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Le 3 juillet, le cinéaste Benoît Jacquot a été mis en examen pour viols suite aux plaintes déposées par les actrices Isild Le Besco et Julia Roy. Cette mise en cause intervient quelques mois après les premières accusations formulées par l’actrice Judith Godrèche. Cet épisode de Code source est raconté par deux journalistes du Parisien Catherine Balle, spécialiste du cinéma au service culture, et Timothée Boutry, journaliste au service police-justice.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Barbara Gouy, Clara Garnier Amouroux et Camille Ruiz - Réalisation : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France Inter, Canal +, "Les ruses du désir : L'interdit" Réalisé par Gérard Miller © MORGANE x DEUX CAFES L'ADDITION - 2011.

#metoomovement #cineastas #justice

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Ambre Rosala pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le mercredi 3 juillet, le cinéaste Benoît Jacot a été mis en examen pour viol sur mineur et viol par
00:17conjoint sur les actrices Iside Lebesco et Julia Roy.
00:20A l'origine de cette affaire, il y a la plainte de l'actrice Judith Gaudrech au mois de février.
00:25On en avait parlé dans un épisode de Codesources, elle accuse le cinéaste de viol et de violence pendant leur
00:30relation qui a commencé dans les années 80, elle avait 14 ans et lui 40.
00:35Les faits qu'elle dénonce sont prescrits, mais son témoignage a poussé d'autres femmes à prendre la parole et
00:40saisir la justice contre Benoît Jacot.
00:43Cet épisode est raconté par deux journalistes du Parisien, Catherine Ball, spécialiste du cinéma au service culture, et Timothée Boutry,
00:51journaliste au service police-justice.
00:58Timothée Boutry, le lundi 1er juillet, deux réalisateurs sont convoqués à la Brigade des mineurs de Paris dans le 17e
01:04arrondissement.
01:05De qui il s'agit et pourquoi est-ce qu'ils sont convoqués ?
01:08Il s'agit de Benoît Jacot et de Jacques Doyon. Benoît Jacot a 77 ans, Jacques Doyon en a 80.
01:14Ce sont deux réalisateurs français, héritiers de la Nouvelle Vague, on pourrait dire,
01:19qui ne sont pas forcément des réalisateurs très grands publics, mais dont le travail est connu et reconnu par la
01:25profession,
01:25qui sont aussi réputés pour avoir fait éclore de jeunes talents et notamment des actrices.
01:31Donc c'est quand même des personnalités qui sont importantes dans le monde du cinéma français.
01:35Et depuis plusieurs mois déjà, ils sont dans la tourmente.
01:38Les deux réalisateurs sont convoqués devant la Brigade de protection des mineurs,
01:42car il y a des accusations de violences sexuelles commises contre des mineurs, qui ont été proférés contre eux.
01:47Et ce placement en garde à vue, c'est un moment charnière de l'enquête,
01:51puisqu'ils vont pouvoir s'expliquer devant des enquêteurs, pas devant les médias.
01:56C'est une secousse de plus dans le mouvement MeToo du cinéma français.
02:01Le lendemain, Jacques Doyon est finalement relâché. Pourquoi ?
02:04Alors le parquet de Paris, qui contrôle les gardes à vue, a indiqué que c'était pour des raisons médicales.
02:10Bon, il faut aussi dire que Jacques Doyon a 80 ans, donc c'est quand même un âge assez avancé.
02:14Donc Jacques Doyon a été relâché sans poursuite à ce stade,
02:17mais au moment où Jacques Doyon était remis en liberté, la garde à vue de Benoît Jacot se poursuit.
02:27On reviendra à la fin de cet épisode sur la garde à vue de Benoît Jacot,
02:30mais d'abord, pour comprendre, il faut revenir au mois de décembre 2023.
02:34Et à l'origine, il y a une actrice, Judith Gaudrech.
02:38Catherine Ball, pour quel film elle est connue ?
02:40Judith Gaudrech, elle a 52 ans aujourd'hui.
02:43C'est une actrice qui a commencé sa carrière à l'adolescence.
02:45Elle a tourné pour Benoît Jacot et pour Jacques Doyon,
02:48des films qui s'appellent Les Mendiants, La fille de 15 ans, La Désenchantée, à l'âge de 15-16
02:53ans.
