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Le jeudi 23 octobre, le Sénat a rejeté une proposition de loi prévoyant la possibilité pour les enfants de parents maltraitants de se libérer de leurs obligations financières envers eux. Alicia Ambroise, dont le père a été condamné pour viols sur sa sœur alors qu’elle était mineure, fait partie de ceux qui se battent pour faire évoluer cette législation. Témoignage.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Anaïs Godard - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : M6.

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#famille #codesource #podcast

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est une obligation que vous ne connaissez peut-être pas.
00:15Devenus adultes, les enfants ont une obligation alimentaire envers leurs parents âgés s'ils sont dans le besoin.
00:22C'est une disposition du Code civil qui date de 1804.
00:26Un collectif baptisé « Les liens en sang » se bat aujourd'hui pour que les victimes de parents violents
00:32ou défaillants puissent se libérer de cette obligation alimentaire.
00:36Le jeudi 23 octobre, le Sénat a rejeté une proposition de loi allant dans ce sens,
00:42un texte pourtant déposé par un sénateur du parti macroniste Renaissance
00:46et défendu par le gouvernement, notamment par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin.
00:52Dans Codesources, aujourd'hui, nous donnons la parole à l'une des cofondatrices du collectif « Les liens en sang
00:57».
00:58Elle s'appelle Alicia Ambroise et Anaïs Godard l'a rencontrée pour Codesources.
01:05Je rencontre Alicia Ambroise dans son appartement à Toulouse.
01:09Son salon est éclairé par des lumières d'ambiance qui tranchent avec la nuit déjà tombée.
01:14Alicia porte un pull crème et un foulard autour du cou.
01:18Alicia a 26 ans. Elle est née le 13 mai 1999 à Soissons, en Picardie.
01:24Sa mère est conseillère chez France Travail, anciennement Pôle emploi, et son père est ouvrier dans le bâtiment.
01:30Quand elle parle de lui, Alicia alterne entre le mot père et le mot géniteur.
01:36Enfant, elle ne vit pas dans l'opulence mais dit n'avoir manqué de rien.
01:39À l'âge de 5 ans, elle emménage à Toulouse avec sa mère après la séparation de ses parents.
01:46J'ai toujours eu une relation très fusionnelle avec mes parents.
01:50Que ce soit ma mère ou que ce soit mon père, j'étais une enfant très câlin, très proche de
01:55mes parents,
01:56toujours verbalisée que je les aime.
01:59Mes parents, ça a toujours été la priorité dans ma vie, la prunelle de mes yeux quand j'étais petite.
02:04Très rapidement, après la séparation de mes parents, je partage mon temps entre chez ma mère, qui vit donc seule
02:12à l'époque,
02:13et chez mon père, qui vit avec sa nouvelle compagne, Christelle, et Laura, la fille de Christelle.
02:21Avec Laura, on noue très rapidement une vraie relation de sœur.
02:25On n'a que deux ans d'écart, donc quand on est toute petite, c'est vrai qu'on a
02:28les mêmes centres d'intérêt,
02:30on joue ensemble, on fait les 400 coups ensemble, on fait du vélo, on s'occupe des animaux,
02:35enfin bref, on est deux sœurs et on joue tout ensemble, je me souviens qu'on est vraiment très proche,
02:40elle et moi.
02:41Son père a une autre petite fille avec Christelle.
02:43Elle s'appelle Charlotte, Alicia devient donc grande sœur.
02:47Elle a une vie de famille plutôt classique.
02:49Son père lui apprend à dessiner et ils jouent ensemble aux jeux de société.
02:53Mais en 2012, quand Alicia a 13 ans, son père et sa belle-mère se disputent souvent.
02:58Ils finissent par se séparer.
03:00Quand il y a l'annonce de la séparation qui se fait, qui est faite,
03:04moi je vais chez ma mère et je sais que je ne retournerai pas chez mon père avant un petit
03:08moment,
03:09le temps qu'il lui retrouve une certaine stabilité, un appartement, etc.
03:11Donc je suis prévenue à ce moment-là que la routine qu'il y avait va être un peu chamboulée
03:17et que je risque de passer plusieurs vacances complètes chez ma mère.
03:20Et à ce moment-là, moi je le comprends et voilà, dans ma tête c'est acté quoi.
03:25Et un jour, il me prévient qu'il va venir me voir le week-end suivant.
03:30Donc ça devait être un samedi, on s'est au téléphone et il me dit
03:33écoute, je viens te voir avec ta petite sœur le week-end prochain.
