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Dans son édito du 13/05/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]
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00:00Je comprends d'abord de ces 600 figures importantes, avec des gens qui ont du talent, ce n'est pas
00:04nécessairement des anonymes qui se rassembleraient pour exister ensemble.
00:09Il y a des gens qui ont du talent, mais peut-être politiquement sont-ils moins pertinents.
00:14Je constate d'abord que ces 600 personnes croient que le cinéma français en ce moment n'est pas idéologique.
00:18Ça m'intéresse.
00:20Ils croient vraiment, quand on regarde le cinéma qui nous est infligé la plupart du temps, sauf quelques très beaux
00:25films, qu'on n'est pas devant un cinéma propagande.
00:27Ça m'intéresse.
00:28Cela dit, on est dans une séquence collectivement que je qualifie de bolorophobie.
00:33La bolorophobie, qu'est-ce que c'est ? C'est cette idée qu'une forme de puissance...
00:36C'est nouveau, ça, tiens.
00:37Je ne peux rien. Ils inventent des phobies. Moi aussi, j'en décrypte quelques-unes.
00:42Donc, la bolorophobie, ça fonctionne comment ?
00:44C'est cette idée qu'une forme de puissance quasi-satanique, une puissance terrifiante, s'emparerait peu à peu,
00:51jetterait son emprise sur la culture française dans une logique de conquête, de soumission et d'avilissement,
00:58et qu'il serait nécessaire aujourd'hui de décréter croisade contre le grand méchant boloré,
01:04auquel on ne cesse de penser, qu'on ne cesse de nommer, qu'on ne cesse de conspuer.
01:09Et bolorophobie, j'ai nommé cette manie.
01:12Donc, ça touche plusieurs domaines.
01:14À la télé, CNews, bien évidemment.
01:16Je pense que si, sur le service public et plus largement, on ne répète pas 50 fois par jour que
01:20dis-je 500,
01:21le mot CNews, avec un peu d'écume quand même, et qu'une volonté très nette d'en finir et
01:25de mordre au cou des gens de CNews
01:27pour s'assurer qu'ils saignent et qu'on en finisse avec eux, eh bien, ce n'est pas une
01:29journée ordinaire.
01:31De la même manière, la séquence grassait quoi qu'on pense de la décision qui a été prise,
01:34l'idée d'une emprise, d'une terrible emprise de Vincent Bolloré sur l'édition
01:39est assimilée à l'idée d'une forme de basculement dans la collaboration littéraire.
01:44On entend nos amis de LFI nous dire qu'ils veulent démanteler l'Empire.
01:48Ils le disent comme tel, ils veulent démanteler l'Empire Bolloré comme d'autres voulaient démanteler l'Empire soviétique.
01:53Et maintenant, il y a donc le cinéma.
01:55Donc, que reproche-t-on à Vincent Bolloré dans les circonstances ?
01:59On nous dit qu'il va étendre, je le dis de manière très simple, son emprise, sa possession sur les
02:04salles de cinéma.
02:06Donc, il y aurait déjà une très grande puissance sur le circuit culturel.
02:10Désormais, même dans les salles de cinéma, il y aurait une emprise démesurée de l'Empire Bolloré.
02:15Et ça contrôle, ça limiterait la possibilité de la liberté culturelle en France aujourd'hui.
02:21Donc, qu'est-ce qu'on nous dit dans cette lettre ?
02:24Parce que c'est une lettre qui est...
02:26Pardon.
02:26On vous déroule pas, Marc.
02:28Non, non, mais je voulais déplier à plat pied sur lequel il n'y a rien d'écrit.
02:32Pardon.
02:32C'était important.
02:33Il voulait signer la pétition.
02:36Donc, il sont 600 à signer cette pétition.
02:38Et je vais vous citer les extraits parce qu'il me semble important de les citer.
02:42Par exemple, le portrait qui est fait du grand méchant Vébé.
02:46Derrière son costume d'homme d'affaires, le milliardaire ne cache pas qu'il mène un projet civilisationnel.
02:52Je précise qu'on ne parle pas de Mathieu Pigasse, mais que ce soit la même chose.
02:55Réactionnaire d'extrême droite, quand même, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d'édition.