02:53Donc voilà, on la connaît depuis longtemps.
02:55Après, elle a poursuivi sa carrière en France.
02:57Elle a tourné quelques gros films comme Ridicule de Patrice Lecomte ou L'Auberge espagnole de Cédric Clapiche.
03:04Et puis, elle a tourné un film, elle a réalisé elle-même un film qui s'appelle Toutes les filles
03:08pleurent et qui n'a pas marché.
03:10Suite à ça, en 2010, elle est partie s'installer à Los Angeles.
03:13Elle a tourné quelques films américains comme L'homme au masque de fer avec Leonardo DiCaprio.
03:18Elle est aussi connue parce qu'elle a été la femme de Danny Boone et l'accompagne de Maurice Barthélémy,
03:24l'ex-Robin Desbois.
03:25Le 21 décembre 2023, après une dizaine d'années loin des écrans,
03:29elle fait donc son retour en France avec une mini-série diffusée sur arte.tv,
03:33Icon of French Cinema.
03:35De quoi parle la série ?
03:36C'est une série qui est très autobiographique.
03:38C'est l'histoire d'une actrice qui a été une icône du cinéma français,
03:41qui vivait aux États-Unis et qui revient en France.
03:43Et cette actrice a des flashbacks de son adolescence et elle se souvient d'avoir vu des moments traumatisants
03:50sur des plateaux de tournage ou en marge de tournage avec des réalisateurs.
03:54Dans cette série, Judith Gaudrech, elle met en scène un réalisateur fictif qui n'existe pas,
03:59mais qui est inspiré des cinéastes avec lesquels elle a tourné.
04:03Pendant la promotion de la série, Judith Gaudrech refuse de dénoncer nommément un cinéaste,
04:07mais toutes celles et ceux qui ont suivi sa carrière reconnaissent rapidement un homme derrière ce personnage, Benoît Jacot.
04:13Oui, le monde du cinéma sait que c'est Benoît Jacot,
04:16puisque Benoît Jacot et Judith Gaudrech étaient officiellement un couple à la fin des années 80 et au début des
04:21années 90.
04:22Benoît Jacot, c'est un cinéaste qui a aujourd'hui 77 ans.
04:25C'est un cinéaste d'auteur qui se revendique comme un héritier de La Nouvelle Vague, de Godard, de Truffaut,
04:32de Chabrol.
04:33Il a beaucoup tourné. Il a tourné 28 films en 50 ans.
04:37Il a fait des films qui n'ont jamais fait des cartons au box-office,
04:40mais qui ont été très souvent très bien critiqués par la presse cinéphile.
04:45Il a été membre du jury du Festival de Cannes.
04:48Il a été président du jury du Festival de Deauville.
04:50Voilà, c'est quelqu'un qui est très implanté dans le cinéma d'auteur.
04:54Expliquez-nous comment a commencé la relation entre Judith Gaudrech et le réalisateur dans les années 80,
04:59quand elle avait 14 ans.
05:00Alors Judith Gaudrech, quand elle rencontre Benoît Jacot, elle a déjà tourné un petit peu.
05:04Elle a tourné avec Nadine Trintignant et Jean-Pierre Mocky.
05:07Et elle rencontre Jacot sur un casting.
05:10Elle a 14 ans à ce moment-là.
05:11Elle a été très marquée par le divorce de ses parents quand elle avait 8 ans,
05:15ses parents qui sont tous les deux psys.
05:17Et en fait, très vite, elle s'est mise en couple avec Benoît Jacot.
05:20Et à 14 ans, elle est partie vivre avec lui.
05:23C'est-à-dire qu'elle s'est installée avec lui.
05:25Et elle a vécu comme un couple adulte, alors qu'elle était adolescente et que lui avait déjà 40 ans.
05:31Catherine Balle, après la sortie de la série de Judith Gaudrech,
05:35l'actrice est alertée par une inconnue sur le fait que Benoît Jacot a déjà parlé publiquement de sa relation
05:40avec elle.
05:41C'était dans un documentaire, daté de 2011 et disponible sur YouTube,
05:45qui questionne les tabous en matière de différence d'âge dans les couples.