03:38Tiens-toi prête, prévienne ta mère, tout ça.
03:40Donc je préviens ma mère, ma mère est d'accord, il n'y a pas de souci.
03:43Finalement, le week-end arrive et je n'ai plus de nouvelles de lui.
03:47Et les jours qui suivent, toujours pas de nouvelles.
03:49Alicia, 13 ans à l'époque, est inquiète.
03:52Elle pense même que son père est mort.
03:54Sa mère vient lui expliquer ce qu'il se passe.
03:56Son père a été mis en examen pour viol sur la fille de sa femme.
04:00Il a reconnu les faits et est actuellement en prison.
04:03Mais à ce moment-là, sa mère ne prononce pas le mot viol.
04:06Ma mère est rentrée dans ma chambre, elle a fermé la porte.
04:09Et elle m'avoue qu'il est incarcéré pour des faits d'attouchement sur Laura.
04:14Et donc à ce moment-là, moi j'ai le terme attouchement.
04:17C'est ce qui lui a été conseillé parce que c'est moins violent, moins choquant.
04:20Et puis aussi, moi à 13 ans, je n'ai jamais entendu parler de viol.
04:24Je me revois avoir le monde qui s'effondre sur ma tête à ce moment-là.
04:33Moi, dans un premier temps, je n'y crois pas.
04:35Je crois que c'est faux et qu'il n'a pas fait ça.
04:37Et donc je lui écris des lettres.
04:40C'est moi qui vais rassurer mon père, qui vais dire que je suis là pour lui
04:44et qui vais avoir un rôle presque de parent pour lui
04:47parce que je ne réalisais absolument pas ce qu'il avait fait, en fait.
04:50Et qu'il y a aussi une grosse manipulation derrière
04:52où les derniers appels que j'ai pu avoir avec lui,
04:55c'était des paroles très difficiles à l'égard de Laura et Christelle,
04:59de sorte à ce que je ne puisse jamais croire
05:02que les accusations qu'elle lui portait pouvaient être vraies.
05:06Deux ans plus tard, son père sera condamné à 10 ans de prison
05:09pour viol sur mineur.
05:11C'est à ce moment-là qu'Alicia met le mot « viol » sur ce qu'a vécu Laura.
05:15Pendant 4 ans, de la 6e à la 3e,
05:18elle a été violée quasiment tous les jours.
05:20À cette période, Alicia se demande si elle n'a pas, elle aussi, été victime de son père.
05:26Je me souviens d'une phrase qui m'a particulièrement marquée
05:28et qui est remontée à la surface assez rapidement.
05:31On était un anniversaire et on était sur le parking de cet anniversaire
05:34et une femme allaitait son enfant.
05:36Et il m'a dit « elle sort son sein, ça m'excite ».
05:39Ça, par exemple, c'est une phrase à caractère un peu incestueux quand même.
05:42Enfin, ce n'est pas normal de dire ça à son enfant.
05:44Je dois avoir 11 ans, 11-12 ans, max.
05:47Mais c'est très compliqué parce que moi, tout ce que j'ai vécu dans l'enfance,
05:50je l'ai aussi normalisé parce que je n'ai connu que ça.
05:52Donc effectivement, il n'y aura toujours rien d'autre
05:53et on se pose toujours des questions.
05:55Sa mère l'emmène voir une psychologue.
05:57Le reste de son adolescence est très compliqué.
05:59Je suis une adolescente très anxieuse, un peu torturée, je dirais.
06:04Déjà par des gros troubles du sommeil.
06:06Si tôt que j'ai su, je n'ai plus jamais dormi sur mes deux oreilles.
06:11Plus jamais.
06:12Donc des réveils nocturnes, des angoisses le soir au moment du coucher.
06:16Enfin, à la nuit tombée, des angoisses qui se réveillent.
06:19Et au-delà de ça, je suis une adolescente très anxieuse,
06:23qui se pose énormément de questions sur moi, sur mon avenir, sur mon père.
06:31J'ai beaucoup de mal à faire confiance.
06:33Je me pose beaucoup de questions sur moi en fait.
06:35Est-ce que par les gènes, je suis moi aussi une mauvaise personne finalement ?
06:41C'est des pensées très intrusives dans lesquelles on se voit faire du mal aux autres ou se faire du
06:47mal à soi-même.
06:48Ça a commencé, je ne sais pas pourquoi, j'avais peur de tout perdre.
