- il y a 12 heures
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Pendant 15 ans, Alice Davril a vécu sous l’emprise de son ex-mari, un catholique rigoriste qui exerçait des violences physiques et psychologiques sur elle et sur leurs 7 enfants. Alice raconte son histoire au micro d’Ambre Rosala. Elle a également écrit un livre autobiographique, « Femmes, soyez soumises à vos maris », publié aux éditions Larousse.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Raphaël Pueyo et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Alice a 44 ans et pendant une quinzaine d'années, elle a vécu sous l'emprise de son ex-mari
00:17avec qui elle a eu 7 enfants.
00:19Cet homme, un fervent catholique, lui imposait un mode de vie austère de femme au foyer,
00:24rythmé par l'école à la maison, les prières et la messe tous les jours.
00:28Ils exerçaient sur elles et sur leurs enfants des violences physiques et psychologiques.
00:33Alice, qui témoigne sous un nom d'emprunt, Alice d'Avril, raconte le calvaire qu'elle a vécu dans un
00:39livre paru en février.
00:41Il s'intitule « Femmes, soyez soumises à vos maris », une phrase tirée de la Bible dans la lettre
00:46de Saint Paul aux Éphésiens.
00:48Alice raconte son histoire dans Codesources au micro d'Ambre Rosala.
00:59Alice habite dans l'ouest de la France, mais je la rencontre à Paris alors qu'elle est de passage
01:03pour la promotion de son livre.
01:05Elle préfère rester anonyme, mais elle accepte de me raconter son histoire.
01:09Alice grandit en Bretagne dans les années 1980.
01:12C'est une petite fille très joyeuse et c'est l'aînée d'une famille nombreuse très soudée.
01:18J'ai des parents qui s'aiment très fort, qui ne se disputent jamais d'ailleurs.
01:23Des parents qui nous ont élevés dans la religion catholique, mais une religion catholique très ouverte.
01:28Voilà, on va à la messe le dimanche en famille, mais c'est tout.
01:32Ça s'arrête là, alors si, bien sûr, les valeurs de bienveillance, d'ouverture, mais vraiment très soft.
01:40Et on est un peu bercé par des histoires de Walt Disney, du romantisme.
01:50On a nos grands-parents aussi qui sont ensemble depuis 50 ans et qui sont toujours amoureux.
01:56Et vraiment, je m'imagine mariée au prince charmant plus tard.
01:59Alice fait de la danse quand elle est enfant, puis ses parents lui proposent de devenir scout.
02:03Elle ne sait pas vraiment ce que c'est, mais elle décide d'essayer.
02:06Et donc, je fais un essai dans un mouvement scout et j'adore.
02:09C'est vraiment un coup de foudre.
02:11Je vois toutes les petites louvettes qui courent partout, qui rigolent.
02:16Les jeux permanents, la vie dans la nature.
02:19Le fait qu'on doive se débrouiller un peu toute seule, parfois en équipe.
02:23Et puis plein de copines.
02:25Vraiment, c'est un grand enthousiasme pour le scoutisme.
02:29Donc, je fonce dans ce mouvement-là.
02:33Ce mouvement scout est réputé pour être traditionnaliste.
02:35Ce qui n'est pas du tout le cas de ses parents.
02:38Mais comme Alice s'y plaît beaucoup et qu'elle s'y fait plein de copines,
02:41ils acceptent qu'elle continue.
02:42Au fil des ans, elle prend des responsabilités dans le mouvement.
02:45Et pour suivre ses amis, elle entre au lycée dans un établissement privé catholique très pratiquant.
02:51Quand elle a 16 ans, elle rencontre Henri, le grand frère de l'une de ses copines.
02:55Il a 15 ans de plus qu'elle et il est officier de la marine.
03:00Il est fascinant parce qu'il a une aura.
03:03Tout le monde a l'air d'accord sur le fait que quand il parle, on se tait, on l
03:07'écoute.
03:08Il parle très très bien.
03:10Et donc, je vois là toutes mes copines qui sont un peu béates quand il parle.
03:17Et au début, ça m'agace un peu parce que je n'ai pas envie d'admirer cet homme-là
03:22qui est un peu froid
03:22et qui a l'air de se donner un genre.
