- il y a 9 heures
Alors que le monde doit composer avec une raréfaction des ressources en eau, le dessalement de l’eau de mer devient une solution de plus en plus viable. Le défi est de réussir à le faire sans rejeter de polluants. La start-up Sewards a atteint cet objectif grâce à une technologie de refroidissement qui utilise un procédé de cryo-séparation. Elle se développe à Marseille dans le port de Saumaty, grâce à un accompagnement de la métropole.
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00:06Transitions urbaines, c'est notre rendez-vous mensuel consacré aux villes à leur attractivité économique avec Alexandre Hervaud.
00:14Salut Alexandre.
00:15Salut Thomas.
00:15Tout va bien ?
00:16Très bien.
00:16Bon, depuis des mois, on est passé dans la perspective de ces élections municipales.
00:20On y est.
00:20On choisit à chaque fois une commune et une entreprise emblématique.
00:24Et donc, on a choisi Marseille aujourd'hui, ville à haute, à haut suspense électorale.
00:30Mais on n'est pas là pour en parler, on n'est pas là, on est là pour découvrir Seawords.
00:34Bonjour Hervé de Lanversin, bienvenue.
00:36Vous êtes le cofondateur de Seawords.
00:39Vous êtes né à Marseille.
00:40Oui, j'y ai grandi aussi.
00:41Vous avez grandi, vous avez bossé dans la finance.
00:43Oui.
00:44Crééé donc Seawords 2021 avec Hubert Moncudiole, c'est ça ?
00:48Moncudiole.
00:48Et donc, pourquoi vous êtes revenu à Marseille et comment on peut expliquer cette trajectoire
00:54qui vous ramène aujourd'hui au dessalement de l'eau de mer ?
00:56Retour à ses racines, je ne sais pas.
00:59Condition nécessaire, mais pas suffisante, il y a la mer à Marseille.
01:03Et non, on hésitait, on a réfléchi, on voulait être en région.
01:11L'impact régional pour nous est important.
01:14Et puis, on hésitait, on a hésité avec la Bretagne, mais finalement, ça s'est fait
01:18à Marseille, c'est les circonstances aussi.
01:20Et on travaille de très près avec la région, avec la métropole.
01:24On y reviendra là-dessus, mais comment on passe de la finance au dessalement de l'eau de mer ?
01:27Ah ! On n'a pas le temps.
01:29C'est trop long pour raconter ça.
01:31C'est trop long pour raconter.
01:32Non, simplement, à un moment donné, on se rend compte que dans la finance, on travaille
01:38bien, on vit bien, mais il manque certaines choses, ou dans la vie tout court d'ailleurs,
01:43je pense, à un certain moment, on se rend compte de ça et on veut combler ces manques.
01:48Et voilà, et donc, ça a été une quête, en fait.
01:50Et on part, on ne sait pas très bien vers où, mais on y va.
01:53Et puis finalement, on arrive au dessalement d'eau de mer, avec une raison d'être qui
01:57est importante.
01:59Alors, le dessalement d'eau de mer, on a dit, c'est le principe de SeaWorld.
02:02Et alors, vous, la boîte, qui est en pleine phase de R&D encore, recherche et développement,
02:08vous misez sur un procédé qui s'appelle la cryo-séparation.
02:11Ceux qui ont fait du grec, cryo, savent que ça veut dire froid.
02:14Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu en quoi ça consiste comme principe
02:18et à quoi ça se change par rapport aux technologies habituelles ?
02:21Bien sûr.
02:22Déjà, un petit peu de contexte.
02:25Le monde est face à une crise de l'eau majeure, principalement due à l'explosion
02:31démographique qu'on a vécue depuis un peu plus d'un siècle, avec la révolution
02:34industrielle.
02:35Face à ce problème démographique et pas face à de la carence de l'eau, il faut,
02:40on doit changer certaines habitudes, ça c'est sûr, mais il faut aussi élargir
02:44la ressource.
02:45Le dessalement d'eau de mer le fait.
02:47Depuis maintenant 30 ans, Israël a essayé de construire là-dessus.
02:50Au Moyen-Orient, ils vivent grâce à ça.
02:53L'actualité nous le rappelle aujourd'hui.
02:54C'est devenu une cible d'ailleurs.
02:56Exactement.
02:56Dans le contexte.