05:48Le documentaire est réalisé par le psychanalyste et auteur Gérard Miller.
05:52Et dans le film, il interroge Benoît Jacot sur ses relations avec trois comédiennes alors mineures,
05:57Virginie Ledoyen, Isile de Lebesco et Judith Gaudrech.
06:01Oui, c'est un documentaire qui s'appelle « Les russes du désir »,
06:04dans lequel le psy Gérard Miller interroge Jacot sur ses relations avec des actrices adolescentes.
06:09Et on voit Jacot qui est sourire aux lèvres, qui se vante et qui raconte comment,
06:15effectivement, il a eu une relation avec celle qu'il appelle « cette Judith ».
06:19Et il précise, voilà, elle avait 14 ans, j'en avais 39, il dit « je n'avais pas le
06:22droit »,
06:23mais elle n'en avait rien à foutre, ça l'excitait beaucoup.
06:27Faire du cinéma est une sorte de couverture,
06:30au sens où on a une couverture pour tel ou tel trafic illicite,
06:36c'est une sorte de couverture pour des mœurs de ce type-là.
06:41Le lendemain de sa découverte de ce documentaire, le samedi 6 janvier 2024,
06:45Judith Gaudrech publie une série de messages sur Instagram.
06:48Oui, elle écrit « La petite fille en moi ne peut plus taire ce nom, il s'appelle Benoît Jacot
06:52».
06:52Le fait de découvrir ce documentaire, que visiblement elle n'avait jamais vu,
06:56c'est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase, c'est la provocation de trop.
07:00Et Judith Gaudrech lâche ce nom publiquement, celui de Benoît Jacot.
07:04Le mardi 6 février, l'actrice porte plainte contre Benoît Jacot
07:07pour viol avec violence sur mineurs de moins de 15 ans.
07:10Deux jours plus tard, le jeudi 8 février,
07:12le journal Le Monde publie une longue enquête sur ce qu'a vécu Judith Gaudrech
07:16pendant 6 ans aux côtés de Benoît Jacot.
07:18L'actrice dit avoir subi des violences physiques et sexuelles de la part du réalisateur.
07:23Oui, elle décrit une relation d'emprise qui a duré 6 ans,
07:26entre elle qui avait entre 14 et 20 ans et Benoît Jacot qui avait entre 39 et 45 ans.
07:32Une relation où voilà, en apparence, c'était un cinéaste avec sa muse, sa comédienne.
07:38Et elle dit que dans la réalité, elle, elle recevait des gifles,
07:42des coups de poing, des coups de ceinture, qu'elle a subi des sévices sexuels.
07:45Enfin, elle décrit une relation d'une grande violence.
07:48Bonjour Judith Gaudrech.
07:49Bonjour.
07:50Le même jour, Judith Gaudrech est l'invité de la matinale de France Inter
07:54et elle révèle avoir été victime d'abus de la part d'un autre réalisateur, Jacques Doyon,
07:59en couple avec l'actrice Jane Birkin à l'époque des faits qu'elle dénonce.
08:02Ce qui s'est passé dans la maison de Jane, dans le bureau de Doyon,
08:09bon, ça personne l'a vu, puis j'en ai parlé à personne.
08:13Mais ensuite, sur le tournage, oui, ça c'était hallucinant.
08:18Elle dit qu'il voulait la même chose que Benoît Jaco,
08:20donc la journaliste lui dit qu'il voulait votre corps, elle dit oui.
08:23Et elle parle de deux épisodes, elle raconte une scène qu'elle devait tourner,
08:26pour le film La fille de 15 ans, qu'elle devait tourner avec un autre comédien,
08:30que Jacques Doyon, une scène de sexe.
08:32Elle dit que Doyon a remplacé au pied levé le comédien, pour se mettre à sa place,
08:37et qu'il lui a imposé de répéter 45 fois une séquence,
08:42où donc, elle dit, il me roulait des pelles, il me plottait les seins,
08:46devant Jane Birkin, par ailleurs, qui était script sur le film.
08:49Donc voilà, elle décrit ce moment, et elle dit,
08:50et il y a aussi eu un viol dans son bureau, que personne n'a vu.