06:52J'avais peur de finir à la rue.
06:55En fait, je pense que j'ai vu finalement que mon père a tout perdu.
06:58Il s'est retrouvé en prison, le paria de toute sa famille.
07:01Même si en réalité, ça découle d'actions qui auraient pu être évitées.
07:05Donc bon, voilà.
07:06Et je me suis dit, mais alors si lui, dont je ne me serais jamais méfiée, a été capable de
07:11ça,
07:11mais tout le monde est capable du pire.
07:13Moi y compris.
07:15Et donc, je me suis dit, est-ce qu'un jour je vais devenir un criminel, un tueur en série,
07:20une violeuse ?
07:21Enfin, j'ai commencé à me poser ce genre de questions.
07:23En réalité, je pense que les gens qui souffrent de phobie d'impulsion sont peut-être ceux qui sont les
07:27moins dangereux et les plus inoffensifs de notre société.
07:30Mais voilà, c'est ça la phobie d'impulsion.
07:32Au collège, puis au lycée, elle s'accroche.
07:35Elle obtient un bac littéraire et se découvre une passion pour la philosophie.
07:39Elle veut questionner le monde qui l'entoure.
07:42Finalement, elle se dirige vers la sociologie et devient une des meilleures élèves de sa promotion.
07:47Mais Alicia veut s'engager et changer les choses.
07:53J'ai une amie qui me dit, moi des fois je fais des maraudes.
07:57Est-ce que ça te dirait de venir à une maraudes avec moi ?
07:59Moi je dis oui, j'embarque une copine de la fac.
08:02Je fais des rencontres qui me marquent tellement durant cette maraudes.
08:07Et je change totalement de regard aussi sur les sans-abri.
08:10Je discute avec eux et je me rends compte qu'il faut leur tendre la main et que c'est
08:16horrible de les avoir ignorées pendant tant d'années.
08:18Et donc je me dis, il faut que je fasse plus.
08:21Et cette copine-là qui était venue avec moi, qui était dans la même fac que moi, est d'accord.
08:25Et on se dit, on va créer une page sur les réseaux sociaux pour récupérer des vêtements, de la nourriture,
08:32tout ce qu'on peut finalement.
08:33Et en fait, ça a vachement bien pris dans la fac.
08:35On était trop contentes d'avoir réussi à récupérer autant de vêtements et tout.
08:39Et en fait, cette association ferme.
08:41Et donc là, on se retrouve avec des dons sur les bras, mais des tonnes de vêtements.
08:46Vraiment, mon appartement était rempli.
08:48Et on se dit, nous on va créer notre association.
08:51Je dois avoir 20 ans.
08:52Et avec cette copine et un ami, on crée notre association pour les sans-abris.
08:57Pendant plusieurs années, on a fait des maraudes plusieurs fois par semaine dans la ville de Toulouse.
09:12Très rapidement, on a commencé à avoir des commentaires de mon père sous nos publications sur les réseaux sociaux,
09:16des messages privés, des requêtes sur le site, tout un tas de choses très désagréables,
09:21jusqu'à des messages qui disaient explicitement qu'ils viendraient nous voir prochainement.
09:29J'ai jamais répondu à aucune de ces sollicitations, que ce soit les membres de sa famille qui ont tenté
09:33de me contacter,
09:34que ce soit lui directement, que ce soit des amis à lui, peu importe.
09:37Quand je reçois un message, je bloque.
09:40Et j'ai une liste phénoménale de blocages sur mes réseaux sociaux.
09:44J'ai bloqué toutes les personnes qui ont le même nom de famille que lui.
09:47Alors il y a des personnes qui sont bloquées, qui n'ont rien à voir avec ma famille de prix
09:50ou de loin.
09:51Mais je dois avoir 70 personnes bloquées sur tous mes réseaux sociaux, dès que je crée un truc.
09:55Et les rares fois où j'ai oublié un compte ou alors un nouveau a été créé, il a essayé
10:01de me contacter.
10:02À ce moment-là, Alicia souhaite changer de nom de famille et se rend alors chez une juriste.
10:07Je m'étais déjà renseignée en amont. Je savais qu'il fallait écrire au garde des Sceaux,
10:12qu'il fallait faire une démarche au prix du journal officiel.
10:15J'avais un peu vent de tout ça, mais je me disais quand même que c'était possible sans trop
10:19de complications.
