'était très émouvant.
11:17Je crois que ça doit être l'une des premières fois où j'ai vraiment pleuré parce que j'étais
11:21émue.
11:22Et ouais, j'ai trouvé ça sympa que mes parents le fassent tard pour que moi et mes frères on
11:29puisse s'en souvenir.
11:30C'est des beaux souvenirs et des bons moments passés avec la famille, des amis, parents marraines, etc.
11:42Cléo est retournée à l'école avec des horaires adaptés.
11:45En primaire, ça s'est très bien passé.
11:47Ses parents ont fait des séances de questions-réponses à la rentrée pour expliquer ce qui s'était passé aux
11:52élèves.
11:53Mais quelques années plus tard, Cléo appréhende de l'entrée au collège.
11:56J'étais très anxieuse, j'étais très stressée parce que j'avais peur.
12:01C'est pas pareil qu'en primaire, sachant que la primaire est la maternelle, j'étais toujours avec des personnes
12:07que je connaissais.
12:09Ils sont habitués à me voir du coup et j'avais un peu oublié ce handicap.
12:13Tandis que là, le collège, tout de suite, ça m'a fait peur.
12:19Puis finalement, ça a été, puisqu'à la rentrée sixième, j'ai deux copines qui ont fait comme mes parents
12:23faisaient en primaire,
12:24des séances de questions-réponses.
12:26Puis ça s'est bien passé.
12:27Après, il y avait quand même certaines personnes qui se posaient des questions et qui m'ont posé des questions
12:31après,
12:33même si j'en avais pas trop envie.
12:35Mais bon, c'est un peu obligé.
12:37Mais ça m'a aidée.
12:39Je pense que sans ça, ça aurait été mille fois pire.
12:41Les copines de Cléo l'ont beaucoup soutenue.
12:43Elles me connaissent bien et elles savent que j'ai pas besoin de tous ces regards sur moi.
12:49Comme par exemple, si un jour je tombe, ça m'est déjà arrivé.
12:52Et bien sûr, tout le monde est intrigué.
12:53Tout le monde demande si ça va, si t'as pas mal, si tu t'es pas fait mal.
12:57Bien sûr, c'est bienveillant.
12:58Mais moi, je le vais plus mal que bien.
13:01Parce que je préférerais que tout le monde passe son chemin et qu'au pire, il regarde et il demande
13:05si ça va.
13:06Mais que direct après, il parte.
13:07Parce qu'une personne valide, on rigole, mais pas pour se moquer.
13:11Mais c'est comme ça, c'est le collège, c'est de l'humour.
13:14Et j'aimerais bien que ça se passe comme ça, parce que je le prendrais pas mal.
13:17J'aurais envie d'être comme tout le monde, comme les personnes valides,
13:20quand elles tombent comme ça parce qu'elles trébuchent.
13:22C'est drôle, on rigole.
13:24Alors que là, c'est surtout de l'inquiétude.
13:26Moi, je préfère qu'on rigole, par exemple.
13:29Cléo se sent aussi entourée par ses parents et ses deux frères.
13:32Le papa, Samuel, tient le choc pendant cinq ans.
13:35Il continue son activité de médecin.
13:37Mais en 2020, il craque et il fait un burn-out.
13:41Il s'est effondré.
13:42Il n'arrivait plus à exercer sa profession.
13:45Il n'arrivait plus à relativiser.
13:49C'était très compliqué, mais en même temps, très compréhensible aussi.
13:54Puisqu'il était là pour nous deux, pour nous aider dans le quotidien, dans tout.
14:02Ce que moi, je ne pouvais plus faire physiquement.
14:06Donc, il a eu une grosse charge mentale pendant des années.
14:10Il a dû prendre du recul.
14:12Après un an et demi sans travailler, Samuel réussit à remonter la pente.
14:17Le plus important pour lui, c'est de ne pas se laisser submerger par la colère,
14:21notamment envers la dame de 89 ans qui conduisait la voiture.
14:25Samuel m'a dit, il ne faut pas qu'on reste dans la colère.
14:30Si on veut avancer, il faut passer à autre chose et pardonner.
14:32Je sais très bien que ce qu'elle a fait, elle ne l'a pas fait exprès.
14:39Donc, ce n'est pas à elle que j'en veux.
14:40J'en veux vraiment aux assurances qui jouent avec le système
14:43pour ne pas financer les prothèses et les indemnités que l'on doit percevoir.
14:50Un jour, Cléo, Delphine et Samuel sont chez le prothésiste.