08:55Voilà, sans en dire plus, elle dit en tout cas que,
08:58sur le tournage de La fille de 15 ans, et en marge de ce tournage,
09:00il y a eu des viols de la part de Jacques Doyon.
09:06Timothée Boutry, après la plainte de Judith Gaudrech,
09:09une enquête est ouverte par le Parquet de Paris.
09:11Oui, donc Judith Gaudrech, elle a commencé par donner des témoignages,
09:15puis elle s'est décidée à porter plainte, d'abord contre Jacques Doyon,
09:18puis ensuite contre Benoît Jacot,
09:21et à ce moment-là, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire,
09:23sachant que, dès le départ, on sait que les faits concernant Judith Gaudrech
09:27sont manifestement prescrits, puisque très anciens,
09:29mais même a priori prescrits,
09:32on ouvre quand même une enquête préliminaire
09:34pour entendre les mis en cause, traiter les plaintes,
09:37ça donne un cadre procédural,
09:38ça veut dire qu'on n'est plus dans les interviews,
09:40dans les médias, on est dans le cadre de la justice,
09:43maintenant on est dans un cadre beaucoup plus réglementaire, si je puis dire.
09:47Catherine Ball, après la plainte de Judith Gaudrech,
09:49d'autres actrices françaises témoignent des abus
09:51qu'elles ont subis de la part de Benoît Jacot
09:53dans un autre papier du Monde,
09:55publié le vendredi 9 février.
09:57C'est le cas par exemple d'Isile Lebesco,
09:59la sœur de la réalisatrice Maïwène.
10:01Oui, Isile Lebesco, elle a rencontré Benoît Jacot
10:04quand elle avait 16 ans
10:05et qu'elle préparait le tournage du film SAD de Jacot.
10:09Quand le Monde la contacte,
10:11Isile Lebesco, elle ne veut pas témoigner directement,
10:14mais elle envoie un courrier
10:15dans lequel elle raconte
10:18qu'elle s'est aperçue au fil des années
10:20que ses limites avaient été franchies,
10:22qu'à l'époque, quand elle était adolescente,
10:24elle n'avait pas conscience d'être sexualisée.
10:26Et elle parle de toutes celles et ceux
10:29qui ont subi des violences psychologiques ou physiques.
10:31Donc on comprend qu'elle a subi des violences
10:34de la part de Benoît Jacot,
10:35mais à ce moment-là,
10:35elle ne rentre pas dans le détail,
10:37elle ne les caractérise pas.
10:38Dix jours plus tard, le mercredi 21 février,
10:41vous publiez une interview exclusive d'Isile Lebesco
10:44qui s'exprime pour la première fois
10:46sur sa relation avec Benoît Jacot.
10:48Elle raconte qu'elle s'est mise en couple
10:50avec Benoît Jacot quand elle avait 16 ans
10:52et que lui, il en avait 52.
10:54Et elle dit, ça fait vraiment écho
10:56à ce que raconte Judith Godrej,
10:57c'est qu'elle dit qu'en apparence,
10:58c'était une relation entre un cinéaste
11:00et son actrice.
11:02C'est-à-dire que ça pouvait paraître très romanesque.
11:05Il y avait un côté un peu,
11:06voilà, le mythe du créateur et de sa muse.
11:09Mais elle dit qu'en réalité,
11:10ce qu'elle a vécu,
11:11c'est une emprise destructrice
11:12et elle confie qu'elle a subi
11:14des violences physiques,
11:15parfois sous le coup de la colère,
11:17de la part de Benoît Jacot.
11:19Bonsoir.
11:20Le vendredi 23 février,
11:22lors de la 49e cérémonie des Césars,
11:24organisée à l'Olympia
11:25et retransmise en direct sur Canal+,
11:27Judith Godrej est invitée
11:29à s'exprimer sur scène.
11:31N'incarnons pas des héroïnes à l'écran
11:33pour nous retrouver cachées
11:34dans les bois dans la vraie vie.
11:35N'incarnons pas des héros révolutionnaires
11:38ou humanistes
11:38pour nous lever le matin
11:40en sachant qu'un réalisateur
11:41a abusé une jeune actrice
11:42et ne rien dire.