02:57Mais pas que au Moyen-Orient, je ne sais pas si vous vous rappelez, dans les tensions
03:00entre l'Inde et le Pakistan, c'était sorti aussi.
03:04Donc ça va devenir de plus en plus.
03:07Donc on doit élargir la ressource eau.
03:10Ils le font.
03:11Aujourd'hui, on a 22 000 unités de dessalement d'eau de mer dans le monde qui produisent l'équivalent
03:19de 17% du besoin.
03:22L'UNESCO a sorti un papier récemment.
03:26En 2030, le besoin en eau excèdera de 40% les ressources.
03:31C'est considérable.
03:3317% à peine sont produits par le dessalement d'eau de mer.
03:37Et pour autant, le dessalement d'eau de mer rejette tous les ans 54 milliards de mètres cubes d'eau.
03:44Mètres cubes équivalent de tonnes.
03:46C'est considérable.
03:47Pardon, d'eau, je dis d'eau, je dis n'importe quoi.
03:49De sommâtre, enfin en tout cas.
03:51De rejet polluant et extrêmement polluant.
03:54Alors, les procédés traditionnels, ça rejette des déchets polluants, c'est ça ?
03:59Oui, c'est du concentré de sel et des produits chimiques extrêmement nocifs pour l'environnement.
04:05Et donc, on en revient à la question que posait Alexandre sur le procédé.
04:08Donc, il faut trouver une innovation.
04:09Il faut innover pour trouver une solution pour élargir la ressource sans polluer.
04:13Sinon, on va à la catastrophe.
04:14On l'a déjà avec le plastique.
04:17Et là, ça sera encore bien.
04:18Donc, voilà.
04:18Donc, on s'est mis à chercher.
04:20On innove.
04:21Pour ça, la troisième solution, on chauffe, on filtre.
04:26Troisième solution, on refroidit.
04:27Donc, on refroidit l'eau de mer.
04:30L'eau de mer se cristallise progressivement dans la descente en température.
04:36Et on intervient, c'est un peu près entre 0 et moins 7.
04:39Vous filtrez, il y a une sorte de filtrade.
04:41On ne filtre rien du tout.
04:42Il y a une pré-filtration pour éviter que les organismes vivants rentrent dans notre process.
04:46Mais c'est léger.
04:47Sinon, on refroidit.
04:49Donc, l'eau se transforme progressivement en glace.
04:51À moins 7, moins 8, il y a une prise totale.
04:53Nous, on intervient à moins 2,4, moins 2,5.
04:56À un moment où seules les molécules d'eau pure ou faiblement chargées en sel sont déjà cristallisées.
05:04Donc, vous mélangez.
05:05Et vous les récupérez à ce moment-là.
05:07Exactement.
05:07Et donc, à ce moment-là, on sépare le solide du liquide.
05:09Ok.
05:10Et ce faisant, on extrait de l'eau douce et potable de l'eau de mer.
05:14Alors, quelques chiffres sur SeaWorld.
05:1715 collaborateurs aujourd'hui.
05:19Une levée de fonds qui est annoncée à 5 millions d'euros.
05:21Vous êtes donc à Marseille, au port de Somati.
05:23Cette technologie de cryoséparation.
05:24Et puis, vous avez été d'ores et déjà lauréate d'un concours ADEME.
05:30Le concours Innove au haut.
05:31Et vous êtes aujourd'hui en phase prototype.
05:33On l'a bien compris.
05:35C'est quoi les étapes ?
05:36La feuille de route jusqu'au démonstrateur industriel.
05:39Éventuellement, la première commercialisation.
05:41Alors, c'est une feuille de route sur laquelle on travaille depuis quelques temps déjà.
05:44On a notre prototype en environnement réel maintenant à Somati.
05:47Ce prototype nous permet de travailler sur la démonstration de l'efficience industrielle.
05:52Ça, ça sera le démonstrateur.
05:54Vous en avez parlé.
05:55Le pilote qui sera installé à Somati, on l'espère, courant du premier semestre 2027.
06:02Ce pilote qui sera en fait la version zéro de notre usine, va nous permettre de, grâce à cette fenêtre
06:10sur le monde que l'on a à Somati,
06:12de faire la démonstration de cette efficience industrielle et donc de pouvoir démarrer notre phase de commercialisation, donc notre goto
06:19market.
