- il y a 12 heures
- #michelblanc
- #splendid
Du rôle culte de Jean-Claude Dusse au glaçant « Monsieur Hire », en passant par son rôle de travesti dans « Tenue de soirée », Prix d’interprétation à Cannes en 1986, retour sur la carrière de l’acteur disparu le 4 octobre dernier. Cet épisode de Code source est raconté par Catherine Balle et Yves Jaeglé journalistes au service culture du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
#michelblanc #splendid
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
#michelblanc #splendid
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Les obsèques de Michel Blanc seront célébrés le jeudi 10 octobre à Paris.
00:16L'acteur et réalisateur est mort le vendredi 4 octobre à 72 ans.
00:20Il a succombé à un malaise cardiaque suite à un choc allergique.
00:24Avec la troupe du Splendide, Junio, Balasco, Lermite, Clavier ou encore Marianne Chazelle,
00:29il s'est fait connaître du grand public grâce au film Les Bronzés en 1978.
00:34Son personnage de Jean-Claude Duss, chauve, moustachu, loser, dragueur, exaspérant et attachant,
00:40lui a longtemps collé à la peau, mais il a réussi à s'en extraire avec des rôles plus sombres
00:45et en réalisant ses propres films.
00:47Codesources retrace le parcours de Michel Blanc avec deux journalistes du service culture du Parisien,
00:52Catherine Ball et Yves Géglet.
01:05Yves Géglet, décrivez-nous le personnage de Jean-Claude Duss dans Les Bronzés.
01:08C'est un loser, il est assez ringard.
01:11Quand ils arrivent dans le premier bronzé, il a une chemise avec un col pelle à tarte
01:16alors que les autres sont déjà au club, en maillot, etc.
01:19Il est gringalé, il est tout petit, il est très blanc, voire gris, donc évidemment il a des coups de
01:26soleil.
01:26Il est très mal à l'aise avec les femmes, mais il drague tout le temps, n'est-ce pas
01:29?
01:29Il espère conclure et même dans un atelier judo, donc il a son kimono, sa ceinture orange
01:35et il a un bandana, en général c'est quand on a les cheveux longs pour tenir des cheveux qu
01:38'il n'a plus.
01:50Dans cet épisode de Code Source, on va retracer la vie et la carrière de Michel Blanc,
01:54au-delà de ce personnage marquant de Jean-Claude Duss.
01:57Michel Blanc est né le 16 avril 1952 à Courbevoie, près de Paris.
02:02Qu'est-ce qu'on sait de son enfance ?
02:03Michel Blanc, il grandit dans un milieu modeste, il dit que quand il est né, ses parents n'avaient pas
02:07de réfrigérateur
02:08et pas de télévision, qu'il se lavait dans la cuisine parce qu'il n'y avait pas de salle
02:11de bain.
02:11Il grandit à plus tôt, son père est déménageur, puis il deviendra déclarant en douane.
02:16Sa mère, elle commence comme dactylo et ensuite elle devient comptable.
02:20Il est fils unique et ses parents le surprotègent parce qu'il est chétif, il est un peu fragile
02:24et on lui diagnostique assez tôt un souffle au cœur.
02:27Il est marqué par son grand-père, le père de sa mère, chez qui il passe tous les jeudis, les
02:31jours où il n'y a pas école à ce moment-là.
02:32Son grand-père a une petite boutique d'horlogerie au pied d'un HLM
02:36et Michel Blanc y va tous les jeudis parce que ses parents travaillent beaucoup, ne peuvent pas le faire garder.
02:42Et ils ont un lien très fort avec ce grand-père qui est un breton taiseux
02:46mais Blanc dira que ce qu'il préfère dans la vie c'est la tendresse
02:49et que c'est ce grand-père qui lui a appris un peu secrètement, sans beaucoup de mots, cette tendresse.
02:55Un jour, quand il a 6 ou 7 ans, à l'école, l'institutrice organise un petit spectacle.
02:59Oui, la maîtresse a comme idée de monter un faux spectacle de Corrida
03:03et Michel Blanc, il racontera cette histoire dans plusieurs interviews au long de sa carrière.
03:08Il dit qu'il n'a pas été choisi, c'est-à-dire qu'il n'a pas fait le
03:11torero et il n'a pas fait le taureau non plus
03:12et donc il est resté dans les gradins à crier au lait et à applaudir.