03:26Mais il y a une forme d'admiration parce que rien que le fait qu'il parle vraiment très très
03:31bien,
03:32c'est quand même fascinant.
03:33Rien que ça, c'est fascinant.
03:35Il captive tout un auditoire en un claquement de doigts.
03:39Oui, c'est un peu scotchant.
03:41Henri est un catholique très pratiquant avec une très grande culture théologique.
03:46Comme c'est un domaine qu'Alice maîtrise beaucoup moins que lui,
03:48il parle beaucoup de religion avec elle.
03:50Et il se met en tête de faire son éducation religieuse.
03:53Il présente la vie comme étant uniquement tourné vers Dieu.
03:58Et le seul but de la vie, c'est d'aller au paradis et donc d'être le plus parfait
04:02possible.
04:03Le plus sain possible.
04:05Donc tout ce qui n'est pas tourné vers Dieu est superflu.
04:09Et puis de superflu, ça passe à futile.
04:12Et puis ça passe même à indésirable en fait, puisque ça ne nous sanctifie pas.
04:17Et puis ça va même jusqu'à penser qu'on est sur terre que pour gagner son ciel.
04:23Et donc plus on souffre et plus a priori on se purifie pour aller vers Dieu.
04:27Au départ c'est bête, mais c'est juste que je n'arrive pas à trouver la faille dans ce
04:32qu'il dit
04:33pour lui prouver qu'il a tort.
04:35Et petit à petit, je cherche, je cherche et je ne trouve pas.
04:39Il me conseille des lectures et je me dis, ah bah oui tiens, comme ça, si je sais,
04:44je pourrais enfin peut-être gagner les joutes verbales parce que j'en saurais un peu plus.
04:49Et c'est comme ça que je me mets à lire pas mal d'ouvrages, à regarder des conférences.
04:55Et puis à l'écouter parler finalement.
04:58Et effectivement, je me mets à me dire qu'il a forcément raison.
05:01Et puis il est très fervent, il prie beaucoup, il va à la messe tous les jours, il se confesse
05:06une fois par semaine.
05:07Donc je me dis que forcément il est tout près de Dieu.
05:10Et les autres en plus ont l'air de le considérer comme tel.
05:12Donc je me mets à penser comme ça.
05:15Henri devient un mentor pour Alice.
05:16A 18 ans, elle commence des études pour devenir infirmière.
05:20et elle espère secrètement pouvoir un jour devenir médecin.
05:23Un prêtre de sa paroisse lui dit qu'elle devrait entrer dans les ordres
05:26et se consacrer à la vie religieuse, mais elle n'en a pas du tout envie.
05:30J'ai envie de fuir ce destin-là qui a l'air de vouloir me tomber dessus.
05:33J'ai vraiment pas envie, j'ai envie d'être médecin, etc.
05:36Et d'être mariée, enfin toujours avec mon prince charmant.
05:39Mais puisque Henri a réussi à me faire penser qu'on est sur terre que pour gagner son ciel,
05:45il faut quand même que j'arrive vers Dieu.
05:48Et j'en viens à me dire que peut-être pour échapper à la vie religieuse,
05:51me marier avec lui, ça serait une bonne solution,
05:54de conjuguer mes rêves de prince charmant avec cette nécessité de se sanctifier.
06:00Puisqu'Henri a l'air d'être le plus proche de tout ce que je connais de Dieu,
06:05c'est moi qui lui demande si finalement,
06:07il voudrait pas qu'on se marie pour qu'on s'entraîne vers Dieu.
06:13Il ne me répond pas au départ.
06:15Et puis un jour, il m'explique que oui, il est en recherche d'une jeune fille pour se marier.
06:22Il veut absolument que cette jeune fille réponde à plein de critères qu'il a préétablis.
06:27Il a dressé un tableau dans lequel entrent toutes les jeunes filles avec tous les critères.
06:33Donc la ferveur, la vie de prière, l'intelligence, la beauté physique,
06:40l'acceptation de faire l'école à la maison aux enfants, de pas travailler, etc.
06:44Alors je trouve ça complètement sidérant au départ.