03:00Si l'influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète,
03:05on en convient, c'est le moins qu'on puisse dire, manifestement, Vincent Bolloré en matière de propagandiste de choix
03:10dans le cinéma français a échoué si elle était sa vocation.
03:13Si on lui prête un projet réactionnaire et s'il est capable, avec ses moyens, d'imposer à tous son
03:17idéologie,
03:18je vous dis, M. Bolloré, faites autre chose, manifestement.
03:20Manifestement, vous n'avez pas réussi à rééduquer, dans une perspective réactionnaire, le cinéma français.
03:24Quoi qu'il en soit, je décide encore,
03:27si l'influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète,
03:31nous ne nous faisons pas d'illusions, ça ne durera pas.
03:35Je précise, soit dit en passant, rappelez-vous le film du Puy du fou sur Charrette il y a quelques
03:38temps.
03:38Un film qui raconte la révolution française, autrement que sur le mode de l'ode à la révolution,
03:43on avait déjà l'impression, à gauche, qu'il y avait un basculement réactionnaire à la grandeur du pays.
03:47Ces gens ne tolèrent pas la présence, la possibilité d'un désaccord cinématographique,
03:51c'est déjà pour eux quelque chose comme 1933 et des marches au flambeau.
03:55Deuxième élément, donc on se dit, c'est une influence discrètement,
03:58mais qui demain sera dominante.
04:00Deuxième élément, on nous dit, le démantèlement du CNC et de l'audiovisuel public
04:05fait partie du programme du RN.
04:07« Voulons-nous prendre le risque que demain ne soit plus financé que des films de propagande
04:12au service d'une idéologie ? »
04:14Mais pourquoi ils disent « demain » ?
04:15Mais c'est déjà le cas maintenant.
04:16L'essentiel du cinéma, on pourrait dire dans sa production ordinaire,
04:20on est devant des films idéologiques orientés.
04:22Je ne dis pas qu'il n'y a pas du talent qui se joue là-dedans.
04:24Je ne dis pas qu'il n'y a pas des bons films à travers cela.
04:25Je dis qu'il y a une forme de propagande obligatoire toujours répétée.
04:30Notre ami et collègue Arthur Devatrigan régulièrement a écrit sur cela pour nous dire,
04:34pour nous montrer comment les biais idéologiques structurent même la structure de financement
04:38souvent du cinéma français.
04:40Ce n'est pas un détail.
04:42Allons plus loin.
04:43Parce que là, on nous dit que c'est de la bataille culturelle.
04:45OK.
04:45Je cite.
04:46La bataille culturelle dont on parle surtout partout.
04:49Excusez-moi, on a vu beaucoup effectivement de personnalités qui voulaient faire des films
04:54parce qu'ils avaient une tendance à droite de se faire refuser d'avoir des financements du CNC.
04:58On a vu beaucoup de personnes crier en ce sens.
05:00C'est vrai qu'il faut les compter.
05:01Eh bien, franchement, moi, d'un film, je ne demande pas qu'il soit de gauche, de droite, de centre.
05:04Je veux simplement qu'il soit bon.
05:05Mais si j'ai l'impression de subir une forme de cinéma paroissial de gauche,
05:10si c'est le moment où je dois répéter les prières du moment et du jour,
05:13que ce soit de gauche, de centre, de droite, catholique, musulman ou qu'importe,
05:16je m'en fiche.
05:17Que ce soit un film esthétique.
05:19Pensez, ne serait-ce, faisons une forme de clé d'œil.
05:21Pensez à Alexandrovski, le très grand film d'Eisenstein.
05:23C'est un film de propagande, mais c'est tellement génial qu'on oublie que c'est de la propagande.
05:27Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ce n'est pas souvent génial,
05:28mais c'est clairement de la propagande, en fait.
05:31Je poursuis avec leur texte remarquable.
05:34La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d'idées.
05:39En laissant le cinéma français aux mains d'un patron d'extrême droite,
05:42nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films,
05:46mais une prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif.
05:49Bon, Benito est de retour.
05:51Donc, fascisme, Benito, Mussolini, fascisme, marche, chemise noire, marche au flambeau peut-être.
05:57Donc, je comprends donc qu'il y a un fascisme conquérant
06:00qui s'exprimerait dans la prise de possession des salles de cinéma.