03:16Il raconte qu'il s'est senti tellement humilié que quand il est rentré chez lui,
03:20sitôt franchi le seuil de sa porte, il a dit à sa mère
03:22« Quand je serai grand, je serai acteur pour devenir toréador ».
03:25Et sa mère lui a répondu « Ah oui, mais mon chéri, le problème, c'est que pour faire ce
03:28métier, il faut avoir des relations ».
03:30Quelques années plus tard, en 6e, il a une nouvelle occasion de jouer la comédie devant ses camarades.
03:34Oui, c'est la prof de français qui veut leur faire jouer les précieuses ridicules de Molière.
03:38Et Michel Blanc, à ce moment-là, il est extrêmement timide, très renfermé.
03:43Et il dit que tout d'un coup, il a senti son doigt se lever presque malgré lui
03:46pour monter sur l'estrade et jouer la pièce.
03:48Et à ce moment-là, il a eu une révélation, c'est-à-dire qu'il a commencé à parler.
03:53Toute la classe s'est marrée et il s'est dit « Mais en fait, je ne suis pas à
03:56l'aise dans la vie,
03:57mais à cet endroit, sur scène, je me sens bien, c'est là qu'est ma place ».
04:01Yves Géglet, quand il est au lycée, le lycée pasteur de Neuilly-sur-Seine,
04:05Michel Blanc se fait des amis qui, comme lui, sont attirés par la comédie.
04:09Oui, alors il faut dire déjà qu'il n'aurait pas dû rentrer dans ce lycée
04:12puisqu'il n'habitait pas à Neuilly, mais c'était un très bon élève
04:14et sa mère s'est battue pour que son dossier passe.
04:17Donc il va rencontrer d'abord Gérard Juniot,
04:20qui lui aussi d'ailleurs vient d'un milieu assez modeste qui a pu entrer dans ce lycée.
04:24Donc ils vont tous les deux être fous de théâtre.
04:27Alors ça se fait en deux temps.
04:28D'abord, tous les deux vont dans le club théâtre du lycée,
04:31montent des pièces,
04:33et ensuite, ils rencontrent...
04:34Alors c'est Juniot qui fait le lien avec Clavier et l'Ermitte,
04:37qui eux viennent de familles très bourgeoises,
04:39qui ont grandi à Neuilly,
04:40et qui font aussi du théâtre, mais à la MJC de Neuilly.
04:42Et Clavier et l'Ermitte sont déjà dans un théâtre un peu plus avant-gardiste,
04:47entre guillemets, pour des ados.
04:48Mais ça va devenir la bande des quatre.
04:50Et alors pourquoi quatre garçons ?
04:51C'est qu'à l'époque, le lycée n'est pas mixte.
04:54Donc ils vont rencontrer Marianne Chazelle après.
04:59Quand il est jeune adulte,
05:00Michel Blanc arrête ses études après avoir décroché un doc de lettres,
05:03donc un diplôme de niveau bac plus 2,
05:05et il essaie, à ce moment-là, de devenir pianiste.
05:08Oui, alors, Michel Blanc, il ne fait jamais les choses comme les autres.
05:12Déjà, jeune adolescent, il disait que lui,
05:14il n'écoutait pas les Stones ou les Yéyés,
05:16il écoutait la musique classique,
05:17parce que sa tante avait pu acheter un électrophone,
05:20et donc il écoutait du Mozart, du Brahms,
05:23et il s'est mis au piano.
05:24Pendant un temps assez long,
05:25il a joué 6 à 7 heures par jour après ses études,
05:27parce qu'il voulait vraiment se lancer dans une carrière de pianiste.
05:30Il a réalisé, au bout d'un moment,
05:31qu'il avait commencé trop tard, à l'âge de 13 ans,
05:33que ce n'était pas possible.
05:34En plus, il avait des doigts qui n'étaient pas des doigts de pianiste.
05:37Mais ça restera une passion.
05:39Il passe le concours d'art dramatique de l'école de la rue Blanche à Paris,
05:42et il n'est pas retenu,
05:43c'est après cet échec,
05:45qu'il monte une petite troupe de théâtre
05:47avec les amis qu'il s'est fait à Pasteur.
05:49Oui, alors, il a dit souvent que c'était finalement une bénédiction, cet échec.
05:53Alors, Blanc, il a toujours eu envie de réussir,
05:55on va dire, dans le parcours classique du comédien.