10:21Et je me dis aussi que je vais anticiper, parce que je sais que quand on est l'enfant de
10:27quelqu'un et que cette personne décède,
10:29on vient nous demander de régler les obsèques.
10:32Et là, à ce moment-là, il faut faire un refus d'héritage pour pouvoir...
10:36Il y avait tout un truc comme ça. J'avais des petites infos, des petites bribes d'infos.
10:40Moi, ce que je savais, c'est que je voulais m'occuper de tout ça à 23 ans pour être
10:44tranquille pour le reste de ma vie.
10:47La juriste explique à Alicia qu'elle n'est pas dans les critères d'éligibilité pour le changement de nom
10:52de famille.
10:52C'est aussi la première fois qu'elle entend parler de l'obligation alimentaire.
10:57L'obligation alimentaire impose aux enfants majeurs de subvenir aux besoins de leurs parents,
11:01même s'ils ont été violents avec eux.
11:04Cela arrive souvent pendant la vieillesse, où des adultes se retrouvent à payer l'EHPAD de leurs parents maltraitants.
11:09Seule exception à la règle, si l'enfant a été placé à l'aide sociale à l'enfance,
11:14ou si le parent a été condamné pour violences conjugales.
11:17Ces différentes exceptions ne concernent pas Alicia.
11:20Elle comprend donc qu'elle va devoir subvenir aux besoins de son père,
11:23malgré les viols qu'il a commis sur Laura.
11:26Moi, je sors de cette juriste en larmes.
11:29Le monde s'est écroulé sur ma tête.
11:32Je me dis que je suis foutue, que c'est trop injuste.
11:36Je me dis surtout que je n'accepterai pas de vivre avec cette injustice
11:40et qu'il va falloir que je trouve une façon de changer les choses.
11:44Par hasard, elle entend parler de Marine Gatineau-Dupré, présidente du collectif Porte Mon Nom.
11:50C'était un article de presse qui parlait d'un collectif qui œuvrait pour changer la loi sur le changement
11:55de nom de famille,
11:56et pour le faciliter, et faire en sorte qu'on puisse tous changer de nom de famille beaucoup plus facilement
12:01qu'aujourd'hui.
12:02Et je décide tout simplement, au culot, de contacter ce collectif et de leur proposer mon aide en communication,
12:09puisqu'à l'époque, je commence déjà à entrevoir une nouvelle voie au niveau des études, qui est la communication.
12:15Et Marine se montre intéressée, et me dit, écoute, je te laisse me faire des propositions, et on voit ce
12:22que ça donne.
12:23Moi, je traîne, je traîne, je traîne, et au final, je laisse un peu passer ma chance.
12:26Et je lui dis, je suis désolée, je t'ai pas envoyée, est-ce que c'est trop tard ?
12:30Et elle me dit, bah ouais, c'est un peu trop tard, j'ai besoin de gens qui sont réactifs.
12:35Et donc là, je me dis, non, je peux pas, je peux pas laisser passer ma chance.
12:38Je passe ma soirée à lui faire des super visuels pour les réseaux sociaux, je lui envoie tout ça.
12:43Et je crois, dans la foulée, elle m'appelle, elle me dit, écoute, c'est trop bien ce que t
12:46'as fait,
12:47je pars à l'Assemblée nationale la semaine prochaine, est-ce que tu veux venir avec moi pour témoigner et
12:51raconter ton histoire aux députés ?
12:53Moi, je me dis, c'est un truc de fou, j'étais pas du tout préparée à ça.
12:58Moi, à l'époque, c'était hors de question que je raconte publiquement mon histoire, je voulais rester anonyme, etc.
13:02Je me dis, ouais, ça me fait peur.
13:04J'accepte et je pars à l'Assemblée nationale, et on se retrouve à Paris, et je la rencontre dans
13:08un bar,
13:09juste à côté de l'Assemblée nationale, autour d'un café, et le feeling passe instantanément entre elle et moi.
13:15Vraiment, c'est une évidence.
13:17Moi, je suis arrivée presque à la fin du combat, et pour autant, je fais partie des personnes qu'elle
13:21a choisies
13:21pour l'accompagner le jour du délibéré à l'Assemblée nationale, le dernier, le jour où la loi a été
13:27votée.
13:27J'étais assez cotée dans l'Assemblée nationale, avec son mari et sa belle-famille.
13:33La loi sur la simplification du changement de nom de famille entre en vigueur en juillet 2022.
13:39En un an, le nombre de demandes triple par rapport aux années précédentes.