06:05OK.
06:06Donc, le fascisme, c'est ça.
06:07Je serais curieux à tous les signataires.
06:09Pourriez-vous définir le mot fascisme, s'il vous plaît?
06:10Vous avez soit 30 secondes ou 30 heures,
06:13mais dans aucun des cas, vous n'en serez capable, j'en suis certain.
06:15Donc, quoi qu'il en soit, c'est le fascisme qui se déploierait.
06:17Puis, à la fin, il y a le petit moment honteux.
06:19C'est toujours drôle, le petit moment honteux dans la vie.
06:21Donc, il cite,
06:22« Nous dépendons aujourd'hui, à des degrés divers, pour nos projets,
06:25autant que nos salaires, de l'argent de Vincent Bolloré.
06:28Mais nous voulons sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur.
06:33Mais, les amis, il faut être courageux maintenant.
06:35La résistance, c'est maintenant.
06:36À votre argent, renoncez dès maintenant.
06:39Aux subventions, renoncez.
06:41Aux gros chèques, renoncez.
06:42Aux cachets, renoncez.
06:43Et si vous dites, Bolloré, je ne prendrai pas de ton argent,
06:45je n'en veux plus, dégage avec ton blé,
06:47alors soudainement, je les respecterai.
06:49Sinon, pour l'instant, j'ai plutôt l'impression qu'ils disent,
06:51« Sniff, c'est des fascistes partout, mais gros chèques quand même. »
06:55Faut-il se surprendre, Mathieu Bocoté,
06:57de voir le petit milieu culturel bien marqué à gauche ?
07:02Non, parce qu'on est habitué.
07:04Ça fait partie de choses qu'on a...
07:05Depuis une soixantaine d'années,
07:07il y a cette idée que la gauche contrôle la culture,
07:10et on pensait inversement que la droite contrôlerait l'économie.
07:12Mais ça ne s'est pas passé comme ça,
07:13comme on le constate, avec les déficits et les impôts.
07:15Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en soit,
07:18ils sont de gauche, ils ne le sont pas seulement au cinéma.
07:20Rentrez dans une librairie, sauf exception,
07:22vous avez l'offre culturelle qui est proposée,
07:25elle est très marquée à gauche.
07:26Vous pouvez avoir, je ne sais pas combien de piles de bouquins
07:28sur le LGBTQUDT+, et compagnie.
07:32Tout ça, vous les aurez.
07:33Vous aurez tout ce qu'il faut de propagande diversitaire,
07:35aujourd'hui, sur le métissage des imaginaires croisés
07:38contre l'Europe fascisante depuis Homer,
07:40des trucs comme ça.
07:42Ça, on le voit véritablement.
07:44Donc, c'est un milieu culturel, et les autres livres existent.
07:46Les autres livres, ils sont souvent cachés un peu en bas,
07:48où ils en prennent un exemplaire, il est en arrière,
07:50il est caché à côté des livres de cuisine,
07:51je ne sais pas, de rénovation et de technologie.
07:53C'est une guerre au sein des librairies, les librairies...
07:56Ah, mais trouver un livre...
07:57Après ça, ces gens-là se demandent pourquoi on va sur Amazon.
07:59Alors, quoi qu'il en soit, le milieu de la librairie est marqué à gauche.
08:02Mais quelle est la fonction...
08:03Donc, ça dépasse le cinéma.
08:05Quelle est la fonction d'une telle pétition
08:07quand on décide de la lancer?
08:08Une pétition, l'idée n'est pas de savoir qui l'a signée.
08:11L'idée est de savoir qui ne l'a pas signée.
08:13On publie une pétition pour cela.
08:15On veut savoir qui ne l'assigne pas.
08:17Dès lors, on sait qu'il ne s'associe pas à la croisade du moment.
08:20On sait dès lors qui est le dissident
08:22qui ne décide pas de répéter les slogans attendus et désirés.
08:26Et vous noterez, soit dit en passant,
08:27que le fait d'être désigné par le petit milieu culturel
08:30comme un infréquentable, ça a des conséquences sur vos vies.
08:33On peut rener le cas de Sylvain Tesson, par exemple,
08:35écrivain remarquable s'il en est un.