05:57Donc, il a tenté ce concours.
05:58Il ne l'a pas eu.
05:59Alors, il est revenu vers Tzila Shelton,
06:02qui était la prof de théâtre très avant-gardiste
06:05des autres comédiens du futur Splendide.
06:08Et ce n'est pas n'importe qui, cette femme,
06:09puisque c'est elle qui joue Tati Daniel plus tard.
06:12Et du coup, Blanc va revenir vers l'ermite Clavier,
06:15qui travaille déjà avec elle,
06:16et puis d'autres vont s'agréger.
06:17Clavier était à Sciences Po,
06:19l'ermite faisait une licence de maths.
06:21Et puis, ils ont compris tout ce qu'ils voulaient devenir comédiens,
06:24mais ils ne voulaient pas attendre qu'on les appelle.
06:25Donc, ils ont décidé de créer leur propre troupe
06:28pour vraiment jouer leur pièce.
06:31Ensemble, Michel Blanc et ses amis créent en 1974 à Paris
06:35leur petit théâtre, le Splendide.
06:38Je vais vous présenter mes camarades musiciens.
06:40N'est-ce pas ?
06:41Alors, il y a Christian Clavier.
06:42Bonjour.
06:43Il y a des toilettes.
06:45Michel Blanc.
06:46Michel Blanc.
06:46Oui, comédien, dientel.
06:49Du Splendide, carrément du Splendide.
06:51Nous avons...
06:51Marianne Chazelle.
06:53Je me suis coupé le doigt.
06:54Et, n'est-ce pas, le grand, le grand...
06:56Comment tu t'appelles, toi ?
06:57Hein ?
06:57Thierry Lermite.
06:58Le Splendide, c'est un café-théâtre qui est né dans cette mouvance
07:02qui a été créée par Coluche,
07:04qui avait créé le Café de la Gare avec Romain Bouteillet.
07:06Donc, c'est-à-dire, c'était ne plus faire du théâtre
07:09comme du théâtre de boulevard ou les chansonniers d'avant.
07:11Donc, le Splendide, créé avec ses copains de lycée
07:14et les copines aussi,
07:16c'est au début un tout petit lieu
07:17dans une ancienne pizzeria à Montparnasse.
07:19Puis, ils arrivent rue des Lombards.
07:21Mais rue des Lombards,
07:21ils récupèrent un endroit qui est une ruine
07:23où pendant des mois et des mois,
07:25Marianne Chazelle va faire du marteau-piqueur,
07:27balasco de la peinture.
07:28Ils refont tout eux-mêmes.
07:30Michel Blanc, d'ailleurs, fera lui la comptabilité
07:31parce que sa mère était comptable.
07:33Donc, c'est une aventure totalement utopique
07:35mais qui va les faire exposer.
07:38Entre 1974 et 1977,
07:40Michel Blanc commence à jouer au cinéma
07:42des petits rôles dans des films d'auteurs.
07:44C'est vraiment des tout petits rôles
07:46comme dans Le Locataire de Polanski
07:47qui est un de ses films les plus cinéphiliques,
07:50on va dire.
07:51Il joue aussi dans le film de Tavernier
07:53que la fête commence
07:53mais franchement,
07:54c'est presque un jeu de le reconnaître.
07:56Il joue même dans des films cultes,
07:59même si on le voit très peu,
08:00comme Je t'aime moi non plus de Gainsbourg.
08:02Mais ce qui est très important,
08:03c'est que ces rôles-là,
08:04en fait, l'argent gagné
08:05est immédiatement réinvesti
08:07dans la construction du Splendide.
08:12En 1978,
08:13la troupe du Théâtre du Splendide
08:14adapte au cinéma
08:15sa pièce
08:17Amour, Coquillages et Crustacés.
08:19Ce film,
08:20Les Bronzés,
08:21sort le mercredi 22 novembre 1978.
08:24Ça se passe donc dans un club med
08:26où plusieurs des membres du Splendide
08:28avaient travaillé,
08:29avaient finalement aussi fait leur numéro.
08:31Alors c'est une toute petite production
08:33vu qu'avant c'est une pièce
08:34montée avec 3 fois rien
08:36mais qui a été un gros succès.
08:37C'est le film
08:39qui va vraiment les révéler
08:40au grand public
08:41puisque très peu de gens
08:42quand même en France
08:43allaient au café-théâtre.