14:54Pauline Derouled, championne de France de tennis-fauteuil,
14:58est là aussi pour refaire la coque de son fauteuil roulant.
15:02Et en fait, c'est à l'accueil que mon papa l'a reconnu
15:05et qu'il a dit à ma maman qu'elle était là.
15:08Et ma maman, elle a dit, il faut qu'on aille lui parler.
15:11C'est trop important, il faut qu'on y aille.
15:13Donc, elle a été à cloche-pied jusqu'à son boxe
15:16où elle était en train de refaire sa coque de fauteuil.
15:18Et on a été lui parler.
15:23Et à un moment, elle me pose la question,
15:25est-ce que tu fais du sport ?
15:26Et donc, moi, je réponds que j'ai essayé à la gym
15:28et qu'il faut enlever ma hypothèse devant beaucoup d'enfants, surtout.
15:33Et que les enfants, forcément, ils sont intrigués par ça.
15:37Ce n'est pas commun, quoi.
15:38Donc, il y a beaucoup de regards posés sur moi.
15:41Et je n'aime pas du tout ça.
15:43Donc, j'ai arrêté.
15:44Et j'avais aussi essayé l'équitation.
15:47Et je n'avais pas aimé parce que ce n'est pas pratique,
15:49ça faisait mal au niveau de la prothèse,
15:53avec les positions sur le cheval.
15:55Donc, je n'avais pas aimé.
15:56Et donc, j'avais un peu abandonné l'idée de faire du sport
16:00parce que je pensais que ce n'était pas fait
16:02pour les personnes handicapées.
16:05Et puis, finalement, elle m'a dit, il faut que tu essayes le tennis fauteuil.
16:10À ce moment-là, Pauline est en train de faire les championnats de France.
16:13Elle invite Cléo le lendemain.
16:15Et donc, le lendemain, avec papa et maman, j'y vais.
16:18Et puis, au début, je n'étais pas très emballée par le fait d'être dans un fauteuil
16:23parce que pour moi, c'était très assimilé au handicap.
16:26Et puis, finalement, elle me dit, si, viens.
16:29Moi, c'était la même chose au début.
16:30Et puis, finalement, je me suis rendue compte que ce n'est pas la même chose
16:33qu'un fauteuil de ville puisque c'est un fauteuil de sport.
16:36Et donc, j'essaye avec Pauline et sa coach.
16:40Et puis, je me rends compte qu'en fait, je ne pense pas du tout au fauteuil
16:44et que ça ne me pose pas plus de problèmes
16:47et que c'est plus comme un outil, comme la raquette, comme les balles,
16:50comme n'importe quoi utile pour le tennis
16:53et que ça ne me dérange pas plus que ça.
16:55Et j'aime beaucoup, je m'amuse et j'aime bien.
16:59Et donc, je m'en ai pas de m'inscrire dans un club pour que je puisse en faire
17:05parce que j'avais vraiment bien aimé.
17:06Et donc, je m'inscris dans un club.
17:09En tout cas, papa m'a inscrit dans un club.
17:11Et je commence à en faire.
17:13Et puis, voilà, après, j'ai commencé les compétitions deux ans après.
17:19Cette rencontre a changé la vie de Cléo.
17:21Elle s'entraîne plusieurs fois par semaine
17:23et rapidement, elle obtient un bon niveau.
17:26Grâce au tennis, elle reprend confiance en elle.
17:29Avant de faire du tennis, je ne savais pas quoi faire, entre guillemets, de mon handicap.
17:33Alors que là, clairement, je peux dire que je fais de mon handicap une force.
17:36Depuis que je fais du tennis, je vis de très belles choses en plus.
17:40En 2024, elle participe au championnat de France de tennis fauteuil dans la catégorie junior.
17:46Et elle décroche le titre.
17:48C'était très stressant.
17:50C'était un match très tendu.
17:51Pauline, elle avait joué sa finale, elle aussi, juste à côté de moi, sur le cours à côté.
17:57Elle, elle a perdu malheureusement.
17:59Mais quand elle a fini son match, elle a regardé le mien.
18:02Elle m'encourageait.
18:03Elle criait à travers la grille du tennis pour m'encourager.
18:07Et heureusement qu'elle a été là, parce que je pense qu'elle fait partie de cette victoire, vraiment.
18:13Et ouais, quand j'ai fini, c'était bien sûr les pleurs.
18:17Pauline, elle a vu me faire un câlin sur le cours.
18:19Papa et maman aussi.
18:20C'était une sensation que j'aimerais revivre tous les jours, je pense.
18:24Cléo ne s'arrête pas là.