06:47Mais il finit par me dire que je suis pas trop mal placée dans ce tableau.
06:51Et il finit par me dire qu'à une veillée de prière, il a eu la révélation.
06:55Et qu'effectivement, on va se marier.
06:58Malgré le fait que je suis quand même pas au max de tous les critères,
07:04c'est moi qui vais me marier avec lui.
07:07Dans ma petite tête, j'étais plus très sûre de vouloir me marier avec lui
07:11parce que quand même c'était assez aride émotionnellement.
07:14Je me retrouve à pas avoir le choix finalement.
07:17Puisque si c'est Dieu qui a dit à une veillée de prière à Henri
07:21qu'il devait se marier avec moi,
07:23j'ai plus qu'à suivre, j'ai plus de questions à me poser.
07:30Alice et Henri se fiancent quand Alice a 20 ans et lui 35.
07:33Elle se dit que maintenant qu'ils sont fiancés,
07:35ils vont forcément vivre une grande histoire d'amour.
07:38J'ai envie de le voir, j'ai envie de passer du temps avec lui.
07:41Et systématiquement, je suis déçue.
07:43On se voit très très peu parce que ses parents considèrent que
07:47fiancés, on n'a pas à se voir, à moins qu'on ait un chaperon derrière.
07:50On se voit à la messe, mais enfin bon, à la messe, on discute pas.
07:53Quand je veux le toucher, lui toucher les mains, l'embrasser,
07:57je me fais rembarrer parce que c'est trop sensuel, il faut pas, on n'est pas mariés.
08:01Et en fait, je prends des claques, quoi.
08:02En fait, je prends des claques, je prends des claques.
08:04Je m'accroche aux rares signes que j'ai eus d'affection.
08:08Je m'accroche à un bouquet de fleurs qui m'a déposé dans la véranda.
08:12Je m'accroche à des lettres qu'il m'a écrites dans lesquelles il disait qu'il voulait m'aimer.
08:16Il me dit pas qu'il m'aime, mais il dit qu'il veut.
08:18Et en fait, je m'accroche à ça.
08:20Et puis, à cette certitude-là que c'est Dieu qui veut.
08:23Alice et Henri se marient en 2000.
08:25Ils emménagent ensemble et Alice arrête ses études d'infirmière pour s'occuper du foyer.
08:30Elle n'a pas le droit de porter de pantalons ni de bijoux,
08:32de mettre du maquillage ni d'aller chez le coiffeur.
08:35Elle renonce aussi à son rêve de commencer des études de médecine.
08:39Pour Henri, d'abord, les études de médecine sont trop longues.
08:43Et puis, de toute façon, une femme ne travaille pas puisqu'elle s'occupe de ses enfants.
08:47Et en plus, les études de médecine représentent un risque énorme pour le salut de mon âme
08:52puisqu'il se pourrait que je sois amenée à faire des actes de médecine
08:57qui soient contre la morale catholique.
08:59Donc, très vite, il me dit que c'est une mauvaise idée.
09:02Et puis, de toute façon, en me mariant avec Henri, que pourrait-il arriver ?
09:05Je ne travaillerai pas. Et en plus, on ne divorcera jamais.
09:08Donc, je n'ai pas besoin d'avoir un diplôme en poche.
09:11Alice voudrait avoir des enfants.
09:12Mais elle se rend vite compte que malgré le mariage,
09:15la sexualité reste un tabou pour Henri et qu'il fait tout pour l'éviter.
09:19Pour lui, le corps est un obstacle à la sainteté
09:24puisqu'on a des tentations.
09:26Et pour lui, la sexualité est mauvaise.
09:29Et donc, il voudrait s'en passer.
09:31Et alors là, moi, j'ai 20 ans.
09:33Je n'avais absolument pas prévu ça.
09:34Je rêve d'être maman.
09:36Donc, c'est dur.
09:38Les rares essais sont des échecs.
09:41Et j'en viens à culpabiliser, en fait, de rendre mon mari malheureux.
09:46Je me dis que certainement, c'est parce que,
09:48oui, comme il le dit, je ne suis pas assez attirante.
09:51Donc, les premières années de mariage sont terriblement sombres.
