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Dans la nuit du 14 au 15 juin, alors qu’il participe à l’ultra-trail du Haut-Giffre en Haute-Savoie, un homme âgé de 52 ans fait une chute mortelle dans une descente. D’autres coureurs basculent eux aussi dans le ravin. Deux sont grièvement blessés et héliportés. L’un des participants, Patrice Héraud, 50 ans, assiste au drame, impuissant. Cette nuit-là, il a eu peur pour sa vie, malgré son expérience de la montagne. Car sur cette portion du parcours, la descente était devenue très glissante à cause des conditions météo dantesques. Ce père de famille, passionné de courses en nature, témoigne au micro de Camille Ruiz.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Camille Ruiz - Production : Raphaël Pueyo, Thibault Lambert, Ambre Rosala et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archive : France Bleu Isère.

#trail #course #ultratrail

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Il y a un peu plus d'un mois, à la mi-juin, des milliers de sportifs adeptes de sensations
00:16fortes se lançaient dans un ultra-trail,
00:19une course à pied de 90 km sur des versants de montagne dans la vallée du Haut-Gifre, en Haute
00:25-Savoie.
00:25Mais l'événement a tourné au drame dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 juin.
00:31Des coureurs ont glissé dans une descente à cause des pluies diluviennes et du sol boueux.
00:35Ils ont fait une chute de plusieurs mètres dans un ravin. L'un d'entre eux est mort, il avait
00:4052 ans.
00:42D'autres participants ont été blessés, dont deux gravements.
00:45Une enquête a été ouverte par le parquet de Bonneville pour recherche des causes de la mort et mise en
00:50danger de la vie d'autrui.
00:52Patrice Hérault, 50 ans, est revenu sain et sauf de cette course, mais il est encore marqué.
00:57Pendant plusieurs minutes, ce passionné d'ultra-trail a frôlé la mort.
01:01Accroché à une corde, il a vu des coureurs tomber de ses propres yeux.
01:06Il a accepté de raconter cette nuit de cauchemar dans Côte-Source, au micro de Camille Ruiz.
01:22Patrice me donne rendez-vous à la gare de Saint-Pierre-des-Cors, près de Tours.
01:26C'est ici qu'il est né, en 1973.
01:29Sa maison est à quelques minutes en voiture.
01:32Sa mère est infirmière et son père travaille dans un service de radiothérapie.
01:37Il a une grande sœur, un petit frère et un frère jumeau.
01:41Il commence par me raconter son enfance et ses vacances à la montagne.
01:47Quand on partait en vacances, on partait un mois et demi à la montagne.
01:51La nature, c'est les odeurs, c'est rien de tel de passer deux jours ou trois jours dans une
01:57forêt,
01:58de mettre une tente et puis d'écouter les bruits.
02:01Avec mon frère jumeau, on grimpait des rochers, on faisait un peu de l'escalade à notre niveau de nos
02:07dix ans.
02:08On a l'impression d'être les meilleurs parce qu'on avait grimpé un rocher de deux mètres.
02:13Petit, on aimait la rando, on aimait le bivouac, on aimait déjà crapahuter et aller un peu partout.
02:20C'est la liberté, en fait.
02:22La liberté a un prix qui était correct, parce que mes parents n'étaient pas forcément aisés.
02:26Donc, on pouvait partir longtemps et moins cher.
02:36Après le lycée, Patrice commence des études pour devenir manipulateur en radiologie.
02:41Quelques temps plus tard, il fait la rencontre de Nadege, avec qui il aura trois enfants.
02:47Il décide d'arrêter de fumer et fait beaucoup de sport, notamment de la course à pied.
02:52Au fil du temps, il participe à des marathons en ville, puis à des trails,
02:56des courses qui se déroulent en nature, principalement en montagne.
03:00En 2014, quand il a 41 ans, il s'inscrit pour son tout premier trail en Asie, sur la grande
03:06muraille de Chine.
03:08C'est une des merveilles du monde, c'est quelque chose qui est juste incroyable.