08:45Et puis donc chacun va avoir
08:46en fait un peu sa trône.
08:47Il y a Clavier
08:48qui joue ce BCBG très marrant,
08:51Marianne Chazelle qui est gigi
08:52et puis Blanc surtout.
08:54Donc créer ce personnage
08:55de Jean-Claude Duss
08:56qui est un rigolo,
08:58un peu triste,
08:58qui n'arrive pas à séduire,
08:59qui est mal à l'aise
09:00avec les femmes
09:01mais aussi avec les hommes.
09:03Il est toujours celui
09:03dont on se moque,
09:04qui est victime de vacheries,
09:06de blagues.
09:07Et il va peaufiner plus tard
09:08ce personnage.
09:09Je vous ai amené le soleil
09:10dans les bagages.
09:12Heureusement que vous n'avez pas
09:13compté sur moi
09:14parce que sinon
09:15il ferait un sale temps.
09:18Non, c'est parce qu'elle a dit
09:19je vous ai amené le soleil
09:19dans les bagages.
09:21Alors je dis heureusement
09:21que vous n'avez pas compté sur moi
09:22parce que sinon il ferait un sale temps.
09:25Comme j'ai poumé mes bagages.
09:26Ah oui, c'est drôle.
09:29L'année suivante,
09:30Catherine Ball,
09:31La Troupe du Splendide
09:32propose un deuxième film
09:33avec les bronzés.
09:34On retrouve les mêmes personnages
09:35avec des vêtements plus chauds.
09:38C'est Les bronzés font du ski
09:39qui sort tout juste
09:40un an après le premier,
09:41le 22 novembre 1979.
09:44Oui, avant même la sortie
09:45du premier film des bronzés,
09:47La Troupe du Splendide
09:47se lance dans l'écriture
09:48d'un deuxième film
09:49où ils transposent
09:50les bronzés à la montagne.
09:52Donc les bronzés font du ski,
09:53ils vont à Val d'Isère,
09:54ils commencent à écrire
09:55et donc naîtra cette histoire
09:58complètement improbable
09:58avec le personnage
10:00de Jean-Claude Duss,
10:01Gigi, Popeye,
10:03Clavier en médecin.
10:04Et c'est dans Les bronzés font du ski
10:05qu'il y a des répliques aussi cultes
10:06comme celle de Jean-Claude Duss
10:08à Bernard
10:09qui est jouée par Junio.
10:11Sur un malentendu,
10:12ça peut marcher.
10:13Écoute Bernard,
10:13je crois que toi et moi,
10:14on a un peu le même problème.
10:16C'est-à-dire qu'on ne peut pas
10:17vraiment tout miser
10:17sur notre physique,
10:18surtout toi.
10:20Alors si je peux me permettre
10:21de te donner un conseil,
10:22c'est oublie que tu n'as aucune chance,
10:23vas-y fonce.
10:24On ne sait jamais
10:25sur un malentendu,
10:26ça peut marcher.
10:28Après le succès des bronzés,
10:30les auteurs dont on parlait
10:31tout à l'heure,
10:32comme Roman Polanski,
10:33ne rappellent plus Michel Blanc.
10:34Oui, Michel Blanc,
10:35il va dire après
10:36qu'il est passé directement
10:37du statut d'acteur
10:39pour un cinéma d'auteur
10:40au statut de paria
10:41de la critique intello.
10:42Il dit que voilà,
10:43à ce moment-là,
10:43comme il était devenu
10:44Jean-Claude Duss,
10:45il ne stimulait plus du tout
10:47l'imaginaire des auteurs.
10:48Il a eu cette formule
10:50assez marrante,
10:50il a dit
10:50vous imaginez
10:51le dernier métro
10:52avec un type qui ressemble
10:53à Jean-Claude Duss.
10:54Au début des années 1980,
10:56Michel Blanc joue
10:56dans trois comédies
10:57de Patrice Lecomte
10:58qui avait réalisé
10:59Les Bronzés.
11:00Viens chez moi,
11:01j'habite chez une copine,
11:02ma femme s'appelle,
11:03reviens,
11:03circuler,
11:04il n'y a rien à voir.
11:05Il incarne des personnages
11:06qui rappellent
11:07Jean-Claude Duss.
11:08C'est déjà une petite évolution,
11:10notamment sur le travail
11:11de l'écriture,
11:11puisque Blanc et Lecomte
11:13aiment beaucoup écrire ensemble.