09:57Je m'ennuie beaucoup parce que je ne travaille pas.
09:59Lui travaille.
10:00Et donc, finalement, on ne se retrouve qu'à prier.
10:03Le matin, au pied du lit.
10:05Le soir, à la messe, tous les soirs.
10:07Puis, le chapelet.
10:08Puis, des offices monastiques.
10:09On a une vie de moine.
10:11Sauf que je ne suis pas moine, quoi.
10:15Je renonce à mes rêves de romantisme.
10:18Enfin, évidemment que je rêvais d'être aimée.
10:22Et en fait, je ne suis pas aimée.
10:25Je renonce à tout.
10:27À mes rêves, bon, de métier.
10:30Et puis, à mes rêves de maternité.
10:33Puisque, la sexualité étant inexistante,
10:36évidemment que je ne serai pas maman.
10:39Mais ce qui est fou, c'est que j'y renonce
10:41en me disant que Dieu doit être content.
10:44Puisque, plus on souffre et meilleur signe, il sait.
10:48Là, je souffre quand même vachement, quoi.
10:50Donc, sûrement qu'il doit être content.
10:56Après un an de mariage,
10:58Alice finit par tomber enceinte de leur premier enfant.
11:01Et alors là, c'est le bonheur, quoi.
11:02Fracassant.
11:03Parce que, enfin, ma vie a un sens.
11:06Déjà, enceinte, je...
11:08Ça y est, je pétille, quoi.
11:10Je retrouve cet enthousiasme.
11:13Parce que je sais où je vais.
11:15La maternité est exaltante, quoi.
11:18Leur premier fils, Étienne, naît en 2002.
11:21Henri est lui aussi très heureux de fonder une famille.
11:23Et il est très content.
11:25Très content parce que...
11:27Il a aussi ce devoir-là de donner des âmes au bon Dieu.
11:30Donc, il est vraiment content.
11:32Le hic arrive quand Étienne est un obstacle entre Dieu et lui.
11:37Et ça arrive assez rapidement, finalement.
11:39Puisque, voilà, un bébé, ça pleure, ça vit, ça crape à hutte.
11:43Lors d'une messe, Étienne rampe au sol.
11:46Parce qu'il ne marche pas encore.
11:48Et donc, il rampe sous les sièges des paroissiens.
11:50Et les paroissiens trouvent ça excellent d'avoir un petit bonhomme qui rampe sous les bancs.
11:56Mais Henri, ça ne lui plaît pas du tout.
11:58Et donc, il va chercher Étienne une fois, deux fois, trois fois.
12:01Et tant que c'est pendant les lectures, l'homélie, bon, ça passe.
12:05Mais il recommence pendant la consécration.
12:08Et là, c'est le moment où il faut absolument être concentré sur Dieu.
12:13Et il se retrouve à devoir aller rechercher Étienne.
12:16Alors que moi, je trouvais vraiment que ça ne gênait pas.
12:18Mais je lui trouve ça insupportable.
12:20Et il va le chercher.
12:22Et le temps que je réalise qu'il était sorti de l'église, au lieu de retourner à notre place,
12:27voilà, je ressors.
12:29Et Henri était en train de secouer Étienne.
12:32Avec des mouvements hyper violents.
12:35Parce qu'Étienne l'avait empêché d'être connecté à Dieu à un moment hyper important.
12:39À l'âge de 30 ans, Alice a déjà 5 enfants, qui ont entre 7 ans et quelques mois seulement.
12:45Les enfants ne sont pas scolarisés.
12:47Et Alice ne travaille pas pour s'occuper d'eux et de la maison.
12:49Chaque matin, Alice et Henri commencent la journée par une prière.
12:53Après la prière à Dieu, Henri part travailler.
12:59Et donc moi, je m'occupe du lever des enfants, puis de l'école à la maison.
13:04Et ça me prend beaucoup de temps.
13:06Parce que pendant que je fais l'école au grand,
13:08il y a les petits qui sont là, avec les tétés, les bains.
13:14Puis le repas.
13:15Et pendant la sieste des petits, les grands rebelotes travaillent.
13:20Et puis le soir, en fait, avant qu'Henri rentre du travail,
13:24moi je fais en sorte que tout soit impeccable à la maison.
