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  • il y a 2 mois
Dans son édito du 18/03/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur la gestion municipale de la gauche.

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Transcription
00:00Alors, vous savez, j'ai une grande passion pour l'étude des idéologies, mais il nous faut quelquefois étudier la
00:05politique autrement en s'intéressant à la gamelle, en s'intéressant au pactole, en s'intéressant à la question de
00:12l'argent.
00:13Et parce que c'est fondamentalement cette question que j'aborderai ici lorsque l'on parle de la gestion municipale
00:19de la gauche.
00:19Alors, je citerai d'abord l'excellent Olivier Babot, qui sur X aujourd'hui a eu cette phrase.
00:24« On sous-estime la panique que provoque la perspective de perdre la mairie d'une grande ville. Pour ceux
00:31qui gouvernent, c'est tout un système de prébandes, de rentes, de subventions clientélistes et de pouvoir financés par l
00:37'impôt qui menace de leur échapper. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'ils soient prêts à tout pour
00:42rester. »
00:43Cette phrase me semble absolument remarquable parce qu'elle décrit très bien, que nous dit Babot, que c'est un
00:50système confiscatoire qui se met en place.
00:52On a une conception très poétique, très romantique de la politique en démocratie.
00:57On la voit au service du bien commun, on met des majuscules partout avec démocratie, liberté, égalité, droit, État.
01:03Mais au final, on oublie qu'il s'agit aussi de l'appropriation d'un instrument coercitif collectif au service
01:09souvent d'un clan, au service d'une bande, au service d'une tendance, au service d'un parti qui
01:15utilise ces instruments coercitifs pour ses amis, pour ses alliés, pour ceux qui en dépendent et pour ceux qui en
01:21dépendront demain.
01:22Donc quand la gauche contrôle, pas que la gauche en se dit en passant, mais la gauche le fait avec
01:26un certain zèle, a le pouvoir dans une ville, il y a tout un écosystème qui dépend de ce pouvoir.
01:32Donc des troupes de saletins banques, des troupes de jongleurs, des troupes de théâtreux, toute une série de gens qui
01:38se croient avoir une vocation fondamentale à vivre sur leur passion et leur vocation sur le dos des autres, grâce
01:42au portefeuille des autres.
01:43Des associations militantes, des lobbies, différents groupes, des lobbies de défense des clandestins, donc toute une série de groupes qui
01:50n'existent que par l'argent public.
01:53Dès lors où une administration, un pouvoir qui est installé avec son système clientéliste est délogé, eh bien c'est
01:59tout cet écosystème qui est menacé.
02:01Et vous comprenez que les hommes sont parfaitement prêts à se battre pour des idées, certes, mais pour la gamelle
02:06encore plus.
02:07Et c'est pas nouveau, hein.
02:08Alors, à partir de là, comment fonctionne le financement public dans une ville?
02:13Il y a le financement direct, hein, c'est donc la création d'organismes, de structures, des emplois publics, hein.
02:18Et c'est des emplois, ensuite, qu'on ne peut pas révoquer quand une autre équipe prend le pouvoir.
02:23Et il y a des subventions indirectes, donc des subventions à des organismes dits indépendants, mais qui dépendent de l
02:27'argent municipal,
02:28des subventions à différentes associations, des subventions à différents groupes militants.
02:32Donc, il y a deux manières de distribuer l'argent.
02:35Ensuite, imaginons quelqu'un qui voudrait mettre un peu d'ordre dans tout ça.
02:38Est-ce que c'est possible?
02:39Eh bien non, parce qu'il y a une très grande obscurité dans l'allocation des fonds publics
02:43au niveau municipal, pas qu'au niveau municipal, mais au niveau municipal particulièrement.
02:47Il y a une étude de génération libre qui a été réalisée par Édouard S.
02:50et qui est relayée par Le Point, qui nous dit un peu la même chose,
02:54qui s'intéresse en fait au mode de subvention et d'allocation au niveau municipal un peu partout.
02:59Et qu'est-ce qu'on voit?
03:00Eh bien, c'est un système d'une obscurité absolument remarquable.
03:03C'est un système de dissimulation des dépenses, d'éparpillement des dépenses,
03:09d'externalisation des missions de la ville.
03:10C'est important, c'est-à-dire que vous avez le budget de la ville,
03:13mais ensuite vous créez des organismes pseudo-indépendants
03:15qui dépendent de l'argent de la ville, mais qui ne relèvent pas du budget de la ville,
03:18ce qui permet de dissimuler souvent ces dépenses, ces investissements nombreux.
03:23Donc, à la lumière de cela, qu'est-ce qu'on peut voir?
03:25Je donne l'exemple de Marseille que nous donne Édouard S.
03:27À Marseille, je cite,
03:29« Le système atteint des sommets d'opacité.
03:32Deux lignes comptables concentrent à elles seules des centaines de millions d'euros,
03:37l'une intitulée « Autre personnel extérieur », l'autre sobrement baptisée « divers ».
03:42Cette dernière représente à elles seules 36,5 millions d'euros,
03:46sans qu'aucun bénéficiaire ne soit identifié dans les documents publics,
03:5036 millions d'euros dans une case appelée « divers ».
03:53C'est assez remarquable.
03:54Qu'est-ce qu'on comprend à travers cela?
03:55C'est que c'est un système qui disperse à coup de petites sommes souvent,
03:58des petits montants souvent,
03:59mais vous savez, la plupart des gens ont un prix,
04:01et il est beaucoup moins cher qu'on l'imagine.
04:02Et une petite subvention peut acheter quelquefois durablement le vote d'un homme,
04:06pour ne pas dire « pour toujours ».
04:08Alors, Génération Libre nous dit que c'est compliqué.