11:15Par rapport aux Bronzés
11:16qui sont quand même
11:17beaucoup une suite
11:17de gags,
11:18de sketchs,
11:19ces trois films
11:20avec Lecomte
11:20sont plus écrits
11:21tout en restant dans ce personnage
11:23un peu de loser,
11:25de gringalet.
11:27Mais c'est le début
11:28d'un chemin
11:28qui va les mener très loin.
11:30Yves Géglet,
11:31à la même période,
11:31Michel Blanc
11:32prend ses distances
11:33avec La Troupe du Splendide
11:34et notamment avec ses films.
11:36Il préfère écrire seul
11:37les scénarios
11:38et il se lance
11:39dans la réalisation
11:40avec le film
11:41Marche à l'ombre
11:42qui sort en 1984.
11:44C'est comment Marche à l'ombre
11:45et il est comment dans ce film ?
11:46C'est un vrai tournant.
11:47Il est très très bon.
11:48C'est un duo
11:49entre Gérard Lanvin
11:50et lui.
11:51Mais c'est pas un duo caricatural.
11:54Lanvin est certes
11:54le beau gosse
11:55celui à qui tout réussit
11:56sauf que d'une part
11:57en fait tout ne lui réussit pas
11:59et Michel Blanc
12:00joue un loser
12:01beaucoup moins beau
12:02mais qui parfois
12:03va conclure.
12:04C'est donc un nouveau dus.
12:05Oh, qu'est-ce que c'est que ça ?
12:07C'est du boulot.
12:09C'est quoi ce boulot ?
12:10Des valises de vêtements
12:11à transporter,
12:12il y en a six.
12:13Oh là là,
12:13ça sent mauvais.
12:14Qui c'est qui t'a branché là-dessus ?
12:16C'est M. Christian,
12:17le mec du bistrot.
12:18Non mais t'es malade toi,
12:19t'as pas vu la tête
12:19de gangster qu'il a ?
12:21Tiens, ben je croyais
12:22que tu l'avais pas vu hier toi.
12:24Si, enfin très vite quoi.
12:25Oui, vite.
12:27Mais c'est un film
12:27qui surtout a
12:28beaucoup d'épaisseur,
12:29beaucoup de tendresse.
12:30C'est deux routards.
12:31Il y a un côté un peu américain
12:32dans ce road movie.
12:34Ça raconte aussi
12:35les squats à Paris
12:37de milieux immigrés
12:38qui s'en sortent
12:39comme ils peuvent.
12:40Ça reste une comédie.
12:41Ça reste une comédie
12:42d'ailleurs qui va avoir
12:42un grand succès.
12:43Je crois qu'il y a eu
12:44plus de 6 millions
12:44de spectateurs
12:45mais c'est un nouveau
12:47Michel Blanc.
12:48Catherine Ball,
12:49après Marche à l'ombre,
12:50le cinéaste Bertrand Blier
12:51fait appel à lui
12:52pour son nouveau long métrage
12:53Tenue de soirée
12:54qui sort en 1986.
12:56Au départ,
12:56le rôle n'a pas été écrit
12:57pour Michel Blanc.
12:58Il est un second choix.
13:00Oui, Blier,
13:00il a pensé d'abord
13:01à Bernard Giraudot.
13:02Il a écrit le film pour lui
13:04et Bernard Giraudot
13:05refuse le rôle.
13:06Giraudot,
13:07c'est vraiment le beau gosse
13:08avec ses yeux bleus,
13:10sa carrière athlétique.
13:11Il a une idée
13:11complètement à l'opposé
13:12de Bernard Giraudot
13:13et il se dit
13:13je vais prendre Michel Blanc.
13:15C'est un rôle
13:16qui est quand même
13:17assez casse-gueule
13:17puisque c'est Antoine,
13:20un homme qui s'entiche
13:21d'un autre homme
13:22qui est joué par Gérard Depardieu
13:23et qui va se travestir.
13:25Blanc dit d'ailleurs
13:25qu'il a eu très peur
13:27de jouer ce rôle
13:28mais qu'il s'est dit
13:28ça peut être vraiment
13:30une bascule
13:31et après,
13:32à postériori,
13:32il a dit
13:33c'était le rôle
13:33le plus important de mes vies
13:34et ça a été vraiment
13:36pour moi
13:36un tourbillon
13:37et un conte de fées.