11:44Catherine Ball,
11:45le lendemain,
11:45vous interviewez l'actrice
11:46sur sa prise de parole
11:47pendant les Césars
11:48et sur le silence qui règne
11:50dans le cinéma français
11:51concernant les violences sexistes
11:52et sexuelles.
11:53Qu'est-ce qu'elle vous dit ?
11:54Elle me raconte que
11:55ceux qui lui ont envoyé des messages
11:56dans le milieu du cinéma
11:58se comptent sur les doigts d'une main.
11:59C'est-à-dire que ce qu'on a vu à la télé,
12:01c'est la salle, l'Olympia,
12:03qui se lève d'un seul homme
12:04qui offre une standing ovation
12:06à Judith Godrej quand elle parle.
12:07Et elle dit que, elle,
12:09ce qu'elle vit au jour le jour,
12:10c'est le silence.
12:11Et elle dit que ce silence
12:12fait écho au silence qu'elle a vécu
12:14quand elle était adolescente.
12:15Et elle dit, voilà, à ce moment-là,
12:16cela ne choquait personne
12:17dans le milieu du cinéma
12:18qu'une gamine de 14 ans
12:19soit en couple
12:20avec un réalisateur de 39 ans.
12:22Mais aujourd'hui encore,
12:23quand elle parle,
12:25elle dit qu'elle reçoit
12:25des messages de soutien
12:26de jeunes actrices,
12:27mais qu'elle a reçu
12:28très peu de messages
12:30de réalisateurs.
12:33Trois mois plus tard,
12:34le mercredi 29 mai,
12:35Isilde Lebesco révèle
12:37dans un entretien
12:37accordé à Libération
12:38qu'elle a porté plainte
12:39contre Benoît Jaco
12:40pour viol sur mineur
12:41de plus de 15 ans.
12:43Les faits auraient été commis
12:44entre les années 1998 et 2007.
12:47Pourquoi est-ce qu'elle décide
12:48de porter plainte ?
12:49Alors, Isilde Lebesco,
12:50pendant des semaines,
12:50elle a dit qu'elle ne voulait
12:51pas porter plainte
12:52parce qu'elle n'avait pas confiance
12:53en la justice,
12:54qu'elle avait eu déjà
12:54de mauvaises expériences
12:55avec la justice.
12:56Et puis là, voilà,
12:57elle se décide à franchir le pas
12:59parce qu'elle dit
13:00que peut-être que sa plainte,
13:01sans doute même,
13:02sera classée sans suite.
13:03Mais elle dit,
13:04il faut que ce système
13:05de domination s'enraye.
13:07Donc, c'est comme
13:08un geste politique.
13:09Catherine Ball,
13:11une troisième femme,
13:11a également porté plainte
13:12contre Benoît Jaco.
13:14Il s'agit de l'actrice
13:15Julia Roy.
13:16Qui est-elle en quelques mots ?
13:17Julia Roy, aujourd'hui,
13:18elle a 34 ans.
13:19Elle a été la compagne
13:20de Benoît Jaco
13:21entre 2013 et 2019.
13:23Elle l'a rencontrée
13:24quand elle avait 23 ans.
13:25Julia Roy, elle a 42 ans,
13:27d'au moins que Benoît Jaco.
13:28Quand elle l'a rencontrée,
13:29elle avait déjà tourné
13:30dans une série télé.
13:31Elle a aussi joué
13:31dans un film de Sophie Filière.
13:33Et avec Benoît Jaco,
13:35elle a tourné trois films
13:36qui s'appellent
13:37À jamais, Eva et Dernier amour.
13:39Et comme Judith Gaudrèche
13:40et Isile Lebesco,
13:41elle dénonce des violences
13:42de la part du réalisateur.
13:43Oui, Julia Roy raconte
13:44que pendant toutes ces années,
13:45Benoît Jaco exerçait
13:46des violences morales sur elle
13:48qui contrôlaient sa nourriture,
13:50la longueur de ses cheveux.
13:51Et elle parle
13:52de violences physiques.
13:53Elle raconte
13:54que Benoît Jaco
13:54pouvait se mettre
13:55dans des crises de rage
13:56au cours desquelles
13:57il donnait des coups de pied.