08:36Un jour, à gauche, on s'est rendu compte
08:38qu'il n'était pas nécessairement à gauche comme les autres,
08:40que c'était un écrivain libre,
08:41pas un écrivain de droite d'ailleurs, un écrivain libre.
08:43Il y a eu quand même campagne dans Libération et ailleurs
08:45pour le marquer du saut de l'infamie.
08:48Et ça a des conséquences sur sa vie, la diffusion de son oeuvre.
08:50Croyez-moi que dans ce milieu,
08:52une cabale qui est lancée contre vous a des effets.
08:55Par ailleurs, et là, c'est une autre chose qui me frappe là-dedans,
08:58c'est le rapport au revenu.
08:59C'est peut-être la leçon de la séquence Gracie,
09:01encore une fois, quoi qu'on pense du détail de cette histoire.
09:04On a vu à quel point une partie importante de la nomenclatura
09:07ou de l'intelligentsia littéraire française
09:09vit avec des revenus immenses,
09:11des avances recettes, des avaloirs, tout ça,
09:14qui ne sont pas corrélés à une forme d'efficacité économique.
09:17Donc, vous avez beaucoup d'argent, souvent,
09:19mais vous ne devez pas produire une richesse équivalente.
09:22C'est comme une forme de prébande,
09:24c'est comme une forme de rente qu'on vous donne
09:26pour votre prestige passé.
09:27Quand on est dans cette logique,
09:29je comprends qu'on soit étranger à la logique de l'économie de marché
09:31et même qu'on la fuit,
09:32c'était aussi comme ça dans le milieu culturel en Union soviétique.
09:34On est le seul pays au monde
09:36à avoir cette exception culturelle française
09:38où la télévision finance.
09:40Le cinéma est canal
09:41et le premier contributeur du cinéma français.
09:44Un petit mot là-dessus.
09:44Quand on nous dit,
09:45il ne faut pas penser de manière économique
09:47et sous le signe de la marchandisation de la culture,
09:50OK, mais en échange, renoncer à l'argent.
09:52Sinon, ce n'est pas sérieux.
09:54N'y a-t-il pas un véritable enjeu, Mathieu Bocoté,
09:57à voir quelques milliardaires peser autant sur la vie publique ?
10:01C'est une vraie question.
10:03C'est-à-dire, c'est une étude où on peut tous avoir,
10:04on a une forme de réflexe égalitaire en démocratie,
10:06pourquoi certains pèseraient plus que d'autres
10:07et auraient une telle influence sur nos vies.
10:09Mais on ne devrait pas oublier une chose.
10:11La première chose, c'est que le premier milliardaire, c'est l'État.
10:13L'État qui a plus de milliards que tous les milliardaires réunis
10:16et qui a la capacité à structurer la société
10:18en fonction d'une idéologie dominante depuis plusieurs années.
10:22Donc, étrangement, mais bien que c'est contre nos intuitions,
10:25les fameux milliardaires ou les très riches, les millionnaires,
10:27créent des espaces de liberté dans nos sociétés.
10:29De Mathieu Pigasse à Vincent Bolloré, en passant par Kretinsky,
10:33en passant par des figues,
10:34vos filles portunes peut-être moins importantes,
10:35je ne sais pas moi,
10:37tous ceux qui financent différents projets culturels,
10:39littéraires des revues,
10:40avec leurs moyens,
10:42comme à la manière de Seigneur d'autrefois,
10:43ils dégagent des espaces de liberté
10:45à l'extérieur de l'idéologie dominante.
10:48Donc, paradoxalement, la multiplication des milliardaires
10:50correspond pratiquement à la multiplication
10:52des créneaux idéologiques disponibles,
10:54à la multiplication des créneaux de liberté éditoriale disponibles.
10:56Et je crainerais une société où il n'y aurait qu'un seul milliardaire,
11:00l'État.
11:00Aujourd'hui, on le voit,
11:01c'est parce qu'il y a querelle de milliardaires,
11:03qu'il y a diversité éditoriale.
11:05Ça peut être contre-intuitif,
11:06mais dans les faits,
11:07la liberté s'en tire mieux.
11:08Sous-titrage Société Radio-Canada
11:09Sous-titrage Société Radio-Canada
11:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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