13:38Et si on allait
13:39se taper un chocolat,
13:39les filles ?
13:41Pourquoi faire ?
13:42Pour se réchauffer
13:43histoire d'avoir
13:44un peu de douceur.
13:45J'ai pas envie
13:46de douceur.
13:47Ça m'a jamais porté
13:48bonheur le chocolat.
13:49Je le trouve amer
13:50le chocolat.
13:53T'as pas froid ?
13:55Évidemment que j'ai froid.
13:57T'as pas mal aux pieds ?
13:59Évidemment que j'ai mal aux pieds.
14:01Alors viens boire un chocolat.
14:03Un bon chocolat
14:04bien chaud.
14:05Oh mais qu'est-ce qu'elles ont
14:06à me coller aujourd'hui ?
14:07Laissez-moi faire
14:08mon travail tranquille.
14:10Quel travail ?
14:11Depuis qu'on est là
14:12t'as pas levé un client.
14:13T'en as levé toi ?
14:15Tu baisses à bureau fermé ?
14:16Pauvre salope.
14:19Le 19 mai 1986
14:21au Festival de Cannes,
14:23Michel Blanc reçoit
14:24le prix d'interprétation masculine
14:25pour ce rôle.
14:26Oui c'est le prix
14:27le plus prestigieux.
14:28C'est beaucoup plus prestigieux
14:29encore qu'un César
14:29parce que Cannes
14:30c'est un festival international.
14:32Et Michel Blanc dira
14:33jamais dans mes rêves
14:34les plus fous
14:34j'aurais pu imaginer
14:35qu'un jour j'aurais
14:36un prix d'interprétation
14:37à Cannes.
14:38Michel, qu'entente
14:39de ce...
14:39Ah oui, je te refais.
14:41Évidemment, je suis très très heureux.
14:42C'est encore un peu frais
14:44alors je ne réalise pas
14:44tout à fait.
14:45Je suis très heureux.
14:46Il dira après
14:47le plafond de verre
14:48a explosé
14:49et il est devenu
14:50à nouveau fréquentable
14:52pour les auteurs.
14:53Trois ans plus tard,
14:54Michel Blanc joue
14:55une nouvelle fois
14:55sous la direction
14:56de Patrice Lecomte.
14:57Il incarne un personnage
14:59inquiétant
14:59dans le film
15:00Monsieur Hyre.
15:00Oui, c'est un film
15:02vraiment très nouveau
15:02pour tous les deux
15:03d'ailleurs,
15:03pour Lecomte
15:04qui n'est plus du tout
15:05dans la comédie
15:06mais qui adapte
15:06un roman noir
15:08de Simnon
15:09et Michel Blanc
15:10joue un personnage
15:11alors il a un point commun
15:12avec Duce
15:12mais vraiment de loin
15:13c'est qu'il est encore
15:14totalement inhibé
15:15incapable d'aller vers les autres
15:16c'est une sorte de sociopathe
15:18qui a effectivement
15:18un visage livide
15:20inquiétant
15:21il est complètement fasciné
15:22par sa voisine
15:23mais il est totalement
15:23incapable de lui parler
15:24et donc il va jouer
15:25un rôle de voyeur
15:26où il l'observe
15:27en se cachant
15:28quand elle se change
15:29c'est un film noir
15:30très très dur
15:31où en fait
15:32le sentiment amoureux
15:33qu'il éprouve
15:34pour cette voisine
15:35va être complètement balayé
15:36par une sorte de complot
15:37Vous avez raison
15:38les gens ne m'aiment pas
15:40mais il est vrai
15:41que je n'aime pas
15:41les gens non plus
15:42Je ne suis pas liant
15:43ni amical
15:44et ça ne plaît guère
15:46Les conversations s'arrêtent
15:47sur mon passage
15:47et reprennent dans mon dos
15:48ça ne me dérange pas
15:51Vous êtes un drôle de type
15:52Moi je ne trouve pas
15:55Mais vous voyez
15:55vous pensez la même chose
15:56que les autres
15:58Yves Géglet
15:59Michel Blanc
15:59va jouer dans 70 films
16:01Quel rôle vous ont
16:02le plus marqué
16:03dans la suite de sa carrière ?