03:11En plus, on a eu la chance, c'est-à-dire que les autorités chinoises ne nous laissaient personne monter
03:16sur cette partie non restaurée de la muraille.
03:19Donc, c'était vraiment du trail, parce qu'il y avait des crevasses, il y avait des ravins.
03:22Donc, on était vraiment 50 privilégiés, une fois par an, à pouvoir courir sur cet endroit.
03:28Donc, c'était vraiment juste incroyable.
03:31Patrice se passionne ensuite pour l'ultra-trail, des courses qui font en général plus de 80 kilomètres.
03:37En 2020, il termine pour la première fois en ultra de 130 kilomètres, avec plus de 8000 mètres de dénivelé
03:44positif, sans être accompagné.
03:47Cette année, l'année de ses 50 ans, au mois de mars, il organise avec un ami guide polaire une
03:53expédition en Laponie.
03:54On est partis à 9, en autonomie totale, avec des skis et un traîneau.
03:59Et on a traversé un parc.
04:01On dormait en tente la nuit.
04:03On a dormi souvent moins de 31 degrés.
04:07Et c'était vraiment une expérience incroyable.
04:10C'était vraiment...
04:11Il n'y a pas de mots, parce que c'est des paysages qui sont lunaires, un peu déserts, glaciaux,
04:17avec un vent qui pique.
04:21Et le soir, à 18h, 19h, on pouvait planter les tentes dans la neige.
04:26On se réveillait le matin à 5h.
04:29Et il nous fallait bien 2h ou 3h pour lever le bivouac.
04:32Ça paraît énorme, parce que quand on est en randonnée, c'est moins d'une heure, entre le réveil et
04:36partir.
04:38Là, quand il fait moins 30, le café, le déshabillage dans le duvet, ce n'est pas si simple que
04:44ça.
04:44Patrice rentre de Laponie et se prépare pour sa prochaine course qui a lieu dans quelques semaines en Haute-Savoie.
04:50Au début du mois de juin, quelques jours avant la course, il se rend avec son épouse à sa moinsse,
04:56dans les massifs du Haut-Gifre,
04:57pour se préparer mentalement à ce parcours exigeant.
05:00Les participants devront courir 90 km, à parfois plus de 2000 m d'altitude avec 7000 m de dénivelé positif.
05:08Avant le départ, il reçoit un mail de l'organisation, qui indique que les conditions météo seront extrêmes
05:14et qu'une partie du trajet se fera dans la neige.
05:17Patrice part donc avec tout le matériel obligatoire dans son sac, dont un sifflet, une lampe frontale,
05:23une couverture de survie, un pantalon et une veste de pluie.
05:27Par précaution, il prend aussi une paire de crampons, non obligatoire pour la course.
05:33Le vendredi 14 juin, il est presque minuit, quand Patrice est sur la ligne de départ, entourée de quelques amis.
05:40L'organisateur de course nous explique que la météo va être dantesque,
05:44et que ça va être assez compliqué, qu'il va falloir prendre soin de nous,
05:49parce que ça va être très difficile, surtout sur la pointe d'Angolon,
05:53parce qu'ils ont prévu plus de 20 mm de pluie,
05:56donc une météo qui va être assez forte et qu'il faudra bien être concentré pour cette partie-là.
06:03Donc sur le départ, quelques heures avant, j'ai un peu le stress qui monte.
06:07Et au moment où on siffle un départ, le stress siffle totalement.
06:12J'ai la banane, je rigole et je suis trop content de partir.
06:16Le départ était à 23h45.
06:18J'avais réussi à faire une sieste.
06:20J'étais vraiment en forme.
06:21Il ne pleuvait pas encore.
06:23On savait qu'on aurait une météo dantesque,
06:25mais franchement, je n'étais pas inquiet et très content de prendre ce départ.
06:31Plusieurs départs sont organisés dans la même journée.