18:25Elle veut s'entraîner pour pouvoir participer aux Jeux Paralympiques de 2028 à Los Angeles.
18:31Elle aura 17 ans à ce moment-là.
18:33Pauline continue de la soutenir.
18:35Et la famille de Cléo est très fière d'elle.
18:37Je suis hyper fière.
18:39Je suis contente qu'elle ait trouvé une passion.
18:41Je suis contente qu'elle puisse s'épanouir et qu'elle puisse montrer que, même si on a un handicap,
18:48on peut réaliser des belles choses.
18:49Et puis, je suis contente qu'elle aime et qu'elle s'épanouisse.
18:53C'est ça le plus important.
18:54Surtout que ça lui procure du plaisir à elle.
19:07Barbara, on le disait au début du sujet, cette année, à Roland-Garros,
19:11Cléo est ramasseuse de balles.
19:13Oui, c'est ça.
19:14Et c'est la première fois que des ramasseurs de balles à Roland-Garros sont en fauteuil.
19:18Ils sont deux à y participer cette année.
19:20C'est vraiment historique.
19:21Mais c'est aussi beaucoup de pression pour elle.
19:23Quand je l'ai rencontrée, elle m'a dit qu'elle était stressée.
19:25Mais très heureuse de pouvoir vivre cette expérience.
19:28Et depuis, j'ai échangé quelques messages avec son papa pour savoir comment ça s'était passé.
19:32Il m'a dit que c'était beaucoup d'émotion pour eux, mais que tout se passe bien.
19:35Delphine et Cléo racontent leur histoire dans un livre paru en mai aux éditions du Rocher.
19:39Livre intitulé Debout et qui a été signé par toute la famille Ginterdal.
19:43Oui, c'est un livre où chaque membre de la famille parle de son point de vue à chaque chapitre.
19:48Et ce qui est marquant, c'est vraiment la position des deux grands frères de Cléo.
19:52D'abord, il y a Paul qui était présent sur le lieu de l'accident,
19:55mais qui, lui, n'a pas été blessé et qui a beaucoup de culpabilité.
19:58Et ensuite, il y a Louis qui ne se sent pas légitime d'avoir mal.
20:02Il raconte dans le livre, par exemple, s'être cassé la clavicule et ne pas avoir pu se plaindre.
20:06En fait, dans le livre, on ressent vraiment que l'accident a affecté toute la famille.
20:10Cléo et Delphine en premier plan, mais aussi Samuel, Louis et Paul, même s'ils ne sont pas des victimes
20:15directes.
20:16Est-ce que Delphine et Cléo ont choisi d'aller en justice après l'accident dont elles ont été victimes
20:20?
20:20Elles n'ont pas porté plainte contre la dame qui conduisait la voiture, parce que, comme elles le disaient,
20:24elles savent très bien qu'elle n'a pas fait exprès.
20:26Par contre, elles en veulent aux assurances.
20:28Elles veulent être indemnisées par l'assurance de cette dame pour les frais et le préjudice que l'accident a
20:33causé à leur famille.
20:34La procédure judiciaire est toujours en cours à l'heure actuelle, dix ans après l'accident.
20:38Donc, elles attendent.
20:39Et Barbara, leur autre combat aujourd'hui, c'est d'obtenir un contrôle de la capacité des personnes âgées à
20:45conduire.
20:45Oui, en fait, toute la famille Ginterdal s'est ralliée au combat de Pauline Desrouledes,
20:50la championne de tennis-fauteuil dont on parlait tout à l'heure,
20:52qui a aussi été renversée par une voiture conduite par une personne âgée.
20:56L'objectif serait en fait de faire en sorte que le permis ne soit plus délivré à vie en France
21:00et qu'il y ait un contrôle des capacités du conducteur tous les dix ans et même tous les cinq
21:05ans pour les personnes âgées.
21:06Ça permettrait pour eux d'éviter que des accidents comme celui qu'elles ont vécu ne se produisent à nouveau.
21:12Merci Barbara Gouy.
21:13Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Grosys et Thibault Lambert.
21:17Réalisation, Julien Moncouquiol.
21:19Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
21:23N'oubliez pas Crime Story, notre podcast hebdomadaire consacré aux affaires criminelles.
21:27Et puis, je vous signale la sortie d'un hors-série du Parisien sur la victoire du PSG en Ligue
21:32des Champions.
21:33Hors-série de 68 pages, vendue 4,90 euros, disponible chez tous les marchands de journaux.
21:38PSG a jamais les meilleurs, le récit d'une saison légendaire.

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