13:58Elle parle de gifles,
14:00d'insultes.
14:00Elle raconte notamment
14:01qu'elle a reçu un jour
14:02une gifle si puissante
14:04qu'elle est tombée par terre.
14:06On en revient au début
14:07de cet épisode de Code Source.
14:09Le lundi 1er juillet,
14:10les réalisateurs
14:10Benoît Jaco et Jacques Doyon
14:12sont placés en garde à vue
14:13à la brigade des mineurs de Paris.
14:15Timothée Boutry,
14:15on l'a dit au début
14:16de cet épisode,
14:17la garde à vue de Jacques Doyon
14:18est finalement suspendue
14:19pour des raisons médicales.
14:20Qu'est-ce qui va se passer pour lui ?
14:22Le parquet de Paris a indiqué
14:23qu'il réfléchissait aux suites
14:25à donner le concernant.
14:27On sait que Jacques Doyon
14:28a fait l'objet d'une plainte
14:29déposée par Judith Gaudrèche,
14:31des faits a priori prescrits.
14:33Mais on a appris,
14:35grâce à des révélations
14:36du Monde et de Libération,
14:37que de nouvelles plaintes
14:38avaient été déposées
14:39à son encontre.
14:40Une notamment
14:41par son ancienne compagne
14:42qui est la mère
14:43d'une de ses filles
14:45qui a 13 ans aujourd'hui.
14:46Elle l'accuse aussi
14:47de faits de viol et de violences.
14:49Deux autres personnes
14:50témoignent dans le monde
14:51pour aussi mettre en cause
14:52Jacques Doyon,
14:53dont une jeune fille
14:54qui était mineure
14:55au moment des faits allégués.
14:57Donc le fait qu'il ait été
14:58mis en liberté
14:59sans charge à ce stade
15:00ne veut pas dire
15:01que ça s'arrête
15:02pour Jacques Doyon.
15:03L'enquête,
15:03elle se poursuit.
15:04C'est plus une suspension
15:05qu'une interruption.
15:09Benoît Jacot,
15:09lui,
15:09est mis en examen
15:10pour viol
15:11à l'issue de sa garde à vue
15:12le mercredi 3 juillet.
15:13Oui,
15:14en fait,
15:14il est mis en examen
15:15pour viol et viol sur mineurs
15:16parce qu'en fait,
15:17on reconnaît deux victimes.
15:19D'abord,
15:20Julia Roy,
15:21donc il est mis en examen
15:22pour viol
15:23par conjoint ou concubin
15:24puisqu'ils avaient
15:25une relation à l'époque.
15:26c'est des faits
15:27qui se seraient produits
15:28en 2013,
15:29en 2018
15:30et en 2019
15:31et il est également
15:32mis en examen
15:32pour viol sur mineurs
15:34sur la personne
15:35d'Isile Lebesco
15:36avec laquelle il a aussi
15:37entretenu une relation
15:38et là,
15:39on parle de faits
15:40qui se seraient produits
15:40entre 98 et 2000.
15:42Et donc là,
15:43le fait qu'il y ait
15:44une mise en examen,
15:45ça indique que
15:46selon la juge d'instruction,
15:47il y a des indices
15:48graves et concordants,
15:49c'est le texte
15:50selon lesquels
15:50il a pu commettre
15:51ces faits.
15:51Voilà,
15:52ça ne veut pas dire
15:52qu'il est reconnu coupable,
15:54il bénéficie
15:54de la présomption d'innocence
15:55mais c'est quand même
15:56une étape évidemment
15:57importante
15:58parce que ça veut dire
15:58que les déclarations
16:00des plaignantes
16:01ont été suffisamment
16:03étayées
16:03à ce stade
16:04pour que ça entraîne
16:05cette mise en examen.
16:06Après sa mise en examen,
16:08Benoît Jaco est libéré
16:09et placé sous contrôle judiciaire.
16:10Oui,
16:11il est libéré
16:11sous contrôle judiciaire.