06:34Quelques heures avant, une centaine de coureurs sont déjà passés sur le parcours de Patrice,
06:39ce qui rend le terrain très glissant avec la pluie.
06:42Le début de la course passe bien, même si Patrice tombe plusieurs fois dans la boue.
06:48Moi, je cours avec Tony et Richard.
06:51Ils sont un peu devant.
06:52On se croise de temps en temps.
06:53Un coup, c'est Thomas.
06:55On ne reste pas ensemble, mais on se croise sur la course de temps en temps.
06:59Il y a une montée qui est quand même assez difficile parce que la tempête commence à se lever.
07:04Le froid arrive, la montée est un petit peu dangereuse parce qu'il y a le vide sur le côté
07:11et elle est très raide.
07:13Et le froid commence à piquer, donc on s'habille tous au fur et à mesure pour se protéger.
07:19Et on arrive sur la pointe d'Angolon vers, je dirais, 2h45, un truc comme ça.
07:27Au sommet, à plus de 2000 mètres d'altitude, Patrice croise une secouriste
07:31qui lui demande de bien s'agripper à une corde mise en place par l'organisation
07:35pour descendre sur l'autre versant de la montagne.
07:38J'ai espéré que sur l'autre versant, on soit un peu à l'abri du vent et on n
07:42'est pas à l'abri du vent.
07:43On est toujours en pleine tempête et au fur et à mesure où on descend,
07:48la pente est de plus en plus raide et le sol de plus en plus est mouillé et avec de
07:53la boue.
07:54Et rapidement, ça devient extrêmement glissant.
07:57Donc on s'agrippe de plus en plus et on se retrouve vers 3h du mat,
08:03ça fait à peu près 20 minutes qu'on descend.
08:06On se retrouve à un moment où on ne peut plus tenir debout en fait.
08:11On est tous suspendus à cette corde et avec les bâtons,
08:15on essaye de se caler les pieds pour ne pas glisser,
08:17mais en fait, on est extrêmement nombreux accrochés à cette corde.
08:23Je sais que j'ai des crampons dans mon sac,
08:25mais on ne peut pas, vu qu'on est obligé de tenir d'une main la corde et l'autre
08:29main le bâton pour se caler les pieds.
08:32Moi, je n'ai plus accès à mon sac en fait.
08:34À gauche de la corde, à 80 cm, à moins d'un mètre, il y a un ravin, un vide.
08:40On ne se pose pas de questions, aucune chance, il ne faut pas tomber.
08:43Voilà, c'est vraiment le ravin, le vide absolu.
08:47Et à droite, il y a une légère pente et ça descend très rapidement dans le noir,
08:52où on voit qu'il y a un ravin, mais je ne sais pas du tout si le ravin fait
08:5510 mètres ou si il fait 100 mètres.
09:00La météo est terrible à ce moment-là, il pleut énormément.
09:04Ils ont annoncé 40 mm alors qu'ils avaient prévu 20 mm.
09:07Je pense qu'ils ne s'attendaient pas à ce que la météo soit aussi forte, on est quand même
09:11à 2300 mètres d'altitude.
09:14La météo, moi personnellement, ne me dérange pas.
09:17Voilà, ce qui pleuve, qui vente, qui neige, ce n'est pas un souci.
09:21Là où je commence à être inquiet, c'est de savoir comment je vais faire pour descendre sans glisser.
09:26Au fur et à mesure où les gens passent, vu que nous ne sommes pas les premiers sur cette descente,
09:31ça devient un toboggan en fait, c'est une corde qui est accrochée à un toboggan, tout simplement.
09:42À partir de ce moment-là, il y a eu quelques glissades, des personnes qui étaient au-dessus de moi.
09:47En tout, il y en a eu une vingtaine ou une trentaine.
09:50C'est-à-dire que les premiers ont glissé de 1 mètre, d'autres de 2 mètres, de 3 mètres,
09:55mais ils arrivaient encore à se freiner et à revenir sur la corde.
09:59Et puis, un premier a glissé et il n'a pas pu s'arrêter aux quelques mètres.