06:20Après ça, on travaille sur l'installation d'unités pilotes dans des zones prioritaires.
06:28Donc, ces zones prioritaires, c'est le Moyen-Orient, parce que c'est le plus gros marché, c'est l
06:32'Afrique du...
06:32Le bassin méditerranéen, pour nous, c'est le premier marché, donc l'Afrique du Nord, Espagne.
06:37Et puis, les territoires marins, donc toutes les îles.
06:41Donc, peut-être la Grèce, peut-être la Sicile, qui a un grand besoin, et tous les autres.
06:45Mais on installera des unies pilotes qui seront des vitrines technologiques.
06:49Oui, parce que c'est ça, votre modèle économique, si on peut le préciser, c'est plutôt la vente de
06:55technologies.
06:55Oui, la vente de machines, en fait. La vente d'usines, mais nous, dans l'usine, on ne s'occupera
07:01pas de la construction,
07:02on s'occupera des machines qui sont dedans, de leur assemblage, de leur fonctionnement, de leur exploitation.
07:08Et voilà, une fois qu'on aura ces vitrines technologiques, chaque vitrine technologique, en partenariat avec des acteurs locaux,
07:14nous aidera à déployer dans la région nos usines.
07:20Quand vous dites, on va fournir l'unité de dessalement, c'est gros comment ?
07:26Peut-être que ça dépend du site et de la quantité d'eau qu'on veut dessaler.
07:31Voilà, de la capacité et du site. Pour vous donner un exemple, le pilote qui sera installé à Marseille,
07:37qui fera 200 mètres cubes jour, donc 200 mètres cubes jour, on consomme à peu près 200 litres, donc c
07:44'est 1000 personnes.
07:46Il est dans 200, 250 mètres carrés.
07:49Ok, donc ce n'est pas gigantesque en termes d'emprise au sol.
07:55Non, non, c'est un de nos objectifs, ça c'est l'agilité, pour pouvoir être au plus près du
08:00besoin.
08:00Aujourd'hui, une des questions sur les usines de dessalement, c'est que pour être efficace, ils concentrent leur capacité,
08:06donc ils créent des énormes usines. En Jordanie, on a une usine qui est en cours de fabrication,
08:12qui va faire un million de litres, 2 mètres cubes jour, donc c'est considérable.
08:17Et donc avec un impact au sol énorme. Nous, on va être plus léger, être au plus près du besoin.
08:22Voilà, donc l'impact moindre, ça évite des problèmes de transport, de stockage, etc.
08:26Alors on l'a évoqué très rapidement, mais ce contexte géopolitique de conflit au Moyen-Orient,
08:31avec des usines de dessalement visées par l'Iran et certains de ses alliés, qu'est-ce que ça vous
08:36inspire, ce contexte ?
08:39Aujourd'hui, pas grand-chose, parce qu'il faut voir d'abord comment tout ça va évoluer.
08:44À court terme...
08:46Mais ça renforce l'aspect stratégique. Enfin, vous êtes dans un secteur stratégique, la preuve, puisque...
08:52Alors ça, nous, on le savait déjà, mais ça éclaire cette spécificité de l'eau,
09:02qui devient une ressource stratégique essentielle et stratégique.
09:08Ça veut dire, si j'ai 5 minutes, que notre projet, l'innovation industrielle sur laquelle nous sommes en train
09:14de travailler,
09:15va nous permettre de déployer un nouveau modèle industriel,
09:18qui est la suite de notre raison d'être, c'est-à-dire l'innovation au service de l'industrie
09:25pour élargir la ressource au lieu de la consommer,
09:28et pour respecter l'environnement au lieu de le polluer,
09:32et enfin, et pas le moindre, au service du plus grand nombre, au lieu de... pour quelques-uns.
09:38Voilà. Et ça, ce qui se passe en ce moment est en train d'éclairer ce problème de l'eau
09:43par rapport à toutes ces communautés.
09:45Allez, il nous reste 3 minutes, 3 minutes 30, parler de Marseille.
09:47Bah oui, parlons de Marseille, parce que c'est là que vous êtes basé, c'est là d'où vous
09:50venez.
09:50Petit chiffre-clé sur Marseille, c'est la deuxième ville de France,
09:54presque 2 millions d'habitants si on compte la métropole, qui regroupe 91 communes.