13:29Parce qu'au fur et à mesure des années,
13:30je me rends compte que ce qui est très problématique chez lui,
13:33ce sont les colères, qui sont incontrôlables.
13:36Et donc il faut absolument éviter les colères.
13:38Or, un rien ne peut le mettre en colère.
13:40La paire de chaussettes qui n'a pas été mise au sale.
13:42Donc tout ça, il faut absolument éviter les situations où ça va déraper.
13:52Le quotidien est austère parce qu'il n'y a pas de...
13:54Enfin, tout ce qui n'est pas pour Dieu est superflu.
13:58Si c'est que pour le plaisir, c'est à bannir.
14:01Donc il n'y a pas de film, il n'y a pas de...
14:03Même des jeux de société, enfin voilà, il n'y a pas ça.
14:07Assez rapidement, je pense, j'en peux plus de cette austérité dans la prière.
14:13J'en peux plus de ces prières récitées qui n'en finissent pas.
14:17Ces prières en latin ne me correspondent pas.
14:19J'ai l'impression que c'est creux, c'est vide.
14:22Je culpabilise beaucoup de ressentir ça.
14:24Et donc j'essaye d'en faire encore plus pour essayer de m'améliorer.
14:29Donc je me mets à bloquer un moment dans la journée,
14:31dans mon quotidien effréné, là, pour dire le rosaire
14:34parce qu'il faut absolument que j'y arrive.
14:37Et en fait, plus ça va et plus je m'assèche intérieurement
14:40à tel point qu'à un moment, en faisant le signe de croix,
14:44je me rends compte que j'ai un, deux, trois, quatre.
14:46Mais parce que je n'en peux plus.
14:49Et pourtant, il n'y a pas le choix parce que c'est ce que Henri réclame.
14:54Alice n'a pas le droit d'avoir une carte bleue.
14:55Elle n'a qu'un chéquier pour aller faire les courses chaque semaine
14:58et doit justifier chaque dépense.
15:00À la maison, Henri est de plus en plus sévère avec les enfants.
15:04S'il estime qu'ils sont trop agités,
15:05il peut les enfermer dehors, dans le froid, à peine vêtu,
15:08pendant plusieurs heures.
15:10Du mieux qu'elle peut, Alice essaye donc de tout anticiper
15:13pour éviter que son mari ne se mette en colère contre ses enfants.
15:18En plus des raisons morales et religieuses,
15:21ce qui m'interdit de penser à le quitter,
15:24c'est le fait que je ne serai plus là pour les protéger.
15:26Voilà, cette vigilance-là que j'ai toute la journée,
15:30forcément, si je ne suis plus là, elle ne sera pas là.
15:31Et donc, ça veut dire que les dérapages seront plus nombreux
15:34et je ne serai plus là pour protéger les enfants.
15:36Donc, non, non, c'est impossible.
15:40Après 12 ans de mariage,
15:42Alice et Henri ont 7 enfants.
15:44Henri la câble régulièrement de reproches,
15:46la rabaisse sur son physique
15:48ou ses capacités intellectuelles.
15:50Et il continue de s'en prendre aux enfants.
15:53Je vais de plus en plus mal.
15:55J'ai envie de mourir plusieurs fois par jour.
15:57La seule chose qui me raccroche à la vie,
15:58c'est de me dire qu'il faut que je prépare à manger aux enfants
16:03ou que j'aille les coucher
16:04ou que je sois là pour qu'en Henri rentre,
16:08que tout soit rangé.
16:10Mais je suis persuadée qu'il n'y a pas de solution.
16:12Je ne peux pas partir.
16:14J'ai un mari qui est de plus en plus violent.
16:17J'ai l'impression d'être de plus en plus nulle sur tous les plans.
16:21J'en suis arrivée à un point
16:23où je n'ai plus aucune considération pour moi.
16:27Et donc, je sais que je vais mourir.
16:29Et le déclic, c'est de me rendre compte
16:31que mes enfants ont plus besoin d'une maman vivante
16:35que d'une maman morte.