16:12personne n'imaginait
16:14que Benoît Jaco
16:15puisse être placé
16:15en détention provisoire
16:16son âge,
16:17l'ancienneté des faits
16:19mais sa mise en examen
16:20est donc assortie
16:21d'un contrôle judiciaire.
16:22Il y a plusieurs obligations,
16:23des soins psychologiques,
16:25un cautionnement
16:25de 25 000 euros,
16:26ça c'est assez classique
16:27mais ce qui est plus inédit
16:28c'est que dans les obligations
16:29il y a le fait
16:30de ne pas exercer
16:31la profession de réalisateur.
16:33Donc voilà,
16:34c'est-à-dire qu'il y a quand même
16:34un lien très fort
16:36qui est déjà fait
16:36à ce stade
16:37entre son métier
16:38et les victimes
16:40qu'il a pu potentiellement
16:41agresser.
16:41Donc si on en doutait
16:43encore un peu,
16:43on est clairement
16:44dans une affaire
16:45aussi interne au cinéma.
16:47Que dit son avocate
16:48à la suite de l'annonce
16:49de cette mise en examen ?
16:50Alors elle ne dit rien
16:51sur le fond
16:51mais elle fait d'abord
16:54une déclaration sur la forme
16:55en disant qu'on aurait pu
16:56s'éviter une garde à vue,
16:57que Benoît Jaco
16:58aurait pu être entendu
16:59sous le régime
16:59de l'audition libre
17:00qui serait venu
17:01à sa convocation.
17:02Elle dénonce
17:03un procès qui s'est fait
17:04à son goût trop
17:05dans les médias
17:06et elle réintroduit
17:07du juridique en disant
17:08voilà, on est maintenant
17:09dans une phase judiciaire,
17:11c'est là que ça va se passer.
17:12Elle rappelle
17:12que son client
17:14Benoît Jaco
17:15conteste toutes les accusations
17:16qui sont proférées contre lui
17:17tout en précisant aussi
17:19que Jacques Doyon
17:20dont on a parlé
17:20dans cet épisode
17:21lui aussi conteste
17:22les accusations
17:23qui ont été proférées
17:24contre lui
17:24et il faut le rappeler
17:25à ce stade
17:26l'un comme l'autre
17:27bénéficie de la présence
17:28de son innocence.
17:28Est-ce qu'on sait
17:29si cette mise en examen
17:30va aboutir à un procès ?
17:31Ça va dépendre aussi
17:32de ce qui va se passer
17:33pendant l'instruction.
17:34S'il y a des éléments nouveaux
17:35et que le juridique d'instruction
17:36considère que ce sont
17:37ses natures
17:37à affaiblir les charges
17:39voire à les détruire
17:41si je puis dire
17:41alors il pourra peut-être
17:43lever le statut
17:44de mise en examen
17:45et Benoît Jaco
17:46ne serait plus mis en cause.
17:47Mais c'est vrai que
17:49naturellement
17:49la suite d'une mise en examen
17:51c'est un renvoi
17:52devant une juridiction
17:53de jugement.
17:54Catherine Ball
17:55on l'a dit
17:56Benoît Jaco
17:56a l'interdiction
17:57d'exercer sa profession
17:58de réalisateur
17:59quelles conséquences
18:00ça entraîne
18:01pour lui concrètement ?