13:44Alicia fait partie de ceux et celles qui obtiennent enfin des nouveaux papiers d'identité.
13:48Mais elle veut aller plus loin. Elle recontacte Marine et lui propose de l'aider à changer la loi sur
13:53l'obligation alimentaire.
13:55Marine est partante et rédige un texte dans la foulée.
13:58Pour Alicia, c'est le moment de raconter son histoire, publiquement.
14:02Je contacte cette amie vidéaste, très douée, qui s'appelle Malik Laswed.
14:07Je lui dis, j'aimerais que tu m'aides à raconter mon histoire à travers une vidéo,
14:11pour que je puisse la poster sur les réseaux sociaux,
14:13et que finalement tout mon entourage soit au courant de tout ça,
14:17et que ce soit la première pierre pour changer les choses sur l'obligation alimentaire.
14:21Et donc, on poste cette vidéo.
14:24C'est parti !
14:25Aujourd'hui, j'ai 25 ans, j'ai enfin repris le nom de famille de ma mère,
14:29et j'ai tout mis en œuvre pour m'éloigner de lui.
14:32Pourtant, une menace plane toujours au-dessus de ma tête, l'obligation alimentaire.
14:37Cette loi, elle me lie à cette personne jusqu'à son décès.
14:41Elle me rappelle chaque jour que je ne suis pas totalement libre.
14:44Contrairement à lui, qui a pu reprendre sa vie hors de la prison, il y a plusieurs années déjà.
14:49Je veux pouvoir me projeter dans l'avenir, fonder une famille,
14:53sans avoir à me demander si un jour je devrais subvenir aux besoins de l'homme qui m'a abandonnée.
15:00Et on n'a même pas eu le temps de voir les choses venir, en fait, c'est allé très
15:03vite.
15:04Depuis le début du projet, il y en a reçu des centaines de témoignages, mais c'est affolant.
15:10Entendre des détails de mères, de pères qui violent leur enfant, c'est atroce.
15:15J'ai aussi en tête une jeune femme qui nous racontait que son géniteur l'a forcé à télécharger des
15:22contenus pédopornographiques pour sa consommation à lui,
15:25parce qu'il ne savait pas bien servir de l'ordinateur familial.
15:28Un jeune homme aussi qui, je crois qu'il avait quelques jours, c'était un nouveau-né.
15:32Son père lui a brisé les deux jambes et les deux bras, traumatisme crânien, et il est handicapé lourdement et
15:39à vie, quoi.
15:40Alicia décide d'appeler son collectif Les Liens en Sang.
15:43Une manière pour elle de dire que les liens familiaux font parfois plus de mal que de bien.
15:49Elle reçoit beaucoup de témoignages.
15:50En dix jours seulement, déjà 150 personnes sont prêtes à raconter leur histoire dans la presse.
15:55Comme Alicia, elles ne veulent pas se retrouver dans l'obligation de subvenir aux besoins de leurs parents incestueux ou
16:01maltraitants.
16:02Certains racontent organiser toute leur vie autour de l'obligation alimentaire.
16:06Par exemple, on a des personnes qui vont tout faire pour se rendre insolvable.
16:11J'ai en tête une femme qui a mis sa société, sa maison, tout au nom de son mari,
16:17et qui a prévu de divorcer le jour où on lui demandera l'obligation alimentaire.
16:22Comme ça, elle, elle n'a plus rien.
16:24Et du coup, elle est insolvable.
16:29En 2024, Xavier Iacovelli, vice-président du Sénat et sénateur pour un groupe centriste,
16:35entend parler du combat d'Alicia.
16:37Très rapidement, on se retrouve à faire une réunion en visioconférence avec lui.
16:41On lui explique tout.
16:42Il va directement nous promettre qu'il va déposer la loi, ce qu'il a fait.
16:46Le sénateur propose alors qu'entre 18 et 30 ans,
16:49chaque enfant puisse se désolidariser de ses parents en remplissant un formulaire chez le notaire.
16:54Dans le même temps, l'enfant renoncerait à son héritage, qui serait donné à l'État.
16:59Cette loi est soumise au vote des sénateurs le 23 octobre 2025.
17:03À ce moment-là, Alicia assiste au vote dans l'hémicycle.
17:06Une belle partie des sénateurs était franchement contre.
17:10Donc, en fait, rapidement, le verdict se dessine et on comprend très vite que ça ne passera pas.