10:06Il est parti dans le ravin, dans un cri effroyable.
10:10Et là, ça a figé un peu tout le monde.
10:12On a vu sa frontale débouler très bas.
10:16Il est un vrai silence.
10:23Donc, on a tous crié pour faire remonter l'information parce que la sécurité, le pic d'Angolon,
10:30on avait dû bien descendre 100 ou 150 mètres de positif en fait.
10:34Donc, évidemment, on ne pouvait pas atteindre le haut.
10:36Donc, on a fait comme une chaîne en disant, blessé grave, arrêtez la course, blessé grave, arrêtez la course.
10:41Et nous, on ne pouvait évidemment pas remonter puisque tout le monde est suspendu à la corde.
10:46Ce n'est physiquement pas possible.
10:48On est obligé de descendre.
10:49Donc, on commence tous à redescendre tout doucement.
10:53Et à partir de là, plusieurs personnes ont dévissé.
10:56Certains ont réussi à s'agripper et trois autres personnes ont dévissé dans le ravin.
11:03Ils étaient peut-être entre 2 et 4 mètres au-dessus de moi.
11:07Et quand ils glissent, en fait, ils glissent à côté de moi.
11:11Donc, ils glissent à moins de 1 mètre de moi.
11:14Donc, on ne peut évidemment pas les retenir.
11:16Et petit à petit, dans la descente, le toboggan les dirige pas vers la corde, mais vers le ravin.
11:22C'est un moment extrêmement angoissant puisqu'on les voit tomber.
11:27Logiquement, on a un sifflet.
11:28Donc, si quelqu'un fait une chute, la première chose qu'il doit faire, on est habitué à ça, c
11:32'est de siffler.
11:34Et les 4 qui sont tombés en bas, il n'y en a aucun qui a utilisé son sifflet.
11:38Chaque fois, c'était un silence absolu.
11:40Donc, on a vu, je dirais, sur au moins 80 mètres des chutes de frontale.
11:46Donc, c'était une angoisse terrible parce que je me suis dit, est-ce que ça va s'arrêter ?
11:51À quel tour ? Est-ce que la corde va tenir ?
11:57Au moment où j'arrive à la partie sécurisée, je suis content.
12:00Parce que je me dis, ok, je suis vivant.
12:04Il y a des morts.
12:05C'est sûr, il y a des morts.
12:06Je les ai vus tomber, je les ai vu leur visage, je les ai entendus crier.
12:09Il y a des morts.
12:10On ne peut pas revenir en arrière.
12:12J'espère qu'il n'y en aura pas d'autres.
12:15Et il nous reste 8 kilomètres avant le prochain ravitaillement.
12:19Donc, je me remets à courir.
12:21Mon cerveau, il ne réfléchit pas.
12:23Je suis en mode survie.
12:25Et je me dis, il faut arriver au ravitaillement.
12:28À ce moment-là, je croise deux de mes amis, Richard et Tony.
12:32Et on hallucine.
12:33On hallucine de ce qui s'est passé.
12:35On est tous les trois totalement choqués.
12:38Et je vois Richard qui dit, de toute manière, ils vont arrêter la course.
12:41Moi, j'abandonne.
12:42Et quelque chose en moi me dit, non, non, moi, je n'abandonne pas.
12:46Il s'est passé quelque chose de grave, mais on va continuer.
12:48On va aller au bout, au bout de cette course.
12:50C'est complètement débile.
12:52Mais dans ma tête, j'étais reparti.
12:53Et j'étais en mode warrior.
12:55Je vais continuer, je vais finir cette course.
12:59Pendant 8 kilomètres, Patrice et ses deux amis se remettent à courir.
13:03Lorsqu'ils arrivent au ravitaillement du lac des Mines d'Or, au petit matin,
13:06ils apprennent que la course est annulée.
13:09Je retrouve Fred et Yann qui étaient devant.
13:12Ils m'annoncent que Thomas, lui, qui était à l'arrière, n'est pas descendu.