16:04Certains pensent
16:04que le plus beau rôle
16:06de sa vie
16:06c'est les témoins
16:07d'André Téchiné
16:08donc un film d'auteur
16:09mais grand public
16:10C'est un film
16:11sur le début
16:12des années sida
16:13et Blanc
16:14joue le rôle
16:14d'un médecin homosexuel
16:16qui est donc à la fois
16:17percuté personnellement
16:18par ce qui se passe
16:20de terrible
16:20et qui est
16:21un des premiers
16:22à comprendre aussi
16:23et qui se bat
16:24Il y a aussi
16:25l'exercice de l'Etat
16:25quelques années plus tard
16:26qui lui vaudra
16:27enfin un César
16:28pour le meilleur
16:30second rôle
16:30Je vais essayer
16:31d'être bref
16:31parce que
16:33pareil qu'aux Etats-Unis
16:34ils arrivent à faire ça
16:35en 45 secondes
16:36Je voudrais d'abord
16:37remercier les gens
16:38qui ont voté pour moi
16:39parce que
16:39non seulement
16:40ils m'ont fait
16:41un très beau cadeau
16:42mais ce rôle
16:43était quelque chose
16:44d'extrêmement important
16:45le fait simplement
16:46d'être nommé
16:47était déjà pour moi
16:48quelque chose d'important
16:49parce que c'est un rôle
16:50très différent
16:51de ce que j'ai pu aborder
16:53c'est un type de rôle
16:54dont je rêvais
16:55mais je n'étais pas sûr
16:56que vous m'acceptiez
16:59dans ces rôles-là
17:00je n'étais pas sûr
17:00que le public
17:01m'accepte dans ces rôles-là
17:03et donc
17:03je vous remercie
17:05de me donner
17:06l'autorisation
17:07de continuer
17:07dans cette direction
17:08et de continuer
17:09à essayer d'être exigeant
17:10je remercierai les autres
17:12les gens que je peux voir
17:13en tête à tête
17:14Monsieur Scheller
17:14par exemple
17:15tout à l'heure
17:16et donc je crois
17:17que j'ai fait
17:17les 45 secondes
17:18Yes we can
17:19Bravo !
17:21L'exercice de l'Etat
17:21est un grand film
17:22de Pierre Scheller
17:23avec Olivier Gourmet
17:24qui joue un ministre
17:25de transport
17:26il y a une catastrophe
17:27qui se passe
17:27un car avec des enfants
17:28et Michel Blanc
17:29joue le directeur
17:30de cabinet
17:31dans une période
17:31très grave
17:32pour l'Etat
17:33et il a une présence
17:35incroyable
17:36dans ce film
17:42En tant que réalisateur
17:44il signe trois autres films
17:45notamment
17:46Grosse Fatigue
17:47en 1994
17:48Alors Grosse Fatigue
17:49c'est un film d'auteur
17:50populaire
17:51mais ambitieux
17:52Michel Blanc
17:53avait beaucoup
17:53d'admiration
17:54pour Woody Allen
17:55en tant qu'acteur réalisateur
17:57se mettant en abîme
17:59se moquant de lui-même
17:59et dans Grosse Fatigue
18:00donc il va jouer
18:01son propre rôle
18:02celui d'une star
18:02qui va pas bien
18:04mais qui va devoir
18:05en plus affronter
18:06un double
18:07puisqu'il y a un sosie
18:08qui ressemble à Michel Blanc
18:09dans le film
18:10et qui est joué par lui
18:10qui va commettre
18:11des crimes
18:12des délits
18:13des viols
18:14qui va venir
18:15à Cannes à sa place
18:16et le problème
18:17c'est que le vrai
18:17Michel Blanc
18:18n'arrive pas
18:19à convaincre
18:21ses amis
18:21son entourage
18:22joué par Carole Bouquet
18:23par la troupe du Splendide
18:24tous jouant leur propre rôle
18:26tous ses amis
18:27ne veulent pas croire
18:28que l'autre est un sosie
18:29donc c'est une réflexion
18:30à la fois sur la célébrité
18:31sur le vertige
18:32de ce que c'est
18:33qu'être soi-même
18:34et c'est un film
18:35qui va à la fois marcher
18:36et être très personnel
18:38Vous êtes Michel Blanc ?
18:40Je sais pas
18:41il est encore trop tôt
18:42et vous ?
18:43Michel !
18:44Qu'est-ce que tu comprends ?
18:44C'est d'accord ?
18:45Ils sont sérieux quand même
18:46je ne sais rien !