10:00C'est le premier port de France, en termes d'emploi, notamment 42 000 et quelques,
10:05très touristique, 5 millions, 2,5 millions de croisiéristes en 2024,
10:09presque 60 kilomètres de littoral.
10:11Vous avez évoqué un petit peu les partenaires que vous avez eus au niveau local, notamment la région.
10:15Est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu sous quelle forme ça a pris,
10:18ne serait-ce peut-être que dans votre implantation au port de Somati, près de l'Estac ?
10:22C'est quoi les formes de soutien, finalement, que vous avez trouvées ?
10:25Eh bien, par exemple, le port de Somati est exploité par le MINE,
10:29sous délégation de la métropole,
10:33en partenariat main dans la main avec la région.
10:35Donc, nous sommes sur le port de Somati, à Marseille,
10:40grâce aux appuis, pas aux appuis, mais à l'accompagnement de la région et de la métropole.
10:45Et dans le cadre d'un projet qui est assez intéressant,
10:49de restructuration du port de Somati,
10:52pour construire un pôle économique sur l'économie bleue.
10:55Et on est la première entreprise, en fait, à avoir été choisie pour rejoindre ce pôle.
10:59Cette économie bleue, justement, qui est un filon, qu'on sent que Marseille veut exploiter,
11:04il y a le projet à fausse sur mer, les projets à fausse sur mer.
11:07Vous sentez vraiment que l'écosystème est, comment dirais-je, très réceptif ?
11:13Oui, l'écosystème régional est très réceptif.
11:16La région, oui, est aux manettes pour accompagner cette évolution régionale.
11:24C'est à jouer dans votre choix ?
11:25C'est-à-dire le fait d'avoir tout cet écosystème de l'économie bleue pour venir s'installer là
11:29?
11:29Oui, ça a joué dans mon choix.
11:31C'est le soleil, peut-être ?
11:33Oui, le retour aux racines.
11:34Voilà, le retour aux racines, au fait que je connais bien aussi, quand même.
11:37Voilà, ça, ça joue aussi.
11:39Mais il y a là-dedans une dimension qui est importante.
11:43On est sur un port.
11:44Et votre sujet à vous, c'est aussi l'urbain.
11:49Et le port, c'est le lien entre l'urbain et le marin.
11:53Moi, quand j'étais jeune, je lisais beaucoup Cousteau.
11:56Ils disaient la même chose que ce qu'on dit aujourd'hui.
11:58On n'a pas tellement évolué depuis.
12:00On connaît très peu la mer, en fait.
12:02Il y a énormément de choses à faire, énormément de recherches à mener sur l'environnement marin.
12:07Et le port est le point d'entrée de cette relation entre l'urbain et la mer.
12:12Et l'urbain a beaucoup à gagner, à mieux connaître la mer.
12:15Et nous, on peut être un premier marche vers ce voyage.
12:21Qu'est-ce que vous attendez du futur ou de la future mer de Marseille ?
12:25Ah, rien.
12:26C'est vrai ?
12:27C'est un principe général ?
12:30Oui.
12:30Je vous ai dit, je suis né à Marseille, je connais Marseille.
12:33Donc, pour l'instant, je n'entends rien.
12:36C'est une ville merveilleuse, Marseille.
12:39Mais pas facile.
12:41Donc, moi, je fais mon chemin et j'attends aider la ville.
12:46Peut-être que la ville m'aidera.
12:48La région et la métropole, aujourd'hui, nous aident.
12:52On verra.
12:53Merci beaucoup.
12:56Vous irez voter, quand même.
12:58Oui, mais je ne vote pas, mais je ne vote plus à Marseille.
13:00Ah, ben voilà.
13:01On a le verlière.
13:02Merci beaucoup, Hervé de l'Anvers-Saint-Bourgout, à Marseille.
13:06Et bravo pour ce projet.
13:08Cette entreprise, c'est plus qu'un projet Seaward.
13:10Merci, Alexandre.
13:11On a pris la décision hier.
13:12On va continuer, même après les municipales, d'explorer les villes françaises.
13:16Parce qu'il va falloir demander aux nouveaux élus ce qu'ils veulent faire.
13:19Et donc, voir ce qu'en attendent les chefs d'entreprise.
13:23Merci encore.
13:24On passe au grand entretien de ce Smart Impact.
13:26Avec une autre histoire marseillais, je reçois David Sussman, le président de SeaFoodia.
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