13:15Ils ont bloqué la course en bas.
13:17Donc, en fait, on est content parce qu'on est là, vivant.
13:20Quasiment tout le monde, je pense qu'il y a environ 100, 150 personnes qui ont des couvertures de survie.
13:26Et les gens commencent à trembler parce qu'ils ont froid, en fait.
13:29Ils ne sont pas mouillés par la pluie, contrairement à ce qu'on pense.
13:31Mais ils sont mouillés.
13:32Enfin, moi, j'étais trempé par ma sueur et par le stress.
13:35Moi, je sentais la sueur qui me coulait sur les poignets, en fait.
13:38C'est collé comme un robinet, en fait.
13:39On a décompensé.
13:40Et au moment où la course s'arrête, on lâche tout.
13:44Et là, le froid nous prend.
13:45Alors que le froid, il était là depuis plusieurs heures.
13:47Mais seulement à ce moment-là, le froid nous prend parce que du coup, on n'est plus sur notre
13:50défense.
13:51Et c'est là qu'il y a eu de nombreuses hypotermies.
13:53On a eu très, très froid pendant plus d'une heure et demie.
13:56Patrice réussit à joindre son épouse au téléphone et la rassure sur son état.
14:01Nadege était chargée de le suivre sur les différents points de la course pour le soutenir.
14:05Mais dans la nuit, elle a entendu les alarmes des pompiers de la ville.
14:08Et par peur, elle est partie à sa recherche.
14:10En chemin, elle est alors tombée sur un coureur en hypothermie, en état de choc,
14:14qu'elle a reconduit plus bas dans la vallée jusqu'au poste de secours.
14:18Une heure et demie après leur arrivée au ravitaillement,
14:20Patrice et tous les coureurs sont reconduits au point de départ, en bus, par les secours.
14:29Il est 9h du matin.
14:31Moi, je pense qu'il y a une chose, c'est me doucher parce que je suis couvert de boue,
14:33de sueur.
14:34Que ça a été un moment horrible.
14:36Je suis toujours en état de choc.
14:37Je comprends seulement à ce moment-là que je suis vraiment en état de choc,
14:40puisque la course s'est arrêtée et qu'on a tout lâché.
14:42Je pense qu'il y a une chose, c'est me doucher et dormir.
14:46Dormir dans la tente, puisqu'on était logés au camping en dessous.
14:50J'arrive tout seul au camping, je ne vois plus la tente.
14:52Et là, je comprends que ma femme, elle a tout plié.
14:56Elle m'a dit, tu prends ta douche et on s'en va.
14:59On rentre au chaud, on rentre à Tours, il y a 5h de route.
15:02Je vais conduire tout le trajet et on rentre.
15:05Tous mes amis ont fait la même chose.
15:07Ils se sont tous douchés et ils sont tous partis.
15:09On est tous rentrés dans l'après-midi en état de choc.
15:12C'est sur la route où on a entendu aux infos qu'il y avait eu un mort et trois
15:18blessés.
15:18Un homme d'une cinquantaine d'années est mort après une chute.
15:21Ça s'est passé à Samoin sur le trail du Haut-Gifre.
15:24Les coureurs partis pour 90 km dans la soirée et la nuit ont été surpris par des pluies torrentielles.
15:31Quand Patrice arrive chez lui le soir, il est toujours en état de choc.
15:34Cette nuit-là, malgré la fatigue, il dort très peu.
15:38Le lendemain, le dimanche, sa fille l'appelle au téléphone.
15:42Le dimanche, c'est la fête des pères.
15:44Ma fille m'appelle et je lui dis quand même, on papote cinq minutes,
15:47il faut quand même que je te raconte ce qui s'est passé à ma course.
15:50Elle me dit, je sais papa, on s'est parlé une demi-heure hier au téléphone.
15:54Je n'avais aucun souvenir de cette conversation.
15:57Je pense que le cerveau s'est protégé, ce qui est plutôt une bonne chose quand c'est comme ça.