17:16Après deux heures de débat, le Sénat dit non.
17:18La proposition de loi n'est pas adoptée.
17:21Non à la proposition de loi, qui avait pour ambition de faire évoluer les devoirs réciproques,
17:26qui lie parents et enfants.
17:28J'ai entendu d'un sénateur, je crois dire, alors je ne vais pas dire les choses dans les bons
17:32termes,
17:32mais en gros, il expliquait que le terme de défaillance et de bienveillance était tout à fait relatif
17:37et que tout parent pouvait être bienveillant et défaillant.
17:42Voilà, c'est des gens qui, selon moi, sont un peu déconnectés des témoignages
17:45que nous, on a pu recevoir parce qu'il n'y a pas de doute à la défaillance
17:48quand on entend qu'un enfant a mangé le repas qu'il a recraché la veille
17:51ou qu'un enfant a été violé par son père ou sa mère.
17:56Il y a quand même une très bonne surprise au Sénat,
17:59qui est l'intervention de Gérald Darmanin, ministre de la Justice,
18:04qui s'est montré favorable au passage d'une loi pour modifier l'obligation alimentaire,
18:09qui s'est même montré favorable à la loi proposée par Xavier Iacovelli
18:12et qui a affirmé son soutien et sa volonté de retravailler le texte avec son ministère.
18:18Le combat continue et il n'est pas prêt de s'arrêter tant que la loi n'aura pas changé.
18:22Maintenant, on est allé trop loin pour s'arrêter là.
18:26Au-delà de son combat pour faire changer la loi,
18:29Alicia a un autre rêve, fêter à nouveau Noël en famille.
18:33J'ai à chaque Noël une pensée pour la famille que je n'ai plus.
18:38Je n'ai jamais refait un Noël avec ma petite sœur et avec Laura depuis ça.
18:43On nous a quand même enlevé une partie de ces moments de bonheur entre sœurs.
18:48Il y a quand même cette absence, je pense, qui a pesé sur le premier Noël
18:51et sur tous les suivants finalement.
18:53C'est un peu comme pas l'absence d'un père.
18:56Mon père, j'en ai fait le deuil, il n'est plus personne pour moi.
18:59Mais l'absence de mes sœurs et d'une partie de ma famille.
19:04Et un jour, j'aurai ma revanche et on referai un Noël avec mes sœurs.
19:07Ça se fera.
19:15Anaïs, est-ce que Alicia Ambroise a bon espoir que le changement de loi
19:19qu'elle espère finisse par passer un jour ?
19:21Oui, elle a totalement espoir qu'un jour la loi change.
19:24D'ailleurs, le sénateur Xavier Iacovelli,
19:26qui l'a accompagné depuis le début à la sortie du Sénat,
19:29le 23 octobre dernier,
19:31lui a dit qu'il voulait continuer à travailler là-dessus
19:33et qu'il ne la lâcherait pas.
19:35Elle, elle est persuadée qu'il y aura des avancées,
19:37mais peut-être pas avec le texte qu'ils avaient proposé tel quel.
19:41Elle me dit aussi,
19:42personne ne peut dire que le sujet que nous avons soulevé n'est pas primordial.
19:45Est-ce qu'on sait combien de personnes sont concernées en France ?
19:48C'est dur à estimer parce qu'on n'a pas de chiffres précis là-dessus,
19:52mais globalement, c'est toutes les personnes
19:53qui ont subi de la maltraitance de la part de leurs parents.
19:56Donc on va rappeler les chiffres qu'on a actuellement.
19:58Selon un sondage de l'Institut Harris pour une association
20:01qui a été fait en 2022,
20:03un quart des Français disent avoir été maltraités
20:06par leurs parents pendant l'enfance.
20:07Et selon la CIVIS,
20:09la Commission indépendante sur l'inceste
20:11et les violences sexuelles faites aux enfants,
20:13deux à trois enfants par classe ont été victimes d'inceste.
20:16Merci Anaïs Godard.
20:18Cet épisode de Code Source a été produit par Thibault Lambert,
20:21réalisé par Julien Moncouquiol.
20:23Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:27Et puis n'oubliez pas Crime Story,
20:28notre podcast hebdomadaire consacré aux affaires criminelles.
20:32Crime Story présenté par Claudia Prolongeau
20:34avec Damien Delsenis,
20:36le chef du service police-justice du Parisien.
20:38– Sous-titrage par Lumière.
20:41– Sous-titrage par Lumière.

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