18:02Alors Benoît Jaco
18:03il a 77 ans
18:04mais il a encore tourné
18:05il y a deux ans
18:06un film
18:06qui s'appelle Belle
18:07avec Charlotte Gainsbourg
18:08et Guillaume Canet
18:09qui n'est pas encore
18:10sorti en salle
18:10ça veut dire que
18:11bien sûr
18:12Benoît Jaco
18:12ne peut plus exercer
18:13sa profession
18:14c'est-à-dire qu'il ne peut
18:14plus tourner
18:15il ne peut plus faire
18:15de casting
18:16il ne peut plus assurer
18:17la promotion
18:17de ses films
18:18il ne peut plus
18:19aller dans des festivals
18:20qu'est-ce que ça signifie
18:21pour ce film Belle
18:22qui est comme on dit
18:22dans les cartons
18:23est-ce que le film
18:24peut sortir ou pas
18:25je n'ai pas la réponse
18:26il y a assez peu de chances
18:27pour que le distributeur
18:29décide de sortir
18:30le film en salle
18:31alors que voilà
18:32l'affaire Jaco
18:33comme on l'appelle
18:34est vraiment
18:35très fraîche
18:35dans les esprits
18:36c'est-à-dire
18:36que c'est en ce moment
18:37mais probablement
18:39ce film sortira
18:40quand même en salle
18:40à un moment
18:41parce que dans le cinéma
18:42quand un film est produit
18:43il reçoit des financements
18:44des chaînes
18:45ou des subventions publiques
18:46pour qu'il sorte en salle
18:48et donc si le film
18:49ne sort pas en salle
18:49il n'a plus droit
18:50à ses subventions
18:51il doit les rembourser
18:52donc peut-être qu'il y aura
18:53ce qu'on appelle
18:54une sortie technique
18:55c'est-à-dire que le film
18:55sortira dans une ou deux salles
18:57mais en tout cas
18:58ce qui est sûr
18:59c'est que ce film
19:00n'est pas voué
19:01à être montré
19:02à un large public
19:03En 2019
19:04l'actrice Adèle Haenel
19:05avait dénoncé
19:06des faits similaires
19:07et avait porté plainte
19:08contre le réalisateur
19:09Christophe Ruggia
19:10un procès a d'ailleurs
19:11été requis
19:12contre le cinéaste
19:12en février
19:13est-ce qu'on peut s'attendre
19:14à ce qu'il y ait
19:15d'autres affaires
19:16qui émergent ?
19:16Oui il y en aura
19:17certainement d'autres
19:18on le voit
19:18ça a été très long
19:20le MeToo
19:20dans le cinéma français
19:22c'est ce qu'on dit
19:22certaines actrices
19:23et notamment Judith Godrej
19:24c'est qu'aux Etats-Unis
19:25MeToo
19:25ça a été une déflagration
19:26c'est-à-dire
19:27qu'il y a eu
19:27des dizaines
19:28de témoignages
19:28très vite
19:29il y a des acteurs
19:30des réalisateurs
19:31qui sont tombés
19:31comme on dit
19:32en France
19:32ça a été beaucoup plus lent
19:33on l'a vu
19:34avec l'affaire Depardieu
19:35il y a eu une plainte
19:36pour viol
19:37en septembre 2019
19:38et c'est seulement
19:393 ou 4 ans après
19:41qu'il y a eu
19:41des dizaines de témoignages
19:43de femmes
19:44qui ont dénoncé
19:44des violences sexuelles
19:45de la part de Gérard Depardieu
19:46sur des tournages
19:47il y aura certainement
19:48d'autres dénonciations
19:50dans le cinéma français
19:50ce qui est sûr
19:51c'est qu'on le voit aussi
19:52avec la prise de parole
19:54de Judith Godrej
19:54c'est que
19:55le fait que certaines femmes parlent
19:57ça encourage
19:57d'autres femmes à parler
19:59quand Judith Godrej
20:00a dénoncé
20:01Benoît Jacot
20:01il y a eu d'autres femmes
20:02qui l'ont dénoncé
20:03à leur tour
20:04et quand elle a dénoncé
20:06Jacques Doyon
20:07il y a eu également
20:07d'autres prises de parole
20:09de femmes
20:09qui ont dénoncé
20:10des agressions
20:11dont elles auraient été victimes
20:12de la part de Doyon
20:33merci à Catherine Balle
20:35et Timothée Boutry
20:36cet épisode a été produit
20:37par Barbara Gouy
20:38Clara Garnier-Amourou
20:39et Camille Ruiz
20:40réalisation
20:42Julien Moncouquiol
20:43si vous aimez
20:44Code Source
20:44n'hésitez pas
20:45à mettre des petites étoiles
20:46sur votre plateforme audio préférée
20:48Spotify
20:49Apple Podcast
20:50ou encore Deezer
20:51et à en parler autour de vous
20:52Les podcasts du Parisien
20:54c'est aussi Crime Story
20:55une affaire criminelle
20:56racontée chaque samedi
20:57et puis Le Sacre
20:58un entretien
20:59toutes les semaines
21:00avec un ou une médaillée d'or
21:02aux Jeux Olympiques
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