18:47Vous avez vu
18:47cette petite chauve débronzée
18:48comment il s'appelle là ?
18:49Michel Blanc ?
18:49Il est où ?
18:50Sous les crudités ?
18:51Bah et elle
18:51c'est pas Carole Bouquet ?
18:53Ah merde !
18:56Catherine Ball
18:57on l'a dit
18:57Michel Blanc
18:58a joué dans 70 films
18:59mais ce personnage
19:00de Jean-Claude Duss
19:01lui colle à la peau
19:02Oui il a souvent raconté
19:03que dans la rue
19:04les gens lui parlaient
19:04comme si il était leur pote
19:06qu'il lui disait
19:07allez t'as une ouverture
19:08tu vas conclure
19:09en référence à des dialogues
19:10célèbres débronzés
19:11et c'est vrai
19:13qu'il s'est senti
19:14à un moment un peu piégé
19:15dans ce personnage
19:15il a refusé notamment
19:16beaucoup de rôles
19:17qui pour lui ressemblaient
19:18trop à celui de Jean-Claude Duss
19:20le cinéaste Jean-Marie Poiré
19:21nous a raconté
19:22il y a quelques jours
19:23qu'avec Josiane Balasco
19:24il avait écrit un rôle
19:25pour Michel Blanc
19:26dans le film
19:27Les hommes préfèrent les grosses
19:29et que Michel Blanc
19:30avait d'abord accepté
19:31que finalement
19:31il a refusé
19:32et Poiré nous a dit
19:33je suis sûr
19:34que c'est parce que pour lui
19:35ça ressemblait trop
19:36au rôle de Duss
19:39Le vendredi 4 octobre au matin
19:40la mort de Michel Blanc
19:41est annoncée
19:42il est mort la veille
19:43à 72 ans
19:44à l'hôpital Saint-Antoine
19:45dans le 12ème arrondissement
19:46de Paris
19:46dans l'après-midi
19:48il avait fait un choc allergique
19:49à un médicament
19:50et c'est ce choc allergique
19:51qui a entraîné
19:52un malaise cardiaque
19:53Yves Géglet
19:54les réactions sont nombreuses
19:55l'homme était très apprécié
19:57des français
19:57Il était très aimé
19:59mais aussi c'était
20:00un très grand choc
20:01l'avant-veille
20:02il était dans son restaurant
20:03favori
20:04il allait bien
20:06voilà
20:06c'est une catastrophe
20:07il fait une réaction
20:09à un médicament
20:10et Junio
20:11et je crois
20:11peut-être le premier
20:12à réagir sur les réseaux sociaux
20:13en disant
20:13mais qu'est-ce que tu nous as fait
20:15pourquoi tu es parti comme ça
20:17ses amis du Splendide
20:18sont tellement mal
20:20qu'ils vont publier
20:21un communiqué commun
20:22en disant
20:22laissez-nous respirer
20:24laissez-nous souffrir
20:25donc oui
20:26il y a beaucoup d'hommage
20:27parce que finalement
20:28Michel Blanc
20:29effectivement
20:29il est allé
20:30d'un cinéma très populaire
20:32à un cinéma d'auteur
20:33il touche énormément de gens
20:34énormément de générations
20:36Blanc
20:37c'est vraiment
20:37un pan du cinéma français
20:39du rire
20:40et de la tendresse
20:41comme il le souhaitait
20:53merci à Catherine Balle
20:55et Yves Géglet
20:56cet épisode de Codesource
20:57a été produit par
20:58Clémentine Spiller
20:59Thibault Lambert
20:59et Barbara Gouy
21:01réalisation
21:02Julien Moncouquiol
21:03Codesource
21:04est le podcast quotidien
21:05d'actualité du Parisien
21:06si vous aimez Codesource
21:07n'hésitez pas à le dire
21:08en laissant un commentaire
21:10ou des petites étoiles
21:11sur votre application audio
21:12ou sur Youtube
21:13et puis n'oubliez pas
21:14le second podcast du Parisien
21:16Crime Story
21:17chaque samedi
21:18une affaire criminelle
21:19racontée par Claudia Prolongeau
21:20avec Damien Delsenny
21:22le chef du service
21:23police-justice du Parisien
21:24le chef d'avenir
21:25par celle-là
21:25et les métiers
21:25des fois
21:26vous allez vous
21:26t'entendre
21:27dans un flux
Commentaires