16:38Et le jour où je comprends ça,
16:41que je vais mourir et que je ne peux pas mourir,
16:43ce n'est pas possible,
16:44là, il y a une force de vie qui se met en route
16:47et qui fait que rien ne peut plus m'arrêter.
16:51Et la seule solution pour vivre, c'est de partir.
16:59Alice emprunte 20 euros à un couple d'amis
17:01pour ouvrir un compte bancaire.
17:03Elle prend secrètement rendez-vous avec une assistante sociale
17:05qui l'aide à trouver une petite maison près d'une école
17:08où elle inscrit en urgence ses plus grands enfants.
17:10Puis elle annonce à Henri qu'elle le quitte.
17:13Il ne l'accepte pas, la menace,
17:15l'accuse auprès de leurs proches d'être manipulatrice
17:17et de vouloir le séparer de ses enfants.
17:20Mais Alice campe sur ses positions
17:21et il finit par la laisser déménager avec leurs sept enfants.
17:24C'est une toute petite maison.
17:26On est huit là-dedans.
17:28Mais alors, c'est une liberté folle
17:31parce qu'on vit des moments légers.
17:34On se rend compte qu'on peut vivre de pas grand-chose,
17:37mais vivre joyeux.
17:40On va acheter notre pain le matin.
17:43On prend un petit déj tous ensemble.
17:44On peut rester en pyjama,
17:45alors que rester en pyjama, ce n'était pas possible
17:47parce qu'il fallait faire preuve de volonté
17:49et on s'habille tout de suite.
17:51On peut regarder un film sur un petit ordinateur
17:53qu'on m'a donné.
17:54Voilà, plein de petits moments comme ça
17:56qui sont, pour nous, juste incroyables.
17:59Alice prend un avocat et fait une demande de divorce.
18:02Henri a le droit de garder ses enfants tous les week-ends,
18:05puis un week-end sur deux.
18:07Alice diminue progressivement les prières
18:09qu'elle fait chaque jour,
18:10puis elle arrête complètement d'aller à la messe.
18:13Henri, lui, vit très mal cette demande de divorce.
18:16Il essaye de maintenir un climat de peur.
18:20En fait, il veut garder le pouvoir.
18:21Donc ça passe par...
18:23Il vient frapper à la porte 50 fois.
18:26Il reste déambulé devant la maison
18:28et puis il fait l'aller-retour 50 fois.
18:31En fait, on a peur tout le temps.
18:32Les enfants, en sortant de l'école,
18:33se demandent s'il va être à la sortie.
18:35Alors, il se cache s'il est là.
18:38Moi, ça m'arrive de faire des bonds en l'air
18:39juste parce qu'il y a un passant
18:41qui est passé et que je n'avais pas vu.
18:43Voilà, il y a vraiment...
18:45cette peur-là qui est oppressante.
18:47Et il y a des faits de violences terrifiantes,
18:53notamment François,
18:54sur qui il s'énerve pendant un week-end
18:58où les enfants sont chez lui.
19:00Et François rentre à la maison
19:02avec l'épaule démise,
19:04un tassement de vertèbres
19:05et puis il est cabossé sur le visage.
19:08C'est horrible, c'est horrible.
19:11Et malgré ça, je suis obligée
19:13de continuer à lui redonner les enfants.
19:18Un signalement est fait auprès de la protection de l'enfance
19:21et Henri perd son droit d'hébergement sur ses enfants.
19:24En 2018, Alice passe un diplôme
19:27et devient professeur dans un collège.
19:28L'année suivante,
19:30après de longues procédures judiciaires,
19:32le divorce entre Alice et Henri
19:34est prononcé,
19:35sept ans après son départ.
19:37Je redécouvre les petits plaisirs de la vie
19:39et je réapprivoise mon corps de femme,
19:42ma vie de femme.
19:44Je redécouvre le fait de m'habiller
19:47comme je voudrais.
19:49Je m'achète des talons,
19:50c'est incroyable.
19:52Un pantalon,
19:54je vais chez le coiffeur,
19:56je mets des boucles d'oreilles.
19:57Tout ça, c'est complètement nouveau.
20:00L'emprise était tellement puissante
20:03que j'étais intimement persuadée
20:06de tout ce qu'il disait
20:07et je ne me voyais qu'à travers ses yeux.