04:10C'est compliqué d'être capable de détailler ses dépenses,
04:12mais grâce à l'intelligence artificielle,
04:14il est possible aujourd'hui de créer, finalement,
04:16de mettre en valeur toutes ces données dispersées des administrations
04:20pour comprendre, justement, l'ampleur de la gabogie municipale.
04:24Mais vous semblez présenter la politique municipale
04:27comme un système prédateur.
04:30Les Français sont attachés, pourtant, à leur mère.
04:32Oui.
04:33Souvent, ils le réalisent, d'ailleurs.
04:34Vous avez tout à fait raison.
04:36Il se peut que les raisons pour lesquelles ils le réalisent
04:37soient en lien avec ce que je viens de dire.
04:40Imaginez, vous me dites, la droite va prendre le pouvoir,
04:42je perdrai ma subvention qui me permet d'assurer
04:44ce théâtre créatif absolument essentiel et inclusif
04:46qui me permet, sous le signe de la nudité cosmique,
04:49de lutter contre le fascisme.
04:50Vous ne voulez pas faire ça, vous ne voulez pas.
04:52Alors, dans cette logique, non.
04:53En fait, le pouvoir du maire, on y est attaché
04:55pour une raison simple, c'est que c'est peut-être,
04:57paradoxalement, le dernier pouvoir monarchique.
04:59Le pouvoir du maire, c'est un pouvoir personnel.
05:01C'est un pouvoir humain.
05:02C'est un pouvoir, on peut aller voir le maire en disant,
05:04j'ai un problème, peux-tu faire quelque chose pour moi?
05:07C'est un pouvoir qui ne s'est pas perdu, justement,
05:09dans le marécage technocratique.
05:11C'est un pouvoir qui n'est pas invisibilisé
05:13par la règle faussement anonyme.
05:15C'est un pouvoir sur lequel on peut dire,
05:18monsieur le maire, madame la maire,
05:19j'ai un problème, pouvez-vous faire quelque chose?
05:21Donc, on comprend, évidemment, que ce pouvoir,
05:23les Français y soient attachés.
05:25Mais, mais, si on fait l'histoire du dernier siècle
05:28dans le rapport au pouvoir,
05:30si on fait l'histoire de ce dernier siècle,
05:31qu'est-ce qu'on voit?
05:32C'est l'histoire.
05:33Oui, en fait, je disais, on doit se rappeler
05:35l'histoire du dernier siècle, en fait.
05:37Ça commence, d'ailleurs, dans les années 20.
05:39Un peu partout, le développement du pouvoir
05:41bureaucratique partout en Occident.
05:43Donc, l'histoire du 20e siècle
05:44et maintenant du 21e,
05:45c'est la multiplication des lieux de pouvoir
05:47qui permettent à la classe bureaucratique
05:49de s'étendre, de s'installer
05:51et ensuite de ponctionner le bien d'autrui
05:54pour en jouir.
05:54C'est-à-dire qu'on doit penser
05:55le phénomène bureaucratique
05:56comme une forme de colonialisation
06:01ou de colonialisme intérieur dans nos sociétés.
06:03Donc, une classe s'empare de la société,
06:06laisse survivre, évidemment,
06:07un petit domaine d'économie
06:08pour être capable de produire des ressources,
06:10mais ensuite pour être capable de les capter.
06:11Donc, pensez à la ville, aux communes,
06:13pensez aux communautés de communes,
06:14aux départements, à la région,
06:16pensez au niveau national,
06:17au niveau européen,
06:18pensez aux instances internationales,
06:20pensez à toutes les autorités administratives
06:22qui sont créées depuis ces dernières années,
06:26pensez à toutes ces autorités administratives
06:28au niveau, encore une fois,
06:29régional, local, national, européen,
06:33pensez, autrement dit,
06:34au déploiement bureaucratique
06:35de ce qu'il faut bien appeler l'État total,
06:37je ne dis pas totalitaire, on s'entend,
06:39mais d'un État qui considère
06:40que rien de ce qui est humain
06:41ne lui est étranger,
06:43et dès lors, il doit tout réglementer,
06:45tout normer, tout encadrer.
06:46Alors, qu'est-ce que je dis à travers ça?
06:48C'est que ce pouvoir qui s'est déployé partout,
06:50il est difficile de le déconstruire.
06:52On n'est même pas capable
06:53de stopper sa croissance.
06:54Au mieux, on peut la ralentir.
06:56Alors, je reviens à notre maire.
06:58Pourquoi l'aimons-nous?
06:59Parce qu'il représente l'exception à cette règle.
07:01Parce qu'il représente la possibilité
07:02de rencontrer la chose la plus étonnante
07:04qui soit dans les systèmes de pouvoir
07:06qui soit aujourd'hui,
07:07un humain.
07:07Un être humain à qui on peut demander
07:09quelque chose de concret
07:10sans passer par 350 circuits
07:12de formulaires et de paperasses
07:13pour peut-être avoir une réponse.
07:14On verra.
07:15Donc, à travers cela,
07:16oui, le maire est la dernière trace
07:18d'un système politique antérieur,
07:19d'un système de pouvoir pré-bureaucratique,
07:21d'un système de pouvoir pré-technocratique.
07:23Et de ce point de vue,
07:24si on veut avoir un projet politique
07:25pour la droite,
07:26il y a certaines personnes
07:26qui se disent de droite,
07:27ils cherchent un projet,
07:28plutôt que de réenchanter le monde,
07:30déconstruire l'immense gargantua
07:32étatique et bureaucratique,
07:34ça pourrait être un projet
07:35vaguement intéressant
07:36pour ceux que ça intéresse.
07:42Sous-titrage Société Radio-Canada
07:42...
07:42...
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