16:03Pendant une semaine, je me suis réveillé trempé dans mon lit.
16:09Je ne dormais que trois, quatre heures.
16:11Pourtant, j'avais l'impression d'être bien, mais en fait, mon sommeil était totalement perturbé.
16:16Quelques cauchemars et c'est compliqué parce que je revoyais des gens crier.
16:22On se pose toujours la question, lequel est réellement décédé sur les quatre qui sont tombés ?
16:27Je revois bien le dernier et je suis à peu près sûr que c'est le dernier qui avait un
16:31hurlement au moment de tomber
16:33qui était, je pense, qui nous a tous terrifiés en fait.
16:42Malgré ce qu'il a vécu, Patrice ne renonce pas à sa passion et espère participer à d'autres courses
16:47en montagne.
16:49Depuis, je n'ai pas repris le sport.
16:51Je sais bien de faire un break.
16:53En règle générale, je fais souvent un break après un ultra de plusieurs semaines.
16:57Donc là, je vais me remettre à courir tranquillement.
16:59Moi, j'attends qu'une autre course, peut-être même moins dure, histoire de se refamaliser un peu avec la
17:08montagne.
17:21Camille, dans cet épisode, tu évoquais rapidement la préparation mentale de Patrice Hérault.
17:26Alors, de quoi on parle exactement ?
17:28Et est-ce que ça l'a aidé pendant ce moment de frayeur à garder autant que possible son sang
17:32-froid ?
17:33Oui, quelque part, ça l'a aidé.
17:35Et en fait, sa préparation mentale, ce sont des techniques de concentration qu'il a d'abord apprises pour des
17:40raisons qui ne sont pas du tout liées à son sport.
17:42En fait, son fils a une maladie chronique.
17:45Donc pendant un stage pour les parents aidants, il a appris à faire de la pleine conscience.
17:49C'est un état qui est proche de la méditation.
17:52Donc ça l'a aidé.
17:53Mais il était quand même très stressé.
17:55En fait, après son interview, il m'a montré les données de sa montre.
17:59Normalement, habituellement, sur un ultra, il est autour de 140 voire 150 battements par minute.
18:05Et là, les données affichaient 200 battements par minute.
18:08Je rappelle qu'une enquête a été ouverte par le parquet de Bonneville pour recherche des causes de la mort
18:12et mise en danger de la vie d'autrui.
18:14Comment on peut expliquer qu'il y a eu des départs de course dans le haut gifre, malgré la météo
18:19qui était très mauvaise cette nuit-là ?
18:21D'abord, le trail et l'ultra trail, c'est un sport en nature.
18:24Donc le principe, c'est ça, des pierres, de la boue, un terrain accidenté.
18:28Donc les participants, les coureurs sont habitués à des conditions difficiles.
18:32La météo, comme m'a dit Patrice, c'est pas ça qui les gêne.
18:36Mais là, c'est pas seulement la météo le problème.
18:38Ce que lui et plusieurs trailers critiquent, c'est que la course n'ait pas été arrêtée, voire déviée.
18:43Ça arrive souvent entre elles.
18:45Parce que le mélange de météo, de terrain montagneux et des autres courses qui ont emprunté le terrain avant, ça
18:50rendait le parcours très dangereux.
18:51Merci Camille Ruiz.
18:54Cet épisode a été produit par Ambre Rosala et Raphaël Pueillot, réalisation Julien Moncouquiole.
19:00Si vous aimez Code Source, parlez-en autour de vous.
19:03Profitez des derniers jours avant le début des Jeux Olympiques pour rattraper tous les épisodes de notre podcast Le Sacre.
19:09Des athlètes médaillées d'or se confient à la journaliste Anne Lorbonnet.
19:13Et ne ratez pas non plus Crime Story, le podcast fait divers du Parisien,
19:17et sa série en six épisodes cet été sur l'affaire Dupont-de-Ligonnès.
19:22Disponible en intégralité sur toutes les plateformes d'écoute.
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