20:10Donc, j'étais vraiment sûre, sûre
20:14qu'il avait raison
20:15quand il me faisait penser
20:16que j'étais pas belle,
20:18j'étais bête,
20:19j'étais en dessous de tout.
20:20J'étais sûre de ça.
20:22Et donc, ça rend encore plus puissant
20:24cet élan de vie,
20:26de me rendre compte
20:27que finalement,
20:29des gens peuvent me faire confiance
20:30pour travailler.
20:33je me rends compte
20:33que peut-être
20:34que je ne suis pas si moche que ça.
20:36Tout ça, c'est très nouveau.
20:38Et effectivement,
20:39petit à petit,
20:40cette joie qui était étouffée,
20:42j'avais mis un couvercle
20:43sur mon propre caractère,
20:45tout ça renaît.
20:46Oui, c'est vraiment une nouvelle vie.
21:08Ambre, est-ce qu'Alice a refait sa vie depuis ?
21:10Oui, elle a retrouvé quelqu'un.
21:12Ils vivent ensemble depuis quelques années maintenant.
21:14C'est un homme qui a lui-même deux enfants
21:16et donc ils vivent tous ensemble
21:18avec les sept enfants d'Alice
21:19dans une maison dans l'ouest de la France.
21:21Il a vraiment participé à sa reconstruction
21:23et aujourd'hui, elle va beaucoup mieux,
21:25même si elle m'a quand même expliqué
21:26qu'elle était toujours suivie psychologiquement.
21:29Aujourd'hui, elle essaye surtout de comprendre
21:30comment elle a pu tomber sous l'emprise d'Henri
21:32et surtout aussi longtemps.
21:34C'est une question qu'il a beaucoup hantée
21:36et donc voilà, elle continue d'être suivie psychologiquement
21:38et elle m'a dit que même si elle allait
21:40beaucoup mieux aujourd'hui,
21:42probablement qu'elle ne se remettrait jamais
21:43complètement d'autant d'années d'emprise.
21:45Est-ce qu'elle t'a dit si ses parents,
21:47à l'époque, se rendaient compte
21:48qu'elle était aussi malheureuse ?
21:50Alors au départ, quand ils ont appris
21:52les fiançailles entre Henri et Alice,
21:54ils s'étaient renseignés sur lui
21:55et tout leur entourage trouvait que c'était
21:57quelqu'un de très bien,
21:58qui était digne de confiance
21:59et donc ils ne s'étaient pas inquiétés.
22:01Mais au fil des années,
22:02ils sentaient bien que quelque chose n'allait pas,
22:04ils se sont inquiétés pour leur fille
22:05mais elle m'a aussi dit qu'elle se donnait
22:07beaucoup de mal pour leur cacher
22:08et pour les rassurer.
22:09Aujourd'hui, c'est quoi son rapport à la religion ?
22:12Alors aujourd'hui, elle n'est plus du tout pratiquante,
22:13elle ne prie plus, elle ne va plus à la messe.
22:15Elle m'a dit qu'elle avait eu de la colère
22:17envers la religion à un moment
22:18parce que c'est la religion
22:20qui a finalement donné du pouvoir à Henri.
22:22Pour autant, elle m'a raconté
22:24qu'elle n'avait pas de rancœur envers la religion,
22:26elle m'a dit qu'elle savait que ça pouvait être un danger
22:28si elle servait à des personnes mal intentionnées
22:30mais qu'elle savait aussi que ce n'était pas que ça.
22:32Elle reste persuadée que les valeurs liées à la religion
22:35comme la bienveillance, la générosité
22:37sont de bonne valeur
22:38et elle veut continuer de vivre avec
22:40et d'élever ses enfants là-dedans.
22:42Merci Ambre Rosala, je rappelle les références
22:45du livre d'Alice Davril, ça s'appelle
22:47« Femmes, soyez soumises à vos maris »
22:50édité chez Larousse.
22:51Cet épisode de Côte-Source a été produit
22:53par Barbara Gouy, Clara Garnier-Amouroux
22:56et Raphaël Puyot, réalisation Julien Moukoukiol.
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